MASTURBATI­ON FÉ­MI­NINE : EN FI­NIR AVEC LES TABOUS

Même à nos co­pines les plus proches, même à Google, on n’ose pas po­ser cer­taines ques­tions. Heu­reu­se­ment, Cos­mo est là !

Cosmopolitan (France) - - SOMMAIRE - Par Fio­na Sch­midt. Pho­to Nick On­ken.

Même à nos co­pines les plus proches, même à Google, on n’ose pas po­ser cer­taines ques­tions. Heu­reu­se­ment, Cos­mo est là ! Par Fio­na Sch­midt.

Je ne sais pas comment me mas­tur­ber et les tu­tos que j’ai trou­vés sont plus flip­pants qu’ex­ci­tants : des conseils pour une dé­bu­tante ? D’abord, arrêtez de cher­cher l’ins­pi­ra­tion sur in­ter­net : par­ve­nir à s’ex­ci­ter via Google est à peu près aus­si fa­cile que de re­con­naître une odeur chez Se­pho­ra. En­suite, choi­sis­sez le bon ti­ming, pen­dant que vous êtes seule et dé­ten­due, et que vous avez la tête à ça. Ça n’a l’air de rien, mais ins­crire « me faire jouir toute seule » entre « pas­ser au pres­sing » et « rap­pe­ler ma­mie » n’est pas la voie la plus di­recte vers l’or­gasme. Sti­mu­lez-vous l’es­prit avant toute par­tie du corps : le cer­veau est la pre­mière zone éro­gène, s’il n’est pas ex­ci­té, il y a peu de chance pour que le corps le soit. À vous de voir si vous êtes plus vi­suelle ou cé­ré­brale, si la lit­té­ra­ture éro­tique vous émeut plus ou moins que le porno ou même cer­tains comptes Ins­ta­gram comme @re­gard­s_­cou­pables, @ero­tic­wa­ter­co­lor ou @ti­na­ma­riae­le­na. Une fois l’ambiance brai­sée, com­men­cez les ré­jouis­sances en vous ca­res­sant là où vous en avez en­vie : seins, ventre, in­té­rieur des cuisses, grandes lèvres, cli­to­ris… Vous avez l’em­bar­ras du choix et des tech­niques : avec ou sans pé­né­tra­tion, avec ou sans lu­bri­fiant, avec ou sans mu­sique, avec ou sans sex-toy, avec ou sans jet d’eau sous la douche, avec ou sans pom­meau de douche, plus ou moins vite, plus ou moins fort… Les variations sont in­fi­nies et dé­pendent de chaque per­sonne : pre­nez le temps de dé­cou­vrir ce qui vous fait du bien.

Sur Ins­ta­gram et dans les ma­ga­zines fé­mi­nins, j’ai l’im­pres­sion que tout le monde ne parle que de ça sauf moi… Comme le re­marque Jane Hunt dans son ou­vrage « Osez… la masturbati­on fé­mi­nine » (éd. La Mu­sar­dine), jus­qu’à il n’y a pas si long­temps, « les femmes culpa­bi­li­saient de “le faire” ». Au­jourd’hui, à en croire les fo­rums in­ter­net, elles culpa­bi­lisent de « ne pas le faire »

ou de ne pas « le faire as­sez ». Or les in­jonc­tions, po­si­tives ou né­ga­tives, sont tou­jours mau­vaises pour le sexe. Vous n’ai­mez pas vous mas­tur­ber ? Cha­cune son truc, exac­te­ment comme pour la tête de veau, le tennis ou les leg­gings. Vous n’avez pas à vous for­cer, la masturbati­on ne fai­sant pas par­tie des be­soins vi­taux de l’être hu­main.

La masturbati­on booste-t-elle vrai­ment la vie sexuelle ? Oui, dans la me­sure où la masturbati­on fé­mi­nine a été long­temps ta­boue. Même dans notre culture oc­ci­den­tale, le corps des femmes est moins libre que ce­lui des hommes, et la sexua­li­té fé­mi­nine conti­nue de faire l’ob­jet de nom­breux a prio­ri qui ne pèsent pas sur la sexua­li­té mas­cu­line (le nombre de par­te­naires, au ha­sard, mais la liste est loin d’être ex­haus­tive). Se mas­tur­ber est donc un acte li­bé­ra­toire : ce­la per­met aux femmes de prendre pos­ses­sion de leur corps et de l’ex­plo­rer comme elles l’en­tendent pour dé­ter­mi­ner ce qu’elles aiment et ce qu’elles n’aiment pas, sans at­tendre qu’un homme s’en charge. C’est d’au­tant plus utile que le sexe fé­mi­nin est tou­jours mal re­pré­sen­té dans les ma­nuels sco­laires… lors­qu’il est re­pré­sen­té ! Ré­sul­tat, à 16 ans, l’âge au­quel on construit sa sexua­li­té, une jeune Fran­çaise sur quatre ne sait pas qu’elle a un cli­to­ris, le seul or­gane du corps hu­main uni­que­ment dé­dié au plai­sir. Au­rore Ma­letKa­ras, doc­teure en neu­ros­ciences cog­ni­tives et sexo­logue*, rap­pelle par ailleurs que le sexe est un sys­tème ner­veux qui, à l’ins­tar du pa­lais, s’éduque et se tra­vaille. La masturbati­on per­met donc d’éveiller les sens et de rendre le corps plus ré­cep­tif au plai­sir… À condi­tion d’être cu­rieuse ! Or en ma­tière de sexe, la cu­rio­si­té n’est ni un vi­lain dé­faut, ni une obli­ga­tion : on peut par­fai­te­ment être épa­nouie sexuel­le­ment sans se mas­tur­ber.

Je n’éprouve aucun plai­sir par­ti­cu­lier quand je me mas­turbe : suis-je anor­male ? En­core une fois, il fau­drait ban­nir la norme du lexique éro­tique, car elle n’existe pas ou plu­tôt, chaque in­di­vi­du a ses propres stan­dards, sa propre « nor­ma­li­té » qui n’a pas à être re­mise en cause. Si ce n’est pas votre truc, arrêtez : pour­quoi conti­nuer à faire quelque chose que per­sonne ne vous de­mande de faire ? Ce­ci dit, Au­rore Ma­let-Ka­ras in­siste sur le ca­rac­tère phy­sio­lo­gique de la masturbati­on fé­mi­nine : pen­dant des dé­cen­nies, on a fait croire aux femmes que le plai­sir fé­mi­nin est avant tout dans la tête. C’est faux : l’or­gasme fé­mi­nin est une ré­ponse ner­veuse à un sti­mu­lus phy­sique. Si vous n’avez aucun plai­sir lorsque vous vous mas­tur­bez, c’est peut-être que vous vous met­tez trop de pres­sion, que vous ne pre­nez pas as­sez de temps, ou tout sim­ple­ment que vous n’avez pas en­core trou­vé la bonne tech­nique. À vous de dé­ter­mi­ner si vous avez en­vie de chan­ger de méthode, ou sim­ple­ment de hob­by : après tout, la masturbati­on n’est pas le seul moyen de se faire plai­sir, heu­reu­se­ment.

Je ne jouis que lorsque je me mas­turbe, ja­mais avec les hommes avec les­quels je couche : comment ça se fait ? Même si tous les cas sont par­ti­cu­liers et qu’il n’existe au­cune ré­ponse toute faite en ma­tière de sexe, il est pos­sible que votre sys­tème ner­veux soit « en­traî­né » à jouir d’une cer­taine fa­çon, sur­tout si vous vous mas­tur­bez de­puis long­temps et tou­jours de la même ma­nière. Des blo­cages psy­cho­lo­giques peuvent aus­si être à l’oeuvre. Quoi qu’il en soit, n’hé­si­tez pas à gui­der votre amant : après tout, vous êtes la mieux pla­cée pour lui montrer ce qui vous donne le plus de plai­sir.

Mon mec me de­mande sou­vent de me mas­tur­ber de­vant lui sauf que ça ne m’ex­cite pas, mais j’ai peur de le lui dire… Dé­ter­mi­nez d’abord les rai­sons pour les­quelles vous avez peur de lui par­ler : si c’est parce que vous êtes gê­née d’abor­der la ques­tion, peut-être pour­riez-vous lui dire ou lui montrer ce qui vous ex­cite da­van­tage. Si vous crai­gnez qu’il se vexe, c’est le mo­ment de vous sou­ve­nir que votre corps n’est pas sa pro­prié­té et qu’en aucun cas vous ne faites l’amour pour lui faire plai­sir ou pour être « sym­pa ». Et si vous ne vou­lez pas abor­der la ques­tion fron­ta­le­ment, vous pou­vez lui en­voyer un mes­sage pour lui ex­pli­quer le plus sim­ple­ment pos­sible que ce n’est pas votre truc, sans vous jus­ti­fier lon­gue­ment d’ailleurs (rap­pe­lez-vous : vous ne lui de­vez pas ce fan­tasme qu’il est le seul à avoir). S’il se braque ou s’il tente de né­go­cier, fuyez sans vous re­tour­ner.

Lorsque je me mas­turbe, je n’éprouve du plai­sir qu’en me frot­tant contre un cous­sin ou un oreiller et j’ai un peu honte… Scoop : la plu­part des femmes ne jouissent pas bruyam­ment en se col­lant un doigt ma­nu­cu­ré dans le va­gin sans pré­avis. Ça, c’est ce que l’ima­ge­rie porno faite par des hommes pour des hommes es­saie de nous faire croire, et mal­heu­reu­se­ment, ça fi­nit par être culpa­bi­li­sant. Or là où il y a de la culpa­bi­li­té, il y a moins de plai­sir. Sur­tout, il n’existe pas une « bonne » ma­nière « es­thé­tique » de se mas­tur­ber, pas plus qu’il n’existe de fa­çon pué­rile ou adulte de jouir : cette idée est un spasme de mau­vaise conscience hé­ri­té de l’époque pas si loin­taine où la masturbati­on était un pé­ché qui ren­dait sourd.e et aveugle (et frus­tré.e, sur­tout). Comme le dit très jus­te­ment Jane Hunt, « la masturbati­on n’est pas un spec­tacle mais un mo­ment in­time avec soi-même ».

Comment choisir le bon sex-toy ?

Le sex-toy universel n’existe pas plus que l’or­gasme universel ou la po­si­tion uni­ver­selle : pas de stan­dard en ma­tière de sexe, re­mem­ber ? Tout dé­pend de ce qui vous ex­cite, de ce qui vous fait jouir (ce n’est pas for­cé­ment la même chose), de votre humeur, de votre to­lé­rance au bruit – aucun sex-toy n’est par­fai­te­ment si­len­cieux, un usage pro­lon­gé peut don­ner en­vie de sor­tir la ta­pette à mouches… Très mé­dia­tique de­puis une quin­zaine d’an­nées (merci « Sex and the Ci­ty »), le sex-toy n’est pas le Graal de la masturbati­on ni le ga­rant de l’or­gasme : nos aïeules se dé­brouillaie­nt très bien sans… même si un ob­jet dont l’er­go­no­mie est conçue pour don­ner du plai­sir est sus­cep­tible de pro­cu­rer des sen­sa­tions inédites, et fort in­té­res­santes… Vous trou­ve­rez sans doute votre bon­heur sur amo­re­lie.fr, un site bien con­çu (ce qui est loin d’être tou­jours le cas), très bien acha­lan­dé et sur le­quel les avis d’utilisatri­ces sont vrai­ment utiles.

Je me mas­turbe tous les jours : suis-je nym­pho­mane ?

De plus en plus de sexo­logues re­mettent en ques­tion le ca­rac­tère pa­tho­lo­gique de la nym­pho­ma­nie, qui re­lè­ve­rait pour cer­tains d’un ju­ge­ment so­cial plus que de troubles psy­chiques. Dans son ac­cep­tion classique, la nym­pho­ma­nie dé­signe une dé­pen­dance au sexe qui n’a rien à voir avec le plai­sir. Au­tre­ment dit, si vous vous mas­tur­bez chaque jour en toute sé­ré­ni­té, con­ti­nuez, on n’a ja­mais trop de plai­sir ! En re­vanche, si vous le faites pour apai­ser des ten­sions ou un état an­xieux, la masturbati­on peut être soit un pal­lia­tif, soit le symp­tôme d’une an­goisse qu’il se­rait bon d’in­ter­ro­ger.

J’ai­me­rais chan­ger de fa­çon de me mas­tur­ber mais je n’ar­rive à jouir que d’une seule ma­nière : que faire ?

Pour­quoi chan­ger de tech­nique si celle-ci est ef­fi­cace ? Si c’est pour vous chal­len­ger per­son­nel­le­ment (« chiche que j’y ar­rive sans les mains ou avec l’oeil gauche fer­mé »), faites de­mi-tour im­mé­dia­te­ment : votre charge men­tale pèse dé­jà 30 kg, in­utile d’en ra­jou­ter avec des in­jonc­tions éro­tiques. Si c’est pour as­sou­vir un fan­tasme de votre par­te­naire, tout dé­pend si l’idée vous ex­cite, et s’il vous laisse le champ libre. Fuyez sans ver­gogne un type qui vous di­rige comme si vous étiez une ac­trice X : son plai­sir le pré­oc­cupe ma­ni­fes­te­ment beau­coup plus que le vôtre. Par ailleurs, il n’est pas in­utile de rap­pe­ler ici que l’or­gasme, c’est comme la sieste : plus on se met la pres­sion, moins c’est réus­si. Peu im­porte le temps qu’on y passe, peu im­porte le ré­sul­tat fi­nal, l’es­sen­tiel est de pas­ser un bon mo­ment avec soi-même. L’or­gasme, c’est la ce­rise sur le gâteau : s’il n’y a pas de ce­rise, ça n’em­pêche pas de kif­fer le gâteau.

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