POP ET TÉ­LÉ­RÉA­LI­TÉ

Cosmopolitan (France) - - HISTOIRE VRAIE - Vous sou­hai­tez nous ra­con­ter une his­toire ? Une ex­pé­rience ? Écri­vez-nous à cher­cos­[email protected]

pas trop qui il re­flète. Je ne com­prends plus le sys­tème, pour­quoi rien ne va, pour­quoi on re­cule in­dé­fi­ni­ment la date de sor­tie. Fi­na­le­ment, le disque est pro­gram­mé pour juillet, le grand creux, au lieu de mars, l’idéal. Le pre­mier single, « Sans ran­cune », est dé­si­gné contre mon choix : « Tu dis il vaut mieux se taire quand per­sonne veut t’écou­ter (...) Tant de choses à l’in­té­rieur que je n’ai pas su mon­trer (...) On veut dé­cro­cher la lune, l’im­pos­sible et plus en­core, même si je dis sans ran­cune, j’en­voie tout dans le dé­cor. »

La fin du rêve

Le single se plante, les ra­dios le dé­pro­gramment en deux se­maines. Les ventes de l’al­bum ne se­ront pas mau­vaises, mais la mai­son de disques se dés­in­té­resse de mon sort. J’ai 19 ans, et dans leurs têtes je suis dé­jà fi­nie. Plus per­sonne ne ré­pond à mes mails, mes ap­pels. Qu’ils n’y croient plus, ça m’étonne, mais je peux com­prendre, c’est le mé­tier qui rentre comme on dit. Mais dans ce cas, j’ai­me­rais par­tir, re­trou­ver ma li­ber­té. Non, je suis sous contrat, avec dix-huit mois de pré­avis, tout ce que je chante leur ap­par­tient. La chaîne YouTube Sin­dy Of­fi­ciel aus­si : si je poste un titre pour res­ter en lien avec ma com­mu­nau­té, c’est So­ny qui tou­che­ra l’ar­gent que ça gé­nè­re­ra. Mes pages FB et Ins­ta exis­taient avant, elles res­tent à moi, mais si­non je re­pars de zé­ro. Je fais une croix sur 50 000 abon­nés. 2016 ne se­ra vrai­ment pas mon an­née. Je tra­verse une pé­riode dif­fi­cile et m’en ouvre sur le web, une sto­ry pos­tée un soir de dé­prime, qui se re­trouve dé­cou­pée et ré­in­ter­pré­tée pour créer le buzz. Une mal­adresse, l’im­pul­si­vi­té de la jeu­nesse, un vrai re­gret. « Sin­dy clashe La Fouine ». Ma car­rière ne fait pas le poids. Me voi­ci de­ve­nue la cible des ha­ters. Et de quelques bien­veillances aus­si. En vingt ans, des di­zaines d’émis­sions, pro­lon­gées sur plu­sieurs sai­sons, ont vu éclore et dis­pa­raître des mil­liers d’ar­tistes. Très peu d’élus ont pu du­rer et vivre de la mu­sique, mais tous les can­di­dats au pre­mier « Oui », à la plus pe­tite sé­lec­tion, y ont cru. Tous ont pas­sé des bar­rières de sé­cu­ri­té der­rière les­quelles at­ten­daient les fans de l’émis­sion, tous ont pris la lu­mière des pro­jos sur le front et les com­men­taires du web dans les dents. Ils sont ap­pa­rus sur l’écran et leur ville les a re­con­nus, en­cen­sés, à un âge où l’ave­nir est droit de­vant. Pour cer­tains, ce­la a été un suc­cès éclair, pour d’autres un bout d’aven­ture qui en­jo­live les sou­ve­nirs, et pour beau­coup une ex­pé­rience amère.

En 2017, vive la li­ber­té !

Le contrat ex­pire et je res­pire. Me voi­ci en­fin libre. Mais je ne peux pas at­tra­per une gui­tare, me col­ler de­vant ma web­cam et ba­lan­cer ma mu­sique car j’ai be­soin de prod, de stu­dio, d’un in­gé­nieur son… Je dois in­ves­tir plu­sieurs mil­liers d’eu­ros pour chaque titre. J’en sors un, deux et il me faut ar­rê­ter, chan­ger mon fu­sil d’épaule. Même si je fais 500 000 vues. Je me re­cons­truis, je di­gère, je mû­ris, et je suis plus forte. Je sais que ce n’est pas l’his­toire d’une fille qui a connu le suc­cès et que tout le monde a ou­bliée. Les gens me suivent, ils sont des mil­liers sur les ré­seaux, je suis in­fluen­ceuse et j’en vis. C’est l’his­toire d’une chan­teuse qui a connu le suc­cès et que le mi­lieu a aban­don­née. Mais j’ai du men­tal, mon nou­vel es­sor est pro­gram­mé du cô­té de Londres, j’y ai des pro­jets et de l’éner­gie. De­puis hier, je re­tourne en stu­dio.

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