TRANSFORMATION DIGITALE, EXIT LA COM­MU­NI­CA­TION STATIQUE

Courrier Cadres - - SOMMAIRE - Par In­no­cen­tia Agbe

Au dé­but, il y a eu l’e-mail. Pe­tite ré­vo­lu­tion digitale il y a dé­jà plu­sieurs an­nées, il laisse place à des ou­tils plus col­la­bo­ra­tifs pour com­mu­ni­quer en en­tre­prise. Car les échanges doivent être ra­pides mais aus­si plus ef­fi­caces, moins sta­tiques. Sans comp­ter que de­main ils se­ront éga­le­ment plus in­tel­li­gents avec no­tam­ment l’in­té­gra­tion des bots.

Au tra­vail, nous avons sou­vent la sen­sa­tion d’être le pe­tit la­pin d’Alice au pays des mer

veilles, “Je suis en re­tard, en­core en re­tard”. “Nous sommes dans un mo­dèle où règne l’im­mé­dia­te­té et l’hy­per­con­nec­ti­vi­té. Ce­la im­pacte la ma­nière de com­mu­ni­quer au quo­ti­dien et for­cé­ment touche aus­si l’en­tre­prise. Ain­si, que ce soit via les e-mails ou les plates-formes, on

cherche à avoir tout de suite l’in­for­ma­tion”, dé­taille Fran­çois-Xavier Sam­bron, di­rec­teur gé­né­ral et co-fon­da­teur d’Om­nin­nov (édi­teur de lo­gi­ciels des­ti­nés aux en­tre­prises pour fa­ci­li­ter la co­or­di­na­tion des équipes et des hommes). Ce­pen­dant, un vent nou­veau souffle en en­tre­prise. L’e-mail, dont les li­mites sont de plus en plus poin­tées du doigt (à ce su­jet lire l’in­ter­view de Jean Gri­mal­di d’Es­dra, au­teur de “L’Em­pire du mail”, page 22), est tou­jours pré­sent mais n’est plus le seul re­pré­sen­tant de la com­mu­ni­ca­tion à l’ère digitale. “Elle a été ex­ces­si­ve­ment por­tée par l’e-mail. Il y a une vraie évo­lu­tion. Il existe une mul­ti­tude d’ou­tils”, ex­plique Ar­naud Ray­role, di­rec­teur gé­né­ral de Le­cko (con­seil et plate-forme d’ap­pui aux ac­teurs de la transformation in­terne). Les plates-formes collaboratives comme Slack, Work­place par Fa­ce­book, Yam­mer (pour en sa­voir plus sur ces ou­tils, lire page 26) ac­com­pagnent un vrai chan­ge­ment cultu­rel. La no­tion d’im­mé­dia­te­té peut tou­jours être pré­sente mais l’ac­cent est aus­si mis sur le tra­vail col­la­bo­ra­tif.

COM­MU­NI­CA­TION OU­VERTE

“Nous ne sommes plus du tout dans le même mode conver­sa­tion­nel. Jus­qu’à pré­sent, il y avait beau­coup de com­mu­ni­ca­tion top-down, très hié­rar­chi­sée, ca­drée. Ce­la vole en éclats. Au­jourd’hui, elle part dans tous les sens. Elle re­monte au­tant qu’elle des­cend. Cha­cun a le droit à la pa­role et la prend. La gé­né­ra­tion Z a aus­si de fortes de­mandes par rap­port à ce­la. Elle veut avoir la ca­pa­ci­té de s’ex­pri­mer et d’ac­cé­der à l’in­for­ma­tion”, ex­plique Fran­çois-Xavier Sam­bron. D’où la perte de vi­tesse de l’e-mail ju­gé trop statique tan­dis que les pla­tes­formes com­portent des vo­lets plus so­ciaux : tchat, pos­si­bi­li­té de créer des groupes, par­tage fa­ci­li­té de

do­cu­ments… “Nous sommes sur un chan­ge­ment cultu­rel as­sez ra­pide par rap­port à ceux qui ont eu lieu avant”, ob­serve Ar­naud Ray­role. Ce vi­rage s’opère aus­si pour des rai­sons de per­for­mance éco­no­mique. “À l’ex­té­rieur, il faut être agile. Ce qui né­ces­site en in­terne d’être ré­ac­tif, de pou­voir an­ti­ci­per les at­tentes du mar­ché. Et pour ce­la, il faut que la com­mu­ni­ca­tion puisse se faire en temps réel, ex­plique Fran­çois-Xavier Sam­bron. “Il s’agit de dé­ve­lop­per l’in­tel­li­gence col­lec­tive. Tous les pro­fes­sion­nels di­ront que nous sommes très mau­vais là des­sus. Pour­tant, c’est la pre­mière ri­chesse de l’en­tre­prise. Ces ou­tils doivent nous per­mettre aus­si de ca­pi­ta­li­ser sur cette in­tel­li­gence”, pour­suit ce der­nier. Fi­ni les se­crets et guerres de cha­pelles. “Il y a un vieux mythe qui dit ‘pour vivre heu­reux vi­vons ca­chés’. Si vous faites ce­la en en­tre­prise c’est la mort.” La com­mu­ni­ca­tion de­vient trans­ver­sale pour per­mettre de rendre les sa­la­riés plus au­to­nomes. Ces ou­tils cor­res­pondent aus­si aux nou­velles formes de tra­vail, aux­quelles les en­tre­prises et leurs ma­na­gers doivent s’adap­ter. “

“CE VI­RAGE S’ OPÈRE AUS­SI POUR DES RAI­SONS DE PER­FOR­MANCES ÉCO­NO­MIQUES”

pre­mier point est le tra­vail à dis­tance et asyn­chrone. Au­jourd’hui, le ma­na­ger a son équipe au­tour de lui mais les per­sonnes sont de plus en plus ame­nées à tra­vailler sur dif­fé­rents lieux. Les tech­no­lo­gies di­gi­tales vont lui per­mettre de gé­rer cette situation via les ré­seaux so­ciaux, les ou­tils de vi­sio, de par­tage de do­cu­ments… L’autre élé­ment étant que le té­lé­tra­vail tend aus­si à se

dé­ve­lop­per”, dé­crit Da­vid Au­tis­sier, maître de confé­rences HDR (ha­bi­li­ta­tion à di­ri­ger des re­cherches) à l’IAE Gus­tave Eif­fel et di­rec­teur de la chaire Es­sec du change

ment. “L’en­tre­prise tra­di­tion­nelle est un sys­tème un peu fer­mé avec des CDI, CDD et l’in­té­gra­tion de quelques pres­ta­taires. De­main, les ta­lents ne se­ront pas tous liés par un contrat. L’en­tre­prise va être une sorte d’éco­sys­tème où vont tra­vailler en­semble des sa­la­riés, des free­lances, des bé­né­voles sans être for­cé­ment sur le même lieu. Ces ou­tils vont per­mettre de faire fonc­tion­ner ce sys­tème ou­vert, agile, souple que se­ra l’en­tre­prise de de­main”, dé­crit Sé­bas­tien Bies­sy, di­rec­teur ta­lents pour le mar­ché fran­çais de Willis To­wers Wat­son (con­seil, cour­tage et solutions lo­gi­cielles).

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