Chan­geons notre re­gard sur l’éga­li­té et la mixi­té

Courrier Cadres - - SOMMAIRE - Par Agathe Po­tel, pro­fes­seure Lea­der­ship à l’EM Lyon Bu­si­ness School

Dès qu’on aborde la ques­tion de l’éga­li­té sa­la­riale, les dents grincent. Pour celles qui osent le dé­bat, il est vite ré­duit à une in­ten­tion de gom­mer les dif­fé­rences entre sexes. Ceux qui osent une po­si­tion de sou­tien sont vite ju­gés par une grande ma­jo­ri­té scep­tique de “sym­pa­thi­sants” qui s’af­frontent à un “faux pro­blème” !

En au­tomne 2015, le McKin­sey Glo­bal Ins­ti­tute pu­blie un rap­port mon­dial in­ti­tu­lé The

po­wer of pa­ri­ty qui montre, chiffres à l’ap­pui, les avan­tages éco­no­miques de la pro­mo­tion de l’éga­li­té hommes-femmes dans 95 pays. La simple pro­gres­sion de l’éga­li­té hom­mes­femmes condui­rait à ajou­ter 12 000 mil­liards de dol­lars à la crois­sance mon­diale. Dans son rap­port de la Com­mis­sion des en­tre­prises et du dé­ve­lop­pe­ment du­rable, le Fo­rum éco­no­mique de Da­vos 2017 es­time que la réa­li­sa­tion de l’ob­jec­tif d’équi­té de trai­te­ment sa­la­rial entre hommes et femmes contri­bue­rait à elle seule à hau­teur de 28 000 mil­liards de dol­lars au PIB mon­dial d’ici 2025. La mixi­té est une com­po­sante de la réus­site éco­no­mique des en­tre­prises. Une étude réa­li­sée par le ca­bi­net Glo­bal Con­tact fin 2016 montre que les en­tre­prises fran­çaises où tra­vaillent au­tant d’hommes que de femmes sont iden­ti­fiées comme 20 % plus per­for­mantes aux équipes non mixtes dans les en­tre­prises fran­çaises. Ce chiffre monte à 23 % à l’échelle mon­diale. Ce­ci est en­core plus vrai si l’on re­garde l’im­pact sur les ca­pa­ci­tés d’in­no­va­tion de l’organisation.

UN EN­JEU ÉTHIQUE

Si plu­sieurs études ont dé­jà été pu­bliées ces der­nières an­nées sur le lien entre fé­mi­ni­sa­tion des conseils d’ad­mi­nis­tra­tion et per­for­mance éco­no­mique, ce tra­vail d’ana­lyse de Glo­bal Con­tact les conforte en ap­por­tant pour la pre­mière fois des don­nées re­la­tives aux équipes. L’éga­li­té femme-homme ap­pa­raît comme une for­mi­dable op­por­tu­ni­té d’amé­lio­rer la per­for­mance éco­no­mique des en­tre­prises1. Au-de­là de l’im­pact éco­no-

mique, Il est im­por­tant de sou­li­gner les avan­tages d’un mieux vivre-en­semble, plus juste et plus har­mo­nieux. Si le monde de l’en­tre­prise donne la pos­si­bi­li­té d’ex­pri­mer ses ta­lents à toutes et tous et de bé­né­fi­cier des mêmes droits (sa­laire in­clus), alors pour­ra s’écrire une nou­velle page de son his­toire vers un ma­na­ge­ment plus juste et équi­li­bré et une organisation plus ren­table et créa­tive dans sa glo­ba­li­té. Que l’on se ras­sure, en fai­sant avancer les droits des femmes, les en­tre­prises ne fe­ront pas re­cu­ler ceux des hommes. Au contraire, tous, femmes et hommes pour­raient y trou­ver une oc­ca­sion d’at­teindre un meilleur équi­libre entre vie pro­fes­sion­nelle et vie pri­vée. Ce­ci consti­tue d’ailleurs une at­tente forte des jeunes gé­né­ra­tions dans les en­tre­prises. Sur ce point, la ca­pa­ci­té de l’organisation à se trans­for­mer est de plus en plus re­gar­dée par les nou­velles re­crues. Par ailleurs, la trans­for­ma­tion des en­tre­prises, vers plus d’agi­li­té, de créa­ti­vi­té et de res­pon­sa­bi­li­sa­tion par­ta­gée, in­tro­duit la né­ces­si­té du dé­ve­lop­pe­ment de nou­velles com­pé­tences émo­tion­nelles et re­la­tion­nelles in­dis­pen­sables à de nou­veaux fonc­tion­ne­ments col­lec­tifs. Les émo­tions de puis­sance telles que la co­lère, le mé­pris ou la fier­té, sont ac­cep­tées comme plus ap­pro­priées aux rôles so­ciaux mas­cu­lins traditionnels, tan­dis que l’on consi­dère que les émo­tions d’im­puis­sance (tris­tesse, peur, honte, culpa­bi­li­té) ap­par­tiennent aux rôles so­ciaux fé­mi­nins.

LI­BÉ­RER LES ÉNERGIES

De même, les com­pé­tences d’écoute, d’at­ten­tion, de sou­tien et de co­opé­ra­tion, qui gé­nèrent une meilleure im­pli­ca­tion des col­la­bo­ra­teurs, sont re­con­nues comme plus pré­sentes chez les femmes, de par l’his­toire et l’édu­ca­tion. Si ces as­ser­tions sont confir­mées par les tra­vaux de cher­cheurs sur l’in­tel­li­gence émo­tion­nelle, ils notent heu­reu­se­ment un dé­but d’évo­lu­tion dans ces re­pré­sen­ta­tions2. La com­plé­men­ta­ri­té hommes et femmes dans les équipes et les mé­tiers au sein de l’en­tre­prise crée­ra l’op­por­tu­ni­té pour cha­cun et cha­cune d’ac­qué­rir de nou­veaux sa­voir-faire. Par une conta­gion po­si­tive, elle sou­tien­dra le dé­ve­lop­pe­ment de nou­velles pos­tures ma­na­gé­riales plus équi­li­brées entre ac­tion et émo­tion, ré­sul­tat et re­la­tion, court et long terme. Les en­tre­prises de de­main vont avoir be­soin de “li­bé­rer” toutes les énergies : il ne s’agit pas d’un com­bat, ni d’une lutte mais d’une mu­ta­tion de nos col­lec­tifs pour construire un fu­tur riche de nos spé­ci­fi­ci­tés et com­plé­men­ta­ri­tés in­di­vi­duelles3. C’est l’af­faire de toutes et tous ! 1 Pour al­ler plus loin consulte z les tra­vaux du Haut Conseil de l’ éga­li­té entre les hommes et les femmes( Cf. Pierre Yves Gin et ). 2 Pour al­ler plus loin consul­tez le tra­vail de re­cherche de Lis a Bel­ling­shau­sen et Ch­ris­tophe Haag sur l’ in­tel­li­gence émo­tion­nelle. 3 Con­clu­sion de la jour­née Tra­vailler En­semble Au­tre­ment 4 ème édi­tion 15 juin 2018 or­ga­ni­sée à em­lyon bu­si­ness school.

LA MIXI­TÉ EST UNE COM­PO­SANTE DE LA RÉUS­SITE ÉCO­NO­MIQUE DESENTREPRISES

Agathe Po­tel

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