LE VI­GNOBLE QUI MONTE Bré­zème re­monte la côte du Rhône

La ri­chesse du pas­sé vi­ti­cole du co­teau drô­mois est un atout de taille pour la re­nais­sance du vi­gnoble, trait d’union entre le nord et le sud de la val­lée du Rhône.

Cuisine et Vins de France - - SOMMAIRE - PAR KA­RINE VA­LEN­TIN

C’était aux temps ja­dis, Bré­zème va­lait L’Her­mi­tage, et le blanc du vil­lage éle­vé sous voile re­ce­vait les louanges lors de l’Ex­po­si­tion uni­ver­selle de 1855. Avant dé­jà, quelques bou­teilles du nec­tar da­tées de 1810 au­raient fait les cam­pagnes d’Aus­ter­litz à Wa­ter­loo dans le cais­son d’ar­tille­rie du ba­ron Blan­card, gé­né­ral de Na­po­léon. Dé­gus­tées en 1830, ces bou­teilles de blanc étaient fa­meuses, preuve de l’ap­ti­tude au vieillis­se­ment du vin du co­teau sur­plom­bant la Drôme. Mais le phyl­loxé­ra ar­ri­va, ve­nu des Amé­riques il dé­vas­te­ra la qua­si-to­ta­li­té du vi­gnoble eu­ro­péen, le pe­tit vi­gnoble de Bré­zème n’y sur­vé­cut pas. Seuls quelques rangs sur le co­teau re­na­quirent ti­mi­de­ment. Puis, comme les hommes ont be­soin de se re­grou­per pour af­fron­ter l’ad­ver­si­té, une co­opé­ra­tive voit le jour en 1974, mar­quant le dé­but des re­plan­ta­tions, jus­qu’à 33 ha au­jourd’hui.

Un jar­din se­cret

L’am­phi­théâtre, ber­ceau du vi­gnoble, re­trouve sa phy­sio­no­mie rayée de ter­rasses aux mu­rets de pierres sèches que les vi­gne­rons re­cons­truisent au fil des plan­ta­tions. Grâce à cette confi­gu­ra­tion, les vignes pro­fitent d’un en­so­leille­ment idéal et des vi­gne­rons in­dé­pen­dants élar­gissent le champ du pos­sible de l’ap­pel­la­tion pour culti­ver sur le pla­teau. Ex­po­sé plein sud, le vi­gnoble re­çoit le jour la cha­leur du so­leil, mais le souffle du Ver­cors qui court le long de la val­lée de la Drôme pro­voque une grande va­ria­tion de tem­pé­ra­ture la nuit ve­nue. Cli­mat idéal pour la ma­tu­ra­tion des sy­rah, rous­sanne et mar­sanne, les trois rai­sins de la val­lée nord du Rhône, aux­quels en blanc se greffent le vio­gnier et un peu de clai­rette. To­ta­le­ment à part dans le re­gistre

« Nous avons un vi­gnoble avec des cé­pages du nord mais le so­leil du sud, et des zones va­riées entre le co­teau et le pla­teau dont un som­met à 256 m qu’on ap­pelle le mont Rô­ti, fait de cal­caire af­fleu­rant. De­puis le XIXe siècle, les vins de ce co­teau se ven­daient sous le nom de bré­zème. Lors du ré­fé­ren­ce­ment des vi­gnobles de la val­lée du Rhône, le ba­ron Le­roy avait “d’autres chats à fouet­ter”, les vins ont donc gar­dé le nom du co­teau sans autre qua­li­fi­ca­tif (ni vil­lage ni cru), comme une sorte de no man’s land… En 1974, lors de la créa­tion du syn­di­cat, on ache­tait du bré­zème de­puis tou­jours, ce­la n’a pas chan­gé. »

des côtes-du-rhône, le vin de la com­mune de Li­vron n’est ni un côtes-du-rhône-vil­lages – il n’en existe au­cun au nord de la val­lée du Rhône – ni un cru. Cette cu­rio­si­té en­core mé­con­nue, ce « jar­din se­cret » ne le res­te­ra peut-être plus pour long­temps. La ra­re­té ayant un at­trait cer­tain, la re­prise ré­cente du Do­maine de Bre­seyme par le né­go­ciant Mai­son et Do­maines Les Alexan­drins signe l’in­té­rêt du ter­roir à mi-che­min entre le Rhône sep­ten­trio­nal et mé­ri­dio­nal.

L’am­phi­théâtre de Bré­zème aux pentes aus­si raides que celles du côte-rô­tie.

pré­sident du Syn­di­cat des vi­gne­rons des co­teaux de Bré­zème. Yves Men­gin,

Les pro­duc­teurs re­plantent la vigne et ré­ha­bi­litent les mu­rets an­ces­traux.

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