QUELLES SO­LU­TIONS POUR RE­LAN­CER

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LA GES­TION DES PE­TITS CAM­PINGS ?

La force que re­pré­sente l’hô­tel­le­rie de plein air fran­çaise avec ses quelque 8000 cam­pings se fra­gi­lise chaque an­née. En cause : la dis­pa­ri­tion de « pe­tits » ter­rains mu­ni­ci­paux faute de moyens pour les gar­der com­pé­ti­tifs. Les com­munes re­courent le plus sou­vent à la Dé­lé­ga­tion de Ser­vice Pu­blic pour as­su­rer l’ex­ploi­ta­tion de leurs struc­tures. Une for­mule ré­pan­due qui, se­lon la ma­nière dont elle est uti­li­sée, ne se ré­vèle pas tou­jours sé­dui­sante pour les opé­ra­teurs pri­vés. D’autres so­lu­tions existent. Dé­ci­sions fait le point.

En 20 ans, la France a per­du en­vi­ron un mil­lier de cam­pings et plus de 45000 em­pla­ce­ments. « Si l’on n’y prend pas garde, dans dix ans nous au­rons per­du le maillage du ter­ri­toire qui fait la ri­chesse de l’offre de l’hô­tel­le­rie de plein air en France » , s’in­quiète Pa­trick An­ceaux, ges­tion­naire de cam­ping en Sa­voie. At­ta­ché à l’at­trac­ti­vi­té tou­ris­tique de son dé­par­te­ment, il constate l’exis­tence d’une offre à deux vi­tesses de plus en plus mar­quée, avec d’un cô­té des cam­pings de plus de 150 em­pla­ce­ments qui suivent l’évo­lu­tion du mar­ché, et de l’autre des pe­tits ter­rains dont le ni­veau de pres­ta­tions est dé­con­nec­té des at­tentes des clien­tèles. « En Sa­voie, il y a un déficit d’équi­pe­ment en pis­cines cou­vertes et chauf­fées, en res­tau­rants, en hé­ber­ge­ments lo­ca­tifs… » re­marque Pa­trick An­ceaux, « Or, étant don­né que 50 % des cam­pings sa­voyards ap­par­tiennent aux col­lec­ti­vi­tés et que celles-ci ont vu leur en­ve­loppe bud­gé­taire d’aide pu­blique se ré­duire, l’ef­for t qu’elles comp­taient por­ter sur leurs cam­pings n’entre plus dans leurs prio­ri­tés. »

Les li­mites de la DSP

Pour pal­lier cette dif­fi­cul­té, les col­lec­ti­vi­tés re­courent gé­né­ra­le­ment à la mise en ges­tion pri­vée de leurs ter­rains de cam­pings afin que les in­ves­tis­se­ments né­ces­saires soient réa­li­sés. La pro­cé­dure ma­jo­ri­tai­re­ment uti­li­sée est la mise en Dé­lé­ga­tion de Ser­vice Pu­blic (DSP) sur une du­rée qui va­rie en fonc­tion de l’in­ves­tis­se­ment à réa­li­ser (de 300000 à 2 mil- lions d’eu­ros pour les pe­tits ter­rains). Les col­lec­ti­vi­tés pu­bliques peuvent (dans les li­mites du droit de la concur­rence) mo­du­ler la du­rée du contrat, et cette der­nière est cru­ciale pour la réus­site de la DSP lorsque des in­ves­tis­se­ments lourds sont à réa­li­ser. Comme l’ex­pli­quait le ca­bi­net d’ex­pert-comp­table Accior dans un ar­ticle pu­blié dans le nu­mé­ro 199 de Dé­ci­sions, « il existe trois formes de DSP: la ré­gie in­té­res­sée, l’af­fer­mage et la conces­sion. Les dif­fé­rences entre ces trois modes de ges­tions sont liées aux in­ves­tis­se­ments à en­ga­ger, à la ré­mu­né­ra­tion du dé­lé­ga­taire et aux risques pris par le dé­lé­ga­taire. Dans le cadre de l’hô­tel­le­rie de plein air, les in­ves­tis­se­ments de­man­dés par les col­lec­ti­vi­tés étant consé­quents, la plu­part des contrats de DSP mis en place sont des conces­sions. » En somme, dans le cadre d’une conces­sion, les in­ves­tis­se­ments sont in­té­gra­le­ment sup­por­tés par le dé­lé­ga­taire, ain­si que le risque. À l’is­sue du contrat, la col­lec­ti­vi­té peut ré­cu­pé­rer des in­fra­struc­tures mo­dernes et bien en­tre­te­nues si le cam­ping a été bien gé­ré et que le contrat pré­voyait bien les in­ves­tis­se­ments né­ces­saires et leur re­nou­vel­le­ment. Les opé­ra­teurs pri­vés les « mieux di­sant » au­jourd’hui en terme d’ap­ports fi­nan­ciers sont les groupes ou les chaînes, mais ces der­niers ne s’in­té­ressent pas aux éta­blis­se­ments de moins de 150 em­pla­ce­ments. Les can­di­dats à la ges­tion de pe­tits cam­pings sont donc gé­né­ra­le­ment des per­sonnes seules ou des couples qui ont ra­re­ment plus de 300000 eu­ros à ap­por­ter en in­ves­tis­se­ment ou en ga­ran­tie. Faute d’un ap­port suf­fi­sant, ces per­sonnes se voient re­fu­ser un cré­dit ban­caire. Car dans le cas d’un cam­ping mu­ni­ci­pal gé­ré en DSP, les éta­blis­se­ments fi­nan­ciers ne peuvent pas prendre d’hy­po­thèques puisque le ges­tion­naire n’est pas pro­prié­taire. Ils ne peuvent pas prendre non plus de nan­tis­se­ment puis­qu’il n’y a pas de fonds de com­merce. Par consé­quent, les pos­si­bi­li­tés de trou­ver un opé­ra­teur pri­vé qui ré­ponde à tous les cri­tères du cahier des charges pré­sen­té par la col­lec­ti­vi­té, se ré­duisent consi­dé­ra­ble­ment. On as­siste alors ré­gu­liè­re­ment à la fer­me­ture pure et simple de cam­pings mu­ni­ci­paux. À titre d’exemple, France Bleu re­layait fin avril l’ap­pel à l’aide du pe­tit vil­lage d’Al­bon-d’Ar­dèche, obli­gé de fer­mer le cam­ping mu­ni­ci­pal faute de moyens pour mo­der­ni­ser ses équi­pe­ments et se confor­mer aux normes de sé­cu­ri­té et d’ac­ces­si­bi­li­té. « La mu­ni­ci­pa­li­té, les com­mer­çants et les ha­bi­tants disent se sen­tir com­plè­te­ment ou­bliés par l’État », re­lève le média. Ce ter­rain ou­vert de­puis plus de 40 ans contri­buait no­tam­ment au fonctionnement des com­merces.

État des lieux des cam­pings mu­ni­ci­paux

Sur un peu plus de 8000 cam­pings en France, 5605 ter­rains sont clas­sés (au 15 mai 2018) se­lon le « re­gistre des hé­ber­ge­ments tou­ris­tiques clas­sés » te­nu par Atout France. Par­mi ces cam­pings clas­sés, près de 90 % ont moins de 150 em­pla­ce­ments. D’autre part, 402 cam­pings clas­sés sont clai­re­ment iden­ti­fiés comme des ter­rains mu­ni­ci­paux et 82 % d’entre eux ont moins de 150 em­pla­ce­ments. Il y au­rait ce­pen­dant en France près de 1900 cam­pings mu­ni­ci­paux dont en­vi­ron 500 en ges­tion pri­vée. Ces deux der­niers chiffres concer­nant le mar­ché des cam­pings mu­ni­ci­paux sont une ap­proxi­ma­tion à vé­ri­fier. Aus­si, pour avoir une pho­to­gra­phie la plus pré­cise pos­sible de ce type d’éta­blis­se­ments, un tra­vail de four­mis est réa­li­sé de­puis près de deux ans sur le seul ter­ri­toire de la Sa­voie par les pro­fes­sion­nels de l’HPA, en étroite col­la­bo­ra­tion avec la CCI et les ins­tances dé­par­te­men­tales. « Il s’agit de dres­ser un état des lieux des cam­pings mu­ni­ci­paux pour en con­naître le nombre et com­pren-

Les col­lec­ti­vi­tés lo­cales songent de plus en plus à confier la ges­tion de leur cam­ping à des opé­ra­teurs pri­vés. En­core faut-il que le contrat qui les lie soit ga­gnant-ga­gnant pour les deux par­ties.

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