ET SI LE LUXE ÉTAIT

Décisions - - Sommaire -

DANS LA LEN­TEUR ?

Nous n’ac­cep­tons plus de perdre du temps. Pour­tant nous en avons ga­gné beau­coup et le consa­crons prin­ci­pa­le­ment à nos loi­sirs. Le 21 juin, jour­née in­ter­na­tio­nale de la len­teur, in­cite à ré­flé­chir à des so­lu­tions pour en­ri­chir la per­cep­tion du temps de vos clients lors de leurs sé­jours. Sou­vent en avance sur ces ques­tions de l’ac­com­plis­se­ment per­son­nel, les cam­pings na­tu­ristes ont in­ves­ti le su­jet de­puis long­temps. Des ate­liers de mé­di­ta­tion, la va­lo­ri­sa­tion des cir­cuits courts, l’ani­ma­tion de mo­ments com­mu­nau­taires font par­tie de leurs pro­grammes. Alors que tout le monde se plaint de man­quer de temps, peu­têtre avez-vous des ac­tions à mettre en oeuvre pour per­mettre à vos clients d’avoir l’im­pres­sion d’ar­rê­ter la fuite du temps et de rendre leurs va­cances plus riches. Ils y ga­gne­ront en sa­tis­fac­tion et en re­con­nais­sance à l’égard de votre cam­ping. Vous y ga­gne­rez en apai­se­ment re­la­tion­nel au sein du cam­ping et pro­ba­ble­ment en fi­dé­li­sa­tion.

Se­lon le so­cio­logue Jean Viard : « Nous sommes en­trés dans une ci­vi­li­sa­tion du temps long et du tra­vail court. » Nous vi­vons en moyenne 700 000 heures, soit 200 000 de plus qu’il y a un siècle. Un pay­san tra­vaillait alors 200 000 heures. Au­jourd’hui nous tra­vaillons 70000 heures et nous étu­dions 30 000 heures. Avec un som­meil qui nous prend 200 000 heures, il nous reste donc un temps im­por tant de 400000 heures à oc­cu­per. Nous l’in­ves­tis­sons plus ou moins bien se­lon nos contraintes. Et elles peuvent être nom­breuses: temps de route pour se rendre au tra­vail (50 km en moyenne par jour et par sa­la­rié en France), contraintes édu­ca­tives des en­fants, santé, temps consa­cré aux achats, au mé­nage, aux dé­marches ad­mi­nis­tra­tives. Ce­pen­dant, en moyenne, il nous reste du temps pour nos loi­sirs et là, les dif­fé­rences sont ma­jeures se­lon l’éducation, le pou­voir d’achat, notre po­si­tion so­ciale.

Des Vi­sh­nou de l’ins­tan­ta­néi­té

Nous vi­vons sous le règne d’une chro­no­mé­trie qui crée de l’ur­gence, pour tout y com­pris pour le su­per flu. Nous sommes at­teints « d’ac­cé­lé­rite » se­lon Christophe An­dré, psy­chiatre et au­teur. La vi­tesse est pro­gram­mée comme l’une des com­po­santes es­sen­tielle du tra­vail : la ren­ta­bi­li­té est liée à l’exé­cu­tion ra­pide de tâches. Cer­tains mé­tiers y échappent, mais ils sont rares : mé­tiers d’art, mé­tiers en lien avec la na­ture… Smart­phone, or­di­na­teur, as­sis­tant vo­cal do­mes­tique : toutes les tech­no­lo­gies nu­mé­riques visent, au-de­là des ser­vices réels qu’elles nous four­nissent, à sa­tis­faire nos fan­tasmes de dé­mul­ti­pli­ca­tion. Ici et ailleurs, connec­tés en conti­nu, amis avec la masse, rien de tout ce­la n’est dans la vraie vie.

Cette im­mé­dia­te­té crée une ten­sion per­ma­nente en forte ac­cé­lé­ra­tion avec l’ap­pa­ri­tion et l’at­tente de nou­velles so­lu­tions tech­no­lo­gique. Sé­cré­tées de plus en plus sou­vent, les hor­mones du stress, comme le cor­ti­sol, l’adré­na­line, la ca­té­cho­la­mine nous donnent l’im­pres­sion d’être sub­mer­gés. Le bruit est dé­sor­mais per­ma­nent dans nos mé­tro­poles : dans nos ap­par­te­ments et mai­sons, dans les rues, au tra­vail, des fê­tards du soir aux éboueurs du pe­tit ma­tin, la nuit de­vient de plus en plus courte.

« Pro­po­sez des ac­ti­vi­tés tôt le ma­tin pour re­trou­ver un équi­libre chro­no­bio­lo­gique »

Aus­si nous n’ac­cep­tons plus de perdre du temps: nous avons ga­gné en au­to­no-

mie au fil des dé­cen­nies et, alors que nous avons ga­gné 20 ans de vie en France de­puis 1900, nous sommes re­pris en main par les mes­sages conti­nus de nos ou­tils nu­mé­riques qui créent un sen­ti­ment per­ma­nent d’ur­gence. « Ce n’est point le temps qui manque, c’est nous qui lui man­quons », di­sait Paul Clau­del, dra­ma­turge, poète et di­plo­mate. Il est vrai que la ri­chesse in­épui­sable du monde nous in­dique qu’une vie en­tière ne sau­rait suf­fire à l’ex­plo­rer. À la spé- cia­li­sa­tion d’un art, nous pré­fé­rons de plus en plus les mi­cro-sé­quences ex­plo­ra­toires et la frus­tra­tion qui va avec le fait de ne pou­voir tout faire, tout vivre.

Emer­gence du slow tou­risme

En ré­ponse, des so­lu­tions ap­pa­raissent comme le slow tou­risme. Né en Ita­lie dans les an­nées 1980 en ré­ac­tion au pro­jet d’ins­tal­la­tion d’un fast food place d’Es­pagne à Rome, le mou­ve­ment slow se dé­cline dans di­verses sphères de notre vie : l’alimentation, la pro­duc­tion ar­tis­tique, les dé­pla­ce­ments de proxi­mi­té qui de­viennent doux, la sexua­li­té dont la len­teur est un art sen­suel, les loi­sirs. Le ra­len­tis­se­ment offre un épa­nouis­se­ment, une belle ex­pé­rience du fait d’être, d’agir et de maî­tri­ser son temps.

Nous le for­mu­lons ain­si et spé­cia­le­ment à l’égard du cam­ping, pra­tique en plein air, sou­vent dans de beaux es­paces fa­ci­li­tant le re­gard sur l’ho­ri­zon, né­ces­si­tant du temps de marche ne se­rait-ce que pour se rendre aux sa­ni­taires ou dans les com­merces : les va­cances sont le mo­ment de ré­cu­pé­rer du re­tard. Oui, vous avez bien lu : ré­cu­pé­rer ou rat­tra­per, par né­ces­si­té et par vo­lon­té, du re­tard sur la vi­tesse de nos vies. Un cam­ping peut être un re­fuge pour soi­gner les maux du temps pres­sé, du dé­pas­se­ment, de l’ex­trême li­mite, de l’ex­cel­lence, de la per for­mance du quo­ti­dien.

Le juste temps plu­tôt que le juste à temps

Rê­ver, bayer, nous dé­tendre, de­viennent des temps rares au quo­ti­dien, or notre corps en a be­soin. Ra­len­tir c’est res­sen­tir : le calme, c’est ici et main­te­nant pour ap­prendre à ne pas ré­agir, mais à agir. Les mé­de­cins consi­dèrent que deux se­maines de va­cances sont né­ces­saires pour re­trou­ver une forme de len­teur et ré­veiller nos hor­mones du plai­sir. Dans vos cam­pings, il me semble que vous pour­riez pro­po­ser des sé­quences et des lieux dé­diés au gain de temps. Le mes­sage sui­vant est à pro­po­ser à vos clients sur vos sites web au mo­ment de la re­cherche des va­cances, ain­si que sur place : le « je suis dé­bor­dé » se­ra rem­pla­cé par le « je suis en har­mo­nie ».

Le mo­dèle des sim­pli­ci­taires vo­lon­taires, qui pri­vi­lé­gient les liens aux biens, pour se li­bé­rer pro­gres­si­ve­ment de la chaîne de l’ar­gent, peut être mis en oeuvre fa­ci­le­ment au sein de votre cam­ping. ■

« Le mes­sage à faire pas­ser à vos clients pour­rait être : ici, je rem­place le “je suis dé­bor­dé” par “je suis en har­mo­nie” »

UN CAM­PING S’Y EN­GAGE DÉ­JÀ AC­CEP­TER LES PAIE­MENTS EN BIT­COIN ?

Vi­site gui­dée na­ture et mé­di­ta­tion au cam­ping Val de Vie en Vendée.

L’éco­lo­gie à Bé­lé­zy, un vrai su­jet qui sup­pose du temps long.

Le cam­ping Le So­leil du Pi­beste in­ves­tit plei­ne­ment les so­lu­tions fa­vo­ri­sant le res­sour­ce­ment per­son­nel.

Prendre le temps de s’ac­com­plir en plein air.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.