À VOS FOUR­NEAUX !

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Phé­no­mène de so­cié­té, la cui­sine est par­tout. Qui plus est dans un pays de gas­tro­no­mie. Et l’on s’étonne que cette ac­ti­vi­té uni­ver­selle ne soit pas da­van­tage pré­sente dans l’offre des cam­pings…

C’est cu­rieux, de­puis un cer­tain temps, ce goût pour tout ce qui tourne au­tour de la cui­sine. Bien qu’as­sez lo­gique, dans un pays qui a fait de la tra­di­tion cu­li­naire un éten­dard in­ter­na­tio­nal, et dans le­quel tout passe fi­na­le­ment par la cui­sine. Re­gar­dez : jusque dans la vie po­li­tique, on parle de cui­sine élec­to­rale! La cui­sine est par­tout. À l’heure de la so­cia­li­sa­tion des mé­dias, elle a bien évi­dem­ment ga­gné la sphère in­ter­net, avec une mul­ti­tude de blogs et de sites liés à la cui­sine. Per­son­nel­le­ment, dans le genre, en cas d’ou­bli ou de doute, c’est mar­mi­ton. org ou Su­per­toi­nette qui viennent à la res­cousse! Un peu par­tout, on a vu fleu­rir des cours et ate­liers de cui­sine, d’ailleurs fi­na­le­ment plus sou­vent dis­pen­sés par d’an­ciennes DRH ou d’ex­pu­bards au chô­mage que par d’au­then­tiques cui­si­niers… Mais peu im­porte, en cui­sine c’est la pas­sion qui compte. Le pe­tit écran n’est bien sûr pas en reste, avec la mul­ti­pli­ca­tion des émis­sions de té­lé réa­li­té met­tant en avant les ta­lents cu­li­naires des par­ti­ci­pants ; bien que le fi­lon semble un peu s’épui­ser ces der­niers temps. À croire que les pro­duc­teurs craignent quelques dé­ra­pages à l’image de Koh Lan­ta; un concur­rent qui s’em­pale sur une fourchette à gi­got, ou pour col­ler à l’ac­tua­li­té, le viol d’une can­di­date dans la chambre froide au mi­lieu des con­combres ! Brrrr!

L’art cu­li­naire est pa­ré de toutes les ver­tus

Mais ras­su­rez-vous, la cui­sine a tou­jours de beaux jours de­vant elle. Pour con­ti­nuer sur la té­lé, il n’est qua­si­ment pas une émis­sion de talk-show, d’ac­tua­li­té, voire d’au­to­mo­bile (mais oui!) qui ne pré­sente pas une re­cette quo­ti­dienne en pla­teau. On mange ce qui s’est cui­si­né de­vant les ca­mé­ras chez Anne-Eli­sa­beth Le­moine, et l’on n’hé­site pas à convier des chefs étoi­lés pour un med­ley sau­cis­son­na­ge­pi­lo­tage au­tour de la der­nière Porsche chez les réa­li­sa­teurs des (rares) émis­sions au­to­mo­biles pré­sentes dans le PAF. Cer­tains mau­vais es­prits (dont je suis) pour­raient même y voir un gage de qua­li­té des émis­sions, sa­chant que la cui­sine n’a pas at­teint les « ac­cess et prime time » de C8… De cette om­ni­pré­sence de l’art cu­li­naire on au­rait mau­vaise grâce de se plaindre. Les ex­perts (on re­couvre sous le terme « ex­perts » un large éven­tail qui va du psy­cho­thé­ra­peute spé­cia­li­sé dans les pro­blèmes de couple, à Maï­té, ex­perte de l’ère pré-Cy­ril Li­gnac dans la cultis­sime pré­pa­ra­tion des cou­cou­gnettes de ca­nard flam­bées à l’ar­ma­gnac et dont on a semble-t-il per­du la trace), les ex­perts, donc, mettent en avant les ver­tus in­éga­lées de la cui­sine dans qua­si­ment tous les do­maines de la vie quo­ti­dienne. Ain­si, la cui­sine a des ver tus re­laxantes. Elle vide la tête. Elle se­rait sou­ve­raine dans la thé­ra­pie du burn out. Elle est in­ter­gé­né­ra­tion­nelle, pa­ri­taire, plu­ri­cul­tu­relle, et fa­vo­rise donc la mixi­té à tous les éche­lons. Elle oblige les hy­per-dis­traits à l’at­ten­tion, va­lo­rise les plus faibles et force les plus puis­sants à dé­cou­vrir l’hu­mi­li­té. Elle met à leur juste va­leur les pe­tits pro­duc­teurs lo­caux et les mul­tiples spé­cia­li­tés des ter­roirs. Elle est créa­tive, puisque la fi­na­li­té est d’ob­te­nir un ré­sul­tat qui doit être agréable à l’oeil (si pos­sible) comme au pa­lais.

Simple, avec peu de moyens

Elle plaît au­tant aux his­to­riens qu’aux phy­si­ciens. Ajou­tons à ce­la qu’elle peut qua­si­ment se pra­ti­quer avec des gestes et le lan­gage des signes, et nous pour­rons en conclure que la cui­sine est un passe-temps uni­ver­sel. On pour­rait même dire LE pas­se­temps, l’ac­ti­vi­té uni­ver­selle de loi­sirs. Qua­si­ment tout le monde est à éga­li­té dans un cours de cui­sine; cha­cun a ses chances et nul n’est à l’abri de lou­per une re­cette. Pa­rée de toutes ces ver­tus, on se de­mande bien comment les ate­liers cu­li­naires ne sont pas en­core en­trés en force dans les en­tre­prises pour rem­pla­cer ces conne­ries de team buil­ding par les­quels on leur fait en­core croire qu’elles vont sou­der et mo­ti­ver leurs équipes en sau­tant à l’élas­tique ou au vo­lant d’un kar­ting! Autre ar­gu­ment, s’il fal­lait en­core en trou­ver, de la cui­sine, ce­lui de son coût ac­ces­sible à tous les bud­gets, à moins de se spé­cia­li­ser dans cer­taines pré­pa­ra­tions. Ima­gi­nez le ta­bleau : au­jourd’hui, ate­lier sur le thème « ho­mard bleu de Bre­tagne et ca­viar de Gi­ronde »… Non, le propos est de faire simple – on peut même ap­prendre à cui­si­ner les restes – avec peu de moyens hu­mains, un mi­ni­mum de ma­té­riel et les pro­duits du mar­ché ( qu’on au­ra pris le temps de faire avec les par­ti­ci­pants de l’ate­lier cui­sine), on peut donc of­frir une ac­ti­vi­té de loi­sirs uni­ver­selle!

Le cam­ping, un cadre idéal

Et, d’après vous, quel se­rait l’en­droit idéal où l’on au­rait à la fois le temps, la pos­si­bi­li­té de se vi­der la tête, l’en­vie de vivre une nou­velle ex­pé­rience, l’op­por­tu­ni­té de ren­con­trer des in­con­nus d’autres ho­ri­zons ou qui parlent d’autres langues, la proxi­mi­té avec le ter­roir et ses pro­duits de sai­son ? Mais c’est bien sûr! Le cam­ping! Avec une telle ad­di­tion d’élé­ments po­si­tifs, il est cu­rieux – per­met­tez-moi de po­ser la ques­tion – que la cui­sine soit aus­si peu pré­sente dans l’offre d’ac­ti­vi­tés des cam­pings. Peut-être d’ailleurs ne doit-on pas la pré­sen­ter comme une ac­ti­vi­té clas­sique, mais peu im­porte. Ex­trê­me­ment rares sont fi­na­le­ment les éta­blis­se­ments qui ont pen­sé à jouer la carte de l’ate­lier cu­li­naire, alors qu’il ne né­ces­site pas de lourdes in­fra­struc­tures, est réel­le­ment dans l’air du temps, et s’adresse ab­so­lu­ment à tous. Un constat d’au­tant plus sur­pre­nant que nombre de cam­pings sont plu­tôt sen­si­bi­li­sés à l’art de vivre et aux spé­cia­li­tés ré­gio­nales. Il est quand même plus simple de trou­ver un(e) spé­cia­liste prêt(e) à ini­tier les clients à l’art des pin­xos et de l’axoa (à vos dic­tion­naires basques !) pour des ate­liers ré­créa­tifs (et utiles par la suite) qu’un prof de pelote basque (avec construc­tion d’un trin­quet qui plus est!). Si vous n’y avez pas en­core pen­sé, il est en­core temps d’ap­por­ter à votre sai­son – et à votre cam­ping – ce pe­tit plus cu­li­naire qui fe­ra qu’au lieu d’être sim­ple­ment agréable, il res­te­ra in­ou­bliable. À vos four­neaux et à vos plan­chas, tel est le mot d’ordre! ■

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