LA VA­CANCE DE MON­SIEUR HU­LOT

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En prin­cipe, et j’es­père tra­duire une réa­li­té, à Dé­ci­sions on ne fait pas de po­li­tique. Des lec­teurs de droite, de gauche (si tant est que cette di­cho­to­mie si­gni­fie en­core quelque chose), des ex­tré­mistes (peut-être), de doux éco­los (cer­tai­ne­ment), et de rudes ca­pi­ta­listes (aus­si), on en a.

Alors ce qui va suivre n’est pas po­li­tique; juste un constat: s’il fal­lait re­te­nir un évé­ne­ment d’un été très chaud et sec qui n’a pas pour au­tant été ca­ni­cu­laire au point d’al­lé­ger les comptes des as­su­rances re­traite et de la sécu en dé­ga­geant quelques cen­taines de mil­liers de post-oc­to­gé­naires déshy­dra­tés, cet évé­ne­ment se­rait l’aban­don de poste du mi­nistre d’État de la Tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire (?...), Ni­co­las Hu­lot. Au-de­là de l’Éco­lo­gie en tant que par­ti po­li­tique, qui a mal­heu­reu­se­ment prou­vé que les luttes in­tes­tines des uns et des autres de ses di­ri­geants n’étaient pas dif­fé­rentes, voire pires, de celles de l’énar­chie tra­di­tion­nelle, la fi­gure de Ni­co­las Hu­lot avait quelque chose de ré­con­for­tant jus­te­ment par sa di­men­sion hors par­ti, et par le haut de­gré de sen­si­bi­li­sa­tion que l’homme mé­dia­tique a ap­por­té pour une ré­flexion éco­lo­gique glo­bale sur l’ave­nir de la pla­nète. Après son dé­part, pour des rai­sons sur les­quelles les mé­dias conti­nuent tou­jours de glo­ser (pro­ba­ble­ment faute de cen­taines de mil­liers de post-oc­to­gé­naires morts déshy­dra­tés à se mettre sous la dent), il faut bien faire un constat. Ter­rible. Mais bien réel: l’ave­nir de la pla­nète n’est pas une prio­ri­té.

Les vé­ganes qui dé­truisent des bou­che­ries se trompent de cible

Vrai qu’il n’est pas fa­cile d’inau­gu­rer un porte-conte­neurs géant des mers, gloire de l’in­dus­trie na­vale fran­çaise, sans avoir d’ar­rière-pen­sées désa­gréables sur ce monstre de pol­lu­tion et sa ca­pa­ci­té à trans­por­ter en­core plus de conte­neurs bon­dés de pro­duits « made in Chi­na » eux-mêmes éla­bo­rés dans des condi­tions ca­tas­tro­phiques pour l’éco­lo­gie, mais in­dis­pen­sables à notre so­cié­té de sur­con­som­ma­tion et re­di­ri­gés de­puis les ports d’ac­cès par des flottes de ca­mions qui ne payent même pas une éco­taxe que nos di­ri­geants ont été in­ca­pables de dé­fendre face aux lob­bies rou­tiers. Et pour­quoi pas pour trans­por­ter les tonnes de so­ja et autres graines qui font le bon­heur des aya­tol­lahs du vé­ga­nisme? Nos « amis » vé­ganes. Eux aus­si ont mon­tré cet été un vi­sage pas très ré­jouis­sant, dé­trui­sant par-ci par-là quelques vi­trines de bou­chers, de cré­miers; ré­pé­tant, es­pé­rons-le in­no­cem- ment, ce qui se fai­sait dans l’Al­le­magne des an­nées 30… En ou­bliant que le cou­pable n’est ni l’ar­ti­san bou­cher, ni l’éle­veur qui peine, mais peu­têtre la mon­dia­li­sa­tion de la bouffe gé­rée par des in­té­rêts lar­ge­ment su­pé­rieurs. Au moins ce ba­teau géant de 400 mètres de long pour­ra-t-il fran­chir sans pro­blème la nappe plas­tique du « 6e conti­nent » qui erre, tel un gi­gan­tesque ice­berg de la taille de plu­sieurs pays, dans les eaux du Pa­ci­fique nord, frère aî­né du « 7e conti­nent » plas­tique qui se­rait en train de se dé­ve­lop­per dans l’océan At­lan­tique…

Ter­ro­risme de ro­man

Tout ce­la m’a ra­me­né à re­lire un « vieux » ro­man écrit il y a dé­jà une tren­taine d’an­nées, si­gné d’un au­teur nor­vé­gien, Gert Ny­gard­shaug. En fait, une tri­lo­gie, dite de « Mi­no », per­son­nage cen­tral de l’his­toire qui se dé­roule sur trois vo­lumes, les deux pre­miers étant de loin les plus in­té­res­sants, à com­men­cer par le « Zoo de Men­gele ». Cet au­teur ul­tra-éco­lo­giste (ou plu­tôt éco­lo­giste ul­tra) avait ima­gi­né dans sa tri­lo­gie la meilleure so­lu­tion se­lon lui pour ve­nir à bout des des­truc­teurs de la pla­nète. Elle est dure, puis­qu’ap­pe­lant au ter­ro­risme. Oh, cer tes pas un ter­ro­risme aveugle comme il est de bon ton de le pra­ti­quer en fai­sant sau­ter des avions (dif­fi­cile au­jourd’hui quand on ne plus pas­ser un cure-dent au contrôle aé­ro­por­tuaire!), mais un ter­ro­risme vi­sant les vrais res­pon­sables: as­sas­si­nat du ou des di­ri­geants d’une so­cié­té mi­nière dé­trui­sant l’Ama­zo­nie; éli­mi­na­tion sé­lec­tive du ou des prin­ci­paux ac­tion­naires sié­geant au conseil d’ad­mi­nis­tra­tion de groupes fi­nan­ciers im­pli­qués dans des exac­tions éco­lo­giques ; em­poi­son­ne­ment des di­ri­geants de mul­ti­na­tio­nales agro­chi­miques (on ne ci­te­ra pas de noms); bref, dé­zin­gage de tous les vrais res­pon­sables, dont les lob­bies pe­sant sur les dé­ci­sions soi-di­sant mo­ti­vées par de fausses rai­sons telles que l’em­ploi ou la ri­chesse éco­no­mique des ré­gions, voire par des amen­de­ments à la cons­ti­tu­tion comme c’est le cas pour les mar­chands d’armes chez Do­nald.

Le pe­tit geste du co­li­bri

Re­créer un monde plus res­pec­tueux de la pla­nète n’est cer­tai­ne­ment pas une chose simple; l’ob­ser­va­tion des phé­no­mènes mé­téo, l’ex­tinc­tion ac­cé­lé­rée des es­pèces ani­males, le mas­sacre des der­nières fo­rêts, la sur­ex­ploi­ta­tion mi­nière pol­luante, l’at­mo­sphère ga­vée de CO2, les océans en pé­ril en­va­his par des conti­nents de dé­chets plas­tiques, tout porte à dire qu’il est peut-être dé­jà trop tard et que l’hu­ma­ni­té mène sa pla­nète Gaïa (et elle-même) droit dans le mur avec la dé­ter­mi­na­tion et le cy­nisme des gé­rants de Leh­man Bro­thers! Dé­pri­mant? On se dit qu’on est ef­fec­ti­ve­ment peu de chose dans un sys­tème où l’éco­lo­gie reste bien moins im­por­tante que les in­té­rêts fi­nan­ciers. L’avan­tage de tra­vailler dans un sec­teur qui est ce­lui de l’hô­tel­le­rie de plein air est qu’on y croise peut-être plus de per­son­na­li­tés, d’éner­gies, d’idées, ca­pables de se mo­bi­li­ser au­tour de la pro­tec­tion de la na­ture et d’un chan­ge­ment des men­ta­li­tés. On pour­rait re­mar­quer que c’est une bien pe­tite goutte d’eau dans un océan d’in­cons­cience col­lec­tive. Mais on peut aus­si se rap­pe­ler la pa­ra­bole Maya du co­li­bri: alors que la fo­rêt est en feu, un co­li­bri ne cesse d’al­ler et ve­nir pour dé­po­ser une mi­nus­cule goutte d’eau sur les flammes ; et quand on lui de­mande pour­quoi il fait cette chose in­si­gni­fiante, il ré­pond qu’au moins, il au­ra contri­bué à faire quelque chose. À notre mo­deste échelle, on peut dé­jà me­ner quelques ac­tions, même si elles nous pa­raissent bien dé­ri­soires… ■

« Au moins le porte-conte­neurs géant inau­gu­ré par le mi­nistre de la Tran­si­tion éco­lo­gique pour­ra-t-il fran­chir sans pro­blème le 6e conti­nent de plas­tique! »

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