AR­GENT, TROP CHER

Décisions - - Sommaire - Do­mi­nique BOISSAY

Al­lez, soyons un peu ré­tro et re­ve­nons à l’époque Té­lé­phone (oui, le groupe rock, pas les PTT). « Ar­gent, trop cher », un titre de 1980. Et qui n’a pas pris une ride sur le plan éco­no­mique. Trop cher. Ou pour le moins li­mite. C’est l’ana­lyse (au­to-ana­lyse) que l’on a en­ten­due lors du der­nier sa­lon Atlantica, après une sai­son en de­mi-teinte. Pour­quoi la haute sai­son se ré­duit-elle; pour­quoi pei­nons-nous à rem­plir même en plein mois d’août; pour­quoi les va­can­ciers ne dé­pensent-ils pas beau­coup dans nos ser­vices de res­tau­ra­tion et autres? Parce que nous de­ve­nons trop cher. Face à une offre plé­tho­rique de mo­bil-homes qui at­teint la sa­tu­ra­tion, et à une mon­tée en gamme des ser­vices, des équi­pe­ments, des étoiles, et des ta­rifs, le pu­blic a du mal à suivre. Entre des 5 étoiles trop nom­breux et qui pour beau­coup sont sur­éva­lués pour des clients qui ne com­prennent vrai­ment ce que ces cinq étoiles veulent dire en cam­ping, et des offres sur in­ter­net de pro­mo­tions à moins 50 % en plein mois d’août af­fi­chées par des groupes dans leurs vil­lages ache­tés à prix d’or, dif­fi­cile de s’y re­trou­ver. La faute à un em­ploi oné­reux et à une fis­ca­li­té trop éle­vée, cer­tai­ne­ment (et en­core, vous n’êtes pas au bout de vos peines avec la taxe de sé­jour au for­fait et une sup­pres­sion de la TVA ré­duite ima­gi­nable). Bien sûr. On en re­vient à notre der­nier édi­to sur les dé­penses des tou­ristes en va­cances en France, in­fé­rieures de 25 % à celles réa­li­sées en Es­pagne. On avait juste ou­blié que la tra­ver­sée au­to­rou­tière scan­da­leu­se­ment oné­reuse, d’au­tant qu’elle est ac­com­pa­gnée de ta­rifs de car­bu­rants et de ser­vices (2 eu­ros pour une mi­ni-bou­teille d’eau, presque aus­si chère qu’en gare SNCF ou que dans les bou­tiques gé­rées par Aé­ro­ports De Pa­ris!), est une in­ci­ta­tion pour les tou­ristes étran­gers à prendre des vols low cost vers l’Es­pagne ou la Croa­tie, gé­né­ra­le­ment deux ou trois fois moins oné­reux. Alors oui, de fa­çon plus ou moins af­fir­mée, les cam­pings fran­çais ont pei­né cette sai­son. Et si l’on nous sort des chiffres of­fi­ciels de pro­gres­sion, ils ne se­ront pas cré­dibles. Le constat est que nous sommes de­ve­nus trop cher. Entre 1000 et 1500 eu­ros (c’est une moyenne) pour se re­trou­ver une se­maine tas­sés à 4, 5, 6 per­sonnes dans 35 mètres car­rés avec des voi­sins di­rects qui n’ont pas plus que les autres la phi­lo­so­phie du ca­ra­va­nier par­ta­geant le pas­tis à l’apé­ro, on le fait une fois, ou deux, mais pas plus. Ah, oui, il y a les équi­pe­ments et l’ani­ma­tion. Fran­che­ment, à part la pis­cine in­dis­pen­sable, est-ce que ces ser­vices né­ces­saires à cer­tains jus­ti­fient le ta­rif ap­pli­cable à tous dans la ma­jo­ri­té des cas? Une ré­flexion sur la seg­men­ta­tion des ta­rifs en fonc­tion des be­soins des uns et des autres ne se­rait peut-être pas in­utile… C’est aus­si pour cette rai­son qu’Atlantica, pre­mier sa­lon d’après sai­son, est unique: on a les échos di­rects du res­sen­ti des cam­pings. Et là, c’est clair: quelle qu’en soit la rai­son, sur les prix, on a at­teint la li­mite sup­por­table. Mais heu­reu­se­ment, l’hô­tel­le­rie de plein air in­ves­tit tou­jours.

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