AUX ALOUETTES, ON EST PION­NIER

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DE LA TRAN­SI­TION ÉCO­LO­GIQUE HALTE À L’AILANTE !

« Pes­ti­cides ». Il n’y a pas un jour sans que le su­jet noir­cisse les pages des jour­naux. Par une belle jour­née d’au­tomne 2018, les membres de la Fé­dé­ra­tion Fran­çaise des Cam­pings du Li­mou­sin étaient in­vi­tés à se réunir au cam­ping Les Alouettes à Co­gnac-La-Fo­rêt, pour dis­cu­ter éco­lo­gie et ac­tions col­lec­tives. Le su­jet est d’au­tant plus in­té­res­sant qu’il est illus­tré d’ac­tions concrètes et de ré­flexions, no­tam­ment sur la fa­çon de sen­si­bi­li­ser un pu­blic pas tou­jours très ré­cep­tif.

Nous tra­ver­sons le pe­tit village de pierres de Co­gnac-La-Fo­rêt, au coeur du Parc Na­tu­rel Ré­gio­nal Pé­ri­gord-Li­mou­sin. Ce lun­di est une pre­mière. À la de­mande de la Fé­dé­ra­tion Ré­gio­nale des Cam­pings du Li­mou­sin, une pe­tite di­zaine de membres ain­si que les par te­naires lo­caux: la Fre­don, le PNR Pé­ri­gordLi­mou­sin, la Ligue de Pro­tec­tion des Oi­seaux (LPO), le SYDED 87 et En­vi­ron­ne­ment na­ture Li­mou­sin ont ré­pon­du à l’invitation du pré­sident, Pierre Ni­co­laï. Une matinée de for­ma­tion de ter­rain sui­vi d’un re­pas lo­cal pro­po­sé par la Ferme Âne & Ca­rotte, ain­si que la pré­sen­ta­tion d’ac­tions col­lec­tives et de ges­tion en­vi­ron­ne­men­tale. Le chal­lenge : opé­ra­tion Zé­ro Pes­ti­cides dans les cam­pings du Li­mou­sin.

Le so­leil tente quelques per­cées, ré­chauf­fant l’air frais de cette jour­née d’au­tomne. Les pro­prié­taires du cam­ping Les Alouettes nous at­tendent pour faire cou­ler un ca­fé chaud. An­tho­ny et sa femme sont d’ori­gine Hol­lan­daise, ils ont re­pris Les Alouettes en 2006. An­crés dans une dé­marche de cam­ping na­ture, ils se lancent avec l’aide pré­cieuse de Ca­ro­line Pou­jol, char­gée d'étude sur la Charte Eu­ro­péenne du Tou­risme Du­rable pour les Parcs Na­tu­rel Ré­gio­naux du Li­mou­sin et de Ré­gis, de la Fre­don Li­mou­sin, dans la mise en place d’un plan d’ac­tion en­vi­ron­ne­men­tale. C’est donc chez eux qu’au­ra lieu la matinée de for­ma­tion. Étude du ter­rain, de ses ca­pa­ci­tés et de ses dif­fi­cul­tés. Trou­ver des so­lu­tions pour évo­luer dans le bon sens : ce­lui du res­pect de l’homme et de la na­ture. Alors, com­ment faire?

La bio­di­ver­si­té est la pre­mière al­ter­na­tive aux trai­te­ments

Pour la ges­tion des es­paces, com­men­çons par un tour du pro­prié­taire. Der­rière l’ac­cueil, un étroit pas­sage de gra­viers est dif­fi­cile d’ac­cès et d’en­tre­tien. La ques­tion se pose: que faire? Dé­sher­ber… Nous sommes ici pour ré­pondre par des pra­tiques in­verses. Lais­ser en friche ? « Si on laisse ça comme ça, les clients vont nous dire que c’est sale, que c’est mal en­tre­te­nu », s’em­presse de ré­tor­quer Pa­trick, gé­rant du cam­ping Aux Portes des Mille Sources. Ce genre de sou­cis les concerne tous. Et pour at­teindre l’ob­jec­tif de l’opé­ra­tion Zé­ro Pes­ti­cides, il faut par­fois user de sub­ter­fuges. Ici, « la meilleure so­lu­tion, quand c’est en­vi­sa­geable, c’est l’en­herbe- ment », ex­plique Ré­gis, « avec des plantes couvre-sol comme le thym ser­po­let, on al­lie éco­lo­gie et plai­sir ol­fac­tif. Et on peut mar­cher des­sus! » L’herbe n’a ja­mais été sale. Dire que c’est mal en­tre­te­nu, c’est cultu­rel.

Vé­gé­ta­tion: accepter le coût du chan­ge­ment

C’est comme les haies. Des haies de Thuya qua­drillent les cam­pings fran­çais de­puis des dé­cen­nies. « Il faut les tailler tout le temps, et leur ma­tière n’est même pas in­té­res­sante pour le com­post ! » ex­plique JeanJacques, de Li­mou­sin Na­ture En­vi­ron­ne­ment. Il est grand temps de re­gar­der com­ment fonc­tionne la na­ture et l’ac­com­pa­gner, uti­li­ser et res­pec­ter le sys­tème vi­vant en ac­cep­tant la di­ver­si­té. « Les cam­pings na­ture de­vraient op­ter pour les haies cham­pêtres: jo­lies, fleu­rie, éco­lo. Le maître mot: va­rier les es­sences ! » Le pro­blème, c’est la pé­riode tran­si­toire… Camille et Louis, tout jeunes gé­rants du cam­ping du lac, se sentent dans cette si­tua­tion, en porte-àfaux: « Nous sommes conscients des avan­tages des haies cham­pêtres, mais les thuyas étaient là avant nous! Ça a un coût de tout ra­ser pour re­com­men­cer, pour que les nou­velles haies ré­pondent à la de­mande d’in­ti­mi­té des cam­peurs, ça prend du temps… Et on les jette où ces haies ? » Là il faut pro­cé­der par étapes. Paillage? Gros tas au fond du jar­din ? Dé­chet­te­rie ? Com­pos­ter ? Broyer ? Les dé­chets verts de­viennent un vrai pro­blème de so­cié­té. À par tir de l’an­née pro­chaine, des dé­chet­te­ries pro­fes­sion­nelles vont être mises en place avec une nou­velle règle : le coût par vo­lu­mé­trie. Alors faut-il payer ce que l’on jette pour ré­veiller les consciences?

Le grand dé­fi du com­pos­tage

Par­mi les par­te­naires pré­sents : le SYDED de la Haute-Vienne, plus pré­ci­sé­ment Mar­gaux, ou « maître com­pos­teur ». Le syn­di­cat dé­par­te­men­tal d'éli­mi­na­tion des dé­chets mé­na­gers et as­si­mi­lés met gra­tui­te­ment à dis­po­si­tion des bacs de com­pos­tage pour les cam­pings mu­ni­ci­paux du dé­par te­ment. Pour les éta­blis­se­ments pri­vés, ils sont gra­tuits la pre-

Re­trou­ver une bio­di­ver­si­té, tant vé­gé­tale qu’ani­male, est une consé­quence et condi­tion de la sup­pres­sion des pes­ti­cides. Les ges­tion­naires de cam­pings ont aus­si un rôle édu­ca­tif, no­tam­ment en ex­pli­quant aux clients que les herbes folles, ça n’est pas sale, et que les in­sectes contri­buent à l’équi­libre na­tu­rel.

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