L’OI­SEAU DE JAKUTA ALIKAVAZOVIC

De Ligne en Ligne - - Objet Choisi -

Les ob­jets ont une âme. Don­nés, ache­tés ou trou­vés, ils sont char­gés de sou­ve­nirs et d’émo­tions.

Pour de ligne en ligne, l’écri­vaine Jakuta Alikavazovic pré­sente un ob­jet qu’elle a choi­si en lien avec son der­nier ro­man L’avan­cée de la nuit, pu­blié aux édi­tions de l’oli­vier.

Paul tombe amou­reux d’amé­lia. Amé­lia tombe amou­reuse du monde. Elle met­tra une vie à ad­mettre que le monde la ré­volte et que c’est plu­tôt Paul qu’elle aime, ou qu’elle ai­mait – le temps n’a que peu d’im­por­tance car le pas­sé et le pré­sent fi­nissent par se confondre. L’avan­cée de la nuit est une his­toire d’amour. L’un de ces amours qu’on dit im­pos­sibles – et qui est pour­tant tout ce qu’il y a de plus concret. Pour ces amants, leur amour est le champ des pos­sibles tout en­tier. Il est aux di­men­sions du monde. Fuir, puis se re­trou­ver, c’est une belle fa­çon d’en faire le tour.

Dans par les un cha­pitres, ro­man, il les y a nu­mé­ros les routes des ter­restres, pages, la celles table qui des ap­pa­raissent ma­tières : des clai­re­ment, étapes que ba­li­sées nous connais­sons bien et aux­quelles nous nous fions pour nous me­ner du dé­but au dé­noue­ment. Elles ne nous tra­hi­ront ja­mais, elles ap­par­tiennent au ro­man, elles en sont à la fois le ter­rain et les sen­tiers. Et puis il y a des che­mins se­crets. Des voies aé­riennes. L’avan­cée de la nuit est un livre dis­crè­te­ment tra­ver­sé par les oi­seaux. En pho­to­gra­phie, d’abord ; puis en cage ; et, en­fin, en vastes nuées que rien n’ar­rête. Comme rien n’ar­rête la vie.

Cette bou­gie m’a été ra­me­née du Por­tu­gal par des amis chers. Elle me plaît tant que je ne sais pas si je l’al­lu­me­rai un jour : pour le mo­ment, c’est donc plus un oi­seau qu’une bou­gie. Un merle au po­ten­tiel écla­tant. J’ai lu quelque part que, dans un ro­man, l’hé­roïne ou le hé­ros est voué à dis­pa­raître, d’une fa­çon ou d’une autre ; et que sa com­bus­tion, du­rant les pages, pro­duit la lu­mière qui nous per­met de pour­suivre la lec­ture. C’est ain­si que j’en suis ve­nue à voir Amé­lia, cette femme qui ne tient pas en place, un peu re­nard, un peu oi­seau. C’est à elle que je pense quand je re­garde ce merle, qui me semble pen­sif plu­tôt que mo­queur, comme s’il ré­flé­chis­sait à sa vo­ca­tion lu­mi­neuse. Si je l’al­lume un jour, je ne pour­rai m’em­pê­cher de pen­ser à cette hé­roïne et au temps que j’ai pas­sé en sa com­pa­gnie.

Jakuta Alikavazovic

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.