Détente Jardin

Ren­contre

CHEZ CAROLINE KRIER, COS­TU­MIÈRE DE THÉÂTRE, LE « CÔ­TÉ JAR­DIN » A LARGEMENT DÉBORDÉ DU VOCABULAIR­E PRO­FES­SION­NEL POUR DE­VE­NIR UNE PAS­SION AU QUO­TI­DIEN DANS SA MAI­SON DE TOU­RAINE.

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Vi­site chez une jar­di­nière pas­sion­née, cos­tu­mière de théâtre de son mé­tier, qui a mis toute sa sen­si­bi­li­té au ser­vice de ce pe­tit coin de Tou­raine pour créer un jar­din sen­so­riel, spi­ri­tuel et plein de cou­leurs.

Sous le so­leil de ce mois de mai, les pierres prennent un éclat do­ré qui, dès l’ar­ri­vée dans la cour prin­ci­pale de cet an­cien corps de ferme, met en va­leur les cou­leurs foi­son­nantes du jar­din qui se dé­roule tout au­tour de la mai­son et du gîte at­te­nant. Et la cou­leur, pour Caroline Krier, est es­sen­tielle.

Com­ment dé­fi­ni­riez-vous votre pra­tique de jar­di­nière ?

J’ai du mal à me consi­dé­rer comme jar­di­nière, tant mon ap­proche est plus sen­so­rielle et spi­ri­tuelle que tech­nique et bo­ta­nique. Par exemple, quand j’étais en­fant, je me conso­lais de mes pe­tits cha­grins en étrei­gnant un pom­mier. Plus tard, le jar­din m’a fait prendre conscience que l’on fait par­tie d’un tout. Et quand je vois une branche d’arbre, je vois aus­si une par­tie de moi.

Et pour ce qui est de l’as­pect sen­so­riel ?

J’at­tri­bue ça à de la dé­for­ma­tion pro­fes­sion­nelle! Mon ma­ri est met­teur en scène de théâtre, une de mes filles est co­mé­dienne et moi, je suis cos­tu­mière. Je ne conçois pas le jar­din comme quelque chose de fi­gé mais comme une scé­no­gra­phie. Quand j’y ré­flé­chis, j’ai be­soin d‘y voir des «ac­teurs» qui s’y meuvent, à sa­voir ma fa­mille ou mes amis. Où vont-ils se pla­cer et se dé­pla­cer? Où se sentent-ils le mieux? Il faut que ça vive.

La ma­gie d’un jar­din ré­side aus­si dans ce que l’on ne peut pas maî­tri­ser

Une fois que cette scé­no­gra­phie a pris forme dans votre es­prit, il faut pas­ser à la construc­tion du dé­cor, si je com­prends bien ?

À ce stade, on peut com­pa­rer l’éla­bo­ra­tion du jar­din à celle d’un cos­tume, mais en plus long! Quand je crée un cos­tume pour un spec­tacle, je dois avant tout vi­sua­li­ser des formes, des pers­pec­tives et des cou­leurs. Je pro­cède de la même ma­nière au jar­din : j’ai une image as­sez bien dé­fi­nie en tête même si, au fi­nal, je n’ob­tiens pas for­cé­ment ce que j’avais ima­gi­né. Mais l’élé­ment de sur­prise qui peut jaillir en cours de route fait par­tie de l’exer­cice. Et je di­rais même qu’il y ajoute du plai­sir.

Cer­tains jar­di­niers dé­testent au contraire que tout ne se passe pas comme ils l’avaient pré­vu !

C’est dom­mage, je trouve. Pour moi, la ma­gie du jar­din vient aus­si de ce que l’on ne peut pas maî­tri­ser. En outre, c’est une fa­çon de re­la­ti­vi­ser les pe­tits in­ci­dents qui ja­lonnent la vie.

Vous ne vous dites pas jar­di­nière, mais il y a quand même un grand foi­son­ne­ment vé­gé­tal chez vous…

Là aus­si, c’est lié au théâtre. J’ai tou­jours pro­fi­té des tour­nées pour vi­si­ter des jar­dins. Sou­vent, j’ai ren­con­tré les jar­di­niers, échan­gé avec eux et cer­tains m’ont of­fert un plant ou une bou­ture. Mon jar­din est un patch­work de beau­coup de jar­dins d’un peu par­tout en France.

Y a-t-il un jar­din qui vous touche par­ti­cu­liè­re­ment ?

J’avoue que je me re­trouve beau­coup dans ce­lui de George Sand, à No­hant. On y sent la pré­sence de cette femme gé­né­reuse, proche de la na­ture. Et peut-être aus­si parce qu’elle y confec­tion­nait elle-même des cos­tumes pour le théâtre de ma­rion­nettes de son fils, en jouant avec les ma­tières et la lé­gè­re­té des tis­sus!

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 ??  ?? 1. L’ar­rière de la mai­son, pro­té­gé des vents du nord par les haies et les arbres.
2. Ac­cord des cou­leurs entre la va­lé­riane et un ro­sier ‘Paul Tran­son’ pour ha­biller jo­li­ment une vieille porte à la pein­ture écaillée.
3. Gros plan sur un oeillet du poète et son in­flo­res­cence en bou­quet ca­rac­té­ris­tique.
1. L’ar­rière de la mai­son, pro­té­gé des vents du nord par les haies et les arbres. 2. Ac­cord des cou­leurs entre la va­lé­riane et un ro­sier ‘Paul Tran­son’ pour ha­biller jo­li­ment une vieille porte à la pein­ture écaillée. 3. Gros plan sur un oeillet du poète et son in­flo­res­cence en bou­quet ca­rac­té­ris­tique.
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