ÉTRETAT

UN MO­NU­MENT NA­TU­REL

Detours en France Hors-série - - Ouest -

Entre Le Havre et Fé­camp, Étretat est la perle de la Côte d’al­bâtre. Cé­lèbre pour son Ai­guille creuse, chère à Ar­sène Lu­pin, ce site ai­mante les tou­ristes de­puis le xixe siècle.

« Si j’avais à mon­trer la mer à un ami pour la pre­mière fois, c’est Étretat que je choi­si­rais », di­sait Al­phonse Karr, l’in­fluent di­rec­teur du Fi­ga­ro au mi­lieu du xixe siècle. De­puis, cette val­leuse du lit­to­ral normand, entre Le Havre et Fé­camp, a vu dé­fi­ler toute la no­blesse et tous les ar­tistes. Co­rot, Cour­bet, Mo­net l’ont im­mor­ta­li­sée. Gide et Mau­pas­sant y pui­sèrent l’ins­pi­ra­tion. Of­fen­bach y pos­sé­da une villa… Pour­quoi ce mo­deste village de pê­cheurs, mon­dia­le­ment cé­lèbre, fas­cine-t-il tant ? C’est la beau­té d’une na­ture ex­tra­or­di­naire, celle d’une plage de ga­lets en­ca­drée par de gran­dioses fa­laises.

ARCHITECTURES MI­NÉ­RALES

Ce sont des chefs-d’oeuvre de craie blanche, sculp­tés au fil des mil­lé­naires par les élé­ments. Comment ne pas suc­com­ber, au so­leil cou­chant, au spec­tacle de l’ai­guille creuse, im­mense obé­lisque so­li­taire éri­gé dans la mer, et des fa­laises for­mant des arches tels des por­tails go­thiques ? Pour ap­pré­cier ce pay­sage, pre­nez le sen­tier des doua­niers (GR21) jus­qu’à la porte d’aval. À quelque 85 mètres de hau­teur sur la fa­laise, ces architectures mi­né­rales par­faites, en­ca­drées au sud-ouest par la gi­gan­tesque arche de la Man­ne­porte, vibrent, ma­jes­tueuses, sous l’éclat de la lu­mière. Mais at­ten­tion à ne pas vous ap­pro­cher du bord : les ébou­le­ments y sont fré­quents ! Con­trai­re­ment à ce que l’on pense, ce n’est pas l’éro­sion ma­rine qui a fa­çon­né ces formes mais une ri­vière qui tra­verse la fa­laise ; la mer n’a fait en­suite qu’élar­gir les arches. Pour dé­cou­vrir le site d’un autre point de vue, il est pos­sible, à ma­rée basse, de com­men­cer la ba­lade au pied de la fa­laise… On y dé­couvre par ailleurs des parcs à huîtres da­tant du xviiie siècle et un tun­nel dans la roche, que l’on ap­pelle le Trou à l’homme de­puis qu’un ma­te­lot nau­fra­gé y fut re­trou­vé, mi­ra­cu­leu­se­ment sau­vé.

UNE AI­GUILLE CREUSE BIEN MYS­TÉ­RIEUSE

Le village offre, lui aus­si, une ba­lade agréable avec ses mai­sons à co­lom­bages et son vieux mar­ché ac­cueilli dans des halles rus­tiques aux spec­ta­cu­laires poutres de bois. Par­mi les belles villas nor­mandes, ne man­quez pas le Clos-lu­pin, ma­noir sur deux étages, do­té d’un bal­con en bois ty­pique du pays de Caux, que Mau­rice Le­blanc (1864-1941), le père d’ar­sène Lu­pin, ache­ta en 1918. Ou­verte en 1999, cette mai­son-mu­sée, au mi­lieu d’un parc, per­met de pé­né­trer dans l’in­ti­mi­té de l’écri­vain et de son cé­lèbre gent­le­man-cam­brio­leur. Mau­rice Le­blanc a par ailleurs lar­ge­ment contri­bué à la re­nom­mée d’étretat avec son ro­man L’ai­guille creuse (il ima­gi­na que les rois de France y ca­chaient leurs tré­sors). Via un es­ca­lier creu­sé dans la pierre, on peut en­suite es­ca­la­der la fa­laise d’amont, à l’autre ex­tré­mi­té de la plage. Tel un amer, la cha­pelle Notre-dame-de-la-garde, ché­rie des ma­rins, est ju­chée sur les hau­teurs. Bâ­ti au xixe siècle, l’édi­fice a été dé­truit en 1942 puis re­cons­truit dans les an­nées 1950. D’ici, la vue offre un su­perbe pa­no­ra­ma sur les fa­laises d’aval, avec, plus bas, le village aux mai­sons d’ar­doises col­lées les unes aux autres et sa belle plage où s’alignent des barques co­lo­rées. TEXTE DE HU­GHES DEROUARD

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