AL­BI LA ROUGE JOYAU DU TARN

La ca­pi­tale tar­naise a re­joint, en 2010, les sites clas­sés au pa­tri­moine mon­dial de l’unes­co. L’oc­ca­sion de (re)dé­cou­vrir sa ca­thé­drale aux airs de for­te­resse rouge, ses hô­tels par­ti­cu­liers évo­quant l’âge d’or des pas­tel­liers et ses jar­dins éta­gés au bord

Detours en France Hors-série - - Sud - TEXTE DE PHI­LIPPE BOUR­GET

Ha­bi­tué aux splen­deurs des Indes, Ru­dyard Ki­pling ne crai­gnait pour­tant pas d’évo­quer le « coup de mas­sue » que pro­vo­qua chez lui la vue d’al­bi. L’ar­ri­vée sur la ville, par le PontVieux qui en­jambe le Tarn, laisse les voya­geurs sub­ju­gués par la sil­houette mas­sive de Sainte-cé­cile. Ca­thé­drale ou for­te­resse ? Le doute est per­mis de­vant ce mas­to­donte. Un puis­sant clo­cher-don­jon haut de 78 mètres, des tours d’angle, des contre­forts, des fe­nêtres étroites comme des meur­trières…

ANGES, APÔTRES ET PRO­PHÈTES

Le style du sanc­tuaire tranche avec l’élé­gance des grandes ca­thé­drales du nord de la France : la so­brié­té est de mise, sou­li­gnée par son aus­tère brique rouge. Construite à par­tir de 1282 par les ar­che­vêques d’al­bi pour pro­cla­mer leur au­to­ri­té contre l’hé­ré­sie des Ca­thares, la ca­thé­drale Sainte-cé­cile se de­vait d’en im­po­ser et d’as­su­rer la sé­cu­ri­té des évêques. Pé­né­trer dans l’édi­fice oc­ca­sionne un nou­veau choc, tant le raf­fi­ne­ment de l’in­té­rieur con­traste avec l’ex­té­rieur. Cette mé­ta­mor­phose re­monte à la fin de la guerre de Cent Ans, lorsque Louis Ier d’am­boise est nom­mé évêque d’al­bi. Cet hu­ma­niste, proche de Léo­nard de Vin­ci et ama­teur de l’art du Quat­tro­cen­to, convie des ar­tistes de Bo­logne. Influencés par la Re­nais­sance ita­lienne, ils re­couvrent entre 1509 et 1512 les voûtes de pein­ture bleu roi et or, vé­ri­table ou­ver­ture vers le Ciel, sur le thème de l’an­cien et du Nou­veau Tes­ta­ments. C’est le plus vaste en­semble de pein­tures ita­liennes ja­mais réa­li­sé en France ! Sur le mur oc­ci­den­tal de la nef, à la fin du xve siècle, des ar­tistes fran­çais et fla­mands ont peint une spec­ta­cu­laire fresque du Ju­ge­ment der­nier. À cette époque, le choeur est aus­si ré­amé­na­gé. Sur la clô­ture s’ac­crochent des sta­tues d’anges, d’apôtres et de pro­phètes ; le ju­bé, ou­vrage de pierre blanche qui sert de pas­sage sym­bo­lique entre les es­paces sa­cré et pro­fane, pro­voque la cu­rio­si­té avec ses cen­taines de sculp­tures po­ly­chromes de style go­thique flam­boyant. Il n’est pas éton­nant que Sainte-cé­cile ait été clas­sée en 2010 au pa­tri­moine mon­dial de l’unes­co en rai­son de sa « va­leur uni­ver­selle unique ». À l’ombre de la ca­thé­drale, le pa­lais épis­co­pal de la Ber­bie se re­con­naît à sa tour de brique. Après la ci­té des Papes d’avi­gnon, il com­pose le plus grand en­semble ar­chi­tec­tu­ral re­li­gieux de France.

UN MU­SÉE POUR TOU­LOUSE-LAUTREC

Sa construc­tion, an­té­rieure à la ca­thé­drale Sainte-cé­cile, a dé­bu­té au xiie siècle. Lors de l’in­qui­si­tion contre les Ca­thares, l’évêque d’al­bi, Ber­nard de Cas­ta­net, la trans­for­me­ra en une for­te­resse flan­quée de tou­relles de contre­fort. L’édi­fice abrite au­jourd’hui un mu­sée consa­cré à Tou­louse-lautrec, na­tif d’al­bi. Au pied du pa­lais, do­mi­nant le Tarn, le jar­din à la fran­çaise des­si­né par Le Nôtre adou­cit l’as­pect for­ti­fié de la ci­té épis­co­pale. Entre la ri­vière et les an­ciens rem­parts, le vieux centre d’al­bi se dé­couvre à pied, en em­prun­tant la com­mer­çante rue Ma­riès, l’axe prin­ci­pal au­tour du­quel se dé­ploie la ci­té mé­dié­vale dans un la­cis de ruelles étroites. En son coeur, la col­lé­giale Saint-sal­vi, le plus an­cien édi­fice re­li­gieux d’al­bi, pré­sente un mé­lange de ro­man et de go­thique. Bien que mu­ti­lé pen­dant la Ré­vo­lu­tion fran­çaise, son cloître – seule sub­siste l’aile Sud –, pe­tit bi­jou d’ar­chi­tec­ture avec ses cha­pi­teaux sculp­tés, ses ar­cades et co­lon­nades, mé­rite le dé­tour. Les traces ro­manes res­tent rares dans la ville car l’es­sen­tiel du Vieil-al­bi date de la fin du Moyen Âge et du dé­but de la Re­nais­sance, son âge d’or. À cette époque, les mar­chands dé­ve­loppent le com­merce du pas­tel, une plante lo­cale dont les feuilles four­nissent un co­lo­rant bleu re­cher­ché. Al­bi de­vient la ca­pi­tale du « pays de co­cagne », plus im­por­tante que Tou­louse.

UN AIR DE TOSCANE HORS LES REM­PARTS

Si l’in­di­go vien­dra mettre fin à la toute-puis­sance du pas­tel, deux siècles de pros­pé­ri­té au­ront suf­fi à as­seoir la for­tune de la ville, dont té­moignent les opu­lentes de­meures. Si­tué rue Tim­bal, l’hô­tel Rey­nès, du nom d’un puis­sant mar­chand de pas­tel, au­jourd’hui siège de la Chambre de com­merce et d’in­dus­trie, est une mai­son Re­nais­sance en brique et pierre. Son dé­cor en dit long sur la ri­chesse de la ville : porte en pointe de dia­mant, me­neaux croi­sés… Autre té­moi­gnage de l’ac­ti­vi­té pas­tel­lière, une vieille bâ­tisse dans le quar­tier Cas­tel­nau a conser­vé son « so­leil­hou », une ga­le­rie ou­verte sur le toit, où l’on fai­sait sé­cher les plantes. Seul quar­tier à ne pas avoir bé­né­fi­cié de la manne du pas­tel, Cas­tel­viel, le ber­ceau d’al­bi, est si­tué en plein coeur de la ville mais hors les rem­parts. Bâ­ti sur un épe­ron ro­cheux, ce bourg tom­ba aux mains de Si­mon de Mont­fort, le chef de la croi­sade contre les Ca­thares, qui y for­ma une com­mu­nau­té sé­pa­rée du reste de la ci­té ; elle gar­de­ra son in­dé­pen­dance jus­qu’à la Ré­vo­lu­tion. Au­jourd’hui ré­ha­bi­li­té, l’en­droit ac­cueille le vi­si­teur qui dé­am­bule à plai­sir entre les mai­sons à co­ron­dages et en­cor­bel­le­ments. Elles se suc­cèdent au fil des ruelles jus­qu’à la char­mante place Sa­vène, en­tou­rée de mai­sons à pans de bois et aux vo­lets co­lo­rés. En contre­bas, les berges amé­na­gées du Tarn offrent de su­perbes vues sur Al­bi, avec ses jar­dins sus­pen­dus qui fes­tonnent les mai­sons pa­tri­ciennes. Cèdres, cy­près, pins pa­ra­sols… : le pays se donne un pe­tit air de Toscane ! ∫

CA­THÉ­DRALE OU FOR­TE­RESSE ? LE DOUTE EST PER­MIS DE­VANT CE MAS­TO­DONTE. UN PUIS­SANT CLO­CHER-DON­JON, DES TOURS D’ANGLE, DES CONTRE­FORTS, DES FE­NÊTRES ÉTROITES COMME DES MEUR­TRIÈRES…

Porte for­ti­fiée du palais de la Ber­bie. Par une dis­crète en­trée per­cée dans le flanc Sud de la col­lé­giale Saint-sal­vi, on ac­cède dans le cloître, re­cons­truit au xiiie siècle par Vi­dal de Mal­vé­si.

Of­fice de tourisme : 42 rue Ma­riès, 81000 Al­bi. 05 63 36 36 00. www. al­bi-tourisme.fr Place de la Tré­baille. Il fait bon prendre une pause près de la fon­taine du palais épis­co­pal de la Ber­bie. La construc­tion de cette ré­si­dence a été ini­tiée au dé­but...

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