L’AB­BAYE DE CLU­NY

UNE CA­PI­TALE SPI­RI­TUELLE Siège du plus grand ordre mo­nas­tique d’oc­ci­dent, Clu­ny fut au Moyen Âge la plus im­por­tante ab­baye de la chré­tien­té. Bien que l’église ro­mane ait été en ma­jeure par­tie dé­truite à la Ré­vo­lu­tion, ses ves­tiges, im­bri­qués dans la ville

Detours en France Hors-série - - Sommaire - TEXTE DE VINCENT NOYOUX xiiie Ab­baye de Clu­ny Place du 11-Août-1944, 71250 Clu­ny. 03 85 59 15 93. www.clu­ny- ab­baye.fr

Pour le pape Ur­bain II (1042-1099), Clu­ny était « la lu­mière du monde ». Le vi­si­teur qui s’avance au­jourd’hui sur le par­vis de la ba­si­lique ro­mane, à Clu­ny, en Saône-et-loire, a du mal à conce­voir qu’il foule le sol de ce qui fut la plus im­por­tante église de la chré­tien­té – jus­qu’à la re­cons­truc­tion de Saint-pierre de Rome en 1506. C’est le duc d’aqui­taine Guillaume Ier qui fonde l’ab­baye en 910. Il nomme à sa tête l’ab­bé Ber­non qui im­pose la règle de saint Be­noît : prière, as­cèse, fer­veur, mo­des­tie. À l’époque, le mo­nas­tère compte douze moines. Grâce à l’au­to­no­mie as­su­rée par la pro­tec­tion pa­pale, due à d’illustres ab­bés, tels Odi­lon de Mer­coeur ou Hugues de Se­mur, l’ordre clu­ni­sien pros­père et at­teint son apo­gée au xiie siècle. L’en­ver­gure in­tel­lec­tuelle et la lon­gé­vi­té de ses pre­miers ab­bés ne sont pas étran­gères à sa phé­no­mé­nale as­cen­sion. Au cours des deux pre­miers siècles de sa fon­da­tion, l’ab­baye fut di­ri­gée par six ab­bés. À Rome, dans le même temps, on avait élu une qua­ran­taine de papes ! L’ab­baye est aus­si un lieu de pè­le­ri­nage : dès 927, on y vé­nère des re­liques des apôtres Pierre et Paul.

Clu­ny III, l’église « Maior ec­cle­sia », est inau­gu­rée en 1130 après trente an­nées de tra­vaux. Elle est co­los­sale : 187 mètres de long, des voûtes à 30 mètres de haut, cinq nefs, deux tran­septs, deux tours. Clu­ny de­vient le centre d’un in­croyable ré­seau qui compte au xiiie siècle plus de mille mo­nas­tères en Eu­rope et dix mille moines. L’ab­baye rayonne jus­qu’au xive siècle. La dé­ca­dence s’an­nonce au xvie : Fran­çois Ier prend le pou­voir sur Clu­ny et les ab­bés, dès lors, siègent à Pa­ris, à l’hô­tel de Clu­ny. À la Ré­vo­lu­tion, l’ordre clu­ni­sien est dis­sous ; l’ab­baye est mu­ti­lée. Seul sub­siste une par­tie du grand tran­sept. Avec ses voûtes en ber­ceau bri­sé s’éle­vant à plus de 30 mètres, ce spec­ta­cu­laire bras Sud de l’église, qui ne re­pré­sente qu’un dixième de Clu­ny III, tra­hit le gi­gan­tisme de l’ab­baye. Il est cou­ron­né par le clo­cher de l’eau-bé­nite, tour oc­to­go­nale haute de 65 mètres qui do­mine la tour de l’hor­loge. On peut ad­mi­rer aus­si la cha­pelle Jean-de-bour­bon, à l’ex­tré­mi­té du pe­tit tran­sept mais, comme le sou­ligne son style go­thique flam­boyant, elle date du xve siècle. La tour des Fro­mages ( xie

siècles) est le plus an­cien bâ­ti­ment de Clu­ny. Cette tour d’en­ceinte abri­tant l’of­fice de tou­risme offre, en haut de ses 120 marches, une vue su­perbe sur les toits de la vieille ville, riche en mai­sons ro­manes. ∫

LE CENTRE D’UN IN­CROYABLE RÉ­SEAU

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