AUTUN

LE VOYAGE À SAINT- LA­ZARE

Detours en France Hors-série - - Sommaire - TEXTE DE SO­PHIE BOGROW

Au­tour de l’an mil, le moindre os­se­let d’un saint est une mine d’or : rien n’en­ri­chit tant qu’un bon pè­le­ri­nage. C’est ce à quoi pense l’évêque d’autun en choi­sis­sant d’ho­no­rer saint La­zare, le Res­sus­ci­té, à la fin du xe siècle. La mai­son de Dieu se doit d’être aus­si une bonne af­faire…

C’est un vrai fric-frac : en jan­vier 1998, en pleine ca­thé­drale, on a for­cé la châsse de saint La­zare et vo­lé son crâne sa­cré, ne lais­sant que ti­bias, côtes et ver­tèbres… Sait- on seule­ment qui était ce La­zare ? Comme di­sait Cal­vin, s’il fal­lait croire tout ce que l’on dit, « chaque apôtre au­rait plus de quatre corps… » Ajou­tant que des saint La­zare, il en connais­sait trois : « l’un est à Mar­seille, l’autre à Autun, le troi­sième à Aval­lon. […] Ceux d’autun en ont eu gros pro­cès à l’en­contre de ceux d’aval­lon ; mais après avoir beau­coup des­pen­du d’argent […] ils ont tous deux ga­gné leur cause… »

SAINT LA­ZARE OU L’EN­JEU D’UN GRAND PÈ­LE­RI­NAGE

À Autun, l’évêque Gé­rard ne sait qu’une chose : le pè­le­ri­nage de Vé­ze­lay, qui s’est ap­pro­prié Ma­rie Ma­de­leine, marche du ton­nerre. Alors, pour le concur­ren­cer, il né­go­cie avec Mar­seille le transfert de La­zare*, qu’il ins­talle en 972 dans sa vieille ca­thé­drale, Saint-na­zaire. Le suc­cès dé­passe-t-il les es­pé­rances ? Tou­jours est-il que, de 1120 à 1146, on bâ­tit en toute hâte une église pour le saint. À l’avant de sa triple nef en ber­ceau, or­née d’arcs à peine bri­sés et de pi­lastres cannelés – un ar­ché­type ro­man ins­pi­ré de Clu­ny – le vaste nar­thex piqué de deux tours se­ra ajou­té au siècle sui­vant, de même que les arcs-bou­tants de la nef ; la flèche flam­boyante est du xive siècle. Le plan n’est pas celui des églises de pè­le­ri­nage, à dé­am­bu­la­toire ; néan­moins, on y trans­fère les re­liques en grande pompe dès 1147. Un temps, Na­zaire et La­zare se par­tagent le siège ca­thé­dral : l’une en été, l’autre en hi­ver. Puis la doyenne s’ef­face. Elle se­ra ra­sée en 1783 : le style ro­man, alors, n’a vrai­ment plus la cote. Dans la ca­thé­drale, les cha­noines re­couvrent le choeur de marbre et la mo­saïque de la nef d’un dal­lage neuf, dé­man­tèlent le ju­bé, le tom­beau du saint et le por­tail la­té­ral (le bas-re­lief de la Ten­ta­tion d’ève se­ra re­trou­vé en ré­em­ploi dans un mur). Le grand por-

tail his­to­rié est noyé dans le plâtre, pro­té­gé ain­si de fac­to de la Ré­vo­lu­tion qui vient. En 1837, Sten­dhal s’émeut du manque d’in­té­rêt au­tu­nois pour les mo­nu­ments an­tiques, mais dé­daigne la ca­thé­drale : « Com­bien cette sculp­ture at­triste l’oeil […] ! Quelle lai­deur, grand Dieu ! », écrit-il. Heu­reu­se­ment, Viol­let-le-duc est d’un autre avis, et s’at­taque après Vé­ze­lay à la res­tau­ra­tion d’autun. De nom­breux cha­pi­teaux rem­pla­cés par des co­pies peuvent s’ad­mi­rer de­puis dans la salle ca­pi­tu­laire. Jus­qu’en 1948, il ne man­qua au ta­bleau que la tête du Ch­rist, qu’on croyait per­due. Mais le jeune père Gri­vot, qui al­lait de­ve­nir le plus éru­dit et tru­cu­lent spé­cia­liste de l’art ro­man, en es­saya une, chi­pée dans les ré­serves du musée. Il avait l’oeil : le fils de Dieu a re­trou­vé sa tête.

Of­fice de tou­risme d’autun, 13, rue Gé­né­ral- De­metz, 71400 Autun. 03 85 86 80 38. www. autun-tou­risme.com

Her­vé Le­nain / he­mis. fr

La ca­thé­drale Saint-la­zare, construite au xiie siècle, dis­pose à l'ex­té­rieur de peu d'éléments de l'époque ro­mane. * Il y au­rait eu sub­sti­tu­tion du crâne avant le dé­part des re­liques de Mar­seille vers Autun.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.