ROUEN

Si Rouen est sou­vent ap­pe­lée la « ville aux cent clo­chers », elle est avant tout celle de la plus haute flèche de France, éle­vée au xixe siècle. À l’époque de sa construc­tion, cette ai­guille en fonte fai­sait même de la ca­thé­drale Notre-dame le plus haut é

Detours en France Hors-série - - Sommaire - TEXTE DE HUGUES DEROUARD Of­fice de tou­risme de Rouen, 25, place de la Ca­thé­drale, 76000 Rouen. 02 32 08 32 40. www.rouen­tou­risme.com

In­cen­dies, pillages, ou­ra­gans, bom­bar­de­ments… Rares sont les ca­thé­drales à avoir au­tant souf­fert et évo­lué au fil

du temps. Au­jourd’hui, c’est le style go­thique flam­boyant qui do­mine à No­treDame de Rouen, com­men­cée au dé­but du xiiie siècle après que la ville – dont la ca­thé­drale ro­mane – eut été dé­truite par un in­cen­die en 1200. L’his­toire de sa flèche est à l’image de la vie tour­men­tée de Notre-dame ! Une pre­mière flèche de bois et de plomb est construite au xiiie siècle : cou­ron- nant la tour-lanterne, au-des­sus de la croi­sée du tran­sept, cette « tour Grêle », comme on l’ap­pelle, n’est alors que sur deux ni­veaux. Au dé­but du xvie siècle, elle brûle dans un in­cen­die ac­ci­den­tel. Un char­pen­tier réa­lise très ra­pi­de­ment, en 1544, une nou­velle flèche sur six ni­veaux, dans un style mar­qué par la Re­nais­sance. Mais, en 1822, ma­lé­dic­tion, elle est à nou­veau dé­truite par la foudre. L’ar­chi­tecte Jean-antoine Ala­voine pro­pose alors une grande flèche en fonte – très mo­derne pour l’époque –, cette ma­tière ayant l’avan-

tage d’être moins com­bus­tible que le bois et plus lé­gère que la pierre. Le pro­jet est in­ter­rom­pu : les Rouen­nais cri­tiquent le re­cours au mé­tal, et le dé­bat est vi­ru­lent. Pour Flau­bert, c’est tout sim­ple­ment une « ten­ta­tive ex­tra­va­gante de quelque chau­dron­nier fan­tai­siste ».

L'ÉDI­FICE LE PLUS HAUT DU MONDE

Cer­tains parlent en­core de « mons­trueux ac­cou­ple­ment du fer avec la pierre ». Grâce à

la dé­ter­mi­na­tion d’un cha­noine, le pro­jet est me­né à bien à par­tir des an­nées 1870, sous la di­rec­tion de l’ar­chi­tecte Jacques-eu­gène Bar­thé­lé­my. Quatre clo­che­tons de cuivre (dont l’un est tom­bé lors de la tem­pête de 1999), oeuvre du fer­ron­nier Fer­di­nand Mar­rou, se­ront plus tard ajou­tés à la base de cette flèche à la struc­ture mé­tal­lique qui semble per­cer le ciel. À l’époque de son inau­gu­ra­tion, c’est tout sim­ple­ment la plus haute flèche de France, avec ses 151 mètres, et même le plus haut édi­fice du monde ! Mau­pas­sant, le Nor­mand, vo­mit sur cette « flèche ai­guë de la ca­thé­drale, sur­pre­nante ai­guille de bronze,

laide, étrange et dé­me­su­rée ». Il y avait bien eu, avant celle de Rouen, les hautes flèches des ca­thé­drales de Beauvais (153 mètres) et de Lin­coln en An­gle­terre (160 mètres), mais au­cune des deux ne fit long feu. D’ailleurs, ce « pic de Nor­man­die » a bien failli dis­pa­raître lui aus­si, lors des bom­bar­de­ments de 1944. La flèche va­cille, mais tient bon, tant bien que mal. Pour li­mi­ter les ef­fets du vent, une struc­ture en acier lui a été ajou­tée dans les an­nées 1970. Ce­pen­dant, at­ta­quée par la cor­ro­sion, elle est en cours de res­tau­ra­tion et de­vrait avoir re­trou­vé tout son lustre en 2022. †

Les trois tours :à gauche, la tour Saint-ro­main, mé­lange de pre­mier go­thique et de go­thique flam­boyant ; à droite, la « tour du beurre » ( xvie siècle) ; au centre, la tour-lanterne, sur­mon­tée de la flèche et de ses clo­che­tons ( xixe siècle).

Avec sa nef à quatre ni­veaux,la ca­thé­drale offre un en­semble d’une grande pureté et d’une élé­va­tion ori­gi­nale.

Les sta­tues les plus ex­cep­tion­nelles ou les plusfra­giles qui n’ont pu être re­pla­cées en fa­çade après la res­tau­ra­tion de l'édi­fice sont ex­po­sées de fa­çon per­ma­nente dans le dé­am­bu­la­toire de la ca­thé­drale. Le choeur et l'ab­side de la ca­thé­drale et le maître-au­tel, à la croi­sée de tran­sept.

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