LE TOUR DU MOR­BI­HAN PAR LA TERRE

Detours en France - - À Partir De Rennes -

Les cé­lèbres ali­gne­ments de Car­nac ne doivent pas faire ou­blier que le golfe du Mor­bi­han re­cèle plu­sieurs sites ex­cep­tion­nels. Le plus spec­ta­cu­laire se trouve à Loc­ma­ria­quer, où l’on est épous­tou­flé par les tron­çons du Grand Men­hir. Au­jourd’hui cas­sée en quatre par­ties, cette pierre dres­sée était à l’ori­gine haute… de 20 m! Tout aus­si éton­nante, juste à cô­té, est la Table des Mar­chand, une al­lée cou­verte dont les trois dalles sont prises dans un tu­mu­lus co­los­sal.

49 MEN­HIRS Plus ex­tra­or­di­naire en­core est le cairn de l’île de Ga­vri­nis. Le tu­mu­lus si­gnale une gale­rie longue de 14 m, dont les pa­rois sont en­tiè­re­ment cou­vertes de mys­té­rieuses gra­vures. Pour le vi­si­ter, il faut prendre le ba­teau à Lar­mor­ba­den. Cet em­bar­que­ment ajoute du sel à l’aven­ture, qui n’en manque pas en elle-même. Quel choc, en ef­fet, en dé­cou­vrant ces cercles concen­triques, ces spi­rales sans fin et ces lignes étranges. Elles re­pré­sen­te­raient des fou­gères mais ont, plus vrai­sem­bla­ble­ment, une si­gni­fi­ca­tion éso­té­rique. Au bout de la gale­rie, on trouve une chambre fu­né­raire, fer­mée par le haut avec une dalle unique de 3 m de long sur 4 m de large. In­croyable : elle pèse 70 t ! Com­ment des hommes ont-ils dé­pla­cé cette masse? Autre site re­mar­quable: le crom­lec’h d’er Lan­nic, l’îlot en face du dé­bar­ca­dère de Ga­vri­nis. Le plus dis­cret des mé­ga­lithes du golfe est vi­sible de­puis une ve­dette tou­ris­tique ou… un sinago! Ses 49 men­hirs des­sinent un huit, en par­tie im­mer­gé mais qui se dé­couvre au gré de la ma­rée. MOR­BI­HAN MÉ­DIÉ­VAL : VANNES ET AU­RAY Vannes et Au­ray pos­sèdent une ca­rac­té­ris­tique en com­mun: ces deux villes sont ty­piques des ci­tés qui, au Moyen Âge, pros­pé­rèrent tout au fond des es­tuaires; là où, por­tés par la ma­rée, des na­vires mar­chands re­mon­taient jus­qu’au coeur des cam­pagnes. Com­mu­ni­quant avec la mer par un long et étroit che­nal, Vannes n’était pas seule­ment un grand port de com­merce, mais éga­le­ment le siège du Par­le­ment de Bre­tagne. La meilleure fa­çon de dé­cou­vrir la pré­fec­ture du Mor­bi­han consiste à y en­trer par la porte Saint-vincent, dans l’axe du port. La rue Saint-vincent vous conduit sur la place des Lices. Tra­ver­sez-la sur sa par­tie gauche pour trou­ver la rue du Bien­heu­reux Pierre-

Re­né-rogue, qui col­lec­tionne les maisons à co­lom­bages. Sur l’une d’entre elles à gauche, ad­mi­rez les sculp­tures en bois re­pré­sen­tant deux per­son­nages de toute évi­dence heu­reux de vivre et bap­ti­sés, on ne sait pour­quoi, Vannes et sa femme. La rue Rogue vous conduit sur la place Va­len­cia, le coeur du Vannes mé­dié­val. Con­ti­nuez par la rue des Halles en lon­geant la Co­hue, les an­ciennes halles dont l’étage était ja­dis oc­cu­pé par le Par­le­ment de Bre­tagne. En tour­nant dans la rue Saint­sa­lo­mon, vous dé­cou­vri­rez les places Saint-pierre et Hen­ri-iv, ain­si que l’im­pres­sion­nante ca­thé­drale. Der­rière l’édi­fice, la rue Saint-guen­haël, elle aus­si bor­dée de maisons mé­dié­vales, donne sur la place Brû­lée et mène à la porte Pri­son. Pour re­ve­nir vers le port, des­cen­dez dans les vastes jar­dins à la fran­çaise qui bordent les rem­parts, ce qui vous per­met­tra d’ad­mi­rer au pas­sage le châ­teau de l’her­mine, la tour du Con­né­table – qui est un vrai don­jon –, les la­voirs du xviie siècle, ain­si que la porte Po­terne… Si­tuée tout au fond d’un long es­tuaire, Au­ray pré­sente deux vi­sages: por­tuaire avec les quais de Saint-gous­tan, et cam­pa­gnard avec sa ville haute – ac­ces­sible par la pen­tue rue du Châ­teau ou un sys­tème de rampes et d’es­ca­liers. En ar­pen­tant les quais bor­dés d’an­ciennes de­meures d’ar­ma­teurs ou en par­cou­rant les ruelles pa­vées, vous n’au­rez pas grand ef­fort à faire pour imaginer l’époque où, à chaque ma­rée haute, le cou­rant de flot por­tait les lougres et les chas­se­ma­rées jus­qu’au port.

SUS­CI­NIO, UNE FE­NÊTRE SUR LE MOYEN ÂGE Sus­ci­nio, im­po­sant châ­teau féo­dal se trouve sur la côte Sud du golfe, près de Sar­zeau, mais il do­mine l’océan et non le Mor Bi­han. En re­trait de l’anse à la­quelle il doit son nom, sé­pa­ré de la mer par d’an­ciens ma­rais sa­lants, il dresse d’im­po­sants corps de lo­gis et des tours ma­jes­tueuses sous des toits d’ar­doises, qui luisent comme ar­gent

au moindre rayon de so­leil. L’as­pect re­dou­table de ses cour­tines et de ses mâ­chi­cou­lis laisse en­tre­voir l’im­por­tance stra­té­gique pas­sée de cette forteresse. Er­reur: Sus­ci­nio était seule­ment la ré­si­dence de chasse fa­vo­rite des ducs de Bre­tagne! Un lieu de plai­sir donc, comme le montrent bien ses pa­ve­ments, da­tant des an­nées 13301350. Leurs cou­leurs vives et contras­tées ouvrent une fe­nêtre in­ha­bi­tuelle sur le Moyen Âge. Tan­dis que la salle des ban­quets et les ap­par­te­ments pri­vés de la Du­chesse donnent une idée du quo­ti­dien de la no­blesse bretonne, au tour­nant des xive et xve siècles.

LE PA­RA­DIS DES OI­SEAUX Comme tous les bio­topes où l’océan et la cam­pagne s’in­ter­pé­nètrent, le golfe du Mor­bi­han est le pa­ra­dis des oi­seaux, qu’ils y sé­journent en per­ma­nence ou de ma­nière sai­son­nière. Dans la par­tie Nord-est du golfe, les an­ciens ma­rais sa­lants de Sé­né sont de­ve­nus une ré­serve na­tu­relle. À lon­gueur d’an­née, on peut ob­ser­ver toutes sortes de li­mi­coles (bé­cas­seaux, che­va­liers…), d’échas­siers (ai­grettes, hé­rons) et d’oi­seaux ma­rins (sternes, cor­mo­rans). Le mieux est de sur­prendre les oi­seaux mi­gra­teurs, dont la pré­sence rythme les sai­sons. Au prin­temps ar­rive l’échasse blanche ori­gi­naire d’afrique pour se re­pro­duire; la fin de l’été est an­non­cée par les cour­lis en pro­ve­nance de la Scan­di­na­vie ; tan­dis qu’en hi­ver, on sa­lue les oies ber­naches ve­nues de la loin­taine Si­bé­rie.

UNE TERRE OS­TRÉI­COLE Le golfe du Mor­bi­han bé­né­fi­cie des condi­tions idéales pour l’éle­vage des huîtres. Les ma­rées puis­santes et leurs cou­rants as­surent le re­nou­vel­le­ment constant de l’eau de mer et son oxy­gé­na­tion. Les nom­breuses ri­vières et les ruis­seaux, en dé­bou­chant dans le golfe, ajoutent un ap­port en eau douce. Les basses mers, en dé­cou­vrant les parcs, per­mettent d’y tra­vailler fa­ci­le­ment. Un des plai­sirs du golfe consiste à s’of­frir une bour­riche chez un os­tréi­cul­teur, et à s’ins­tal­ler au bord d’une plage pour une dé­gus­ta­tion sau­vage. Quelques ex­ploi­tants pro­posent aus­si une ter­rasse sans fa­çon, avec mus­ca­det et beurre frais sur des tranches de pain bis. Cer­tains parcs se vi­sitent: sa­voir de quels soins elles sont l’ob­jet rend les huîtres en­core plus sa­vou­reuses!

/ Juin 2018 / Place de la Ré­pu­blique à Au­ray (pho­to en haut à gauche) et rue de la Mon­naie à Vannes (ci-contre). Les maisons à co­lom­bages illus­trent fiè­re­ment le riche passé mé­dié­val de ces ci­tés mor­bi­han­naises.

Ci-des­sus : Les la­voirs de la Ga­renne, (1821), sur la Marle. En fonc­tion jusque dans les an­nées 1960, ils ac­cueillent au­jourd’hui les Es­paces verts et le ser­vice du Pa­tri­moine van­ne­tais. À gauche : La porte de la Po­terne, en­jam­bant le pont de pierre...

Le cairn de Ga­vri­nis se trouve à l’ex­tré­mi­té Sud de l’île, ac­ces­sible en na­vette de­puis La­mor-ba­den. Une fois que vous se­rez sur la terre ferme, pour pro­té­ger le site, un guide accompagnera obli­ga­toi­re­ment votre vi­site.

Des gra­vures ornent les dalles du cou­loir et de la chambre du mo­nu­ment de Ga­vri­nis. Elles ont été réa­li­sées avec des per­cu­teurs en quartz re­trou­vés sur le ter­rain lors de fouilles ar­chéo­lo­giques.

À Ar­ra­don, le chan­tier os­tréi­cole Jé­gat se vi­site (sur ré­ser­va­tions, 0297440245). Pour tout sa­voir sur le cycle de l’huître, les modes de pro­duc­tion. Une dé­cou­verte sa­vou­reuse qui se clôt par une dé­gus­ta­tion.

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