Detours en France

VIA FRANCIGENA

DANS LES PAS DES PÈLERINS

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Tous les pèlerins vous le diront : en France, c’est dans le Doubs, entre Besançon et la cluse de Joux, que la Via Francigena trouve ses plus beaux paysages. Nous voici justement à Besançon, prêts à vérifier l’assertion. Notre objectif : rejoindre en quatre étapes la frontière suisse. Au départ de l’île Malpas, le chemin grimpe raide à l’arrière de la citadelle Vauban. Le balisage de la « voie Francigène » se matérialis­e par un petit pèlerin jaune, portant un sac à dos. Un belvédère nous offre alors un dernier regard sur Besançon et le Doubs, qui dessine un beau méandre. Là, une ancienne voie romaine, cabossée à souhait, nous mène jusqu’à la Chapelle-des-buis, d’où l’on toise le fort de Chaudanne. Les pèlerins peuvent trouver un toit pour la nuit chez les frères franciscai­ns du petit ermitage au centre du village. Mais nous avons encore de la route. Passé Montfaucon, nous traversons le marais de Saône. « C’est une cuvette étrange, nous dit un cueilleur de champignon­s. Toute l’eau qui arrive ici est prisonnièr­e, mais elle s’écoule par un petit trou (appelé ponor, NDLR) au Creux-sous-roche, et ressurgit à Arcier, où se trouve un viaduc romain qui allait jusqu’à Besançon. On alimente Besançon en eau, finalement ! » Un peu plus loin, des juments comtoises

à la belle crinière blonde paissent tranquille­ment dans des prés parsemés de boutons-d’or.

SUR LES TRACES DU PEINTRE

Après une nuit à Foucherans, nous repartons dans la vallée encaissée de la Brême. Nous arrivons au pays de Gustave Courbet… Un petit crochet nous mène à la grotte de Plaisir-fontaine, dont l’ambiance de sous-bois fut captée par le grand peintre (Remise de chevreuils au ruisseau de Plaisir-fontaine, 1866). Il faut s’enfoncer dans cette caverne de calcaire qui semble ouvrir sa gueule au milieu des arbres. L’eau ruisselle sur des langues de calcite et si le terrain n’était pas si glissant, on s’enfoncerai­t bien dans les entrailles de la rivière. Le GR145 suit bientôt une voie verte empruntant une ancienne voie ferrée. Le ravin du Puits-noir fut peint par Courbet, le maître d’ornans, de même que le puits de la Brême, grand bassin d’eau vert céladon. Ce dernier est une source-perte appelée estavelle: tantôt il reçoit les eaux de la Brême, tantôt il devient émissif. La pluie nous surprend tandis que nous passons le viaduc de la Brême, dont les hautes arches enjambent la rivière. Bientôt, un arc-en-ciel couronne les falaises d’ornans.

Nous voici arrivés dans la ravissante cité de Gustave Courbet. La Loue, gonflée à bloc, coule à gros bouillons sous le nez des jolies façades en encorbelle­ment. Ici, on a son balcon sur la rivière, comme dans un décor de théâtre à l’italienne où la Loue ferait office de cantatrice. En deuxième rideau, le château d’ornans perché sur sa falaise. N’oublions pas le clocher comtois de l’église Saint-laurent, ni les voûtes élégantes de l’hôtel de ville. Mais ce qu’il ne faut pas manquer, c’est évidemment le musée Courbet, qui vient de faire peau neuve. L’artiste est présent partout ici: il a sa maison, sa tombe, son musée, son institut, son école…

DANS LES SECRETS DE LA LOUE

Nous quittons Ornans par un petit pont de pierre pour rejoindre Vuillafans, une espèce d’ornans miniature avec ses anciennes tanneries au-dessus de la Loue.

« On trouve ici l’un des derniers moulins à roue à aube de la vallée », nous confie Bernard Cardeur. Avec son épouse Solange, il a parcouru la Via Francigena de Besançon jusqu’à Rome. Après avoir profité

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15 m de profondeur déborde et fonctionne en résurgence en période de
crue. Selon la croyance populaire, il s’agirait d’une
des portes de l’enfer.
Le site du puits de la Brême. Ce gouffre de 15 m de profondeur déborde et fonctionne en résurgence en période de crue. Selon la croyance populaire, il s’agirait d’une des portes de l’enfer.
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Les hôtes Solange et Bernard Cardeur ont découvert l’existence de la Via Francigena sur le chemin… de Compostell­e! Depuis, ils réservent deux de leurs chambres aux pèlerins faisant halte à Vuillafans.
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du haut de ses treize arches fuselées.
Le viaduc de Maizières-notre-dame, près d’ornans. D’une longueur de 181 m, cette ancienne voie ferrée tout en courbe et en pierre de taille surplombe la Brême du haut de ses treize arches fuselées.

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