Côte d’Ivoire : le bi­lan in­quié­tant du « sys­tème Ouat­ta­ra »

Diplomatie - - Sommaire - Xa­vier Au­ré­gan

Mal­gré l’amé­lio­ra­tion sans cesse rap­pe­lée par le pou­voir ivoi­rien de nom­breux in­di­ca­teurs et in­dices, la Côte d’Ivoire n’a pas tour­né la page de la dé­cen­nie 2000. Né­ces­saires après l’apa­thie po­li­tique de la « crise ivoi­rienne », les ré­formes en­ga­gées par Alas­sane Ouat­ta­ra n’ont fi­na­le­ment pas tou­ché les prin­ci­paux en­jeux na­tio­naux.

Un man­dat et de­mi après l’in­tro­ni­sa­tion d’Alas­sane Dra­mane Ouat­ta­ra (ADO), le bi­lan de l’ex-di­rec­teur gé­né­ral ad­joint du Fonds mo­né­taire in­ter­na­tio­nal (FMI) est pour le moins con­tro­ver­sé. Puis­sance ouest-afri­caine, la Côte d’Ivoire avance inexo­ra­ble­ment vers l’échéance de 2020 qui doit por­ter une cin­quième per­son­na­li­té à la tête du pays. Néan­moins, les si­tua­tions géo­po­li­tique, po­li­tique, éco­no­mique et so­ciale ivoi­riennes n’in­citent pas à un op­ti­misme dé­me­su­ré. Entre jus­tice à deux vi­tesses, mu­ti­ne­ries, in­égale re­dis­tri­bu­tion des ri­chesses, opa­ci­té, al­lé­ga­tions de cor­rup­tion et de dé­tour­ne­ment de fonds pu­blics, exi­gences des classes po­pu­laires et moyennes aux­quelles l’État peine à ré­pondre, ri­va­li­tés de pou­voirs au sein des par­tis po­li­tiques, at­ten­tat et at­teintes à la sou­ve­rai­ne­té na­tio­nale, la Côte d’Ivoire ne semble pas avoir en­ter­ré ses vieux dé­mons (1). Mal­gré de réelles avan­cées et des ef­forts por­tés sur les condi­tions de vie des Ivoi­riens, le rêve de l’émer­gence prô­né par la pré­si­dence de­puis 2011 ne semble pas at­tei­gnable avant 2030. Pour par­ve­nir à ce rat­tra­page éco­no­mique qui ne doit pas obli­té­rer les vo­lets so­cial, édu­ca­tif et po­li­tique, en­core faut-il que la « tran­si­tion po­li­tique » de 2020 se réa­lise dans la trans­pa­rence, une cer­taine équi­té élec­to­rale ain­si qu’un contexte non conflic­tuel.

La po­li­tique in­té­rieure et ses en­jeux

Mal­gré lui, ADO s’est lais­sé en­fer­mer dans un exer­cice du pou­voir qui, à Abid­jan plus qu’ailleurs compte te­nu du contexte post-élec­to­ral de 2010-2011 (2), ne peut faire abs­trac­tion des ri­va­li­tés po­li­tiques et de pra­tiques « po­li­ti­ciennes ». Ayant

hé­ri­té d’un ter­ri­toire, d’une éco­no­mie et d’un cli­mat so­cioé­co­no­mique ex­sangues aux­quels il a di­rec­te­ment contri­bué du­rant la dé­cen­nie pré­cé­dente, à l’image de Guillaume So­ro, Hen­ri Ko­nan Bé­dié ou Ibra­him Ba­con­go Cis­sé, en poste entre 2002 et 2010, le pré­sident ivoi­rien avait certes des cir­cons­tances at­té­nuantes du­rant son pre­mier man­dat (2011-2015), mais n’au­rait-il pas dû mieux faire sur le plan in­té­rieur ?

Un dé­ni de jus­tice aux lourdes consé­quences ?

De­puis 2011 et en dé­pit de dis­cours conve­nus ap­pe­lant à la ré­con­ci­lia­tion, ADO n’a pas fait montre des man­sué­tude et im­par­tia­li­té que la po­pu­la­tion ivoi­rienne at­ten­dait lé­gi­ti­me­ment du nou­vel homme fort du Pla­teau abid­ja­nais. En fa­vo­ri­sant l’ex­tra­di­tion de Laurent Gbag­bo et de Charles Blé Gou­dé vers la Cour pé­nale in­ter­na­tio­nale (CPI), le pou­voir ivoi­rien a

Ouat­ta­ra s’est lais­sé en­fer­mer dans un exer­cice du pou­voir qui, à Abid­jan plus qu’ailleurs compte te­nu du contexte post-élec­to­ral de 2010-2011, ne peut faire abs­trac­tion des ri­va­li­tés po­li­tiques et de pra­tiques « po­li­ti­ciennes ».

sur­tout don­né les gages d’une « jus­tice de vain­queur » qui a per­du­ré jus­qu’en 2015 lorsque, en­fin, une ving­taine de proOuat­ta­ra ont été in­cul­pés. Par­mi eux, Ché­rif Ous­mane et Los­sé­ni Fo­fa­na, deux an­ciens com­man­dants au­to­pro­cla­més (Com­zones) de Boua­ké et Man. Il n’em­pêche, sur les 200 per­sonnes ju­gées ou en passe de l’être, seul un dixième est proche du pou­voir. La jus­tice – tran­si­tion­nelle – ivoi­rienne semble ain­si avoir été in­ef­fi­cace pour cer­taines par­ties pre­nantes au conflit post-élec­to­ral, voire in­féo­dée à l’exé­cu­tif. Cette im­pu­ni­té reste for­te­ment an­crée dans les re­pré­sen­ta­tions po­pu­laires ivoi­riennes et pour­rait pe­ser dans l’ap­proche du scru­tin pré­si­den­tiel de 2020. D’au­tant plus que le chef de l’État et le gou­ver­ne­ment n’ont de cesse, rhé­to­rique po­li­tique oblige, de por­ter des dis­cours triom­pha­listes sur la si­tua­tion so­cioé­co­no­mique du pays. Cette com­mu­ni­ca­tion dé­con­nec­tée et a-ter­ri­to­riale pour­rait fi­na­le­ment se re­tour­ner contre ceux qui ont par­ti­ci­pé à mettre en place le « sys­tème Ouat­ta­ra ».

Le sys­tème Ouat­ta­ra

Bien ai­dés par la double ab­sence phy­sique et po­li­tique des cadres d’un Front po­pu­laire ivoi­rien (FPI) am­pu­té de son pré­sident Laurent Gbag­bo, les lea­ders du Ras­sem­ble­ment des ré­pu­bli­cains (RDR) et sub­si­diai­re­ment du Par­ti dé­mo­cra­tique de Côte d’Ivoire (PDCI) se sont ac­ca­pa­ré les postes gou­ver­ne­men­taux ou tout poste consi­dé­ré comme stra­té­gique via des no­mi­na­tions com­plai­santes et le noyau­tage de l’État. Par exemple, mal­gré un pre­mier man­dat de six ans cen­sé être non re­nou­ve­lable, Yous­souf Ba­kayo­ko a été re­con­duit à la pré­si­dence de la Com­mis­sion élec­to­rale in­dé­pen­dante (CEI) qui a été dis­cré­di­tée par la Cour afri­caine des droits de l’homme et des peuples (CADHP). De même, le Conseil cons­ti­tu­tion­nel est pi­lo­té par un proche d’ADO : Ma­ma­dou Ko­né, garde des Sceaux entre 2006 et 2010. Pour s’as­su­rer de votes fa­vo­rables, le gou­ver­ne­ment ivoi­rien a éga­le­ment re­dé­cou­pé les cartes élec­to­rales. Par ailleurs, il n’est pas par­ve­nu à dres­ser des listes élec­to­rales com­plètes et in­con­tes­tables (3), a ins­ti­tué un Sé­nat dont le tiers des membres est nom­mé par la pré­si­dence, et n’a pas réus­si à re­dy­na­mi­ser une vie po­li­tique qui manque cruel­le­ment de re­nou­vel­le­ment. La per­cée des « in­dé­pen­dants » et les boy­cotts du FPI in­carnent al­ter­na­ti­ve­ment la cris­tal­li­sa­tion et la mo­ro­si­té d’une po­li­tique ivoi­rienne vieillis­sante. Tou­te­fois, le pou­voir sait aus­si perdre, comme en at­testent les dé­faites d’Ama­dou Sou­ma­ho­ro, ex-Se­cré­taire gé­né­ral du RDR per­dant l’élec­tion mu­ni­ci­pale de Sé­gué­la en 2013, ou de Sa­ra Fa­di­ga Sa­ko, an­cienne vice-pré­si­dente de l’As­sem­blée na­tio­nale, à Tou­ba, lors des lé­gis­la­tives de 2016. Outre le fac­teur élec­to­ral, le sys­tème Ouat­ta­ra s’ap­puie avant tout sur une troï­ka res­ser­rée (Té­né Bi­ra­hi­ma Ouat­ta­ra et Mas­sé­ré Tou­ré, frère et nièce d’ADO) qui pour­rait en­gen­drer le can­di­dat à l’élec­tion de 2020, soit Ha­med Ba­kayo­ko, ex­mi­nistre de l’In­té­rieur et dé­sor­mais à la Dé­fense, ou Ama­dou Gon Cou­li­ba­ly, an­cien Se­cré­taire gé­né­ral de la pré­si­dence de­ve­nu Pre­mier mi­nistre en 2017. Le mode de gou­ver­nance fa­mi­lial et « cla­nique » n’est pas sans rap­pe­ler le ré­gime de Fé­lix Hou­phouët-Boi­gny, dont ADO fut le pre­mier Pre­mier mi­nistre de 1990 à 1993. Sans op­po­si­tion vé­ri­table, le pou­voir ivoi­rien peut ai­sé­ment dé­ri­ver en ver­rouillant l’État, et en gé­né­ra­li­sant concus­sion, cor­rup­tion et pré­da­tion. La longue his­toire d’ex­tra­ver­sion du ter­ri­toire ivoi­rien, qui a en­gen­dré un pacte ren­tier entre élites in­ternes et ex­ternes, semble ain­si se pour­suivre en Côte d’Ivoire. Pour par­tie pré­da­teur, l’État doit par ailleurs com­po­ser avec l’échec de la Com­mis­sion dia­logue, vé­ri­té et ré­con­ci­lia­tion (CDVR).

Ré­con­ci­lia­tion, désar­me­ment-ré­ar­me­ment

Di­ri­gée par Charles Ko­nan Ban­ny, Pre­mier mi­nistre entre 2005 et 2007, la CDVR a man­qué de lé­gi­ti­mi­té et d’as­sise po­pu­laire pour es­pé­rer rem­plir le rôle qui lui fut as­si­gné mi-2011. Co­quille vi­dée de son sens, elle n’au­ra ja­mais su mo­bi­li­ser les pro-Gbag­bo qui conspuèrent la no­mi­na­tion de l’hou­phoué­tiste ayant me­né cam­pagne pour Ouat­ta­ra à Ya­mous­sou­kro et Boua­ké. Les conclu­sions de la Fé­dé­ra­tion in­ter­na­tio­nale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) ou de l’Ins­ti­tut des hautes études sur la jus­tice (IHEJ) contre­disent le consen­suel rap­port fi­nal de la CDVR qui, en dé­cembre 2014, vante les « ré­sul­tats » aux­quels la CDVR se­rait par­ve­nue. Les au­to­ri­tés ivoi­riennes, conscientes du « ma­laise pro­fond » per­du­rant sur leurs ter­ri­toires, créèrent la Com­mis­sion na­tio­nale pour la ré­con­ci­lia­tion et l’in­dem­ni­sa­tion des vic­times (CONARIV) en 2015. Pré­si­dée jus­qu’en avril 2017 par Mgr Paul Si­méon Ahoua­na, elle a re­cen­sé 316 954 vic­times qui pour­raient être dé­dom­ma­gées par un fonds d’une quin­zaine de mil­lions d’eu­ros pré­vu à cet ef­fet. Les 557 101 re­jets non jus­ti­fiés et les ac­cu­sa­tions de mal­ver­sa­tions sont plu­sieurs griefs re­te­nus par la Con­fé­dé­ra­tion des vic­times de la crise ivoi­rienne (COVICI), pour­tant proche du pou­voir. Cette ré­con­ci­lia­tion im­pos­sible pour­rait par ailleurs être dé­fi­ni­ti­ve­ment en­ter­rée en cas de ré­ar­me­ment, le pro­ces­sus de désar­me­ment n’ayant, en dé­fi­ni­tive, pas été cor­rec­te­ment réa­li­sé.

Créée en 2012, l’Au­to­ri­té pour le désar­me­ment, la dé­mo­bi­li­sa­tion et la ré­in­té­gra­tion (ADDR) des ex-com­bat­tants re­grou­pés au sein des Forces nou­velles (FN, ci­vils) et des Forces ar­mées des forces nou­velles (FAFN, mi­li­taires) est de­ve­nue Cel­lule de coor­di­na­tion de sui­vi et de ré­in­ser­tion (CCSR) en 2015. Elle au­rait of­fi­ciel­le­ment réus­si à dé­mo­bi­li­ser, à ré­in­sé­rer et à ré­in­té­grer 55 000 ex-com­bat­tants sur un to­tal ini­tial de 74 000, 64 000 s’étant réel­le­ment pré­sen­tés. Le taux de ré­in­ser­tion de 85 % avan­cé par le gou­ver­ne­ment est certes flat­teur, mais omet d’évo­quer la di­zaine de mil­liers d’ex-com­bat­tants « por­tés dis­pa­rus » et non désar­més. Po­li­tiques, les évo­lu­tions de l’ADDR en CCSR et de la CDVR en CONARIV sont liées à la né­ces­si­té, pour l’État, de pré­sen­ter un vi­sage ras­su­rant pour les in­ves­tis­seurs étran­gers et les Ins­ti­tu­tions fi­nan­cières in­ter­na­tio­nales (IFI). En réa­li­té, au nord comme au sud de la Côte d’Ivoire, au Li­be­ria comme au Gha­na – voire au Bur­ki­na Fa­so –, de nom­breux res­pon­sables des FN, des FAFN et des forces pro-Gbag­bo n’ont pas adhé­ré au pro­ces­sus, comme l’af­firme le rap­port in­dé­pen­dant des Na­tions Unies d’avril 2016. Les ré­cur­rentes dé­cou­vertes de caches d’armes, y com­pris celle de Sou­ley­mane Ka­ma­ga­té Ko­né (alias « Soul to Soul »), le chef de pro­to­cole du pré­sident de l’As­sem­blée na­tio­nale Guillaume Kig­ba­fo­ri So­ro, ne sont que la par­tie émer­gée d’un ice­berg où s’en­che­vêtrent mu­ti­ne­ries et actes de vio­lence, mou­ve­ments d’hu­meur chez les Forces ar­mées de Côte d’Ivoire (FACI), en­ve­loppes sub­stan­tielles re­pré­sen­tant plus de 1 % du bud­get na­tio­nal ac­cor­dées aux ex-re­belles par un gou­ver­ne­ment af­fai­bli

Le mode de gou­ver­nance fa­mi­lial et « cla­nique » n’est pas sans rap­pe­ler le ré­gime de Fé­lix Hou­phouët-Boi­gny, dont ADO fut le pre­mier Pre­mier mi­nistre de 1990 à 1993. Sans op­po­si­tion vé­ri­table, le pou­voir ivoi­rien peut ai­sé­ment dé­ri­ver en ver­rouillant l’État, et en gé­né­ra­li­sant concus­sion, cor­rup­tion et pré­da­tion.

et se dé­di­sant, in­dis­ci­pline, dé­fi­cience dans la chaîne de com­man­de­ment, et faible contrôle po­li­tique sur le(s) mi­li­taire(s) ; le tout ré­vé­lant, in fine, une si­tua­tion sé­cu­ri­taire pré­oc­cu­pante. Outre le contrôle trop lâche des armes en cir­cu­la­tion, et donc des hommes ar­més, le gou­ver­ne­ment ivoi­rien doit éga­le­ment com­po­ser avec ce phé­no­mène so­cio-sé­cu­ri­taire des « mi­crobes », ces gangs ul­tra-vio­lents de mi­neurs qui se dif­fusent dé­sor­mais à d’autres villes qu’Abid­jan et qui met en exergue dé­struc­tu­ra­tion so­ciale, oi­si­ve­té, faibles pers­pec­tives, ap­pât du gain ra­pide, et ins­tru­men­ta­li­sa­tion par les pro-Ouat­ta­ra de ces en­fants en 2011. Le re­tour de bâ­tons pour­rait hu­mai­ne­ment comme po­li­ti­que­ment coû­ter très cher à la so­cié­té ivoi­rienne. Compte te­nu des ran­coeurs, de la faible confiance entre les dif­fé­rents ac­teurs et de la guerre de suc­ces­sion qui se des­sine de­puis plu­sieurs an­nées, l’échec de l’opé­ra­tion de désar­me­ment était pré­vi­sible dans un pays où les forces, quelles qu’elles soient, voient l’arme comme une as­su­ran­ce­vie et un moyen de pres­sion sur les pou­voirs. La per­cep­tion se­lon la­quelle la Côte d’Ivoire ne peut être prise qu’à tra­vers les armes reste te­nace, et le soup­çon en­tou­rant le ré­ar­me­ment du clan So­ro fait sens dans la pers­pec­tive de l’élec­tion pré­si­den­tielle de 2020. Un bi­lan so­cio-éco­no­mique po­si­tif ou vu comme tel se­rait de na­ture à four­nir au gou­ver­ne­ment ivoi­rien et au suc­ces­seur co­op­té d’ADO les ar­gu­ments fa­vo­ri­sant le dé­rou­le­ment se­rein de l’élec­tion.

Les en­jeux éco­no­miques et so­ciaux

For­te­ment at­ten­du sur le vo­let éco­no­mique, Alas­sane Ouat­ta­ra n’est cer­tai­ne­ment pas ar­ri­vé au bout de ses am­bi­tions et de celles de ses con­ci­toyens. De fait, après deux dé­cen­nies de crise, tout ou presque était à (re)faire. La Côte d’Ivoire se porte donc mieux. Le contraire au­rait été éton­nant, pour ne pas dire im­pro­bable. Cette dy­na­mique po­si­tive se vé­ri­fie­ra en 2020, mais elle ne peut oc­cul­ter la ma­nière.

Quel bi­lan éco­no­mique pour Ouat­ta­ra ?

Ayant choi­si de fi­nan­cer son pro­gramme pré­si­den­tiel par l’en­det­te­ment vis-à-vis de la Chine ou des Eu­ro­bonds et non par l’épargne do­mes­tique, ADO pour­rait lais­ser un pays plus en­det­té qu’il ne l’a trou­vé. De 12,7 mil­liards de dol­lars en 2011 et 9,5 mil­liards en 2012, an­née de l’achè­ve­ment de l’ini­tia­tive Pays pauvre très en­det­té (PPTE), la dette ex­té­rieure ivoi­rienne a at­teint 11,3 mil­liards en 2016 se­lon la Banque mon­diale. Re­pré­sen­tant le tiers du PIB ivoi­rien, l’en­det­te­ment plombe la ca­pa­ci­té de l’État ivoi­rien à in­ves­tir dans les sec­teurs lut­tant contre la pau­vre­té (édu­ca­tion, san­té, eau, as­sai­nis­se­ment, agri­cul­ture). Les ré­sul­tats liés à l’ac­cès à l’eau po­table et à l’éner­gie, au lo­ge­ment et à la mo­bi­li­té tardent à se concré­ti­ser dans les ter­ri­toires. À l’image de l’Agence em­ploi jeunes (AEJ) créée en 2015, qui a pour mis­sion d’oc­cu­per une jeu­nesse ivoi­rienne consti­tuant la moi­tié des quelque 24 mil­lions d’Ivoi­riens – ap­pe­lés à dou­bler d’ici 2050 –, les suc­cès de la po­li­tique so­ciale ivoi­rienne ne se­ront peut-être pas tan­gibles avant la fin du se­cond man­dat pré­si­den­tiel. Un sec­teur est néan­moins épar­gné, ce­lui des in­fra­struc­tures – de com­mu­ni­ca­tion, so­ciales et de pro­duc­tion.

Bé­né­fi­ciant du tra­vail réa­li­sé avant 2011, ADO a lan­cé et/ ou inau­gu­ré de vastes chan­tiers in­fra­struc­tu­rels, dont le mé­tro abid­ja­nais. Les pro­jets fi­nan­cés et/ou réa­li­sés par des en­tre­prises chi­noises, ont, quant à eux, été né­go­ciés par Gbag­bo (4) : au­to­route Abid­jan-Bas­sam, bar­rage hy­dro­élec­trique de Sou­bré, ci­té olym­pique d’Ébim­pé (Anya­ma), châ­teau d’eau de Bo­noua pour l’ad­duc­tion en eau po­table de la mé­tro­pole abid­ja­naise, ex­ten­sion du Port au­to­nome d’Abid­jan (PAA), construc­tion de ly­cées, ré­no­va­tion du ré­seau rou­tier, ren­for­ce­ment du ré­seau élec­trique, dé­ploie­ment de la fibre op­tique, nou­velle zone in­dus­trielle d’Abid­jan, ou en­core ré­seau de vi­déo­sur­veillance abid­ja­nais. Es­ti­mé à en­vi­ron 2,5 mil­liards de dol­lars, le mon­tant to­tal de ces prêts et de la dette dé­te­nue par la Chine im­pactent le bud­get ivoi­rien, d’au­tant plus que le gou­ver­ne­ment fait ap­pel, de ma­nière qua­si ex­clu­sive, à des en­tre­prises étran­gères : ma­ro­caines, turques, fran­çaises et, donc, chi­noises. Vé­ri­table mo­teur de l’éco­no­mie ivoi­rienne, la construc­tion ou­blie glo­ba­le­ment les opé­ra­teurs lo­caux… et la trans­pa­rence dans l’at­tri­bu­tion de ces mar­chés : les ap­pels d’offres res­treints et les contrats de gré-à-gré aug­mentent en pro­por­tion de la fré­né­sie gou­ver­ne­men­tale pour les in­fra­struc­tures. Mal­gré tout, le sec­teur pri­vé ap­prouve la créa­tion de tri­bu­naux de com­merce (2012), de l’Au­to­ri­té na­tio­nale de ré­gu­la­tion des tra­vaux pu­blics (ANRMP, créée en 2009 et mo­di­fiée en 2013), ain­si que de la Haute Au­to­ri­té pour la bonne gou­ver­nance (HABG, 2013). Ces me­sures ont fait pas­ser la Côte d’Ivoire du 154e rang, en 2012, au 103e en 2017 dans le clas­se­ment Trans­pa­ren­cy In­ter­na­tio­nal – qui dé­plore tou­te­fois le manque glo­bal de pra­tiques concur­ren­tielles, la dette contrac­tée au­près des so­cié­tés, la pres­sion fis­cale et la cor­rup­tion gé­né­ra­li­sée chez les doua­niers et le fisc. De même, de­puis 2011, le gou­ver­ne­ment ivoi­rien mène de nom­breuses ré­formes (en­vi­ron­ne­ment des af­faires, as­sai­nis­se­ment des fi­nances pu­bliques, cen­tra­li­sa­tion des ser­vices bud­gé­taires pour li­mi­ter les « caisses noires » mi­nis­té­rielles, mise en place d’ob­jec­tifs chif­frés dans les en­tre­prises d’État, pu­bli­ca­tion de bi­lans an­nuels pour les pri­vées, etc.). Mais la vi­sion court-ter­miste pro­voque des contre­coups im­pré­vus tels que l’aug­men­ta­tion de 40 % du prix du ci­ment à la suite de la construc­tion du bar­rage de Sou­bré, ou la ca­rence en gaz na­tu­rel due à la ré­ha­bi­li­ta­tion des cen­trales ther­miques d’Azi­to et de la Com­pa­gnie ivoi­rienne de pro­duc­tion d’élec­tri­ci­té (CIPREL).

En ayant fait évo­luer le cli­mat des af­faires et adop­té un nou­veau code des in­ves­tis­se­ments en 2012 qui avan­tage plus en­core les in­ves­tis­seurs étran­gers, en pour­sui­vant ses ré­formes et en pro­mou­vant les par­te­na­riats pu­blic-pri­vé (PPP), la Côte d’Ivoire en­tend va­lo­ri­ser le tra­vail réa­li­sé de­puis le pre­mier man­dat de Ouat­ta­ra. Ce bi­lan a prio­ri po­si­tif s’ap­puie sur une forte crois­sance du pro­duit in­té­rieur brut (PIB) qui dé­passe les 8 % de­puis 2012 et qui de­vrait être en moyenne de 7 % jus­qu’en 2020. Mais, force est de consta­ter qu’elle ne fa­vo­rise pas les classes po­pu­laires et moyennes qui peinent à ré­col­ter les fruits de cette crois­sance éco­no­mique in­éga­le­ment ré­par­tie et dis­tri­buée.

Compte te­nu des ran­coeurs, de la faible confiance entre les dif­fé­rents ac­teurs et de la guerre de suc­ces­sion qui se des­sine de­puis plu­sieurs an­nées, l’échec de l’opé­ra­tion de désar­me­ment était pré­vi­sible dans un pays où les forces, quelles qu’elles soient, voient l’arme comme une as­su­ran­ce­vie et un moyen de pres­sion sur les pou­voirs.

L’in­égale ré­par­ti­tion des ri­chesses, une bombe à re­tar­de­ment

Forte d’un ca­pi­tal et de res­sources hu­maines en­viés en Afrique de l’Ouest, la Côte d’Ivoire reste pa­ra­doxa­le­ment un pays et une éco­no­mie ex­tra­ver­tis, dé­pen­dants des ca­pi­taux étran­gers et de mar­chés in­ter­na­tio­naux comme de conjonc­tures qu’elle ne contrôle pas (ca­cao). Clas­sée au 171e rang de l’In­dice de dé­ve­lop­pe­ment hu­main (IDH) en 2015, la Côte d’Ivoire reste pro­fon­dé­ment in­éga­li­taire, comme en té­moigne l’in­dice de Gi­ni qui éva­lue l’in­éga­li­té des re­ve­nus : avec un in­dice de 41,5 en 2015 (0 étant l’éga­li­té par­faite), elle se re­trouve peu ou prou au même stade qu’en 2002 (41,3). In­éga­li­taire en termes de re­ve­nus, elle l’est éga­le­ment dans les re­la­tions hommes-femmes et plus lar­ge­ment à l’échelle na­tio­nale : plus de la moi­tié de la po­pu­la­tion vit en­core sous le seuil de pau­vre­té (500 FCFA, soit moins de 1 eu­ro par jour). Pour­tant, là en­core, Alas­sane Ouat­ta­ra est ac­tif : cou­ver­ture ma­la­die uni­ver­selle pour les plus dé­mu­nis, hausse du sa­laire mi­ni­mum, dé­gel des sa­laires des fonc­tion­naires, aug­men­ta­tion du re­ve­nu des ca­cao­cul­teurs, etc. Mais, semble-t-il, les ef­forts ne sont pas suf­fi­sants, d’au­tant plus que les pro­messes ré­pé­tées à l’en­vi ne se tra­duisent pas tou­jours dans les ter­ri­toires, ur­bains comme ru­raux : seule­ment 7000 classes ou­vertes sur les 25 000 pro­mises ; construc­tion re­tar­dée et ré­ha­bi­li­ta­tion a mi­ni­ma des uni­ver­si­tés mal­gré une en­ve­loppe de 150 mil­lions d’eu­ros prin­ci­pa­le­ment oc­troyée à la fa­mille ma­lienne Ka­gnas­si, proche d’ADO et du gou­ver­ne­ment ; dé­fi­cit en ma­té­riel dans les ad­mi­nis­tra­tions ; dé­fi­cit en­core de 400 000 lo­ge­ments, dont la moi­tié à Abid­jan mal­gré 60 000 en construc­tion, etc. Dans les uni­ver­si­tés (grèves des en­sei­gnants et des étu­diants) et les sec­teurs des éco­no­mies for­melle comme in­for­melle, le ma­laise est pa­tent et de­vient un risque non né­gli­geable pour le gou­ver­ne­ment. La sur­chauffe de l’éco­no­mie ivoi­rienne pour­rait im­pac­ter la fra­gile paix ga­gnée par les armes en 2011. Le sys­tème Ouat­ta­ra et les dé­rives d’une ad­mi­nis­tra­tion s’ac­ca­pa­rant pou­voirs, moyens et francs CFA pour­raient ain­si ba­layer les ef­forts en­tre­pris de­puis 2011 : les af­faires, avé­rées comme créées de toutes pièces par la presse d’op­po­si­tion, gri­gnotent le cré­dit gou­ver­ne­men­tal dé­jà mis à mal par la stra­té­gie Po­tem­kine des mi­nistres et no­tables lo­caux qui ré­novent et em­bel­lissent à grands frais les

Re­pré­sen­tant le tiers du PIB ivoi­rien, l’en­det­te­ment plombe la ca­pa­ci­té de l’État ivoi­rien à in­ves­tir dans les sec­teurs lut­tant contre la pau­vre­té (édu­ca­tion, san­té, eau, as­sai­nis­se­ment, agri­cul­ture).

édi­fices pu­blics avant chaque tour­née du pré­sident « à l’in­té­rieur ». À moyen terme, cette po­li­tique éco­no­mique n’est pas te­nable et dé­bou­che­ra iné­vi­ta­ble­ment sur une re­mise en cause conflic­tuelle de l’exer­cice du pou­voir, si ADO le quitte ef­fec­ti­ve­ment en 2020. D’autres dé­fis at­tendent par ailleurs le chef de l’État et son vice-pré­sident, Da­niel Ka­blan Dun­can.

Bi­lan et dé­fis ivoi­riens aux échelles ré­gio­nale et in­ter­na­tio­nale

La Côte d’Ivoire est confron­tée à de nom­breux dé­fis sé­cu­ri­taires in­ternes qui ont tou­jours eu une por­tée trans­fron­ta­lière. Ils sont liés aux in­cur­sions de groupes ar­més frap­pant les po­si­tions de l’ar­mée, à l’in­com­plète in­té­gra­tion des élé­ments sup­plé­tifs des forces pro-Ouat­ta­ra et pro-Gbag­bo de 2011, aux ac­ti­vi­tés pré­da­trices des an­ciens Com­zones ayant do­ré­na­vant éten­du leurs champs d’ac­tion géo­gra­phiques, aux ri­va­li­tés eth­ni­co-re­li­gieuses et com­mu­nau­taires, aux li­tiges et conflits fon­ciers, aux « mi­crobes », ou à la ra­di­ca­li­sa­tion de mos­quées wah­ha­bites et sa­la­fistes. De même, le désar­me­ment des Do­zos (5) semble im­pos­sible, la sé­cu­ri­té de cer­tains axes rou­tiers reste pro­blé­ma­tique, à l’image des per­sonnes dé­pla­cées de­vant en­core ren­trer du Libéria. Mais les au­to­ri­tés sont aus­si confron­tées à de nom­breuses me­naces sous­ré­gio­nales. Par­mi elles, les at­taques per­pé­trées au Ma­li et au Bur­ki­na Fa­so, au Nord (fron­tière ma­lienne prin­ci­pa­le­ment) et à l’Ouest (conflits fon­ciers et liés aux res­sources na­tu­relles, exac­tions de mi­li­ciens et mer­ce­naires), le rôle pré­su­mé de Guillaume So­ro dans la ten­ta­tive de coup d’État man­qué au Bur­ki­na Fa­so en sep­tembre 2015, la pro­li­fé­ra­tion et la cir­cu­la­tion in­con­trô­lable d’armes de dif­fé­rents ca­libres (6), l’in­cur­sion de membres ac­tifs d’An­sar Dine ain­si que les po­ten­tielles cel­lules

dor­mantes dji­ha­distes dans le Nord ivoi­rien. L’at­ten­tat de Grand-Bas­sam du 13 mars 2016, re­ven­di­qué par Al-Qaï­da au Magh­reb is­la­mique (AQMI), en est l’in­car­na­tion ma­té­rielle. En col­la­bo­ra­tion avec Pa­ris et Wa­shing­ton, Abid­jan ou­vri­ra d’ailleurs cou­rant 2018 le pre­mier centre ré­gio­nal de lutte an­ti­ter­ro­riste. In­dis­pen­sable dans une ré­gion tri­bu­taire des ser­vices de ren­sei­gne­ment étran­gers, il se veut l’une des ma­ni­fes­ta­tions de l’ac­ti­visme ivoi­rien en ma­tière de po­li­tique étran­gère. Dy­na­mique à l’ex­té­rieur, ADO a bé­né­fi­cié de la bien­veillance oc­ci­den­tale à son égard, mais a éga­le­ment ren­for­cé les re­la­tions ivoi­riennes avec d’autres ac­teurs moins tra­di­tion­nels (Ja­pon, Tur­quie ou Égypte). Dans un contexte qui lui était plu­tôt fa­vo­rable (pré­si­dence de la CEDEAO de 2012 à 2014, siège non per­ma­nent au Conseil de sé­cu­ri­té onu­sien de­puis 2017), il a par­ti­ci­pé à la ré­so­lu­tion de crises sous-ré­gio­nales (Ma­li, Gui­née-Bis­sau ou Bur­ki­na Fa­so) et a fait of­fice de mé­dia­teur ou a été consul­té au Togo, en Gui­née, au Gha­na ou au Libéria. Ayant par ailleurs par­ti­ci­pé aux dis­cus­sions por­tant sur le re­tour du Ma­roc au sein de l’Union afri­caine (UA), ADO a ac­cueilli les Jeux olym­piques afri­cains de 2014, le Som­met des villes et ré­gions afri­caines pour le cli­mat fin juin 2015, ain­si que le Som­met UA-UE de 2017. En­fin, Abid­jan a vu le re­tour de la Banque afri­caine de dé­ve­lop­pe­ment (BAD) en 2014, et l’ar­ri­vée de l’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale du ca­cao en 2017.

Sor­tie de l’iso­le­ment, la Côte d’Ivoire ré­ac­tive un ré­seau di­plo­ma­tique à l’échelle in­ter­na­tio­nale sans pour au­tant me­ner une ré­vo­lu­tion bru­tale – nombre de di­plo­mates conser­vant leurs postes à l’étran­ger. Ayant mo­bi­li­sé son car­net d’adresses dans les mi­lieux fi­nan­ciers, po­li­tiques et éco­no­miques, ADO a fa­vo­ri­sé le dé­blo­cage de sommes sub­stan­tielles, l’éli­gi­bi­li­té ivoi­rienne au pro­ces­sus Mille­nium Chal­lenge Cor­po­ra­tion (MCC) et l’ar­ri­vée de ca­pi­taux étran­gers dans les sec­teurs du pé­trole, de la dé­fense ou de l’éner­gie. Cette di­plo­ma­tie éco­no­mique per­met certes d’ali­men­ter pro­jets et fi­lières, mais elle reste peu en­cline à as­su­rer à la Côte d’Ivoire un dé­ve­lop­pe­ment in­clu­sif et une éco­no­mie di­ver­si­fiée, en­core ba­sée sur les rentes agri­coles. C’est pour­tant par le ca­pi­tal hu­main, un ré­seau de PMI-PME et une crois­sance du­rable, équi­li­brée et re­dis­tri­buée au plus grand nombre que pas­se­ront l’in­dé­pen­dance éco­no­mique de la Côte d’Ivoire et l’aug­men­ta­tion du pou­voir d’achat de ses ha­bi­tants. Alors que les risques sé­cu­ri­taire et élec­to­ral sont tou­jours très éle­vés, le sys­tème Ouat­ta­ra po­la­rise la ma­jeure par­tie des pou­voirs et ri­chesses, ain­si que de ce qui les crée. La nou­velle Consti­tu­tion – vo­tée avec 58 % d’abs­ten­tion –, la Di­rec­tion de la sur­veillance du ter­ri­toire (DST) – vue comme une po­lice po­li­tique par l’op­po­si­tion –, ou l’ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion des fi­lières hé­véa et pal­mier à huile – dont l’or­gane de ré­gu­la­tion de­vrait re­ve­nir à l’ex-mi­nistre et proche d’ADO, Vincent Es­soh Lo­houes, ac­cu­sé de plu­sieurs dé­tour­ne­ments de fonds dans l’hé­véa –, sont quelques exemples de cette dé­rive klep­to­crate. Ré­élu mais contes­té, Alas­sane Ouat­ta­ra se­rait bien avi­sé de se sou­mettre à des au­dits pour cré­di­bi­li­ser son bi­lan. As­sai­nir les si­tua­tions éco­no­miques aux ni­veaux mi­cro, mé­so et ma­cro se­rait le moyen d’éva­cuer les cri­tiques qui se­ront de plus en plus acerbes d’ici 2020, quel que soit le can­di­dat choi­si par l’ac­tuel gou­ver­ne­ment.

La sur­chauffe de l’éco­no­mie ivoi­rienne pour­rait im­pac­ter la fra­gile paix ga­gnée par les armes en 2011. Le sys­tème Ouat­ta­ra et les dé­rives d’une ad­mi­nis­tra­tion s’ac­ca­pa­rant pou­voirs, moyens et francs CFA pour­raient ain­si ba­layer les ef­forts en­tre­pris de­puis 2011.

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