– ANA­LYSE L’Ir­lande du Nord, une pro­vince bri­tan­nique en post-conflit aux marges de l’Union eu­ro­péenne

Diplomatie - - Sommaire - Sté­phane-Charles Na­tale

Après avoir été le cau­che­mar des Pre­miers mi­nistres bri­tan­niques, de William Glad­stone à To­ny Blair, l’Ul­ster reste le poil à grat­ter de The­re­sa May, aux prises avec le di­lemme fron­ta­lier du Brexit en ins­tance, en ten­tant de ne pas col­ler à l’image in­tran­si­geante de Mar­ga­ret That­cher, elle aus­si is­sue de la coa­li­tion conser­va­trice des To­ries.

Àl’aune de la me­nace dji­ha­diste, qui plane sur Londres de­puis 2005, la guerre ci­vile mul­ti­sé­cu­laire d’Ir­lande du Nord pour­rait sem­bler ana­chro­nique, si elle n’avait consti­tué le plus long et meur­trier conflit d’Eu­rope oc­ci­den­tale de­puis 1945.

Or, cette frac­ture sui ge­ne­ris n’est autre que l’ava­tar d’une géo­po­li­tique in­ter­na­tio­nale, dont l’Al­bion reste l’ac­teur dé­sta­bi­li­sa­teur et l’Ir­lande le théâtre de­puis quatre siècles, en tant que plus an­cienne co­lo­nie bri­tan­nique, ad­mi­nis­trée 260 ans avant l’Inde. Ain­si, la crise s’amor­çait dès 1598 avec l’ar­ri­vée de 100 000 plan­teurs écos­sais an­gli­cans en Ul­ster au dé­tri­ment des Ir­lan­dais ca­tho­liques, spo­liés de leurs terres. Puis ce res­sen­ti­ment s’éten­dait à l’île en­tière tan­dis que Londres s’ef­for­çait de conte­nir l’he­ge­mon bo­na­par­tiste : le 15 oc­tobre 1798, Theo­bald Wolfe Tone, pion­nier de la cause ré­pu­bli­caine ir­lan­daise, ten­tait un coup d’État à la tête d’une force d’in­va­sion

de la ma­rine fran­çaise, qui se sou­ciait moins de sou­te­nir les sé­pa­ra­tistes ir­lan­dais que de nuire à l’in­fluence de l’An­gle­terre en Eu­rope.

Mais c’est à Du­blin qu’écla­tait l’in­sur­rec­tion ré­pu­bli­caine de Pâques 1916 ( Eas­ter Ri­sing), qui échouait mais au­gu­rait la guerre d’in­dé­pen­dance ir­lan­daise. En 1969, la crise ga­gnait le Royaume-Uni, où com­men­çait réel­le­ment le conflit nord-ir­lan­dais : « Les Troubles », ini­tiés par la ré­volte du sec­teur ca­tho­lique du Bog­side de (Lon­don)Der­ry, « Free Der­ry » (Der­ry libre) où s’est dé­rou­lé le tra­gique Bloo­dy Sun­day, lorsque, le 30 jan­vier 1972, l’ar­mée bri­tan­nique dis­per­sa un cor­tège de mi­li­tants des droits ci­viques en fai­sant 14 morts. L’Ar­mée ré­pu­bli­caine ir­lan­daise (IRA) ri­pos­ta le 21 juillet sui­vant (« Bloo­dy Fri­day »), me­nant une sé­rie d’at­taques dans Bel­fast.

Fi­na­le­ment, le 10 avril 1998, la mé­dia­tion des États-Unis abou­tis­sait à l’Ac­cord du Ven­dre­di Saint, qui mar­quait la fin de trente an­nées d’une guerre ci­vile fra­tri­cide.

Une to­po­lo­gie po­li­tique bi­po­laire aux liens pa­ra­mi­li­taires em­bar­ras­sants

Dé­clen­chés dans le contexte in­ter­na­tio­nal des mou­ve­ments de li­bé­ra­tion na­tio­nale de la guerre froide, les Troubles op­po­sèrent, en une ri­va­li­té mi­mé­tique chère à Re­né Gi­rard, les mi­lices pro­tes­tantes loya­listes de l’Ul­ster Vo­lun­teer Force (UVF) et de la puis­sante Ul­ster De­fence As­so­cia­tion (UDA), aux pa­ra­mi­li­taires ca­tho­liques de l’Ar­mée ré­pu­bli­caine ir­lan­daise pro­vi­soire ( Pro­vi­sio­nal Irish Re­pu­bli­can Ar­my), connue sous l’acro­nyme IRA, op­po­sée à l’Acte du Gou­ver­ne­ment d’Ir­lande. Ce Go­vern­ment of Ire­land Act du 23 dé­cembre 1920 en­té­ri­nait la par­ti­tion de l’île en consa­crant l’in­dé­pen­dance de 26 com­tés sur 32, qui for­mèrent la Ré­pu­blique d’Ir­lande en 1922, tan­dis que 6 des 9 com­tés d’Ul­ster res­taient rat­ta­chés au Royau­meU­ni. Pour­tant, le fait re­li­gieux ne consti­tuait que le sous-champ cri­so­gène d’un af­fron­te­ment émi­nem­ment po­li­tique, dont le noeud gor­dien reste au­jourd’hui le sen­ti­ment d’ap­par­te­nance, ou non, à la Grande-Bre­tagne, avec une re­ven­di­ca­tion in­dé­pen­dan­tiste pour les Ré­pu­bli­cains-ca­tho­liques, se con­si­dé­rant ex­clu­si­ve­ment ci­toyens ir­lan­dais, op­po­sée aux Unio­nis­tes­pro­tes­tants, qui re­ven­diquent avant tout la qua­li­té de su­jets bri­tan­niques.

Pour preuve de ce conflit « laïque », les édi­fices re­li­gieux et le cler­gé ne furent ja­mais pris pour cibles en tant que tels du­rant les Troubles, dont Bel­fast conserve tou­jours les stig­mates. Le fief ca­tho­lique de Falls, où les tran­sports en com­mun es­suient spo­ra­di­que­ment des jets de pierres, reste sé­pa­ré, par un « Mur de Paix », du sec­teur pro­tes­tant de Shan­kill, sous la coupe des Ul­ster Free­dom Figh­ters (UFF) de l’Oran­giste John­ny Adair, au coeur d’un es­pace ur­bain confes­sion­nel et for­ti­fié. Or, dans cette zone de Bel­fast où les af­fron­te­ments furent les plus meur­triers de 1969 à 1993 en concen­trant près de 73 % des at­taques et 54 % des vic­times (1), les ha­bi­tants ré­clament de nou­veaux Peace Walls, afin de pré­ve­nir la me­nace pal­pable d’at­taques sec­taires. Re­mar­quable, cette lo­gique spa­tiale sé­gré­ga­tive conti­nue de ré­gir l’oc­troi des lo­ge­ments so­ciaux par le Co­mi­té d’At­tri­bu­tion de l’Ha­bi­tat d’Ir­lande du Nord ( Nor­thern Ire­land Hou­sing Exe­cu­tive) sur une base of­fi­cieuse de di­vi­sion com­mu­nau­taire, comme no­mos so­cié­tal, tan­dis que l’écart nu­mé­rique entre les com­mu­nau­tés ne cesse de se ré­duire (2). Certes, le der­nier re­cen­se­ment (2011), fai­sait état de 48 % de pro­tes­tants unio­nistes contre 45 % de ca­tho­liques ré­pu­bli­cains – la ten­dance d’une ma­jo­ri­té pro­tes­tante do­mi­nant une mi­no­ri­té ca­tho­lique os­tra­ci­sée, comme ce fut le cas du­rant les Troubles. Mais elle de­vrait, à terme, s’in­ver­ser. Certes, l’Ac­cord du Ven­dre­di Saint, si­gné le 10 avril 1998 (3), fut ra­ti­fié par le ré­fé­ren­dum du 22 mai 1998 à 94,40 % en Ir­lande et à 71,10 % en Ul­ster. Ce­pen­dant, si 96 % des Ré­pu­bli­cains y étaient fa­vo­rables, seuls 52 % des Unio­nistes le plé­bis­ci­tèrent (4), tra­his­sant la pé­ren­ni­té du schisme. L’an­née pré­cé­dente, Billy Wright, dis­si­dent de l’UVF, créait la Loya­list Vo­lun­teer Force (LVF), flan­quée de son prête-nom des Red Hand Com­man­dos, comme au­tant d’obs­tacles à une paix du­rable.

« Not an Inch ! » (Nous ne cé­de­rons pas d’un pouce !)

Pour­tant, le com­man­de­ment mi­li­taire mixte loya­liste avait ap­pe­lé à l’ar­rêt des em­bus­cades dès oc­tobre 1994, condui­sant au dé­man­tè­le­ment de l’ar­se­nal de l’UDA en jan­vier 2010, pré­cé­dé de ce­lui de l’UVF en juin 2009, tan­dis que son lea­der, Gus­ty Spence, fai­sait part de son « vé­ri­table et to­tal re­pen­tir » (5), pré­fi­gu­rant la Dé­cla­ra­tion Com­mune Loya­liste de Trans­for­ma­tion ( Loya­list De­cla­ra­tion of Trans­for­ma­tion) du 9 avril 2018, co­si­gnée par les trois mi­lices pro­tes­tantes (6). Ce­pen­dant, au-de­là des ges­ti­cu­la­tions, la col­lu­sion entre

Cette frac­ture sui ge­ne­ris n’est autre que l’ava­tar d’une géo­po­li­tique in­ter­na­tio­nale, dont l’Al­bion reste l’ac­teur dé­sta­bi­li­sa­teur et l’Ir­lande le théâtre de­puis quatre siècles.

gué­rilla et po­li­tique reste un se­cret de Po­li­chi­nelle. Ga­ry McMi­chael, du Par­ti Dé­mo­cra­tique de l’Ul­ster (UDP), est proche de l’UDA et Da­vid Er­vine, fi­gure du Par­ti Unio­niste Pro­gres­siste (PUP), est lié à l’UVF, tout comme Ian Pais­ley, fon­da­teur en 1971 du Par­ti Dé­mo­cra­tique Unio­niste (DUP) et qui fut Pre­mier mi­nistre d’Ir­lande du Nord de 2007 à 2008. Il en va de même de Ger­ry Adams et de feu Mar­tin McGuin­ness, an­ciens com­man­dants mi­li­taires de l’IRA et vaches sa­crées du Sinn Féin (« Entre nous », en gaé­lique) au point que Mar­ga­ret That­cher, in illo tem­pore, qua­li­fiant le se­cond de « plus dan­ge­reux en­ne­mi de la Cou­ronne », in­ter­di­sait à la BBC de dif­fu­ser le son de sa voix, avant qu’Eli­sa­beth II ne le re­çoive fi­na­le­ment à Wind­sor en 2012 !

« A Na­tion Once Again! » (Une na­tion à nou­veau !)

Or, vingt ans après la ces­sa­tion of­fi­cielle des com­bats, tant les Unio­nistes que les Ré­pu­bli­cains ne par­viennent à se dé­par­tir de l’écra­sante em­preinte de leurs aî­nés im­pli­qués dans la lutte ar­mée, à l’image de Ger­ry Adams, qui dé­cla­rait que la vio­lence de l’IRA se jus­ti­fiait dans le contexte his­to­rique des Troubles. En ré­ac­tion, Ma­ry Lou Mc­Do­nald, nou­velle pré­si­dente consen­suelle, de­puis fé­vrier 2018, d’un Sinn Féin en pro­gres­sion constante et cré­di­té de 27,9 % des sièges à l’As­sem­blée d’Ir­lande du Nord ( Dáil Éi­reann) de 2017 de­vant le Fine Gael, son ri­val na­tio­na­liste (7), mul­ti­plie les signes d’apai­se­ments in­ter­com­mu­nau­taires. Ain­si, en avril 2018, elle mé­na­geait un au­di­toire Scot-Ul­ster (Ir­lan­dais ori­gi­naires d’Écosse) dans le com­té de Do­ne­gal en pre­nant soin, fait in­édit, de pro­non­cer « Der­ry » puis « Lon­don­der­ry » dans le même dis­cours.

Pour­tant, c’est sous le long man­dat Adams (1983-2018) que s’est opé­rée la mu­ta­tion du Sinn Féin, qui est pas­sé de la marge au centre du jeu po­li­tique, lorsque, à la fa­veur des élec­tions gé­né­rales à la Chambre des Com­munes de 1983, il a rem­por­té la cir­cons­crip­tion em­blé­ma­tique de Bel­fast-Ouest (8) (36,9 %) contre Joe Hen­dron (24,6 %), can­di­dat du Par­ti So­cial-Dé­mo­crate et Tra­vailliste (SDLP). En ef­fet, amor­cée dans le sillage de l’émo­tion sus­ci­tée en 1981 par la grève de la faim tra­gique des dé­te­nus ré­pu­bli­cains des H Blocks de la pri­son de Long Kesh, l’as­cen­sion du par­ti s’est confir­mée lors des élec­tions lé­gis­la­tives du 7 mars 2007 où il pre­nait l’avan­tage dé­fi­ni­tif, avec 27 sièges, sur les 12 élus du vé­né­rable SDLP – de même que le DUP rem­por­tait 28 sièges au dé­tri­ment du Par­ti Unio­niste d’Ul­ster (UUP), re­pré­sen­té par 10 dé­pu­tés à West­mins­ter. Ce­pen­dant, l’ar­ri­vée d’Ar­lene Fos­ter à la tête du DUP en 2015 et de Mi­chelle O’Neil à la vice-pré­si­dence du Sinn Féin de­puis 2018 ré­vé­lait un ag­gior­na­men­to cos­mé­tique. Car, bien que n’ayant pas été di­rec­te­ment en­ga­gées dans les Troubles, elles en in­carnent l’hé­ri­tage obé­dien­tiel ra­di­cal. En ef­fet, le Sinn Féin, an­cien vec­teur po­li­tique de l’IRA, de­meure d’es­sence ré­vo­lu­tion­naire en re­ven­di­quant une na­tion ir­lan­daise réuni­fiée sous son seul lea­der­ship, tan­dis que le DUP se targue d’avoir re­fu­sé de si­gner le seul ac­cord de paix pé­renne de toute l’his­toire san­glante de l’Ul­ster. Pré­oc­cu­pant, ce cli­vage bi­po­laire DUP- Sinn Féin conti­nue de se ren­for­cer au dé­tri­ment des for­ma­tions tra­di­tion­nelles mo­dé­rées, comme le SDLP, l’UUP, le Par­ti de l’Al­liance (AP) ou Les Verts. Contre toute at­tente, l’Ac­cord du Ven­dre­di Saint a éri­gé une tri­bune ex­clu­sive à ces par­tis ra­di­caux ayant re­non­cé à prô­ner l’ac­tion vio­lente, mais qui conti­nuent ma­ni­fes­te­ment de sou­te­nir leurs an­ciens pa­ra­mi­li­taires. Plus grave, ils par­ti­cipent de la pa­ra­ly­sie de l’exé­cu­tif nord-ir­lan­dais de­puis le 9 jan­vier 2017, lorsque Mar­tin McGui­ness, alors vice-Pre­mier mi­nistre, quit­tait le gou­ver­ne­ment dé­vo­lu­tif d’union na­tio­nale de Stor­mont pour pro­tes­ter contre le dé­tour­ne­ment de sub­ven­tions pu­bliques consa­crées à un pro­gramme d’éner­gies re­nou­ve­lables d’un mon­tant de 500 mil­lions de livres, im­pli­quant le Pre­mier mi­nistre Ar­lene Fos­ter, qui dé­mis­sion­nait conco­mi­tam­ment.

De plus, le duo DUP- Sinn Féin reste pri­son­nier de son or­tho­doxie. Ain­si les Unio­nistes ont-ils per­mis à The­re­sa May, lors des élec­tions gé­né­rales de juin 2017, d’ob­te­nir la ma­jo­ri­té des sièges en s’al­liant avec leurs 10 re­pré­sen­tants, hé­ri­tant d’un sta­tut de fai­seurs de roi, mais sur­tout de vas­saux ir­lan­dais des To­ries bri­tan­niques, hé­ri­tiers that­ché­riens. De leur cô­té, les 18 dé­pu­tés du Sinn Féin conti­nuent d’obéir à la consigne im­muable de dé­ser­ter les bancs de la Chambre Basse, mais de sié­ger au Dáil Éi­reann. En ef­fet, de­puis 1692, tout par­le­men­taire an­glais de­vant prê­ter serment au sou­ve­rain, les élus du Sinn Féin re­fusent de s’y plier en ver­tu de la doc­trine de son fon­da­teur Ar­thur Grif­fith, éri­gée dès 1905, sans la­quelle le par­ti se­rait à l’image du Fian­na Fail ré­pu­bli­cain de Mi­cheál Mar­tin, qui en­trait dans le rang dès 1927. Et bien que cette pos­ture prive leurs élec­teurs d’une re­pré­sen­ta­tion lé­gi­time au par­le­ment bri­tan­nique, les dé­pu­tés Sinn Féi­ners es­timent avoir été élus ex­clu­si­ve­ment avec ce man­dat abs­ten­tion­niste !

Le fait re­li­gieux ne consti­tuait que le sous-champ cri­so­gène d’un af­fron­te­ment émi­nem­ment po­li­tique, dont le noeud gor­dien reste au­jourd’hui le sen­ti­ment d’ap­par­te­nance, ou non, à la Grande-Bre­tagne.

L’émer­gence des néo-pa­ra­mi­li­taires post-IRA

Sur­tout, le Sinn Féin, sou­te­nu tra­di­tion­nel­le­ment par la vieille garde de l’IRA, tente de ral­lier l’élec­to­rat ra­di­cal ré­pu­bli­cain afin de blo­quer la mon­tée en puis­sance des pa­ra­mi­li­taires dis­si­dents, comme l’IRA-Conti­nui­té ( Con­ti­nui­ty IRA) et sur­tout l’IRA-Vé­ri­table ( Real IRA) (9) à la suite de l’écla­te­ment, en 2005, de la hié­rar­chie ver­ti­cale de l’ar­mée clan­des­tine ori­gi­nelle. De­puis, cette né­bu­leuse de nu­cléides au­to­nomes s’obs­tine à re­je­ter l’ar­mis­tice des icônes ré­pu­bli­caines, comme Ger­ry Adams, vi­sé le 13 juillet 2018 par une at­taque à l’ex­plo­sif à son do­mi­cile de Bel­fast. Rap­pe­lons que l’IRA-Vé­ri­table me­nait l’at­ten­tat à la voi­ture pié­gée d’Omagh (Com­té de Ty­rone) le 15 août 1998 (28 vic­times) dans l’ob­jec­tif de sa­bor­der l’Ac­cord du Ven­dre­di Saint conclu 4 mois au­pa­ra­vant. Ac­tuel­le­ment, d’autres mi­lices pé­ri­phé­riques gra­vitent dans son or­bite, comme la Nou­velle IRA ( New IRA) créée en 2012, dont l’Ac­tion Ré­pu­bli­caine Contre les Drogues ( Re­pu­bli­can Ac­tion Against Drugs) consti­tue le prête-nom ca­ri­ca­tu­ral et ap­plique, de­puis 2013, un nombre crois­sant de « pu­ni­tions » ( Pu­nish­ment) à l’en­contre des membres de la com­mu­nau­té ca­tho­lique (64 en 2013 contre 101 en 2017). Ain­si, l’an­cien cham­pion de boxe Ea­monn Ma­gee, im­pli­qué dans la vente de co­caïne au sein du quar­tier d’Ar­doyne à Bel­fast, a-t-il été bles­sé par balle en guise d’unique et ul­time aver­tis­se­ment.

De plus, les jeunes mar­gi­na­li­sés des ghet­tos confes­sion­nels sont de plus en plus en proie au sui­cide, dont l’Ul­ster conserve le plus haut taux de toute la Grande-Bre­tagne, 80 % des cas concer­nant des hommes âgés de 16 à 34 ans (10). Fait oc­cul­té de­puis le trai­té de paix de 1998, le nombre de pas­sages à l’acte (près de 4500 dont 297 en 2016 (11)) est plus im­por­tant que ce­lui des vic­times de la guerre ci­vile, qui vit pour­tant la fin tra­gique de près de 4000 Ir­lan­dais. Ré­fu­giés dans une vio­lence ni­hi­liste, ces Hoods (« jeunes à ca­puches ») har­cèlent ré­gu­liè­re­ment les vé­hi­cules blin­dés des forces lo­cales dans le quar­tier du Bog­side de (Lon­don)Der­ry, qui connut en juillet 2018 cinq nuits d’af­fron­te­ments avec les forces de sé­cu­ri­té, consé­cu­ti­ve­ment aux tra­di­tion­nelles marches oran­gistes.

Cher­chant la re­con­nais­sance de leurs aî­nés, des­quels ils se sentent re­de­vables, ils sont mus de­puis l’en­fance par des res­sorts psy­cho-af­fec­tifs de deuil et d’in­jus­tice ; cha­cun col­por­tant le ré­cit de la mé­moire d’un pa­rent tom­bé l’arme à la main.

La re­con­ver­sion dé­li­cate des sol­dats d’in­for­tune…

Mal­gré l’es­prit de l’Ac­cord du Ven­dre­di Saint, la re­con­ver­sion des pa­ra­mi­li­taires ayant sur­vé­cu aux Troubles ain­si que la ré­in­ser­tion des dé­te­nus bé­né­fi­ciaires de la loi d’am­nis­tie gé­né­rale res­tent dé­li­cates en rai­son de la dis­cri­mi­na­tion à l’em­ploi dont ils font l’ob­jet, y com­pris dans les rangs unio­nistes, qui pour­tant dé­fen­daient la Cou­ronne en col­lu­sion avec les forces bri­tan­niques (12). En ef­fet, Londres leur dé­nie le sta­tut de vic­times de dom­mages col­la­té­raux et leur bloque l’ac­cès aux uni­tés lo­cales de sé­cu­ri­té en ver­tu du Po­lice Nor­thern Ire­land Act de 2000. Ce­pen­dant, cer­tains par­viennent à in­té­grer des groupes d’en­traide comme l’as­so­cia­tion loya­liste EPIC ou la ré­pu­bli­caine COISTE. En re­vanche, le lea­der pa­ra­mi­li­taire To­ny Tay­lor, res­pon­sable du Re­pu­bli­can Net­work For Uni­ty, bien qu’am­nis­tié en 1998, est à nou­veau in­car­cé­ré de­puis mars 2016, pour dé­ten­tion d’arme, ra­vi­vant de dan­ge­reuses ten­sions po­li­tiques à (Lon­don)Der­ry, fief ré­pu­bli­cain.

Ce­pen­dant, si les an­ciens IRA-men que nous avons ren­con­trés dé­plorent les vic­times ci­viles, tous re­ven­diquent la fier­té d’avoir dé­fen­du « la cause », dans un contexte d’état de guerre en Ul­ster, comme au­tant de crimes « ni pu­nis, ni par­don­nés », que dé­non­çait, en son temps, Han­nah Arendt.

Lorsque l’Ul­ster re­bat les cartes du Brexit…

En quit­tant le com­té de Do­ne­gal pour re­joindre ce­lui de (Lon­don)Der­ry, rien ne change le long de cette fron­tière in­vi­sible entre la Ré­pu­blique d’Ir­lande et l’Ul­ster bri­tan­nique. Et pour­tant, le 29 mars 2019, le Royaume-Uni se dé­so­li­da­ri­se­ra de l’UE, deux ans après avoir in­vo­qué l’ar­ticle 50 du trai­té de Bruxelles, en­té­ri­nant le ré­fé­ren­dum du 23 juin 2016 (lors du­quel l’Ir­lande du Nord avait vo­té à 56 % pour le main­tien de la GB dans l’UE), as­sor­ti d’une pé­riode de tran­si­tion qui pren­dra fin le 31 dé­cembre 2020. À cette date, la Grande-Bre­tagne de­vra quit­ter l’Union doua­nière et éta­blir une fron­tière, ter­restre ou ma­ri­time, ou alors s’y main­te­nir en bé­né­fi­ciant d’un ré­gime d’ex­cep­tion, en ver­tu de la loi pro­mul­guée le 26 juin 2018 par Eli­sa­beth II ; les exemples suisse ou nor­vé­gien consti­tuant pour Londres, tout à la fois, des mo­dèles et des épou­van­tails. Car, dé­sor­mais la ges­tion de la fron­tière ir­lan­daise s’im­pose avec une acui­té in­tru­sive dans les né­go­cia­tions du Brexit tel un Ru­bik’s Cube po­li­tique, que Londres ma­ni­pule en tous sens, au point d’en­vi­sa­ger que l’Ir­lande du Nord puisse consti­tuer

Vingt ans après la ces­sa­tion of­fi­cielle des com­bats, tant les Unio­nistes que les Ré­pu­bli­cains ne par­viennent à se dé­par­tir de l’écra­sante em­preinte de leurs aî­nés im­pli­qués dans la lutte ar­mée.

une zone doua­nière sé­pa­rée du reste du Royaume-Uni, à l’ins­tar du sta­tut de Hong Kong, cette an­cienne co­lo­nie que Mar­ga­ret That­cher ren­dait en 1997 à la Ré­pu­blique po­pu­laire de Chine, après 156 ans d’ad­mi­nis­tra­tion bri­tan­nique. Tou­te­fois, le ré­ta­blis­se­ment d’in­fra­struc­tures fron­ta­lières le long des 450 ki­lo­mètres sé­pa­rant les deux États sou­ve­rains de­puis le trai­té an­glo-ir­lan­dais du 6 dé­cembre 1921 bou­le­ver­se­rait le sta­tu quo ante, car, con­for­mé­ment aux termes de l’Ac­cord du Ven­dre­di Saint, Londres et Du­blin doivent res­ter par­te­naires au sein de l’Union eu­ro­péenne. Ain­si, le Brexit re­lance la ques­tion Nord/ Sud et, en fi­li­grane, le dé­bat pas­sion­né sur la par­ti­tion de l’île et son éven­tuelle réuni­fi­ca­tion.

Si l’ac­cord de paix ne put pré­ve­nir la tra­gé­die d’Omagh, il conserve ce­pen­dant le mé­rite d’avoir en­ga­gé une sor­tie de crise du­rable, dont les si­gna­taires de­meurent les té­moins de­vant l’His­toire. Et, s’il ne sau­rait re­pré­sen­ter un Bill of Rights de l’Ir­lande du Nord, ce do­cu­ment reste le centre de gra­vi­té de sa sta­bi­li­té po­li­tique, en ga­ran­tis­sant l’ap­par­te­nance de l’Ul­ster au Royaume-Uni, tant que la ma­jo­ri­té de ses ha­bi­tants le sou­hai­te­ra. Ce­pen­dant, il se trouve fra­gi­li­sé par cette consé­quence pré­vi­sible mais non an­ti­ci­pée du Brexit, comme le sou­li­gnait To­ny Blair, op­po­sé à la sor­tie de l’UE, con­si­dé­rant une éven­tuelle fron­tière comme « un dé­sastre pour l’ac­cord de paix ». En ef­fet, une fron­tière ma­té­ria­li­sée se­rait im­man­qua­ble­ment per­çue comme un acte po­li­tique cli­vant par les Ir­lan­dais di­vi­sés de­puis 1921, au risque de fi­gu­rer un nou­veau « mur de Ber­lin », théâtre sym­bo­lique d’un af­fron­te­ment op­por­tu­niste pour les fac­tions dis­si­dentes, en quête d’une pro­vo­ca­tion de Londres (13).

Contre toute at­tente, l’Ac­cord du Ven­dre­di Saint a éri­gé une tri­bune ex­clu­sive à ces par­tis ra­di­caux ayant re­non­cé à prô­ner l’ac­tion vio­lente, mais qui conti­nuent ma­ni­fes­te­ment de sou­te­nir leurs an­ciens pa­ra­mi­li­taires.

Quant à Du­blin, qui sou­tient la réuni­fi­ca­tion ir­lan­daise du bout des lèvres, son Pre­mier mi­nistre Leo Va­rad­kar reste vent de­bout contre l’éta­blis­se­ment d’une fron­tière, qui au­rait une ré­per­cus­sion sur les flux de mar­chan­dises et les taxes doua­nières, ain­si qu’un im­pact psy­cho­lo­gique ma­jeur mais igno­ré sur les 30 000 en­tre­pre­neurs, trans­por­teurs et fer­miers, des com­tés fron­ta­liers de Lon­don(Der­ry) et du Do­ne­gal. Mais qui se sou­vient en­core du conten­tieux doua­nier entre Du­blin et Londres, qui plom­bait les échanges trans­fron­ta­liers fer­ro­viaires en iso­lant (Lon­don)Der­ry, de 1932 à 1938 ?

Dès lors, mar­te­lant à l’en­vi qu’elle ne vou­lait pas de « Hard Bor­der », que ce soit pour l’Ir­lande du Nord, l’An­gle­terre, l’Écosse ou le Pays de Galles, The­re­sa May conti­nue néan­moins de jouer la montre et pro­pose d’éri­ger une « Smart Bor­der » in­té­grant une « fa­ci­li­ta­tion maxi­male (de flux trans­fron­ta­liers) », re­po­sant sur une tech­no­lo­gie so­phis­ti­quée de contrôle, non en­core com­mu­ni­quée, qui si­dère la classe po­li­tique,

à l’ins­tar de Ste­ven Agnew, lea­der des Verts de Bel­fast, qui la taxait de « nou­velle li­corne » im­pos­sible à mettre en oeuvre, ou en­core pro­vo­quait la dé­mis­sion de Da­vid Da­vis, mi­nistre en charge du Brexit et de son ad­joint Steve Ba­ker, sui­vi du dé­part fra­cas­sant de Bo­ris John­son, chef de file des Brexi­ters, qui qua­li­fiait de « dé­ment » le pro­jet de nou­velle union doua­nière du gou­ver­ne­ment May, ré­vé­lant ain­si une frac­ture in­édite à Dow­ning Street, ag­gra­vée par le som­met sté­rile du 28 juin 2018, entre Bruxelles et Londres.

Le cas échéant, Londres per­ce­vrait les bé­né­fices doua­niers des mar­chan­dises tran­si­tant par le Royaume-Uni à des­ti­na­tion des États membres de l’UE, tout en ap­pli­quant son propre ré­gime de taxes aux biens des­ti­nés à son mar­ché in­té­rieur.

Aus­si le Fran­çais Mi­chel Bar­nier, né­go­cia­teur de l’UE pour le Brexit, pré­co­ni­sait-il, en at­ten­dant une so­lu­tion dé­fi­ni­tive, d’ac­cor­der aux com­tés d’Ir­lande du Nord un sta­tut spé­cial, en les in­té­grant dans l’union doua­nière libre eu­ro­péenne et le mar­ché unique, a contra­rio du reste de la Grande-Bre­tagne. Or, cette hy­po­thèse sou­te­nue par les mi­lieux d’af­faires lon­do­niens, éta­bli­rait, de fac­to, une union éco­no­mique avec la Ré­pu­blique d’Ir­lande, qui ne man­que­rait pas d’être in­ter­pré­tée par le Sinn Féin, pro-eu­ro­péen mal­gré ses cri­tiques acerbes des po­li­tiques éco­no­miques d’aus­té­ri­té de Bruxelles, comme un pas sym­bo­lique vers la réuni­fi­ca­tion de l’île. Car les Vingt-Huit bé­né­fi­cient d’une image po­si­tive de fai­seurs de paix, comme en at­teste le fi­nan­ce­ment du « Pont de la Paix » de (Lon­don) Der­ry, re­liant les quar­tiers pro­tes­tants et ca­tho­liques. Ce­pen­dant, les Unio­nistes, Brexi­ters convain­cus, re­fusent ca­té­go­ri­que­ment que l’Ul­ster bé­né­fi­cie d’un sta­tut dif­fé­rent des autres pro­vinces bri­tan­niques, pour des rai­sons po­li­tiques, éco­no­miques et sur­tout consti­tu­tion­nelles, au risque de créer un préa­lable re­mar­quable aux vel­léi­tés sé­pa­ra­tistes so­li­daires écos­saise et gal­loise. C’est pour les mêmes rai­sons qu’ils re­je­taient l’Ac­cord an­glo-ir­lan­dais d’Hills­bo­rough du 15 no­vembre 1985 pro­po­sant une coo­pé­ra­tion Nord-Sud, avec un re­gard de Du­blin sur Bel­fast, qua­li­fié d’in­gé­rence dans la po­li­tique in­té­rieure bri­tan­nique.

Force est de dé­plo­rer que la pro­vince dis­pu­tée d’Ir­lande du Nord, voi­sine de Du­blin apai­sée, n’a pas su en­cais­ser les di­vi­dendes de la paix. Son ave­nir po­li­tique reste en­core in­cer­tain, vingt ans après l’Ac­cord du Ven­dre­di Saint car, en de­çà des murs et des pos­tures, ce sont les coeurs et les es­prits qui res­tent meur­tris et di­vi­sés. Signe que la page des Troubles n’est

Con­for­mé­ment aux termes de l’Ac­cord du Ven­dre­di Saint, Londres et Du­blin doivent res­ter par­te­naires au sein de l’Union eu­ro­péenne. Ain­si, le Brexit re­lance la ques­tion Nord/Sud et, en fi­li­grane, le dé­bat pas­sion­né sur la par­ti­tion de l’île et son éven­tuelle réuni­fi­ca­tion.

pas prête de se tour­ner en Ul­ster, où chaque camp re­ven­dique d’al­ler, seul et à n’im­porte quel prix, dans le sens de l’His­toire en marche.

Notes

Flo­rine Bal­lif, « Les pea­ce­lines de Bel­fast, entre main­tien de l’ordre et ges­tion ur­baine », Cultures & Conflits no 73, prin­temps 2009.

The Scots­man, 20 avril 2018.

L’Ac­cord du Ven­dre­di Saint (Good Fri­day Agree­ment) ou Ac­cord de Bel­fast ( Bel­fast Agree­ment) fut conclu, sous les aus­pices de William « Bill » Clin­ton, entre To­ny Blair et Ber­tie Ahern, as­sor­tis des lea­ders po­li­tiques re­pré­sen­tant les groupes pa­ra­mi­li­taires ré­pu­bli­cains et loya­listes, dont John Hume du Par­ti So­cial

Dé­mo­crate et Tra­vailliste (SDLP), Da­vid Trimble du Par­ti Unio­niste d’Ul­ster (UUP), Ger­ry Adams du Sinn Féin, Da­vid Er­vine du Par­ti Unio­niste Pro­gres­siste (PUP) et Ga­ry McMi­chael de l’Ul­ster

De­mo­cra­tic Par­ty (UDP), tan­dis que le Par­ti Dé­mo­cra­tique Unio­niste (DUP) du ré­vé­rend Ian Pais­ley rom­pait les né­go­cia­tions.

Pierre Joan­non, « Ir­lande du Nord dans la tour­mente de la paix », Po­li­tique In­ter­na­tio­nale, no 90, hi­ver 2001.

The Irish Times, 23 avril 2018.

« Nous at­ti­rons l’at­ten­tion sur le fait que, même en cas de re­cours par les Ré­pu­bli­cains à une po­li­tique de dis­corde iden­ti­taire, nous conti­nue­rons à sou­te­nir notre en­ga­ge­ment au pro­ces­sus de paix » (http://cain.ul­st.ac.uk).

Son­dage Sun­day Times/Be­ha­viour and At­ti­tudes du 19 mai 2018 in Rol­lin­gnews.ie.

Ac­cess Re­search Know­ledge (ARK) NI, le 16 fé­vrier 2002.

Fon­dé en 1997, le Mou­ve­ment des 32 Com­tés Sou­ve­rains

( 32 Coun­ty So­ve­rei­gn­ty Mo­ve­ment) re­ven­dique 20 at­taques, dont celle du 12 avril 2010 contre le MI5 à Bel­fast.

B. Bun­ting, C. Cor­ry, S. O’Neill, A. Moore, T. Ben­son,

D. McFee­ters, « Death by Sui­cide: A re­port ba­sed on the Nor­thern Ire­land co­ro­ner’s da­ta­base », Pu­blic Health Agen­cy, 2012.

Nor­thern Ire­land Sta­tis­tics and Re­search Agen­cy (NISRA), 2017. Té­moi­gnages du po­li­cier John Stal­ker de la Royal Ul­ster Cons­ta­bu­la­ry et de l’agent Pe­ter Wright du MI6, sur la base du rap­port de Pa­trick Wal­ker, di­rec­teur gé­né­ral du

MI5 de 1988 à 1992 in The Guar­dian du 3 mai 2018.

Dé­cla­ra­tion pu­blique du 2 avril 2018 à (Lon­don)Der­ry, d’un mi­li­tant en­ca­gou­lé du Co­mi­té com­mé­mo­ra­tif de Der­ry

1916, lors de la tra­di­tion­nelle pa­rade de Pâques.

Pho­to ci-des­sus : Le pont de la Paix à (Lon­don)Der­ry, en Ir­lande du Nord, re­liant les quar­tiers pro­tes­tants et ca­tho­liques de la ville qui a vu se dé­rou­ler les évé­ne­ments du tris­te­ment cé­lèbre« Bloo­dy Sun­day ». Vingt ans après la si­gna­ture de l’ac­cord du Ven­dre­di Saint du 10 avril 1998, qui mit fin à trente ans de guerre ci­vile entre ré­pu­bli­cains ca­tho­liques et unio­nistes pro­tes­tants, l’Ul­ster se re­trouve confron­tée, sur fond de ten­sions com­mu­nau­taires mal éteintes, à une équa­tion iden­ti­taire en­core com­pli­quée par le choix bri­tan­nique de sor­tir de l’Union eu­ro­péenne. (© Shut­ter­stock/Ma­dru­ga­da Verde)

Pho­to ci-des­sus : Bel­fast reste un vé­ri­table mau­so­lée à ciel ou­vert. Ro­bert « Bob­by » Sands (1954-1981), re­pré­sen­té sur cette fresque dans le quar­tier ca­tho­lique de Falls, suc­com­bait, le 5 mai 1981, à 66 jours de grève de la faim à la pri­son deMaze, alors qu’il ve­nait d’être élu dé­pu­té Sinn Féin à la Chambre des Com­munes, le 10 avril 1981. Son ago­nie a sen­si­ble­ment af­fec­té le soft po­wer in­ter­na­tio­nal de la Grande-Bre­tagne en ma­tière de res­pect des droits de l’homme. ( © S.-C. Na­tale)

Pho­to ci-des­sous : Mur de la Paix (Peace Wall) de Bel­fast-Ouest, sé­pa­rant le sec­teur pro­tes­tant-loya­liste de Shan­kill Road de l’en­clave ca­tho­lique-ré­pu­bli­caine de Falls Road, où les com­bats furent les plus vio­lents de toute la pé­riode des Troubles (1969-1998). Au­jourd’hui, la me­nace d’at­taques sec­taires est suf­fi­sam­ment forte pour que les ha­bi­tants ré­clament de nou­veaux Peace Walls. (© S.-C. Na­tale)

Pho­to ci-des­sus : Rare et éphé­mère. Af­fiche de dis­si­dents de l’Ar­mée ré­pu­bli­caine ir­lan­daise (IRA) pla­car­dées dans Bel­fast-Ouest : « Nous n’irons nulle part,Ger­ry ! 32 [com­tés ir­lan­dais] si­non rien ! », en ré­ponse à Ger­ry Adams, ex-pré­sident du Sinn Féin, qui les ex­hor­tait à quit­ter Bel­fast et à ces­ser la lutte ar­mée au prin­temps 2018. Ger­ry Adams, an­cien com­man­dant mi­li­taire de l’IRA, pré­sident de sa vi­trine po­li­tique, le Sinn Féin, de 1983 à 2018, a joué un rôle fon­da­men­tal dans la mu­ta­tion et la cré­di­bi­li­sa­tion po­li­tique du par­ti, ain­si que dans le pro­ces­sus de paix nor­dir­lan­dais. (© S.-C. Na­tale)

Pho­to ci-contre : Mi­chel Bar­nier, né­go­cia­teur en chef du Brexit pour l’Union eu­ro­péenne, en confé­rence de presse à Bruxelles le 20 juillet2018. À par­tir du 20 mars 2019, le Brexit di­vi­se­ra l’île entre la par­tie nord, rat­ta­chée au Royaume-Uni, cen­sée quit­ter l’UE, et la par­tie sud, la Ré­pu­blique d’Ir­lande, qui en res­te­ra membre. Les né­go­cia­tions entre Londres et Bruxelles achoppent sur la ques­tion par­ti­cu­liè­re­ment épi­neuse de la fu­ture fron­tière entre Eire et Ul­ster. (© Shut­ter­stock/ Alexan­dros Mi­chai­li­dis)

Pho­to ci-contre : Jeunes dé­fa­vo­ri­sés du quar­tier pro­tes­tant de Foun­tain Street, à (Lon­don)Der­ry, jouant dans une dé­charge, de­vant une ins­crip­tion unio­niste (« Les Loya­listes de la rive ouest de Lon­don­der­ry tou­jours en état de siège ne se ren­dront pas »). Dans ce quar­tier en « ré­sis­tance » et sous grande ten­sion, on re­marque les mar­gelles de trot­toirs peintes aux cou­leurs de la Grande-Bre­tagne, ain­si que les mai­sons pa­voi­sées de l’éten­dard de l’Union Jack bri­tan­nique. (© S.-C. Na­tale)

Pho­to ci-des­sus : Dans Bel­fast-Ouest, une fresque ré­pu­bli­caine sou­tient le ré­fé­ren­dum sur l’in­dé­pen­dance ca­ta­lane de 2009. La ré­so­lu­tion du pro­blème nord-ir­lan­dais re­pré­sente un autre en­jeu cru­cial pour l’ave­nir de l’Union eu­ro­péenne, car elle pour­rait apai­ser ou nour­rir de nom­breux mou­ve­ments na­tio­na­listes in­dé­pen­dan­tistes ré­gio­naux sus­cep­tibles d’émiet­ter son es­pace po­li­tique, que ce soit – dans des contextes tou­jours spé­ci­fiques – en Ca­ta­logne, au Pays basque, en Écosse, en Flandre ou en Ita­lie du Nord… (© S.-C. Na­tale)

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