édi­to­rial

Diplomatie - - Éditorial - par Téa Ka­tu­kia

Dix ans après l’ef­fon­dre­ment de la banque d’af­faires Leh­man Bro­thers, qui a en­traî­né dans sa chute l’éco­no­mie mon­diale et pro­vo­qué l’une des plus im­por­tantes crises fi­nan­cières de ces cin­quante der­nières an­nées, l’Union eu­ro­péenne ap­pa­raît tou­jours conva­les­cente. Les troubles éco­no­miques et so­ciaux tra­ver­sés par la Grèce, l’Es­pagne et le Por­tu­gal lors de cette crise ont lais­sé des traces, voire des bles­sures, dont les ré­per­cus­sions de­meurent au­jourd’hui pal­pables au sein de l’UE.

Les ten­sions au­tour de la ri­gueur bud­gé­taire im­po­sée par l’Al­le­magne, celles liées au ter­ro­risme in­ter­na­tio­nal qui a frap­pé plu­sieurs grandes villes eu­ro­péennes, tout comme la ré­ponse po­li­tique – to­ta­le­ment in­adé­quate et désor­don­née – à la crise des mi­grants, ou en­core le sen­ti­ment que cer­tains lob­bies à Bruxelles pèsent da­van­tage que cer­tains choix dé­mo­cra­tiques na­tio­naux, ont fi­ni par abî­mer en pro­fon­deur la cré­di­bi­li­té de l’UE aux yeux des ci­toyens, avec comme ré­sul­tat la mon­tée en puis­sance de l’eu­ros­cep­ti­cisme, ce cou­rant de pen­sée hé­ri­té en grande par­tie des Bri­tan­niques et dé­sor­mais for­te­ment ré­pan­du dans l’opi­nion pu­blique de presque tous les pays membres de l’UE. Le pro­jet eu­ro­péen semble payer le prix d’une mon­dia­li­sa­tion qui a dé­mon­tré ses li­mites en contri­buant à l’ins­tau­ra­tion de nou­velles in­éga­li­tés so­ciales et à l’ap­pau­vris­se­ment éco­no­mique des classes moyennes et po­pu­laires.

Dans ce contexte, le choix bri­tan­nique de quit­ter l’Union eu­ro­péenne marque, à bien des égards, un tour­nant dé­ci­sif dans l’his­toire de la com­mu­nau­té eu­ro­péenne et dé­passe la simple ques­tion de res­ter ou non dans l’UE. Le Brexit ré­vèle la réa­li­té d’une crise sys­té­mique du­rable en Eu­rope et nous in­cite à ré­flé­chir aux res­sources à mo­bi­li­ser pour re­le­ver les dé­fis qu’at­tendent l’UE et ses pays membres.

Les pre­miers ef­fets pré­vi­sibles de ce re­trait bri­tan­nique se font dé­jà sen­tir, à tra­vers l’épi­neuse ques­tion de l’Écosse et de l’Ir­lande du Nord. D’autres ré­fé­ren­dums, ailleurs en Eu­rope, pour­raient suivre la voie ou­verte par Londres et mo­di­fier en pro­fon­deur le vi­sage et le fu­tur de l’Union eu­ro­péenne dans les dé­cen­nies à ve­nir. Qu’on le veuille ou non, la so­lu­tion à cette pos­sible dé­cons­truc­tion ne pour­ra être que po­li­tique, fon­dée sur une vi­sion re­nou­ve­lée du pro­jet eu­ro­péen et sur une plus grande co­hé­rence et conver­gence des po­li­tiques pu­bliques des États membres. En ce­la, le Brexit pour­rait bien se ré­vé­ler sal­va­teur, s’il per­met de mettre en évi­dence les fac­teurs qui minent la vi­ta­li­té de l’UE et, es­pé­rons-le, de dé­clen­cher un choc pour lui don­ner un nou­vel élan et une nou­velle vi­sion.

Réunion du Conseil eu­ro­péen du 14 dé­cembre 2018. (© Eu­ro­pean Union)

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