Prendre sa re­traite : cinq er­reurs à évi­ter

DE­MAN­DER SA PEN­SION DE RE­TRAITE EST LOIN D’ÊTRE UNE SIMPLE FOR­MA­LI­TÉ. CER­TAINES INATTENTIONS OU NÉGLIGENCES POUR­RAIENT VOUS COÛ­TER TRÈS CHER. NE VOUS LAIS­SEZ PAS PIÉ­GER!

Dossier Familial - - SOMMAIRE - Par Ro­se­lyne Poz­nans­ki

1 NÉ­GLI­GER SON RE­LE­VÉ DE SI­TUA­TION

Le do­cu­ment im­por­tant en ma­tière de re­traite, quel que soit votre sta­tut pro­fes­sion­nel ac­tuel ou pas­sé (sa­la­rié, fonc­tion­naire, in­dé­pen­dant…), c’est bien le re­le­vé de si­tua­tion in­di­vi­duelle (RIS). En ef­fet, lui seul vous per­met de faire le point de ma­nière ré­tro­ac­tive et syn­thé­tique sur votre car­rière pro­fes­sion­nelle et sur les droits re­traite que vous avez po­ten­tiel­le­ment ac­quis. Le RIS est mis à jour une fois par an à par­tir des in­for­ma­tions dont dis­posent les ré­gimes de re­traite au 31 dé­cembre de l’an­née pré­cé­dente. La pre­mière chose à faire est donc de vous mu­nir d’un re­le­vé ré­cent (et non d’un RIS re­çu par cour­rier plu­sieurs an­nées au­pa­ra­vant), té­lé­char­geable en quelques mi­nutes sur In­fo-re­traite.fr (por­tail of­fi­ciel in­ter­ré­gimes qui abrite le

compte per­son­nel re­traite de cha­cun), ou sur Las­su­ran­ce­re­traite.fr si vous êtes sa­la­rié du sec­teur pri­vé. Vous de­vez en­suite prendre du temps pour va­li­der, an­née par an­née, les tri­mestres ac­quis dans les ré­gimes de base et les points dans les ré­gimes com­plé­men­taires. At­ten­tion, même s’il vous semble com­plet et même s’il s’agit d’un do­cu­ment of­fi­ciel, au­cun RIS n’est à l’abri d’in­co­hé­rences ou d’er­reurs que vous seul pou­vez faire cor­ri­ger. Les pé­riodes de chô­mage in­dem­ni­sé, d’ap­pren­tis­sage ou d’ac­ti­vi­té à l’étran­ger peuvent, par exemple, ne pas avoir été prises en compte. Il en va de même pour les tri­mestres de ma­jo­ra­tion pour en­fants at­tri­bués aux mères bio­lo­giques ou adop­tives. Cer­taines ano­ma­lies peuvent tou­te­fois être dé­tec­tées par les ré­gimes de re­traite : elles vous sont si­gna­lées par un pic­to­gramme spé­ci­fique. Pour ob­te­nir la rec­ti­fi­ca­tion de votre RIS, il convient d’ex­pé­dier les jus­ti­fi­ca­tifs (bul­le­tins de paie, cer­ti­fi­cats d’em­ployeur, ex­trait d’acte de nais­sance, etc.) soit en ligne à par­tir de votre compte per­son­nel re­traite, soit par cour­rier (de pré­fé­rence en re­com­man­dé avec avis de ré­cep­tion). Cette de­mande de rec­ti­fi­ca­tion doit être ef­fec­tuée de pré­fé­rence douze à dix-huit mois avant la date choi­sie pour re­ce­voir vos pen­sions de re­traite. « Certes, il est pos­sible en théo­rie de faire ré­gu­la­ri­ser son dos­sier re­traite quelques se­maines seule­ment avant de de­man­der la li­qui­da­tion de ses droits. Mais c’est s’ex­po­ser à per­ce­voir une pen­sion de re­traite avec dé­cote ou mi­no­ra­tion si les ré­gu­la­ri­sa­tions sont re­fu­sées ou tardent à être in­té­grées, ce qui est re­gret­table », met en garde Va­lé­rie Ba­tigne, pré­si­dente et fon­da­trice de Sa­pien­do re­traite.

2 NE CONTAC­TER QU’UN RÉ­GIME DE RE­TRAITE

La plu­part des ré­gimes de re­traite fonc­tionnent en­core en si­lo : les in­for­ma­tions dé­te­nues par les uns ne sont pas for­cé­ment trans­mises aux autres. Seules quelques rares passerelles peuvent être si­gna­lées. Ain­si, les ré­gimes dits « ali­gnés » (CNAV, MSA et SSI, EX-RSI) pro­cèdent, de­puis juillet 2017, à une li­qui­da­tion unique des droits à pen­sion

de base pour les per­sonnes ayant été, au cours de leur car­rière, à la fois sa­la­riées et in­dé­pen­dantes, par exemple. Pour les autres ré­gimes, il vous re­vient de lan­cer la dé­marche de mise en paie­ment de vos pen­sions. Pour les ré­gimes com­plé­men­taires Agirc-arr­co des sa­la­riés du sec­teur pri­vé, le ré­gime gé­né­ral ef­fec­tue « un si­gna­le­ment qui est une sorte

de fi­let de sé­cu­ri­té pour l’as­su­ré », ex­plique Phi­lippe Bainville, ex­pert re­traite au­près de la CNAV. Mais en at­ten­dant de pou­voir li­qui­der en une seule fois et en ligne toutes vos re­traites (voir l’en­ca­dré ci-des­sous), vous de­vez soit prendre ren­dez-vous avec un conseiller CICAS (centre d’in­for­ma­tion de conseil et d’ac­cueil des sa­la­riés), soit ef­fec­tuer une de­mande spé­ci­fique en ligne à par­tir de votre es­pace sé­cu­ri­sé sur le site Agirc-arr­co.fr, à condi­tion de vous être as­su­ré de l’exac­ti­tude de vos droits.

3 MAL CHOI­SIR SA DATE DE DÉ­PART

Dans la me­sure du pos­sible, la date de dé­part en re­traite ne doit pas être dé­ci­dée au ha­sard. Pour op­ti­mi­ser le mon­tant de votre pen­sion de base, cette date doit être fixée de pré­fé­rence le pre­mier jour d’un tri­mestre ci­vil, ce qui per­met de va­li­der en en­tier ce­lui qui vient de s’écou­ler. Par exemple, par­tir le 1er mars 2019 ne rap­porte au­cun tri­mestre et, le cas échéant, vous prive d’une sur­cote de 1,25 % par tri­mestre tra­vaillé au-de­là de votre âge de taux plein. Mieux vaut donc fixer son dé­part un

1er avril. Par ailleurs, sa­chez que, si elle n’est pas com­plète, l’an­née du dé­part en re­traite n’est pas in­té­grée dans les vingt-cinq meilleures an­nées de sa­laire re­te­nues pour le cal­cul de la pen­sion de base. Or, il n’est pas rare que la der­nière an­née soit une des meilleures de la car­rière. En con­sé­quence, il est pré­fé­rable d’en­vi­sa­ger de par­tir un 1er jan­vier plu­tôt qu’un 1er dé­cembre. En­fin, avec la ré­forme des re­traites com­plé­men­taires Agirc-arr­co qui entre en vi­gueur le 1er jan­vier pro­chain et qui concer­ne­ra tous les sa­la­riés du sec­teur pri­vé, la date de dé­part de­vra im­pé­ra­ti­ve­ment être ca­li­brée au plus près pour que les pen­sions com­plé­men­taires ne su­bissent pas le ma­lus, égal à 10 % de leur mon­tant du­rant trois ans.

4 FAIRE SA DE­MANDE AU DER­NIER MO­MENT

Même à l’ère du Web 3.0, il est en­core né­ces­saire de dé­po­ser sa de­mande de re­traite plu­sieurs mois à l’avance. Ce

dé­lai peut d’ailleurs être im­po­sé par la ré­gle­men­ta­tion. C’est le cas, par exemple, pour les fonc­tion­naires ter­ri­to­riaux et hos­pi­ta­liers rat­ta­chés à la CNRACL : ils doivent adres­ser leur de­mande d’at­tri­bu­tion de pen­sion au moins six mois à l’avance

(art. 59, dé­cret n° 2003-1306 du 26 déc. 2003). Pour les autres ré­gimes de re­traite, un même dé­lai de six ou de quatre mois mi­ni­mum est sys­té­ma­ti­que­ment de­man­dé. Ce préa­lable vaut quelle que soit la ma­nière dont vous comp­tez ef­fec­tuer votre de­mande : de fa­çon clas­sique, après avoir rem­pli un for­mu­laire spé­ci­fique et éven­tuel­le­ment pris ren­dez-vous avec un conseiller de votre caisse de re­traite (ou avec le ser­vice des res­sources hu­maines dont vous dé­pen­dez en tant que fonc­tion­naire), ou de fa­çon plus mo­derne, à par­tir de votre es­pace per­son­nel en ligne.

Pour­quoi cette dé­marche né­ces­site-t-elle d’être an­ti­ci­pée à ce point ? Parce que les va­li­da­tions qui se­ront faites et dont dé­pen­dra le mon­tant de la pen­sion ver­sée de fa­çon via­gère re­quièrent du temps.

D’où l’in­té­rêt d’avoir dé­cryp­té vous-même en amont votre re­le­vé de si­tua­tion.

Autre rai­son plus concrète, les ges­tion­naires de re­traite char­gés de vé­ri­fier vos droits ne peuvent pas faire de mi­racles.

Il est sou­hai­table de leur lais­ser du temps pour évi­ter des er­reurs. En­fin, cer­tains dos­siers s’avèrent plus com­plexes que d’autres à vé­ri­fier. Ce­la concerne no­tam­ment les per­sonnes sus­cep­tibles de bé­né­fi­cier d’un dé­part an­ti­ci­pé pour in­va­li­di­té, han­di­cap ou pé­ni­bi­li­té.

NE PAS PRÉ­VOIR DE TRÉ­SO­RE­RIE

De­man­der à per­ce­voir ses pen­sions de re­traite est une chose, les per­ce­voir ef­fec­ti­ve­ment à la date choi­sie en est une autre. Manque de per­son­nel, grand nombre de de­mandes si­mul­ta­nées, par­ti­cu­liè­re­ment en fin d’an­née… : « Il peut y avoir du re­tard ou des dé­ca­lages. Il faut s’y pré­pa­rer fi­nan­ciè­re­ment, sur­tout si l’on a co­ti­sé au­près de dif­fé­rents ré­gimes », conseille Va­lé­rie Ba­tigne. Pour le ré­gime gé­né­ral (sa­la­riés et contrac­tuels de la fonc­tion pu­blique), la MSA (sa­la­riés agri­coles) et la Sé­cu­ri­té so­ciale des in­dé­pen­dants (ar­ti­sans, com­mer­çants), la ré­gle­men­ta­tion (dé­cret n° 2015-1015 du 19 août 2015) pré­voit un ver­se­ment pro­vi­soire ou dé­fi­ni­tif de la pen­sion si le dos­sier est com­plet et s’il est dé­po­sé au moins quatre mois avant la date d’ef­fet de la re­traite sou­hai­tée. Les fonc­tion­naires d’état ou des col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­riales sont, eux, as­su­rés de per­ce­voir leur pen­sion six mois après la date de dé­pôt de leur de­mande. Cette sé­cu­ri­té fi­nan­cière ne bé­né­fi­cie tou­te­fois pas à tout le monde. Par exemple, les pro­fes­sion­nels li­bé­raux, les ex­ploi­tants agri­coles comme les sa­la­riés pour les pen­sions com­plé­men­taires ne sont pas concer­nés !

Pre­nez le temps de pré­pa­rer votre dos­sier re­traite.

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