Ejer­ci­to del Aire (ar­mée de l’air) Ar­mée de l’Air 13. ITA­LIE Ae­ro­nau­ti­ca Mi­li­tare Tor­nad o:57 Avia­zione Na­vale VVS (ar­mée de l’air)

DSI Hors-Série - - AFRIQUE ET EUROPE - 15 3 18 2 Ty­phoon : 105+ 23 12 Tor­na­do IDS/ECR : 122 2. AU­TRICHE Ty­phoon : 15 19 5 3. BEL­GIQUE F-16AM/BM Figh­ting Fal­con : 54 MiG-29 Ful­crum 37 Su-25 Frog­foot : 68 5. BUL­GA­RIE MiG-29 Ful­crum : 15 Su-25Frog­foot : 12 6. CROA­TIE MiG-21 Fi­shbe

DSI • Hors-sé­rie • no 54 (© Areion/CAPRI)

L’ar­mée de l’Air ne manque pas de mis­sions : entre la dis­sua­sion, les OPEX, les

dé­ploie­ments de sou­ve­rai­ne­té, la pos­ture per­ma­nente aé­rienne et même « Sen­ti­nelle », les forces ne chôment pas. Le « sys­tème ar­mée de l’Air » tient-il le coup ?

An­dré Lanata : Oui, nous sommes ef­fec­ti­ve­ment sur tous les fronts si­mul­ta­né­ment, sur le ter­ri­toire na­tio­nal et loin de nos fron­tières, de l’opé­ra­tion «Sen­ti­nelle» sur le sol fran­çais aux opé­ra­tions au Le­vant et dans la bande sa­hé­lo-sa­ha­rienne, de la dis­sua­sion nu­cléaire à la pro­tec­tion de l’es­pace aé­rien na­tio­nal. Le sys­tème de com­bat de l’ar­mée de l’Air tient donc le coup, parce que les avia­teurs lui donnent tout : leurs heures de jour et de nuit, leurs com­pé­tences ex­tra­or­di­naires, et par­fois leur vie. Ils ré­pondent pré­sents en opé­ra­tions, et ils mettent tout en oeuvre pour pour­suivre l’adap­ta­tion de l’ar­mée de l’Air à l’évo­lu­tion bru­tale du contexte sé­cu­ri­taire que nous connais­sons de­puis 2015 et à l’en­ga­ge­ment in­édit des ar­mées qui en a ré­sul­té, y com­pris sur le ter­ri­toire na­tio­nal, des me­sures de ré­as­su­rance en Eu­rope de l’Est aux mis­sions de pré­sence et d’as­sis­tance dans le Pa­ci­fique.

Pour au­tant, et mal­gré les ef­forts d’adap­ta­tion in­ternes (le plan stra­té­gique «Unis

pour faire face») et ex­ternes (ajus­te­ments bud­gé­taires en 2015 et 2016), le «sys­tème ar­mée de l’Air» par­vient en li­mite de co­hé­rence pour deux rai­sons. Si l’ar­mée de l’Air

consé­quence le vieillis­se­ment ac­cé­lé­ré des avions, ré­duit le temps consa­cré à l’en­traî­ne­ment et à la pré­pa­ra­tion opé­ra­tion­nelle des équi­pages. Dans les cir­cons­tances ac­tuelles, ce phé­no­mène de vase com­mu­ni­quant at­teint des pro­por­tions trop im­por­tantes. Avec des vols de plus de six heures au-des­sus de l’Irak et de la Sy­rie, les avions de chasse dé­ployés sur notre base aé­rienne pro­je­tée en Jor­da­nie consomment quatre fois plus de po­ten­tiel tech­nique qu’en mé­tro­pole. Mes pi­lotes et na­vi­ga­teurs y réa­lisent en deux mois plus de la moi­tié de leur al­lo­ca­tion an­nuelle d’heures de vol. Il leur en reste donc peu pour se main­te­nir au ni­veau de qua­li­fi­ca­tion re­quis pour les autres mis­sions qui leur sont dé­vo­lues, et qui ne sont pas des moindres : dé­fense aé­rienne, dis­sua­sion, et for­ma­tion des plus jeunes. Ce der­nier point est très pro­blé­ma­tique, car il han­di­cape la ré­gé­né­ra­tion de notre vi­vier de pi­lotes opé­ra­tion­nels. En ef­fet, le sys­tème d’armes Ra­fale, très po­ly­va­lent – mo­dèle que nous avions sou­hai­té afin d’au­to­ri­ser une ré­duc­tion du for­mat de l’avia­tion de com­bat –, est très exi­geant sur le plan de l’en­traî­ne­ment. Il faut en ef­fet maî­tri­ser l’ex­per­tise de l’en­trée en pre­mier, des dis­po­si­tifs aé­riens com­plexes, du com­bat ai­rair, du bom­bar­de­ment conven­tion­nel (dont l’as­saut la­ser) et nu­cléaire, de la re­con­nais­sance aé­rienne, mais aus­si de l’as­sis­tance aux aé­ro­nefs en dif­fi­cul­té. Les heures de vol consa­crées à l’en­traî­ne­ment sur l’avion sont in­dis­pen­sables pour ac­qué­rir puis main­te­nir ces ex­per­tises. La pro­gram­ma­tion des exer­cices aé­riens fait donc l’ob­jet d’une op­ti­mi­sa­tion toute par­ti­cu­lière, qu’ils soient

“À moyen terme, l’avia­tion de chasse doit faire face à des en­jeux qua­li­ta­tifs, au pre­mier rang des­quels on trouve le re­nou­vel­le­ment de la com­po­sante aé­ro­por­tée. Les dé­ci­sions qui se­ront prises dans les an­nées à ve­nir (choix du type de mis­sile et choix du type de por­teur de l’arme nu­cléaire) sont struc­tu­rantes pour l’avia­tion de com­bat, et pour l’ar­mée de l’Air

en gé­né­ral.

na­tio­naux, comme les ma­noeuvres aé­riennes pour en­traî­ner la com­po­sante aé­ro­por­tée de la dis­sua­sion, im­pres­sion­nante de réa­lisme et de com­plexi­té, ou in­ter­na­tio­naux, compte te­nu de notre im­pli­ca­tion dans les coa­li­tions comme au Le­vant. À ce su­jet, nous in­vi­tons sys­té­ma­ti­que­ment des ar­mées de l’air étran­gères à prendre part à nos exer­cices de pré­pa­ra­tion opé­ra­tion­nelle. En mars 2016, « Ser­pen­tex » a ain­si ras­sem­blé sur la base aé­rienne de So­len­za­ra des équi­pages et des

contrô­leurs aé­riens avan­cés de douze na­tions pour une ré­pé­ti­tion gé­né­rale avant leur dé­ploie­ment en opé­ra­tions. Ré­ci­pro­que­ment, nous par­ti­ci­pons à l’étran­ger à des en­traî­ne­ments à haute va­leur ajou­tée, comme la der­nière édi­tion de l’exer­cice tri­la­té­ral qui a réuni aux États-Unis les meilleurs chas­seurs fran­çais (Ra­fale), an­glais (Ty­phoon) et amé­ri­cains (F-22 et F-35) au­tour de scé­na­rios ex­trê­me­ment com­plexes d’en­trée en pre­mier en haute in­ten­si­té. Cette ini­tia­tive tri­la­té­rale est à la fois un gage de confiance ex­tra­or­di­naire de nos al­liés et une vé­ri­table re­con­nais­sance de notre cré­di­bi­li­té opé­ra­tion­nelle. Nous avons en­core l’une des meilleures ar­mées de l’air au monde. Sa per­for­mance re­pose sur la qua­li­té, l’ex­pé­rience et le sa­voir-faire des avia­teurs. Mon ob­ses­sion est de ne pas perdre cette pé­pite in­es­ti­mable.

En ce qui concerne la flotte d’ap­pa­reils, plu­sieurs pro­grammes sont main­te­nant bien en­ga­gés. Le­quel vous pa­raît le plus pro­blé­ma­tique – ou, à tout le moins, de­vant faire l’ob­jet de la sur­veillance la plus rap­pro­chée ?

Compte te­nu de notre ni­veau d’en­ga­ge­ment, et du dé­fi po­sé par notre ca­pa­ci­té à du­rer, je vous ré­pon­drai que ma sur­veillance est à 360 de­grés ! Elle concerne tout au­tant la qua­li­té que la quan­ti­té des parcs aé­riens qui mo­tivent les pro­grammes en cours ou à ve­nir.

La flotte d’avions de chasse re­tient évi­dem­ment toute mon at­ten­tion, car il s’agit d’un mar­queur d’une ar­mée de l’Air, par­ti­ci­pant au sta­tut de puis­sance de la France, et parce que j’y ob­serve des signes évi­dents

La flotte de (K)C-135 est lit­té­ra­le­ment à bout de souffle : l’A330 Phé­nix (ici, un MRTT aus­tra­lien) de­vient im­pé­ra­tif pour as­su­rer la conti­nui­té des ca­pa­ci­tés de pro­jec­tion de l’ar­mée de l’Air. (© Air­bus Defense & Se­cu­ri­ty)

et in­quié­tants d’épui­se­ment. Je dis­tingue deux types de be­soins. Le pre­mier est d’ordre quan­ti­ta­tif, puis­qu’il s’agit de dis­po­ser au plus tôt des avions dé­jà com­man­dés, mais aus­si d’aug­men­ter leur parc, afin de pou­voir conti­nuer à ré­pondre à la hausse consta­tée de nos contrats opé­ra­tion­nels. J’as­so­cie à cette évo­lu­tion quan­ti­ta­tive de l’avia­tion de chasse les équi­pe­ments qui sont né­ces­saires à ses mis­sions (aug­men­ta­tion des stocks de mu­ni­tions aé­ro­por­tées, des mis­siles air-air, des na­celles de dé­si­gna­tion la­ser). En­suite, à moyen terme, l’avia­tion de chasse doit faire face à des en­jeux qua­li­ta­tifs, au pre­mier rang des­quels on trouve le re­nou­vel­le­ment de la com­po­sante aé­ro­por­tée. Les dé­ci­sions qui se­ront prises dans les an­nées à ve­nir (choix du type de mis­sile et choix du type de por­teur de l’arme nu­cléaire) sont struc­tu­rantes pour l’avia­tion de com­bat, et pour l’ar­mée de l’Air en gé­né­ral.

En­suite, le choix de re­tar­der de­puis de trop nom­breuses an­nées la mo­der­ni­sa­tion de la flotte de ra­vi­tailleurs en vol, qui contri­bue à la mis­sion de dis­sua­sion, mais qui re­pré­sente éga­le­ment une ca­pa­ci­té in­dis­pen­sable aux opé­ra­tions ex­té­rieures et à la mo­bi­li­té stra­té­gique, place cette flotte dans une si­tua­tion très pré­oc­cu­pante. L’âge moyen du parc de nos ra­vi­tailleurs – com­man­dés du temps du gé­né­ral de Gaulle, il y a 55 ans ! – en contraint for­te­ment la dis­po­ni­bi­li­té. Compte te­nu de cette fra­gi­li­té, la réus­site de nos opé­ra­tions re­pose beau­coup sur le sou­tien ap­por­té par nos al­liés. Je suis donc par­ti­cu­liè­re­ment vi­gi­lant au res­pect du ca­len­drier de li­vrai­son du pre­mier MRTT Phé­nix dès sep­tembre 2018. Mais j’es­time aus­si que le risque qui pèse sur cette ca­pa­ci­té né­ces­site d’ac­cé­lé­rer la suite des li­vrai­sons et d’ar­ri­ver à un nombre d’avions de ra­vi­taille­ment en vol co­hé­rent avec la hausse du ni­veau d’en­ga­ge­ment.

La flotte d’aé­ro­nefs de trans­port est éga­le­ment es­sen­tielle à nos ar­mées pour ga­ran­tir leur mo­bi­li­té sur ou vers un théâtre d’opé­ra­tions. Au Sa­hel en par­ti­cu­lier, la mo­bi­li­té tac­tique des troupes et du ma­té­riel reste le seul re­cours face au dé­fi des éten­dues à cou­vrir. Cette ca­pa­ci­té a consti­tué une la­cune im­por­tante ac­cep­tée en loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire, ag­gra­vée par les dif­fi­cul­tés ini­tiales du pro­gramme A400M et l’ac­cé­lé­ra­tion co­rol­laire du vieillis­se­ment des flottes C-130 et C-160. Nous avons pris des me­sures, nous avons mis en place un dia­logue ef­fi­cace avec l’in­dus­triel, et je suis per­sua­dé que nous al­lons vers du mieux. La si­tua­tion de­vrait s’amé­lio­rer pro­gres­si­ve­ment à par­tir de 2017 avec la sor­tie de l’or­nière du pro­gramme A400M, les tra­vaux d’amé­lio­ra­tion de la dis­po­ni­bi­li­té des C-130H et l’ar­ri­vée des pre­miers C-130J (com­man­dés en ur­gence dans le cadre de l’ac­tua­li­sa­tion bud­gé­taire

en 2015). Notre in­dus­trie doit ab­so­lu­ment pour­suivre les ef­forts en­tre­pris pour faire de l’A400M At­las l’avion de trans­port dont les ar­mées fran­çaises ont be­soin.

En outre, les opé­ra­tions ac­tuelles dé­montrent que l’ef­fort doit être ac­cen­tué dans le do­maine de l’ISR. L’éten­due des théâtres et les modes d’ac­tion en­ne­mis (fu­gace, ou au contraire, im­bri­qué avec la po­pu­la­tion ci­vile) né­ces­sitent da­van­tage de per­ma­nence

Je suis par­ti­cu­liè­re­ment “vi­gi­lant au res­pect du ca­len­drier de li­vrai­son du pre­mier MRTT Phé­nix dès sep­tembre 2018. Mais j’es­time aus­si que l’in­ten­si­té de nos opé­ra­tions né­ces­site d’ac­cé­lé­rer la suite des li­vrai­sons. „

du ren­sei­gne­ment et de mise en ré­seau des ac­teurs de l’opé­ra­tion jus­qu’à la frappe aé­rienne éven­tuelle. L’uti­li­sa­tion ex­ten­sive des drones MALE mis en oeuvre par l’ar­mée de l’Air confirme cette ten­dance mar­quée en même temps que cette la­cune. Dans ce re­gistre, l’ar­me­ment de ces drones MALE consti­tue­rait une plus-va­lue in­dé­niable en termes de

ré­ac­ti­vi­té et d’ef­fi­ca­ci­té opé­ra­tion­nelle. En­fin, au-de­là des pro­grammes, je n’ou­blie pas le fi­nan­ce­ment des heures de vol et du main­tien en condi­tion opé­ra­tion­nelle des aé­ro­nefs. Mais la prio­ri­té de mes prio­ri­tés de­meure la res­source hu­maine. En dé­fi­ni­tive, ce sont bien les avia­teurs qui trans­forment de simples avions – aus­si per­for­mants soient-ils – en vé­ri­tables sys­tèmes d’armes, et l’ar­mée de l’Air dans son en­semble en un re­dou­table sys­tème de com­bat.

Plu­sieurs dé­fis ma­jeurs pointent à l’ho­ri­zon, comme le SCAF. Le lan­ce­ment du dé­ve­lop­pe­ment du Ra­fale F4 a par ailleurs été an­non­cé le 22 mars. Comment voyez-vous le SCAF ? Le F4 se­ra-t-il son vec­teur ? En­vi­sa­gez-vous des évo­lu­tions de l’ar­me­ment em­bar­qué au-de­là de ce qui est dé­jà pla­ni­fié ?

Le stan­dard F4 du Ra­fale a ef­fec­ti­ve­ment été lan­cé en mars der­nier. Les deux prin­ci­paux vo­lets de ce nou­veau stan­dard, sché­ma­ti­que­ment, se­ront d’une part d’amé­lio­rer la connec­ti­vi­té du Ra­fale, et d’autre part de di­ver­si­fier et de mo­der­ni­ser son pa­nel d’ar­me­ments air-air et air-sol. Con­cer­nant l’ar­me­ment air-sol, l’idée gé­né­rale est bien d’élar­gir le pa­nel des ef­fets de nos mu­ni­tions, comme le re­quièrent nos opé­ra­tions aé­riennes au Sa­hel ou au Le­vant. Sur un même théâtre, les ef­fets à ob­te­nir peuvent être très dif­fé­rents d’une mis­sion à l’autre, voire au cours de la même mis­sion. L’en­ga­ge­ment de nos chas­seurs en mi­lieu ur­bain, comme à Mos­soul par exemple, est par­ti­cu­liè­re­ment exi­geant. Aus­si, le stan­dard F4 du Ra­fale contri­bue­ra-t-il in­con­tes­ta­ble­ment à

Le Ra­fale F4 doit voir une évo­lu­tion de ses ar­me­ments comme de sa connec­ti­vi­té. L’en­jeu pre­mier est évi­dem­ment l’adap­ta­tion, tant aux opé­ra­tions qu’à l’in­ter­opé­ra­bi­li­té avec nos al­liés les plus proches. (© Alex Pa­rin­gaux/Das­sault Avia­tion)

Le PC-21, ici en li­vrée construc­teur et en bonne com­pa­gnie, va com­plè­te­ment chan­ger la for­ma­tion au com­bat : plus éco­no­mique, il est sur­tout plus adap­té à la for­ma­tion aux flottes d’ap­pa­reils tels que le Ra­fale. (© Pi­la­tus)

ré­pondre aux exi­gences des théâtres d’opé­ra­tions ac­tuels, mais éga­le­ment à leurs pers­pec­tives d’évo­lu­tion. Nos équi­pages évo­luent en ef­fet dans des es­paces aé­riens de plus en plus contes­tés, comme en Sy­rie par exemple, où sont dé­ployés des sys­tèmes sol-air très per­for­mants (S-300). Plus gé­né­ra­le­ment, dans le monde (Asie, mais aus­si pour­tour mé­di­ter­ra­néen), des stra­té­gies de dé­ni d’ac­cès se dé­ve­loppent, de plus en plus ef­fi­caces, de plus en plus in­té­grées, de plus en plus con­nec­tées. Je constate que les ar­se­naux aé­riens et an­ti­aé­riens de nos ad­ver­saires po­ten­tiels, mais aus­si de nos par­te­naires, ont tous fait des ef­forts de mo­der­ni­sa­tion. J’es­time que le risque de dé­clas­se­ment stra­té­gique est réel si nous re­tar­dons en­core la nôtre.

Par ailleurs, j’ob­serve qu’au Sa­hel, par exemple, il s’agit de trou­ver et de trai­ter une me­nace ex­trê­me­ment fu­gace sur un ter­ri­toire grand comme l’Eu­rope. Les ré­sul­tats opé­ra­tion­nels ne peuvent être l’oeuvre d’un seul avion ou GTIA, aus­si per­for­mants soien­tils. Les suc­cès que nous ob­te­nons face aux groupes ter­ro­ristes sont bien le fruit d’une com­bi­nai­son de mo­dules de forces in­ter­ar­mées, connec­tés entre eux et ré­ar­ti­cu­lés en fonc­tion de la si­tua­tion : drones, avions de chasse, mais aus­si avions de trans­port, de ren­sei­gne­ment, forces spé­ciales, hé­li­co­ptères de trans­port ou de com­bat et, bien sûr, centres de com­man­de­ment au sol par­tagent le flux d’in­for­ma­tion en temps réel. Le dis­po­si­tif éphé­mère ain­si consti­tué est en me­sure de concen­trer dans une fe­nêtre de temps ex­trê­me­ment étroite une com­bi­nai­son de leurs ef­fets pour trou­ver, tra­quer et en­fin af­fron­ter

les groupes dji­ha­distes ar­més. Dans ces deux contextes opé­ra­tion­nels pour­tant bien dif­fé­rents, il n’est donc pas pos­sible de conti­nuer à rai­son­ner en ne consi­dé­rant que les per­for­mances des « plates-formes » (les avions) prises in­di­vi­duel­le­ment. Il faut pen­ser de ma­nière glo­bale, en in­cluant la ca­pa­ci­té C2 et le dia­logue entre les dif­fé­rentes plates-formes dans nos ré­flexions et nos dé­ve­lop­pe­ments. Ain­si, au-de­là du stan­dard F4 du Ra­fale, nous ré­flé­chis­sons bien évi­dem­ment à l’évo­lu­tion de notre avia­tion de com­bat, c’est-à-dire au sys­tème de com­bat aé­rien fu­tur : le SCAF.

“Le SCAF ne se­ra ni un avion ni un drone, comme je le ré­pète sou­vent, mais bien un en­semble de sys­tèmes mis en ré­seau, qui consti­tue­ront l’ar­chi­tec­ture de l’avia­tion de com­bat du fu­tur. Il s’agit donc d’une vé­ri­table évo­lu­tion cultu­relle. „

Sys­tème de sys­tèmes connec­tés, agiles, re­don­dants, ou­verts et sé­cu­ri­sés, il de­vra ga­ran­tir la su­pé­rio­ri­té aé­rienne et plus gé­né­ra­le­ment l’uti­li­sa­tion de la troi­sième di­men­sion à notre avan­tage à l’ho­ri­zon 2030+. C’est pour­quoi il est es­sen­tiel de faire

pro­gres­ser l’en­semble de nos sys­tèmes ac­tuels et fu­turs dans le do­maine de la per­ma­nence, de la sur­vi­va­bi­li­té en en­vi­ron­ne­ment non per­mis­sif, et dans ce­lui de la connec­ti­vi­té (com­bat cloud). Le SCAF ne se­ra ni un avion ni un drone, comme je le ré­pète sou­vent, mais bien un en­semble de sys­tèmes mis en ré­seau, qui consti­tue­ront l’ar­chi­tec­ture de l’avia­tion de com­bat du fu­tur. Il s’agit donc d’une vé­ri­table évo­lu­tion cultu­relle, car le vrai dé­fi est bien là : pen­ser le sys­tème de com­bat aé­rien fu­tur dans sa glo­ba­li­té. Le dé­fi est de taille, puisque nous de­vrons faire évo­luer nos pro­ces­sus et pas­ser d’une ap­proche cen­trée sur la plate-forme à une ap­proche cen­trée sur le sys­tème.

Dans ce sys­tème, l’in­for­ma­tion, c’est-à-dire les da­ta, doit consti­tuer la base de notre ré­flexion, pour dé­fi­nir l’ar­chi­tec­ture du fu­tur C2, à mon sens. Grâce à l’ap­port des nou­velles tech­no­lo­gies (nu­mé­rique, in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle, sys­tèmes d’aide à la dé­ci­sion…), l’en­jeu est de créer un sys­tème ou­vert et col­la­bo­ra­tif, ca­pable de col­lec­ter et sto­cker des quan­ti­tés très im­por­tantes de don­nées (big da­ta), de les pro­té­ger, de les échan­ger, de les fu­sion­ner. Il s’agit à la fin d’être en me­sure de sai­sir toutes les oc­ca­sions de pro­duire le meilleur ef­fet mi­li­taire, au meilleur mo­ment, avec le meilleur sen­seur, et le meilleur ti­reur. En fin de compte, je di­rais que c’est réel­le­ment ce concept de « Da­ta to De­ci­sion » qui doit conduire notre dé­marche à ce stade de la ré­flexion. Cette pre­mière étape est donc un préa­lable in­dis­pen­sable pour éclai­rer les choix à ve­nir con­cer­nant le rem­pla­ce­ment de tel ou tel vec­teur (Ra­fale, AWACS…).

Des PC-21 ont été com­man­dés pour le compte de l’ar­mée de l’Air et per­met­tront de mettre en oeuvre l’en­traî­ne­ment dif­fé­ren­cié. Mais la ques­tion du rem­pla­ce­ment des Al­pha Jet ne tar­de­ra pas à se po­ser… Avez-vous dé­jà des op­tions en la ma­tière ?

Le pro­jet FOMEDEC (For­ma­tion Mo­der­ni­sée et En­traî­ne­ment Dif­fé­ren­cié des Équi­pages de Chasse) est lan­cé. Nous re­ce­vrons ain­si les pre­miers PC-21 dès l’été 2018. La phase de mon­tée en puis­sance du­re­ra jus­qu’en 2021. Avant de tran­cher de ma­nière dé­fi­ni­tive le rem­pla­ce­ment de l’Al­pha Jet, il est né­ces­saire de bé­né­fi­cier des pre­miers RETEX fai­sant suite à l’uti­li­sa­tion du PC-21 dans la for­ma­tion de nos jeunes équi­pages. Ce­la nous per­met­tra de dé­fi­nir fi­ne­ment le be­soin de rem­pla­ce­ment de l’Al­pha Jet à l’ho­ri­zon 2020. En toute hy­po­thèse, les ré­flexions vont com­men­cer très pro­chai­ne­ment. Je sou­haite que ce su­jet soit ins­crit dans les tra­vaux de la pro­chaine loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire. g

Pro­pos re­cueillis par Jo­seph Hen­ro­tin, le 17 mai 2017

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