GRIF­FON ET JA­GUAR AU COEUR DE SCOR­PION

AU COEUR DE SCOR­PION

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Pierre PE­TIT

par­tage de l’in­for­ma­tion en temps réel et l’in­fo­va­lo­ri­sa­tion sont les pi­liers du com­bat col­la­bo­ra­tif qui, grâce aux dif­fé­rents vec­teurs dé­ployés sur le champ de ba­taille, per­met de trai­ter les me­naces se­lon une nou­velle ap­proche, en uti­li­sant par exemple pour la ri­poste le vé­hi­cule le mieux pos­té au lieu de ce­lui qui avait été vi­sé par une at­taque. De plus, outre li­mi­ter les tirs fra­tri­cides, le com­bat col­la­bo­ra­tif aug­mente de ma­nière im­por­tante la sur­vi­va­bi­li­té des for­ma­tions sur le ter­rain.

Con­co­mi­tam­ment à son nou­veau mo­dèle or­ga­ni­sa­tion­nel « Au contact », Jean-yves Le Drian an­non­çait à Varces, le 5 dé­cembre 2014, la no­ti­fi­ca­tion des mar­chés pour le fu­tur EBMR (En­gin Blin­dé Mul­ti-rôle) qui com­prend le pro­jet EBRC (En­gin Blin­dé de Re­con­nais­sance et de Com­bat) et VBMR (Vé­hi­cule Blin­dé Mul­ti-rôle). Cette no­ti­fi­ca­tion était la pre­mière étape du pro­gramme SCOR­PION ( Sy­ner­gie du Contact Ren­for­cée par la Po­ly­va­lence et l’in­fo­va­lo­ri­sa­tion). Ses pre­mières ébauches re­montent à 2002 avec le pro­gramme d’études amont de « Bulle opé­ra­tion­nelle aé­ro­ter­restre ». Ca­pi­tal pour l’ave­nir de l’ar­mée de Terre, l’am­bi­tieux pro­gramme SCOR­PION, d’un mon­tant glo­bal de 5 mil­liards d’eu­ros, a pour but de faire en­trer cette der­nière dans le XXIE siècle en ren­for­çant les ca­pa­ci­tés de com­bat des Grou­pe­ments Tac­tiques In­te­rarmes (GTIA) tout en mo­der­ni­sant sa com­po­sante mé­diane. Le pro­gramme pré­voit, entre autres, le rem­pla­ce­ment de quatre vé­hi­cules du seg­ment mé­dian qui ont ren­du d’in­nom­brables ser­vices de­puis près de qua­rante ans, des sables afri­cains aux mon­tagnes af­ghanes : le VAB et sa tren­taine de ver­sions par le VBMR et les VAB HOT, AMX-10RCR et ERC-90 Sa­gaie par l’unique EBRC. Ce be­soin de re­nou­vel­le­ment est vi­tal, car ces quatre vé­hi­cules d’an­cienne gé­né­ra­tion ont lar­ge­ment dé­pas­sé leurs po­ten­tiels res­pec­tifs, mal­gré de nom­breuses amé­lio­ra­tions. Il faut donc de nou­veaux blin­dés des­ti­nés aus­si bien aux uni­tés de contact et à leur com­man­de­ment qu’aux élé­ments d’ap­pui, en pri­vi­lé­giant la mo­bi­li­té, la pro­tec­tion et la mise en ré­seau de l’en­semble des com­bat­tants. La mo­bi­li­té tac­tique du nou­veau seg­ment mé­dian doit être su­pé­rieure à celle de l’an­cienne gé­né­ra­tion. La mo­bi­li­té stra­té­gique im­po­sée par le ca­hier des charges sti­pule que les deux vé­hi­cules doivent être aé­ro­trans­por­tables par A400M At­las, dont la charge utile maxi­male en vol tac­tique ne peut ex­cé­der 25 t. La pre­mière étape du mar­ché a été si­gnée avec le grou­pe­ment mo­men­ta­né d’en­tre­prises re­grou­pant Nex­ter Sys­tems, Re­nault Trucks De­fense (RTD) et Thales. Ce consor­tium a été sol­li­ci­té en no­vembre 2013 par la DGA afin de dé­ve­lop­per les fu­turs EBRC et VBMR. Les deux pre­mières firmes avaient dé­jà tra­vaillé sur des pro­jets de vé­hi­cules en dé­ve­lop­pant des dé­mons­tra­teurs. Nex­ter

Ca­pi­tal pour l’ave­nir de l’ar­mée de Terre, l’am­bi­tieux pro­gramme SCOR­PION, d’un mon­tant glo­bal de 5 mil­liards d’eu­ros, a pour but de faire en­trer cette der­nière dans le XXIE siècle en ren­for­çant les ca­pa­ci­tés de com­bat des Grou­pe­ments Tac­tiques In­te­rarmes (GTIA) tout en mo­der­ni­sant sa com­po­sante mé­diane.

avait pré­sen­té en dé­cembre 2009 le XP2, un 6 × 6 ju­gé trop proche du VBCI et ra­pi­de­ment écar­té, et RTD le BMX01, pré­sen­té en juin 2012 et qui a été re­te­nu comme base so­lide pour le fu­tur VBMR. Hor­mis L’AMX-56 Le­clerc, l’ar­mée de Terre ne donne pas de nom à ses blin­dés. Mais pour L’EBRC et le VBMR, elle va in­no­ver en les bap­ti­sant res­pec­ti­ve­ment Ja­guar et Grif­fon. Ces dé­no­mi­na­tions, dé­jà uti­li­sées pour des avions de chasse, s’écrivent presque de la même ma­nière en an­glais tout en étant plus por­teuses sur le mar­ché de l’ex­por­ta­tion que de simples acro­nymes peu évo­ca­teurs pour des clients po­ten­tiels.

LE JA­GUAR RE­TIENT L’AT­TEN­TION

La ges­ta­tion du Ja­guar a été plus la­bo­rieuse que celle du Grif­fon, car il est beau­coup plus com­pli­qué de rem­pla­cer trois vé­hi­cules par un seul, tout en amé­lio­rant son spectre ca­pa­ci­taire. De plus, le pro­jet a tar­dé à se concré­ti­ser pour cause de confron­ta­tion entre deux écoles : celle de la che­nille (les che­nilles en ca­ou­tchouc ca­na­diennes Sou­cy) et celle de la roue. C’est la se­conde op­tion qui a été re­te­nue, ju­gée plus co­hé­rente avec la re­cherche d’une ex­cel­lente mo­bi­li­té opé­ra­tive. Le fu­tur vé­hi­cule se­ra équi­pé d’un train de rou­le­ment 6 × 6 proche de ce­lui du Grif­fon. Le Ja­guar doit être en me­sure d’ac­com­pa­gner la com­po­sante de dé­ci­sion com­pre­nant le char Le­clerc pour op­ti­mi­ser son en­ga­ge­ment et amé­lio­rer sa sé­cu­ri­té rap­pro­chée. De plus, outre en­ga­ger des vé­hi­cules de com­bat d’in­fan­te­rie ou de re­con­nais­sance, il doit être ca­pable de trai­ter des chars mo­dernes, par­ti­cu­liè­re­ment en zone ur­baine. Ain­si, le Ja­guar doit per­mettre d’ap­por­ter aux Le­clerc et aux VBCI une ca­pa­ci­té d’ap­pui et de ma­noeuvre dans toutes leurs zones d’en­ga­ge­ment pro­bables.

Afin de rem­plir ce large spectre de mis­sions, le ca­hier des charges a éta­bli une com­bi­nai­son d’ar­me­ments in­édite sur un vé­hi­cule de re­con­nais­sance fran­çais. Le choix de l’ar­me­ment prin­ci­pal s’est por­té sur un ca­non mi­trailleur, cou­plé à un mis­sile an­ti­char de nou­velle gé­né­ra­tion MMP (Mis­sile Moyenne Por­tée) afin d’as­su­rer une ca­pa­ci­té de des­truc­tion de chars mo­dernes en tir di­rect, mais aus­si avec une ca­pa­ci­té de tir

Le choix de l’ar­me­ment prin­ci­pal s’est por­té sur un ca­non mi­trailleur, cou­plé à un mis­sile an­ti­char de nou­velle gé­né­ra­tion MMP (Mis­sile Moyenne Por­tée) afin d’as­su­rer une ca­pa­ci­té de des­truc­tion de chars mo­dernes en tir di­rect, mais aus­si avec une ca­pa­ci­té de tir au-de­là de la vue di­recte.

au-de­là de la vue di­recte. La pro­tec­tion doit être évo­lu­tive afin de ré­pondre au conti­nuum des opé­ra­tions : in­ter­ven­tion, sta­bi­li­sa­tion et nor­ma­li­sa­tion. Ain­si, la pro­tec­tion du Ja­guar doit être adap­tée aus­si bien aux mis­sions de contrôle de foules qu’aux com­bats de haute in­ten­si­té en ter­rains ou­verts ou com­par­ti­men­tés et en zones ur­baines. Le pro­gramme SCOR­PION pré­voit la li­vrai­son de 248 Ja­guar, au prix uni­taire os­cil­lant entre 4 et 4,5 mil­lions d’eu­ros, dont 110 dans le cadre de la pre­mière étape du pro­gramme, qui échoit en 2025. Les 138 vé­hi­cules sui­vants de­vront quant à eux être re­mis aux forces avant 2035. La prio­ri­té des af­fec­ta­tions est don­née aux ré­gi­ments de ca­va­le­rie afin que le seuil de leur parc de ser­vice per­ma­nent at­teigne 15 Ja­guar. En­suite, lorsque ces der­niers au­ront at­teint 30 % de leur ef­fec­tif, se se­ra au tour des parcs d’en­traî­ne­ment de per­ce­voir les en­gins, afin de main­te­nir l’ef­fort sur la for­ma­tion et l’en­traî­ne­ment. En­fin, en der­nier lieu, se­ront ser­vis les parcs de ges­tion et d’alerte.

La nou­velle or­ga­ni­sa­tion « Au contact » a en­gen­dré, entre autres, la créa­tion l’été der­nier de deux di­vi­sons : la 1re et la 3e, dont les états-ma­jors sont res­pec­ti­ve­ment si­tués à Be­san­çon et Mar­seille. L’ar­mée de Terre sou­haite équi­per en Ja­guar deux bri­gades in­te­rarmes à l’ho­ri­zon 2025. Hor­mis le 5e ré­gi­ment de dra­gons, re­créé il y a peu à Mailly-le-camp, qui a été dé­si­gné pour la phase d’ex­pé­ri­men­ta­tion du Ja­guar, le 1er REC (Ré­gi­ment Étran­ger de Ca­va­le­rie) ba­sé à Car­piagne (6e BLB, 3e di­vi­sion), semble être le pre­mier ré­gi­ment sus­cep­tible de re­ce­voir des Ja­guar grâce à ses in­fra­struc­tures hé­ri­tées de la dis­so­lu­tion à l’été 2014 du 4e ré­gi­ment de dra­gons. En re­vanche, pour les six autres ré­gi­ments mé­dians sub­siste un point blo­quant im­por­tant : les in­fra­struc­tures. De fac­to, il faut re­pen­ser les zones tech­niques de­vant ac­cueillir les nou­veaux vé­hi­cules, au ga­ba­rit plus im­por­tant. Tou­te­fois, le se­cond ré­gi­ment équi­pé du Ja­guar de­vrait être, à l’ho­ri­zon 2022, le RICM (Ré­gi­ment d’in­fan­te­rie de Chars de Ma­rine), qui dé­pend de la 9e BIMA et de la 1re di­vi­sion.

La struc­ture d’un ré­gi­ment do­té de Ja­guar n’est pas en­core ar­rê­tée de ma­nière dé­fi­ni­tive. Com­bien d’es­ca­drons « Ja­guar » ? Pour

com­bien d’es­ca­drons de Re­con­nais­sance et d’in­ter­ven­tion (ERI) équi­pés de VBL ? La struc­ture d’un es­ca­dron Ja­guar n’est, elle non plus, pas en­core fi­na­li­sée. Néan­moins, la struc­ture qua­ter­naire semble être plé­bis­ci­tée par un sou­ci de co­hé­rence avec celle d’un es­ca­dron de chars Le­clerc. Ain­si, une uni­té élé­men­taire se­rait do­tée de trois pe­lo­tons ar­més cha­cun de quatre Ja­guar et quatre VBL, ser­vis par un ef­fec­tif de 23 per­son­nels, dont un of­fi­cier et cinq sous-of­fi­ciers.

Lors de l’ar­ri­vée d’un nou­veau vé­hi­cule dans les forces, la for­ma­tion des pri­mo-for­ma­teurs est ca­pi­tale, qu’ils soient uti­li­sa­teurs ou main­te­nan­ciers. Pour ces der­niers, la pre­mière ma­quette di­dac­tique de­vrait re­joindre les Écoles mi­li­taires de Bourges en 2020, le pre­mier exem­plaire de­vant leur être li­vré en 2022. Concer­nant les équi­pages, l’ins­truc­tion tech­nique s’ef­fec­tue au 1er ré­gi­ment de chas­seurs d’afrique de Can­juers, qui va se voir af­fec­ter à par­tir de 2020 les pre­miers si­mu­la­teurs de conduite, de tir et SEE (Si­mu­la­teur d’en­traî­ne­ment des Équi­pages) afin d’ac­qué­rir les connais­sances et les au­to­ma­tismes né­ces­saires à l’uti­li­sa­tion du ma­té­riel dans un en­vi­ron­ne­ment proche de la réa­li­té. Le pro­gramme SCOR­PION com­prend éga­le­ment un as­pect no­va­teur. La simulation em­bar­quée consti­tue une vé­ri­table ré­vo­lu­tion dans le do­maine. Avec elle, chaque vé­hi­cule a la ca­pa­ci­té de de­ve­nir un si­mu­la­teur à part en­tière pour l’ins­truc­tion du ni­veau équi­page et pe­lo­ton, dans les ré­gi­ments, grâce à une connexion NEB-SIMU (Nu­mé­ri­sa­tion de l’es­pace de Ba­taille-simulation) entre les dif­fé­rents en­gins qui sont bran­chés dans les ga­rages sur une source d’éner­gie an­nexe.

LE JA­GUAR À NU

Le train de rou­le­ment du Ja­guar est com­po­sé de six roues mo­trices per­ma­nentes. Les es­sieux avant et ar­rière sont di­rec­tion­nels, mais jus­qu’à une vi­tesse d’en­vi­ron 20 km/h pour le se­cond afin d’ob­te­nir un rayon de bra­quage de 17 m. Chaque es­sieu est équi­pé d’une sus­pen­sion in­dé­pen­dante à grand dé­bat­te­ment qui per­met une ai­sance en tout-ter­rain su­pé­rieure à celle de ses pré­dé­ces­seurs, tout en pro­cu­rant une grande sta­bi­li­té lors du tir en dé­pla­ce­ment. Oléo­pneu­ma­tiques, les sus­pen­sions sont do­tées d’un sys­tème de va­ria­tion de garde au sol. La pres­sion des pneu­ma­tiques Mi­che­lin peut être adap­tée à la na­ture du ter­rain à par­tir du poste de pi­lo­tage grâce au sys­tème VPG (Va­ria­tion de Pres­sion de Gon­flage).

La caisse est plus haute de 25 cm par rap­port à celle de L’AMX-10RCR, car le Ja­guar est équi­pé d’une chaîne de trans­mis­sion moins oné­reuse en « I », op­ti­mi­sée contre les ex­plo­sions de mines et IED, jus­qu’à 8 kg de TNT. Elle est aus­si plus longue de 50 cm, car le groupe mo­to­pro­pul­seur (GMP) est plus vo­lu­mi­neux, car plus puis­sant. La caisse fait 7 m de long pour 2,98 m de large.

La simulation em­bar­quée consti­tue une vé­ri­table ré­vo­lu­tion dans le do­maine. Avec elle, chaque vé­hi­cule a la ca­pa­ci­té de de­ve­nir un si­mu­la­teur à part en­tière pour l’ins­truc­tion du ni­veau équi­page et pe­lo­ton, dans les ré­gi­ments.

Sa hau­teur est va­riable et os­cille entre 2 et 2,6 m pour une hau­teur hors tout de 3,2 m. Elle se com­pose de plaques mé­ca­no­sou­dées en alu­mi­nium re­cou­vert de plaques de sur­blin­dage mo­du­laire évo­lu­tif à base d’acier à très haute du­re­té, de cé­ra­mique, ou de fibres ara­mides. Ce blin­dage ré­pond à la clas­si­fi­ca­tion OTAN STANAG 4569 de ni­veaux IIIA et IIIB, ce qui cor­res­pond à une pro­tec­tion contre les mu­ni­tions de 14,5 mm et les éclats d’obus de 155 mm à 30 m.

L’agen­ce­ment du Ja­guar est clas­sique pour un vé­hi­cule de re­con­nais­sance fran­çais. Le pi­lote est à l’avant de la caisse au centre ; la tou­relle bi­place au mi­lieu ; et le GMP est im­plan­té à l’ar­rière. Le pi­lote est pro­té­gé par un vo­let blin­dé s’ou­vrant vers la droite et est équi­pé de trois épi­scopes, dont le cen­tral peut être rem­pla­cé par une op­tique de rou­lage de nuit. Il pi­lote grâce à un vo­lant pla­cé au centre d’un ta­bleau de bord en trois par­ties avec écrans. Il dis­pose en­fin d’une ca­mé­ra de re­cul im­plan­tée à l’ar­rière de la caisse, élé­ment in­dis­pen­sable sur un blin­dé mo­derne.

La tou­relle CTA-40M construite par Nex­ter a fait l’ob­jet d’une lente éla­bo­ra­tion, car dif­fé­rentes op­tions ont été pro­po­sées. Le tour de force des in­gé­nieurs a été d’ins­tal­ler deux membres d’équi­page et un ca­non au­to­ma­tique dans un puits de tou­relle de 1,8 m de dia­mètre. L’ar­chi­tec­ture dé­fi­ni­tive semble être à ce jour ar­rê­tée bien que sub­sistent en­core quelques in­cer­ti­tudes concer­nant l’im­plan­ta­tion de cer­tains équi­pe­ments comme le vi­seur Pa­seo dé­ve­lop­pé par SA­GEM et com­mun aux deux membres d’équi­page. Il semble que, en l’état ac­tuel des choses, le chef de bord soit à droite et le ti­reur à gauche. Le choix de la tou­relle ha­bi­tée a été mo­ti­vé par le fait que, lors des mis­sions de sta­bi­li­sa­tion ou de nor­ma­li­sa­tion, l’équi­page doit avoir un contact phy­sique avec la po­pu­la­tion lo­cale. Le chef de bord dis­pose d’une cou­ronne de six ou sept épi­scopes et d’une lu­nette pa­no­ra­mique. Le ti­reur a de­vant son vo­let le vi­seur Pa­seo sur­mon­té d’un af­fût té­lé­opé­ré ar­mé d’une

mi­trailleuse lé­gère de 7,62 mm avec coffre à mu­ni­tions et vi­seur in­té­gré. Le vi­seur a des ca­pa­ci­tés de dé­tec­tion jour/nuit et un sui­vi au­to­ma­tique des cibles. Sur le flanc gauche est im­plan­té le lan­ceur érec­tile dans le­quel se trouvent deux MMP, jux­ta­po­sés et prêts à l’em­ploi. Deux autres mis­siles sont em­bar­qués dans un com­par­ti­ment si­tué à l’ar­rière de la caisse, der­rière le GMP.

Dé­ve­lop­pé par MBDA, le MMP a été pré­sen­té en 2014. Il au­to­rise l’en­ga­ge­ment d’ob­jec­tifs jus­qu’à 4 000 m, y com­pris au-de­là de la vue di­recte en per­met­tant de ti­rer der­rière un masque, tout en ayant la pos­si­bi­li­té de chan­ger d’ob­jec­tif en vol afin de trai­ter une me­nace in­opi­née grâce une re­co­pie de vi­sée in­té­grée. Gui­dé par le vi­seur Pa­seo, le MMP pos­sède quatre modes : LOBL (Lock On Be­fore Launch), qui ac­croche la cible avant le tir ; LOAL (Lock Af­ter Launch), qui ver­rouille sa cible une fois ti­ré ; tir d’ur­gence né­ces­si­tant l’ac­cro­chage avant le tir ; et tire-et-ou­blie. Sur l’arc avant de la tou­relle, im­mé­dia­te­ment à gauche du tube, est ins­tal­lée la lu­nette ti­reur. Aux ex­tré­mi­tés se trouvent de part et d’autre les quatre lan­ceurs Ga­lix couplés au sys­tème de dé­tec­tion d’alerte la­ser im­plan­té sur la tou­relle. Il cô­toie le dé­tec­teur de dé­part de mis­sile, de même que le SLAT (Sys­tème de Lo­ca­li­sa­tion Acous­tique Ter­restre), le brouilleur ra­dio BARAGE (Brouilleur AN­TI-IED Ré­ac­tifs Ac­tifs Go­nio­mé­triques) et le brouilleur in­fra­rouge.

Au centre est mon­té le tout nou­veau ca­non CTA de 40 mm dé­ve­lop­pé par CTAI (Ca­sed Te­les­co­ped Ar­ma­ment In­ter­na­tio­nal). Il a été sé­lec­tion­né en 2008 afin d’équi­per les fu­turs vé­hi­cules bri­tan­niques de la fa­mille Scout, la ver­sion re­va­lo­ri­sée du War­rior et le Ja­guar fran­çais. Grâce à une chambre ro­ta­tive très courte, l’en­semble em­piète peu sur le vo­lume in­terne de la tou­relle. Outre les mu­ni­tions des­ti­nées à l’en­traî­ne­ment, quatre mu­ni­tions peuvent être ti­rées au coup par coup ou en rafale de trois. Les mu­ni­tions­flèches (1 500 m/s) sont ca­pables de per­cer 1 400 mm d’acier RHA à 1 500 m, tan­dis que les ex­plo­sives et ex­plo­sives chro­no (1 000 m/s) tra­versent 20 cm de bé­ton fer­raillé à 500 m. Les A3B-T (An­ti-ae­rial Air­burst-tra­cer) ont une vi­tesse ini­tiale de 900 m/s et sont ca­pables de pro­je­ter 200 billes de tungs­tène à 3 500 m. La ca­dence de tir du CTA de 40 mm est de 168 coups/min ; 60 mu­ni­tions sont prêtes au tir et 120 autres sont sto­ckées à bord. L’éjec­tion des douilles s’ef­fec­tue sur le flanc gauche de la tou­relle, de­vant la rampe des mis­siles MMP. À l’ar­rière de la caisse est ins­tal­lé le GMP dont le temps de rem­pla­ce­ment est es­ti­mé à un peu moins de trois heures. Le mo­teur est d’ori­gine sué­doise, car RTD, char­gé de la mo­to­ri­sa­tion, fait par­tie du groupe Vol­vo. De type Eu­ro 3, le mo­teur HDE 11 de 11 l de cy­lin­drée dé­ve­loppe 490 ch. Il est cou­plé à une boîte de vi­tesses al­le­mande ZF per­met­tant aux 25 t du Ja­guar d’at­teindre 90 km/h en marche avant et 25 km/h en marche ar­rière. Le ré­ser­voir à carburant est im­plan­té à l’avant droit, entre les pre­mier et deuxième es­sieux, à l’ex­té­rieur de la caisse. Sa ca­pa­ci­té, qui est pour l’ins­tant de 380 l, semble être re­mise en ques­tion, car ju­gée in­suf­fi­sante pour sa­tis­faire une au­to­no­mie de 800 km exi­gée par le ca­hier des charges.

LE GRIF­FON, REM­PLA­ÇANT DU VAB

L’en­gin a pour fonc­tion prin­ci­pale de trans­por­ter huit fan­tas­sins sous blin­dage dans la zone de com­bat. D’un prix uni­taire com­pris entre 1,3 et 1,5 mil­lions d’eu­ros, il est dé­cli­né en 15 ver­sions, dont cinq prin­ci­pales : vé­hi­cule de trans­port de troupes (1 022 exem­plaires) ; com­man­de­ment (333) ; sa­ni­taire (196) ; ob­ser­va­tion d’ar­tille­rie (117) ; dé­pan­nage (54), sur un to­tal de 1 722 vé­hi­cules. L’étape 1 du pro­gramme pré­voit la li­vrai­son de 780 vé­hi­cules à par­tir de 2018, prio­ri­té étant don­née aux vé­hi­cules de trans­port de troupes, de com­man­de­ment et d’ob­ser­va­tion d’ar­tille­rie. L’ar­mée de Terre pro­jette de dis­po­ser de son pre­mier GTIA « Grif­fon » (40 vé­hi­cules cô­toyant en­core des AMX-10RCR) pro­je­table en 2021. Il fau­dra pa­tien­ter jus­qu’en 2025 pour voir une bri­gade in­te­rarmes en­tiè­re­ment équi­pée de Grif­fon et de Ja­guar. Tou­te­fois, les ré­gi­ments qui de­vraient per­ce­voir les pre­miers exem­plaires sont trois uni­tés de la 9e BIMA su­bor­don­née (1re di­vi­sion) : le 3e RIMA de Vannes, le 6e ré­gi­ment du gé­nie d’avrillé et le 11e RA­MA de Saint-au­bin. Ils se­ront sui­vis l’an­née d’après par les ré­gi­ments de la 27e bri­gade de mon­tagne.

L’ef­fec­tif du parc de ser­vice per­ma­nent d’un ré­gi­ment d’in­fan­te­rie est fixé à 29 vé­hi­cules,

Dé­ve­lop­pé par MBDA, le MMP a été pré­sen­té en 2014. Il au­to­rise l’en­ga­ge­ment d’ob­jec­tifs jus­qu’à 4 000 m, y com­pris au-de­là de la vue di­recte en per­met­tant de ti­rer der­rière un masque, tout en ayant la pos­si­bi­li­té de chan­ger d’ob­jec­tif en vol afin de trai­ter une me­nace in­opi­née grâce une re­co­pie de vi­sée in­té­grée.

contre 21 pour ce­lui d’un ré­gi­ment du gé­nie. Ain­si, un GTIA « Grif­fon » se ver­rait ar­mé en opé­ra­tions de deux ou trois com­pa­gnies d’in­fan­te­rie équi­pées de Grif­fon et d’un es­ca­dron de Ja­guar. Bien que sa struc­ture soit mo­du­laire en fonc­tion des mis­sions qui lui sont as­si­gnées, chaque com­pa­gnie d’in­fan­te­rie clas­sique de­vrait être do­tée d’une sec­tion de com­man­de­ment com­pre­nant un Grif­fon PC, un de dé­pan­nage et deux « sa­ni­taire », trois sec­tions d’in­fan­te­rie à quatre Grif­fon, une sec­tion gé­nie com­bat à trois Grif­fon « gé­nie », d’une sec­tion d’ap­pui avec deux Grif­fon « mor­tier de 81mm », un Grif­fon « ti­reur d’élite » et un de lutte an­ti­char avec mis­siles MMP. De plus, il faut ajou­ter un Grif­fon VOA et plu­sieurs ca­mions et vé­hi­cules lé­gers tout-ter­rain.

Dé­ri­vé du pro­to­type BMX01, le Grif­fon bé­né­fi­cie d’un agen­ce­ment clas­sique. Il s’agit d’un énorme ca­mion blin­dé à six roues mo­trices, et quatre roues di­rec­trices (es­sieux avant et ar­rière), avec le GMP à l’avant. Le conduc­teur à gauche et le ti­reur du tou­rel­leau té­lé­opé­ré à droite sont abri­tés par un pare-brise blin­dé mo­no­bloc. Ils ac­cèdent à leur siège par les portes la­té­rales équi­pées de fe­nêtres blin­dées. Ja­guar et grif­fon ont en com­mun 70 % de com­po­sants, ce qui fa­ci­lite les opé­ra­tions de main­te­nance et la ma­noeuvre lo­gis­tique. Le train de rou­le­ment et la trans­mis­sion des deux vé­hi­cules sont très proches, mais le Grif­fon ne pos­sède pas de sys­tème de va­ria­tion de garde au sol.

Le blin­dage de la caisse, aux di­men­sions gé­né­reuses (lon­gueur : 7,32 m ; lar­geur : 2,54 m ; hau­teur hors-tout : 2,6 m), ré­pond au stan­dard OTAN STANAG 4569 de ni­veau IV

Un GTIA « Grif­fon » se ver­rait ar­mé en opé­ra­tions de deux ou trois com­pa­gnies d’in­fan­te­rie équi­pées de Grif­fon et d’un es­ca­dron de Ja­guar.

et de ni­veau III contre les mines et IED. Il est mo­du­lable en fonc­tion des nom­breuses mis­sions aux­quelles le Grif­fon au­ra à prendre part. De plus, il est équi­pé des mêmes brouilleurs et dé­tec­teurs que le Ja­guar, ins­tal­lés sur le toit. Le mo­teur d’ori­gine Re­nault-vol­vo est mon­té sur rail, fa­ci­li­tant les opé­ra­tions de main­te­nance. Il s’agit d’un MDE 8 de 8 l de cy­lin­drée dé­ve­lop­pant 400 ch. Cou­plé à une boîte ZF, il per­met aux 24,5 t du Grif­fon d’at­teindre la vi­tesse maxi­male 90 km/h et une au­to­no­mie de 800 km, mais à 60 km/h. Ses ca­pa­ci­tés de fran­chis­se­ment sont de l’ordre de 1,2 m pour un gué, 50 cm pour une marche franche et 1 m pour un fos­sé.

La par­tie ar­rière de la caisse est oc­cu­pée par le com­par­ti­ment où huit fan­tas­sins équi­pés prennent place face à face sur des sièges an­ti-blast fixés aux pa­rois la­té­rales. Ils y ac­cèdent par une rampe do­tée d’une porte de se­cours et d’un épi­scope. Le com­par­ti­ment ar­rière est sur­mon­té de quatre trappes de toit : une à l’avant droit, der­rière le pi­lote ; une au-des­sus du poste ti­reur, au ni­veau du tou­rel­leau té­lé­opé­ré ; deux de sa­bord ar­rière afin de mettre en oeuvre les deux mi­trailleuses lé­gères de 7,62 mm mon­tées sur af­fût. Ins­tal­lé à l’avant droit du toit, le tou­rel­leau té­lé­opé­ré et sta­bi­li­sé « T1 » est cou­plé au SLAT. Il est ar­mé, au choix, d’une mi­trailleuse lourde de 12,7 mm (1 200 coups), d’une mi­trailleuse lé­gère de 7,62 mm (2 600 coups) ou d'un lan­ce­gre­nades de 40 mm (380 coups). Huit lan­ceurs Ga­lix mon­tés à la base du tou­rel­leau pou­vant ti­rer dif­fé­rents types de charges, lé­tales ou non, com­plètent l’ar­me­ment.

Re­pré­sen­ta­tion in­for­ma­tique du Grif­fon (à gauche) et du Ja­guar (à droite). Sym­bo­li­sant le re­nou­veau de la com­po­sante mé­diane des ar­mées, ils sont in­dis­so­ciables d'autres sys­tèmes, comme la nou­velle ra­dio lo­gi­cielle CONTACT, qui per­met, concrè­te­ment, la mise en ré­seau des forces. (© Nex­ter/rtd/thales)

Le « punch » du fu­tur Ja­guar pro­vient de sa tou­relle 40 CTA (ici sans les lan­ceurs de mis­siles MMP). (© Jh/areion)

Le pro­gramme SCOR­PION im­plique éga­le­ment une mo­der­ni­sa­tion des Le­clerc, no­tam­ment avec l'ins­tal­la­tion d'un tou­rel­leau té­lé­opé­ré et de blin­dages ad­di­tion­nels. (© Jh/areion)

Le Grif­fon est un en­gin as­sez mas­sif, qui offre un confort in­té­rieur (vo­lume et cli­ma­ti­sa­tion) bien plus im­por­tant que sur le VAB. (© Nex­ter/rtd/thales)

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