« WE SIMPLY HAVE TO DESTROY THE IRAQI AIR DEFENCE SYS­TEM. » LA COA­LI­TION FACE À LA DÉ­FENSE ANTIAÉRIENNE IRAKIENNE

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DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - To­ny MO­RIN

L’opé­ra­tion «De­sert Storm» est ré­gu­liè­re­ment ci­tée comme l’un des exemples les plus abou­tis en ma­tière de cam­pagne aé­rienne. Ti­rant par­ti des der­nières in­no­va­tions tech­niques telles que la fur­ti­vi­té et la pré­ci­sion et d’une ré­flexion in­no­vante em­me­née par le co­lo­nel John War­den, la coa­li­tion par­vient à vaincre l’ar­mée irakienne en seule­ment 42 jours. Pour­tant, cette ar­mée de Sad­dam Hus­sein, avec ses ef­fec­tifs plé­tho­riques, fait craindre aux coa­li­sés de lourdes pertes(2), ce qui ex­plique le dé­ploie­ment mas­sif qui se met en place entre août 1990 et jan­vier 1991 (3). Par ailleurs, les opé­ra­tions doivent dé­bu­ter par une cam­pagne aé­rienne stra­té­gique ci­blant les centres vi­taux du ré­gime baa­siste et donc pas­ser à tra­vers l’un des ré­seaux de dé­fense aé­rienne les plus denses au monde.

LA DÉ­FENSE AÉ­RIENNE IRAKIENNE : UN RÉ­SEAU DENSE ET MO­DERNE, MAIS LI­MI­TÉ

Du­rant les an­nées 1980, la dé­fense aé­rienne irakienne s’est pro­fon­dé­ment ré­for­mée. Le raid is­raé­lien sur les ins­tal­la­tions nu­cléaires d’osi­rak en 1981, mais sur­tout la guerre contre l’iran, a pous­sé à une im­por­tante mo­der­ni­sa­tion de son ré­seau. Pour ce­la, l’irak fait no­tam­ment ap­pel à la société fran­çaise Thom­son-csf qui dé­ve­loppe un sys­tème de com­mand and control spé­ci­fique qui doit se connec­ter à de l’ar­me­ment so­vié­tique. Le sys­tème est bap­ti­sé KARI, soit Irak à l’en­vers. Comme l’en­semble des forces ar­mées ira­kiennes, la dé­fense aé­rienne se ca­rac­té­rise par une forte cen­tra­li­sa­tion. Un Centre na­tio­nal de la dé­fense aé­rienne est éta­bli au coeur de Bag­dad et le pays est quant à lui di­vi­sé en quatre sec­teurs, cha­cun sous la res­pon­sa­bi­li­té d’un com­man­de­ment lo­cal, dans les­quels sont ré­par­ties les sta­tions d’in­ter­cep­tion. Lors­qu’un appareil en­ne­mi est re­pé­ré par une sta­tion, l’in­for­ma­tion est trans­mise au com­man­de­ment lo­cal qui trans­met à son tour au centre na­tio­nal. Ce der­nier choi­sit alors la me­sure à adop­ter et les ordres re­des­cendent la chaîne. Les com­mu­ni­ca­tions sont re­don­dantes et uti­lisent à la fois du fi­laire et du mi­cro-ondes. De plus, chaque centre est construit dans un abri ren­for­cé.

Pour les ef­fec­teurs, l’irak dis­pose de ma­té­riels es­sen­tiel­le­ment so­vié­tiques. Des SA-2 et SA-3 forment la couche haute. La dé­fense à moyenne por­tée est as­su­rée par des SA-6 mo­biles. En­fin, la dé­fense à courte por­tée se com­pose de SA-8, SA-9, SA-13 et Ro­land de fa­bri­ca­tion fran­çaise (l’irak en compte 250). Ces der­niers sys­tèmes ne sont pas tous connec­tés à KARI. À la veille de « De­sert Storm», l’irak aligne 7000 mis­siles sol-air à gui­dage ra­dar, 9 000 à gui­dage in­fra­rouge aux­quels s’ajoutent entre 7 000 et 10 000 ca­nons an­ti­aé­riens de tous ca­libres, prin­ci­pa­le­ment

À la veille de « De­sert Storm», l'irak aligne 7000 mis­siles sol-air à gui­dage ra­dar, 9000 à gui­dage in­fra­rouge aux­quels s'ajoutent entre 7000 et 10000 ca­nons an­ti­aé­riens de tous ca­libres, prin­ci­pa­le­ment des­ti­nés à être em­ployés pour des tirs de bar­rage.

Pho­to ci-des­sus :

Deux F-4G Wild Wea­sel amé­ri­cains do­tés de mis­siles AGM-88. L'appareil a été par­ti­cu­liè­re­ment uti­li­sé dans les opé­ra­tions contre l'irak. La va­riante, opé­ra­tion­nelle de­puis 1978, ré­sulte de la conver­sion de 134 F-4E. (© US Air Force)

des­ti­nés à être em­ployés pour des tirs de bar­rage(4). Cet en­semble offre une dé­fense aé­rienne mul­ti­couche, ro­buste et re­don­dante. Bag­dad, qui re­groupe l’es­sen­tiel des centres de com­man­de­ment, pré­sente après Mos­cou le ré­seau de dé­fense antiaérienne le plus dense au monde (5).

À ce ré­seau, il faut ajou­ter les forces aé­riennes ira­kiennes. Celles-ci pos­sèdent alors en­vi­ron 700 ap­pa­reils, de troi­sième et de qua­trième gé­né­ra­tion. Ses uni­tés de dé­fense aé­riennes se com­posent prin­ci­pa­le­ment de MIG-25, de MIG-29 et de Mi­rage F-1 et se struc­turent au­tour d’une doc­trine d’em­ploi d’ins­pi­ra­tion so­vié­tique : le centre na­tio­nal de dé­fense aé­rienne, via KARI, trans­met di­rec­te­ment les consignes aux équi­pages et l’ini­tia­tive est très peu va­lo­ri­sée. Les meilleures uni­tés sont celles qui opèrent sur Mi­rage F-1, mais elles sont prin­ci­pa­le­ment spé­cia­li­sées dans les mis­sions d’at­taque au sol. En outre, la doc­trine irakienne ne pré­voit d’em­ployer les in­ter­cep­teurs qu’une fois la prin­ci­pale vague ad­verse ar­rê­tée par la dé­fense sol-air. En 1991, les élé­ments de l’ar­mée de l’air irakienne sont ré­par­tis sur 24 bases aé­riennes, gé­né­ra­le­ment bien pro­té­gées, et sur 30 ter­rains se­con­daires (6).

Tou­te­fois, la dé­fense aé­rienne irakienne pré­sente des fai­blesses. Si, en théo­rie, KARI doit pou­voir suivre 120 cibles en même temps, la ri­gi­di­té et la cen­tra­li­sa­tion de la hié­rar­chie irakienne di­mi­nuent sen­si­ble­ment ce nombre. Par ailleurs, la dé­fense aé­rienne est struc­tu­rée pour faire face à des raids li­mi­tés, c’est-à-dire entre 30 et 40 ap­pa­reils, prin­ci­pa­le­ment en pro­ve­nance d’is­raël et d’iran. Ain­si, le dis­po­si­tif ira­kien est sur­tout tour­né vers l’ouest et vers l’est. Le nord et le sud sont moins bien pro­té­gés. À par­tir du mois d’août 1990, ce der­nier flanc est ren­for­cé, mais les nou­velles ins­tal­la­tions ne sont que très peu connec­tées à KARI au mo­ment où dé­bute l’of­fen­sive de la coa­li­tion.

LA PLANIFICATION DE « DE­SERT STORM », LE RÔLE PRÉPONDÉRANT DE LA PUIS­SANCE AÉ­RIENNE

L’ar­mée de Sad­dam Hus­sein en­va­hit le Ko­weït dans la nuit du 1er au 2 août 1990, pre­nant par sur­prise la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale. L’ad­mi­nis­tra­tion amé­ri­caine, qui n’a pas cru les aver­tis­se­ments de ses services de ren­sei­gne­ment, condamne fer­me­ment son an­cien al­lié. Dans un pre­mier temps, il s’agit pour les États-unis de dé­fendre l’ara­bie saou­dite d’une po­ten­tielle in­va­sion. Tou­te­fois, le pré­sident George Bush et son équipe de­mandent à ce qu’une op­tion of­fen­sive soit ra­pi­de­ment pro­po­sée.

Le Cen­tral Com­mand (CENTCOM) tra­vaille de­puis 1989 sur le scé­na­rio d’une in­va­sion de l’ara­bie saou­dite par l’irak(7), bap­ti­sé Oplan 1002-90. Ce plan en trois phases cor­res­pond aux prin­cipes de la doc­trine de l’air­land Bat­tle, qui do­mine les forces amé­ri­caines de­puis les an­nées 1980 et pré­voit (en troi­sième phase) une large contre-of­fen­sive aé­ro­ter­restre. Mais ce plan, pour être ap­pli­qué, né­ces­site de mo­bi­li­ser une grande quan­ti­té d’hommes et de ma­té­riels en Ara­bie saou­dite avec une mon­tée en puis­sance qui doit s’éta­ler sur plu­sieurs se­maines, voire plu­sieurs mois. Par ailleurs, dès le 2 août, le vice-pré­sident Dick Che­ney de­mande au gé­né­ral Nor­man Sch­warz­kopf, com­man­dant en chef du CENTCOM, de lui pro­po­ser une « op­tion aé­rienne » avec no­tam­ment la pos­si­bi­li­té d’ef­fec­tuer des frappes de re­pré­sailles en Irak. Tou­te­fois, les pro­po­si­tions faites par le CENTCOM ne conviennent pas au gé­né­ral Sch­warz­kopf (8), qui dé­cide alors de se tour­ner vers l’état-ma­jor de L’US Air Force.

La tâche est fi­na­le­ment confiée à un co­lo­nel de L’US Air Force qui di­rige une pe­tite cel­lule nom­mée Che­ck­mate, spé­cia­li­sée dans le war­ga­ming et si­tuée au Pen­ta­gone : John War­den. Cet of­fi­cier s’est dé­jà fait re­mar­quer dans L’USAF pour ses tra­vaux no­va­teurs sur la cam­pagne aé­rienne, pu­bliés dans un ou­vrage et lar­ge­ment dif­fu­sés dans l’ins­ti­tu­tion (9). John War­den et son équipe pré­sentent le 10 août un pre­mier brie­fing au gé­né­ral Sch­warz­kopf, qui se montre en­thou­siaste. L’opé­ra­tion est alors bap­ti­sée «Ins­tant Thun­der», en op­po­si­tion à « Rol­ling Thun­der » exé­cu­tée lors de la guerre du Viet­nam et dont les ré­sul­tats ont été lar­ge­ment dé­ce­vants : contrai­re­ment à l’ap­proche gra­duelle de « Rol­ling Thun­der », « Ins­tant Thun­der » re­pose sur une exé­cu­tion in­tense et om­ni­di­rec­tion­nelle.

Ce plan pré­voit quatre phases : une cam­pagne aé­rienne stra­té­gique contre des ob­jec­tifs si­tués en Irak; l’ac­qui­si­tion de la su­pé­rio­ri­té aé­rienne au-des­sus du Ko­weït; une cam­pagne aé­rienne contre les forces mi­li­taires ira­kiennes qui oc­cupent le Ko­weït ; une of­fen­sive aé­ro­ter­restre au Ko­weït. Jus­qu’au 17 jan­vier 1991, il connaît plu­sieurs mo­di­fi­ca­tions, mais de­meure re­la­ti­ve­ment sem­blable dans sa struc­ture. Pour John War­den et son équipe, il s’agit de dé­mon­trer que l’arme aé­rienne peut s’avé­rer dé­ci­sive en pa­ra­ly­sant la ca­pa­ci­té de com­bat de l’en­ne­mi. Outre le fait de re­po­ser sur un concept opé­ra­tion­nel in­no­vant, le plan du co­lo­nel War­den tire pro­fit des der­nières avan­cées tech­niques dont bé­né­fi­cie L’USAF : mu­ni­tions de pré­ci­sion,

La dé­fense aé­rienne irakienne pré­sente des fai­blesses. Si, en théo­rie, KARI doit pou­voir suivre 120 cibles en même temps, la ri­gi­di­té et la cen­tra­li­sa­tion de la hié­rar­chie irakienne di­mi­nuent sen­si­ble­ment ce nombre.

fur­ti­vi­té des ap­pa­reils, guerre élec­tro­nique et mis­siles an­ti­ra­dia­tions. Ini­tia­le­ment, « Ins­tant Thun­der » pré­voit de frap­per 84 cibles en Irak et au Ko­weït. Ce nombre évo­lue au fur et à me­sure des ré­vi­sions pour at­teindre 218 au mois d’oc­tobre (10). Ces cibles sont ré­par­ties en 12 «sets». L’opé­ra­tion, re­bap­ti­sée en­tre­temps «De­sert Storm», pré­voit d’at­ta­quer mas­si­ve­ment le sys­tème de dé­fense aé­rienne ira­kien dès les 15 pre­mières mi­nutes. Se­lon le co­lo­nel War­den, la cam­pagne stra­té­gique de­vrait du­rer six jours (avec 700 sor­ties par jour en moyenne), ce qui est per­çu comme bien trop op­ti­miste par le gé­né­ral Charles Hor­ner, qui com­mande l’en­semble des élé­ments aé­riens du CENTCOM à Riyad (11). Fi­na­le­ment, John War­den est of­fi­ciel­le­ment écar­té de la planification de « De­sert Storm » (12), mais il par­vient à res­ter très ac­tif de­puis Che­ck­mate à Wa­shing­ton, en par­ti­cu­lier sur toute la phase 1, à la­quelle il ac­corde la plus grande im­por­tance, si­non la seule. Par ailleurs, une par­tie de son équipe, qui com­prend no­tam­ment le lieu­te­nant-co­lo­nel Da­vid Dep­tu­la, reste à Riyad et en­tre­tient des liens constants avec Che­ck­mate.

Pour leur­rer les dé­fenses ira­kiennes, le co­lo­nel John War­den a l’idée d’em­ployer des drones dont la si­gna­ture ra­dar est proche de celles des ap­pa­reils amé­ri­cains. La tac­tique n’est pas nou­velle et a dé­jà été em­ployée par les Is­raé­liens contre les Syriens en 1982. Pour l’as­saut ini­tial, il est donc dé­ci­dé d’avoir re­cours à des drones BQM-74 qui doivent pous­ser les Ira­kiens à ac­ti­ver leur ra­dar, ren­dant ain­si ces der­niers vul­né­rables aux mis­siles AGM-88 HARM des Wild Wea­sel.

La planification de la phase 2 est plus consen­suelle et L’US Na­vy y joue par ailleurs un rôle im­por­tant. En ef­fet, la ma­rine amé­ri­caine dis­pose de­puis le mi­lieu des an­nées 1980 d’un ser­vice de ren­sei­gne­ment spé­cia­li­sé dans les dé­fenses an­ti­aé­riennes : le Strike Pro­jec­tion Eva­lua­tion and An­ti-air Re­search (SPEAR). Or, ce ser­vice est par­ve­nu à prendre contact avec des in­gé­nieurs fran­çais de Thom­son-csf, qui leur ont four­ni les plans dé­taillés de KARI (13). De plus, les sys­tèmes SA-2 et SA-3 sont bien connus des services amé­ri­cains, qui les étu­dient de près de­puis les an­nées 1970. Pour cette phase 2, 26 sites SAM ont été iden­ti­fiés au Ko­weït (14).

Quant à la phase 3, elle fait éga­le­ment l’ob­jet de dis­cus­sions, car les opi­nions di­vergent sur le taux de pertes à in­fli­ger aux forces ira­kiennes. John War­den pense que les uni­tés au Ko­weït se­ront in­opé­rantes à par­tir d’un taux de 50%, mais le temps né­ces­saire pour par­ve­nir à ce taux n’est pas es­ti­mé de la même ma­nière par tous les pla­ni­fi­ca­teurs (cer­tains parlent de 23 jours, d’autres de 17). La ver­sion dé­fi­ni­tive du plan de la cam­pagne aé­rienne est ap­prou­vée le 20 dé­cembre 1990. Les phases 1, 2 et 3 de­vront être exé­cu­tées si­mul­ta­né­ment. Sur l’en­semble des 4 phases, John War­den es­time que les pertes aé­riennes amies s’élè­ve­ront à 146 : 40 pour la phase 1, 5 pour la phase 2, 35 pour la phase 3 et 66 pour la phase 4.

« De­sert Storm », pré­voit d'at­ta­quer mas­si­ve­ment le sys­tème de dé­fense aé­rienne ira­kien dès les 15 pre­mières mi­nutes.

« DE­SERT STORM » : LE SYM­BOLE DE LA SU­PRÉ­MA­TIE AÉ­RIENNE AMÉ­RI­CAINE

L’un des pre­miers ob­jec­tifs de la cam­pagne aé­rienne est donc l’ac­qui­si­tion de la su­pé­rio­ri­té aé­rienne. Dans la nuit du 16 au 17 jan­vier, c’est l’une des prin­ci­pales mis­sions confiées aux ap­pa­reils de la coa­li­tion. Tou­te­fois, la pre­mière mis­sion SEAD de « De­sert Storm » est une opé­ra­tion me­née par des hé­li­co­ptères, re­grou­pés dans une task force nom­mée Nor­man­dy. Huit hé­li­co­ptères AH-64, un UH-60 Black­hawk et deux MH-53 Pave Low

– qui uti­lisent le nou­veau GPS – dé­truisent deux sites ra­dars à la fron­tière saou­dienne vers 2 heures du ma­tin. Quelques mi­nutes plus tard, un F-117 largue la pre­mière bombe de la cam­pagne, dé­trui­sant une sta­tion d’in­ter­cep­tion, puis une deuxième sur un centre de com­man­de­ment ré­gio­nal de la dé­fense aé­rienne. Ces deux ac­tions rendent par­tiel­le­ment aveugle le flanc sud de l’es­pace aé­rien ira­kien. À 3 heures du ma­tin (l’heure d’ex­pi­ra­tion de l’ul­ti­ma­tum), deux F-117 bom­bardent Bag­dad. La pre­mière vague de frappes est me­née par une tren­taine de F-117 et leurs 54 mis­siles To­ma­hawk qui ciblent les prin­ci­paux centres de com­man­de­ment de l’ar­mée irakienne. En cinq mi­nutes, une ving­taine d’ins­tal­la­tions sont dé­truites. Cette pre­mière vague est im­mé­dia­te­ment sui­vie par des frappes de B-52 qui ont dé­col­lé 11 heures plus tôt de­puis la base aé­rienne de Barks­dale, en Loui­siane. Leurs 35 mis­siles de croi­sière dé­truisent plu­sieurs centres de com­mu­ni­ca­tion ain­si que des re­lais élec­triques. En outre, une qua­ran­taine de drones-leurres BQM-74 sont en­voyés au-des­sus de la ca­pi­tale irakienne. Dans la pre­mière heure, en­vi­ron 200 mis­siles HARM sont ti­rés, anéan­tis­sant une quin­zaine de sites ra­dars et plu­sieurs sites SAM.

Au cours des 24 pre­mières heures de « De­sert Storm », ce sont ain­si près de 700 ap­pa­reils qui pé­nètrent en ter­ri­toire ira­kien. Pour cette pre­mière of­fen­sive, la su­pé­rio­ri­té aé­rienne a été ac­quise au-des­sus du théâtre d’opé­ra­tions dès la pre­mière heure. À par­tir du sixième jour, le com­man­de­ment consi­dère qu’un « sanc­tuaire » est éta­bli au-des­sus de 10 000 pieds. Le gé­né­ral Sch­warz­kopf dé­clare le 27 jan­vier que la coa­li­tion est dé­sor­mais maî­tresse du ciel ira­kien et du ciel ko­weï­tien.

La concen­tra­tion de la puis­sance de feu sur la dé­fense aé­rienne en­ne­mie, dès les pre­mières heures de l’en­ga­ge­ment, a eu des ef­fets opé­ra­tion­nels dé­ci­sifs(15). Les pla­ni­fi­ca­teurs de « De­sert Storm » ont su mettre à pro­fit les der­nières évo­lu­tions tech­niques, mais éga­le­ment les der­nières in­no­va­tions en ma­tière doc­tri­nale et or­ga­ni­sa­tion­nelle. Si l’ef­fi­ca­ci­té des mis­sions SEAD est peu dis­cu­tée, ce n’est tou­te­fois pas le cas de la cam­pagne aé­rienne stra­té­gique dont les ef­fets ont été su­jets à un in­tense dé­bat (16). Pour L’USAF, qui s’ap­prête à vivre sa plus im­por­tante ré­forme de­puis sa créa­tion, la guerre du Golfe va­lide les prin­cipes qu’elle sou­tient de­puis long­temps et qui vont ser­vir de socle à son nou­veau mo­dèle de force (17). De ma­nière plus large, « De­sert Storm » consacre la do­mi­na­tion mi­li­taire oc­ci­den­tale, et sur­tout amé­ri­caine, au len­de­main de la guerre froide. Une do­mi­na­tion dans la­quelle la puis­sance aé­rienne tient une place de pre­mier plan et qui va pous­ser les autres ar­mées, en par­ti­cu­lier russe et chi­noise, à orien­ter leur stra­té­gie des moyens vers des sys­tèmes an­ti­aé­riens de plus en plus per­for­mants.

La pre­mière mis­sion SEAD de «De­sert Storm» est une opé­ra­tion me­née par des hé­li­co­ptères, re­grou­pés dans une task force nom­mée Nor­man­dy. Huit hé­li­co­ptères AH-64, un UH-60 Black­hawk et deux MH-53 Pave Low – qui uti­lisent le nou­veau GPS – dé­truisent deux sites rad ars à la fron­tière saou­dienne vers 2 heures du ma­tin.

Notes

(1) Phrase pro­non­cée lors d’un brie­fing réa­li­sé le 10 août 1990 par le co­lo­nel John War­den de­vant le gé­né­ral Nor­man Sch­warz­kopf lorsque ce der­nier lui a de­man­dé com­ment il comp­tait faire en sorte que l’avia­tion opère li­bre­ment au-des­sus du Ko­weït. John An­dreas Ol­sen, John War­den and the Re­nais­sance of Ame­ri­can Air Po­wer, Po­to­mac Books, Wa­shing­ton D.C., 2011, p. 174.

(2) Le Pen­ta­gone es­time que les pertes s’élè­ve­ront à 30000 sol­dats pour la coa­li­tion. Ce chiffre in­clut les morts et les bles­sés.

(3) Un dé­ploie­ment qui est par ailleurs conforme à la doc­trine Po­well, qui exige un rap­port de force «écra­sant» sur l’en­ne­mi.

(4) Co­ren­tin Brustlein, Étienne de Du­rand et Élie Te­nen­baum, La su­pré­ma­tie aé­rienne en pé­ril : Me­naces et contre-stra­té­gies à l’ho­ri­zon 2030, La Do­cu­men­ta­tion fran­çaise, Pa­ris, 2014, p. 41.

(5) Ben­ja­min Lam­beth, The Trans­for­ma­tion of Ame­ri­can Air Po­wer, Cor­nell Uni­ver­si­ty Press, New York, 2000, p. 110.

(6) Ibid., p. 15.

(7) Ce qui tend à dé­mon­trer que le com­por­te­ment de Sad­dam Hus­sein à l’égard de ses voi­sins à la suite de la guerre Iran-irak in­quié­tait dé­jà les res­pon­sables mi­li­taires amé­ri­cains.

(8) Sa cel­lule de planification lui a no­tam­ment pro­po­sé des op­tions de frappes nu­cléaires li­mi­tées contre les bar­rages au nord de l’irak ; pro­po­si­tions im­mé­dia­te­ment re­je­tées par le gé­né­ral Sch­warz­kopf. John An­dreas Ol­sen, op. cit., p. 146.

(9) Pour un aper­çu de la car­rière de John War­den et de son in­fluence au sein de L’USAF, voir : To­ny Mo­rin, « Le der­nier des pro­phètes », Pen­ser les ailes fran­çaises, no 34, oc­tobre 2016, p. 63-81.

(10) Au to­tal, il y au­ra 42000 ob­jec­tifs bom­bar­dés du­rant toute la cam­pagne. Tho­mas A. Kea­ney et Eliot A. Co­hen, Gulf War Air Po­wer Sur­vey: Sum­ma­ry Re­port, Uni­ted States Go­vern­ment Prin­ting, Wa­shing­ton D.C., 1993, p. 71.

(11) Le fait que l’en­semble des moyens aé­riens d’un théâtre d’opé­ra­tions soient re­grou­pés dans un com­man­de­ment unique est une pre­mière dans l’his­toire de la guerre aé­rienne. Jé­rôme de Les­pi­nois, « La guerre du Golfe et le re­nou­veau de la puis­sance aé­rienne », Guerres mon­diales et conflits contem­po­rains, no 244, 2011/4, p. 63-80.

(12) Les deux hommes se sont ren­con­trés pour un brie­fing le 20 août à Riyad (où est ba­sé le com­man­de­ment des élé­ments Air de CENTCOM). L’ac­cueil fait au co­lo­nel War­den a été par­ti­cu­liè­re­ment gla­cial et il a été contraint de re­par­tir ra­pi­de­ment pour Wa­shing­ton.

(13) Mar­vin Po­krant, De­sert Storm at Sea, Green­wood Pu­bli­shing, 1999.

(14) John An­dreas Ol­sen, op. cit., p. 212.

(15) Jé­rôme de Les­pi­nois, op. cit., p. 63-80.

(16) Pour le po­li­to­logue Ro­bert Pape, les frappes de dé­ca­pi­ta­tion n’ont pas rem­pli leurs ob­jec­tifs. Ro­bert Pape, Bom­bar­der pour vaincre : puis­sance aé­rienne et coer­ci­tion dans la guerre, La do­cu­men­ta­tion fran­çaise, Pa­ris, 2011 (trad.), 1re éd. 1996.

(17) Jé­rôme de Les­pi­nois, op. cit., p. 80.

L'EC-130H Com­pass Call, bien­tôt rem­pla­cé par une va­riante du G550, a été es­sen­tiel pour les mis­sions de dé­tec­tion et de brouillage des com­mu­ni­ca­tions. (© US Air Force)

Opé­ra­tion­nels de­puis 1983, les 42 EF-111A Ra­ven ont quit­té le ser­vice en 1998, lais­sant aux EA-6B puis aux EA 18G les mis­sions de dé­tec­tion, clas­si­fi­ca­tion et brouillage des ra­dars ad­verses. (© US Air Force)

Les mis­sions des Wild Wea­sel ont été re­prises par les F-16CJ, do­tés de pods AN/ASQ 213 HARM Tar­ge­ting Sys­tem (HTS), ici vi­sibles sous l'en­trée d'air bâ­bord.

Les deux ap­pa­reils ci-des­sus sont éga­le­ment do­tés de pods de dé­si­gna­tion Sni­per (à tri­bord sous l'en­trée d'air) et d'un pod de brouillage ALQ-119 en po­si­tion ven­trale. (© US Air Force)

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