JOINT FORCE ENTRY : LES OPÉ­RA­TIONS AÉROPORTÉES AMÉ­RI­CAINES DANS L’HIS­TOIRE

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Em­ma­nuel VIVENOT

Prendre une zone ou une po­si­tion for­te­ment dé­fen­due n’est pas chose ai­sée et les troupes aéroportées ont ten­té d’y ap­por­ter une ré­ponse au cours des conflits ré­cents. Du­rant la Deuxième Guerre mon­diale, les pre­mières opé­ra­tions pa­ra­chu­tistes ont sou­vent été conduites par de pe­tites uni­tés, à une échelle res­treinte comme la sai­sie ou la des­truc­tion d’un pont.

Mais la dé­ci­sion d’or­ga­ni­ser les forces à par­tir de for­ma­tions plus grandes, au ni­veau di­vi­sion, fut cru­ciale pour me­ner des opé­ra­tions aéroportées à plus large échelle, comme «Torch» en Afrique du Nord puis « Hus­ky » en Si­cile. En Al­gé­rie, le 2nd Bat­ta­lion du 509th Pa­ra­chute In­fan­try Re­gi­ment (PIR) fut char­gé de sai­sir deux aé­ro­dromes, à Ta­fraoui et à La Sé­nia, res­pec­ti­ve­ment si­tués à 24 et 8 km au sud de la ville. Le 8 no­vembre 1942, 39 C-47 Sky­train trans­por­tant 556 pa­ra­chu­tistes dé­col­lèrent du Royaume-uni et sur­vo­lèrent l’es­pagne, où le mau­vais temps dis­per­sa les trois quarts de la for­ma­tion. Mal­gré les pro­blèmes liés aux condi­tions mé­téo­ro­lo­giques, aux trans­mis­sions et à la na­vi­ga­tion, les deux ter­rains furent pris et «Torch» fut l’oc­ca­sion de la pre­mière grosse opé­ra­tion aé­ro­por­tée amé­ri­caine, contre une force ad­verse es­ti­mée à 50 000 sol­dats fran­çais du gou­ver­ne­ment de Vi­chy ap­puyés par de l’ar­tille­rie cô­tière et un nombre ré­duit de chars et d’avions de com­bat, ré­par­tis sur tout le ter­ri­toire al­gé­rien. La Cen­ter Task Force, dont l’ob­jec­tif était Oran, ras­sem­bla 18500 hommes des 1st In­fan­try Di­vi­sion, 1st Ar­mo­red Di­vi­sion et du 2nd Bat­ta­lion, 509th PIR.

L’in­va­sion de la Si­cile mar­qua un chan­ge­ment d’échelle avec le pre­mier saut opé­ra­tion­nel d’un ré­gi­ment ren­for­cé : le 505th PIR, se­con­dé par le 3rd Bat­ta­lion du 504th PIR, le 456th Pa­ra­chute Field Ar­tille­ry Bat­ta­lion, la Com­pa­ny B du 307th Air­borne En­gi­neer Bat­ta­lion et des uni­tés de sou­tien, to­ta­li­sant 3 406 pa­ra­chu­tistes, aux­quels s’ajou­tèrent 2 304 hommes du 504th Re­gi­men­tal Com­bat Team, re­grou­pant les 1st et 2nd Bat­ta­lions du 504th PIR, le 376th Pa­ra­chute Field Ar­tille­ry Bat­ta­lion et la Com­pa­ny A du 307th En­gi­neer Bat­ta­lion, éga­le­ment lar­gués de nuit. Trans­por­tés par des pla­neurs bri­tan­niques, les pa­ras amé­ri­cains avaient pour mis­sion de prendre le Ponte Grande, un pont si­tué juste au sud de Sy­ra­cuse, et de le te­nir en at­ten­dant la jonc­tion avec la 5th In­fan­try Di­vi­sion bri­tan­nique. Lar­gués peu après mi­nuit le 10 juillet 1943, les pla­neurs furent dé­viés de leur ob­jec­tif par des vents de plus de 70 km/h, dis­per­sant les hommes sur tout le long de la côte entre Ge­la et Sy­ra­cuse, à tel point que la moi­tié de la force pa­ra­chu­tiste amé­ri­caine ne réus­sit pas à ral­lier les points de ras­sem­ble­ment. Il fal­lut at­tendre quatre jours pour que le 505th PIR par­vienne à re­grou­per

Mal­gré les pro­blèmes liés aux condi­tions mé­téo­ro­lo­giques, aux trans­mis­sions et à la na­vi­ga­tion, les deux ter­rains furent pris et «Torch» fut l'oc­ca­sion de la pre­mière grosse opé­ra­tion aé­ro­por­tée amé­ri­caine.

les deux tiers de son ef­fec­tif. Pour au­tant, cette dis­per­sion des forces fut ex­ploi­tée par des ac­tions de har­cè­le­ment en pe­tites uni­tés agis­sant de leur propre ini­tia­tive, se­mant la confu­sion dans les rangs de l’axe en at­ta­quant ses points vi­taux.

OPÉ­RA­TION « OVERLORD » : VERROUILLER LE CO­TEN­TIN

Le dé­bar­que­ment de Nor­man­die in­cluait lui aus­si une com­po­sante aé­ro­por­tée, avec le pa­ra­chu­tage de deux di­vi­sions au sud de la pé­nin­sule du Co­ten­tin. La 82nd Air­borne (6 418 hommes) et la 101st Air­borne (6638 hommes) furent lar­guées aux pre­mières heures du 6 juin 1944 pour sé­cu­ri­ser les routes par les­quelles al­laient ar­ri­ver les forces amé­ri­caines du VII Corps qui avaient dé­bar­qué sur Utah Beach afin de prendre Cher­bourg et dis­po­ser en­suite d’un port en eaux pro­fondes pour fa­ci­li­ter l’ache­mi­ne­ment de leurs ren­forts. Ces lar­gages ne furent pas d’une pré­ci­sion ab­so­lue : seuls 10 % des pa­ras ont at­ter­ri sur leurs lan­ding zones as­si­gnées, 45% ont tou­ché le sol à moins trois ki­lo­mètres, 40% entre trois et 40 ki­lo­mètres, et 5 % man­quaient à l’ap­pel. Les deux di­vi­sions aéroportées su­birent des pertes com­pa­rables aux 2 000 hommes per­dus sur Oma­ha Beach, bien que la plu­part d’entre elles aient ré­sul­té de cap­tures par les Al­le­mands ou de bles­sures oc­ca­sion­nées par les sauts de nuit. Elles réus­sirent néan­moins à sé­cu­ri­ser une par­tie des routes ci­blées. De son cô­té, la 82nd Air­borne sau­ta sur Sainte-mère-l’église et sé­cu­ri­sa la ville avant d’al­ler pro­té­ger le flanc ouest du dis­po­si­tif al­lié. Elle ne réus­sit pas à prendre les ponts de la Mer­de­ret, ce qui re­tar­da le ver­rouillage de la pé­nin­sule du Co­ten­tin, pas plus que la 101st Air­borne, qui vint en ren­fort pour pro­té­ger le flanc sud, mais ac­cu­sa un re­tard dans la sai­sie des ponts qui lui avaient été at­tri­bués. Le 9 juin, elle franchit la Douve à La Bar­quette, et Ca­ren­tan fut prise le 14 juin après d’in­tenses com­bats de rue. Les dé­fenses al­le­mandes dans le Co­ten­tin étaient re­la­ti­ve­ment faibles, l’état-ma­jor de la Wehr­macht s’at­ten­dant à ce que les Al­liés ciblent les ports du Nord-pas-de-ca­lais. Elles souf­frirent éga­le­ment de l’at­tri­tion des troupes af­fec­tées en France, amoin­dries au fil des mois pour ali­men­ter le front de l’est au­quel la Wehr­macht paya un lourd tri­but. Une par­tie des di­vi­sions sta­tiques créées par Von Rund­stedt étaient en sous-ef­fec­tif par rap­port aux di­vi­sions d’in­fan­te­rie af­fec­tées en France pour se re­mettre de leur ro­ta­tion en Union so­vié­tique : elles n’ali­gnaient pas de ba­taillon de re­con­nais­sance, et seule­ment trois ba­taillons d’ar­tille­rie. En­fin, les per­son­nels qui com­po­saient ces uni­tés étaient plus âgés que la moyenne, les meilleurs élé­ments étant sys­té­ma­ti­que­ment af­fec­tés au front de l’est jus­qu’à la fin de l’au­tomne 1943. Les uni­tés pla­cées en dé­fense sur la côte At­lan­tique étaient, pour beau­coup, consti­tuées de vo­lon­taires re­cru­tés par­mi les pri­son­niers de l’ar­mée rouge, et leur mo­ral ain­si que leur ni­veau d’ex­pé­rience étaient bien in­fé­rieurs à ce­lui des troupes al­le­mandes en­ga­gées en Rus­sie.

Quant aux of­fi­ciers qui les com­man­daient, ils y étaient en poste, car leur manque de qua­li­fi­ca­tion ou des bles­sures les ren­daient in­aptes au ser­vice sur le front russe. L’ar­me­ment et l’équi­pe­ment sui­vaient la même lo­gique, avec un pot-pour­ri is­su de toutes les pé­riodes et lieux d’af­fron­te­ment du XXE siècle. De nom­breuses po­si­tions étaient dé­pour­vues de leurs armes, les dé­pôts de mu­ni­tions étaient vides, de même que les champs de mines n’étaient par­fois que des champs. La 709e di­vi­sion d’in­fan­te­rie de la Wehr­macht qui dé­fen­dait Utah Beach était pour­tant re­la­ti­ve­ment vo­lu­mi­neuse, avec 12230 hommes, dont 2000 en­vi­ron étaient d’an­ciens pri­son­niers de guerre so­vié­tiques et géor­giens, soit trois ba­taillons sur les onze que comp­tait la for­ma­tion (celle-ci en par­ti­cu­lier ali­gnait deux ba­taillons de plus qu’une di­vi­sion d’in­fan­te­rie clas­sique, une ex­cep­tion de sur­ef­fec­tif peu re­pré­sen­ta­tive des di­vi­sions sta­tiques).

Sur cet or­ga­ni­gramme, un ba­taillon d’ar­tille­rie était équi­pé de pièces tchèques et fran­çaises, un autre, de ca­nons fran­çais uni­que­ment, et un troi­sième, de pièces so­vié­tiques. La dé­fense an­ti­char re­po­sait sur 12 ca­nons trac­tés de 75 mm et 9 chas­seurs de chars. L’ap­pui aux chars était as­su­ré par dix Pan­zer­jä­ger 35R du Pan­zer Ab­tei­lung 101. Cette di­vi­sion avait ré­par­ti ses uni­tés entre Utah Beach et Cher­bourg, soit une cen­taine de ki­lo­mètres, le reste de la côte du Co­ten­tin in­com­bant à la 243e di­vi­sion d’in­fan­te­rie de­puis le mois de mai 1944. La ligne de dé­fense était donc as­sez fine, mal com­plé­tée par les construc­tions en bé­ton qui n’avaient pas eu la prio­ri­té dans cette zone. La 243e di­vi­sion d’in­fan­te­rie al­le­mande comp­tait en­vi­ron 11 530 hommes le jour du D-day, avec deux ba­taillons d’in­fan­te­rie à vé­lo et un ba­taillon de chas­seurs de chars met­tant en oeuvre 14 Mar­der III et dix ca­nons d’as­saut Stug III, ren­for­cés par la Pan­zer Ab­tei­lung 206 do­tée d’un en­semble de vé­hi­cules fran­çais : 20 Hot­ch­kiss H-39, 10 So­mua S-35, 2 Re­nault R35 et 6 chars B1. Ces deux di­vi­sions étaient com­plé­tées par la 91. Luft­lande Di­vi­sion, elle aus­si en sous-ef­fec­tif avec 7 500 hommes ré­par­tis en deux ré­gi­ments d’in­fan­te­rie aé­ro­por­tée et un ba­taillon de fu­si­liers, ren­for­cés par le 6. Fall­schirm­jä­ger Re­gi­ment du­rant les

Au bout du compte, l'as­saut aé­ro­por­té pro­dui­sit son ef­fet bien que ses ob­jec­tifs n'aient pas réel­le­ment été maî­tri­sés : les pa­ras furent si dis­per­sés qu'ils se­mèrent le chaos par­mi les forces al­le­mandes.

com­bats de Nor­man­die. L’ar­tille­rie de cette uni­té était do­tée de Ge­birg­shau­bitze 40 de 105 mm, in­com­pa­tibles avec les mu­ni­tions de 105 mm uti­li­sées dans les autres di­vi­sions. Une fois les stocks or­ga­niques épui­sés, ces tubes se­raient ré­duits au si­lence. Les dé­fen­seurs, bien que su­pé­rieurs en nombre, ten­dirent à se rendre ra­pi­de­ment aux pa­ra­chu­tistes. Au bout du compte, l’as­saut aé­ro­por­té pro­dui­sit son ef­fet bien que ses ob­jec­tifs n’aient pas réel­le­ment été maî­tri­sés : les pa­ras furent si dis­per­sés qu’ils se­mèrent le chaos par­mi les forces al­le­mandes sur la par­tie est du Co­ten­tin, qui per­çurent cet ef­fet comme une tac­tique de sa­tu­ra­tion plu­tôt que comme une ten­ta­tive de contrôle de zone. Les in­con­vé­nients du saut de nuit dus aux li­mi­ta­tions tech­no­lo­giques de l’époque pous­sèrent les tac­ti­ciens à pré­fé­rer des lar­gages diurnes pour les opé­ra­tions sui­vantes.

OPÉ­RA­TION « MAR­KET GARDEN »

Conduite entre le 17 et 25 sep­tembre 1944, «Mar­ket Garden» avait pour ob­jec­tif de fran­chir le Rhin dans la ré­gion d’eind­ho­ven, se­lon un plan di­vi­sé en deux phases : l’opé­ra­tion «Mar­ket», as­saut aé­ro­por­té in­ter­al­lié, et l’opé­ra­tion « Garden », me­née par une com­po­sante ter­restre bri­tan­nique. En ce qui concerne l’ar­mée amé­ri­caine, les uni­tés en­ga­gées furent la 82nd Air­borne Di­vi­sion, char­gée de prendre les ponts à Grave et à Ni­j­me­gen, et la 101st Air­borne Di­vi­sion dont le rôle était de prendre cinq autres ponts au nord-ouest d’eind­ho­ven. Ap­puyées par la 1re bri­gade in­dé­pen­dante de pa­ra­chu­tistes de l’ar­mée po­lo­naise, ain­si que la 1st Air­borne Di­vi­sion et la 52 (Low­land) In­fan­try Di­vi­sion

«Var­si­ty» fut la plus grosse opé­ra­tion aé­ro­por­tée ja­mais conduite le même jour au même en­droit, avec 16000 pa­ra­chu­tistes et plu­sieurs mil­liers d'aé­ro­nefs en­ga­gés.

bri­tan­niques, elles consti­tuaient quatre des six di­vi­sions de la 1st Al­lied Air­borne Ar­my.

«Mar­ket» est la plus im­por­tante opé­ra­tion aé­ro­por­tée ja­mais conduite de toute l’his­toire, mal­gré l’échec mi­li­taire qu’elle re­pré­sente vis-à-vis de ses ob­jec­tifs, lorsque l’on ob­serve le vo­lume de forces en­ga­gées : 34 600 hommes, soit 20 011 lar­gués en ou­ver­ture au­to­ma­tique et 14589 autres dé­po­sés en pla­neur, qui ache­mi­nèrent éga­le­ment plus de 1 736 vé­hi­cules et 263 pièces d’ar­tille­rie. Par ailleurs, 3342 t de mu­ni­tions et de ra­vi­taille­ment furent aé­ro­lar­guées ou aé­ro­trans­por­tées sur zone pour sou­te­nir les 36 ba­taillons en­ga­gés au sol. D’une ma­nière gé­né­rale, la force al­le­mande, es­ti­mée à 15000 hommes et 250 chars ré­par­tis sur neuf di­vi­sions d’in­fan­te­rie de la 15. Ar­mee et de la 1. Fall­schirm-ar­mee, était re­la­ti­ve­ment faible en in­fan­te­rie, mais bien équi­pée en armes d’ap­pui avec une im­por­tante pro­por­tion d’ar­tille­rie et de ca­nons d’as­saut, et sou­te­nue par le II SS Pan­zer Korps dont les 3000 hommes ali­gnaient de nom­breuses mi­trailleuses et autres armes lourdes d’in­fan­te­rie. « Mar­ket Garden » fut un échec, les pa­ras al­liés n’ayant pas pu te­nir leur tête de pont aé­ro­por­té à Arn­hem.

OPÉ­RA­TION « VAR­SI­TY » : AU-DE­LÀ DU RHIN

Der­nière opé­ra­tion aé­ro­por­tée à grande échelle de la Deuxième Guerre mon­diale, « Var­si­ty » fut éga­le­ment la plus grosse opé­ra­tion de ce type ja­mais conduite le même jour au même en­droit, avec 16000 pa­ra­chu­tistes et plu­sieurs mil­liers d’aé­ro­nefs en­ga­gés. Lan­cée le 24 mars 1945, elle avait pour ob­jec­tif l’en­trée des forces al­liées sur le ter­ri­toire al­le­mand, à We­sel et à Ham­min­keln, en pa­ra­chu­tant deux di­vi­sions du XVIII Air­borne Corps et une di­vi­sion bri­tan­nique, la 6th Air­borne Di­vi­sion, de l’autre cô­té du Rhin. Com­po­sante pa­ra­chu­tiste de l’ opé­ra­tion « Plun­der » qui in­cluait des ten­ta­tives de fran­chis­se­ment du Rhin en plu­sieurs en­droits, «Var­si­ty» fut lan­cée par Mont­go­me­ry, qui sou­hai­tait que des troupes soient in­fil­trées par air pour sou­te­nir les as­sauts am­phi­bies du 21st Ar­my Group. Hor­mis la 6th Air­borne Di­vi­sion bri­tan­nique, aguer­rie par sa par­ti­ci­pa­tion à «Overlord», les for­ma­tions dé­ployées n’avaient que peu ou pas d’ex­pé­rience du com­bat : la 17th Air­borne Di­vi­sion était ar­ri­vée au Royaume-uni en août 1944 et n’avait par­ti­ci­pé ni à «Mar­ket Garden» ni à «Overlord» et, bien qu’elle ait eu son bap­tême du feu dans les Ar­dennes, l’uni­té n’avait ja­mais été pa­ra­chu­tée au com­bat. Quant à la 13th Air­borne Di­vi­sion, elle n’avait ja­mais com­bat­tu, à l’ex­cep­tion de

son 517th Pa­ra­chute In­fan­try Re­gi­ment, en­ga­gé briè­ve­ment dans la cam­pagne d’ita­lie, en Provence et dans les Ar­dennes éga­le­ment.tou­te­fois, les pla­ni­fi­ca­teurs de « Var­si­ty » se ren­dirent compte que les ap­pa­reils à leur dis­po­si­tion n’étaient as­sez nom­breux pour trans­por­ter plus de deux di­vi­sions. La 13th Air­borne fut donc écar­tée de l’opé­ra­tion. Les deux di­vi­sions res­tantes furent pa­ra­chu­tées près de Ham­min­keln, avec pour ob­jec­tif la sai­sie de la forêt de Diers­ford­ter, sur­plom­bant le fleuve, tra­ver­sée d’une route re­liant plu­sieurs villes. Cette ma­noeuvre avait pour but d’em­pê­cher l’ar­tille­rie al­le­mande de frap­per les sa­peurs bri­tan­niques du­rant leur ten­ta­tive de fran­chis­se­ment. Il leur fal­lut en­suite prendre plu­sieurs ponts sur l’ys­sel, un af­fluent du Rhin, afin de fa­ci­li­ter l’avance des troupes am­phi­bies, avant de sai­sir le vil­lage de Ham­min­keln lui-même et d’at­tendre la jonc­tion avec leurs ca­ma­rades an­glais.

L’opé­ra­tion « Var­si­ty » dif­fère des autres opé­ra­tions aéroportées, non seule­ment en rai­son du vo­lume de force en­ga­gé sur un même pa­ra­chu­tage, mais aus­si parce que ce der­nier in­ter­ve­nait après le dé­bar­que­ment de troupes am­phi­bies, contrai­re­ment aux opé­ra­tions pré­cé­dentes, où les pa­ras avaient à chaque fois ou­vert la voie. Cette stra­té­gie vi­sait à ré­duire le vo­lume de pertes dont avaient souf­fert les uni­tés pa­ra­chu­tistes lors de « Mar­ket Garden ». D’autre part, les pa­ras furent lar­gués plus près que d’ha­bi­tude à l’in­té­rieur des lignes al­le­mandes de ma­nière à être ren­for­cés plus ra­pi­de­ment par la com­po­sante ter­restre, contrai­re­ment à Arn­hem où la 1st Air­borne Di­vi­sion avait été pra­ti­que­ment anéan­tie par l’in­fan­te­rie et les blin­dés de la Wehr­macht. En­fin, les deux di­vi­sions aéroportées furent lar­guées si­mul­ta­né­ment plu­tôt qu’à quelques heures d’in­ter­valle, avec un ra­vi­taille­ment aé­ro­lar­gué dès que pos­sible afin d’as­su­rer une conti­nui­té ab­so­lue de la ma­noeuvre.

Le dis­po­si­tif al­le­mand ali­gnait tou­jours la 1. Fall­schirm-ar­mee, qui était dé­ployée entre Em­me­rich et Dins­la­ken, où l’at­taque al­liée était le plus at­ten­due. Il com­pre­nait aus­si la 25. Ar­mee, qui avait pour ordre de te­nir la ri­vière entre Em­me­rich et la mer du Nord. Au­cune de ces deux for­ma­tions n’était pour­vue à ef­fec­tif com­plet, et les deux avaient es­suyé de lourdes pertes face aux Al­liés du­rant l’hi­ver. Le II Fall­schirm­korps et ses trois di­vi­sions pa­ra­chu­tistes n’ali­gnaient que 12 000 hommes, soit bien moins qu’une seule di­vi­sion al­liée. L’équi­pe­ment et l’ar­me­ment étaient éga­le­ment faibles : 200 chars et ca­nons d’as­saut, tou­te­fois ap­puyés par une ar­tille­rie cor­recte. L’om­brelle antiaérienne, concen­trée au­tour de We­sel, était com­po­sée de 81 pièces lourdes et 252 ca­nons lé­gers, que ve­nait en­core ren­for­cer la qua­si-to­ta­li­té des pièces an­ti­aé­riennes mo­biles ra­pa­triées des Pays-bas.

DE LA CO­RÉE AU PA­NA­MA

Après la Deuxième Guerre mon­diale, les opé­ra­tions aéroportées amé­ri­caines ont connu une ré­duc­tion d’échelle : du­rant la guerre de Co­rée, l’opé­ra­tion « To­ma­hawk » en­ga­gea quelques 3 486 hommes du 187th Re­gi­men­tal Com­bat Team, avec jeeps et obu­siers de 105 mm, qui furent pa­ra­chu­tés au-des­sus de Mun­san Ni le 23 mars 1951 par plus de 120 ap­pa­reils. Au Viet­nam, l’opé­ra­tion « Junc­tion Ci­ty », lan­cée le 22 fé­vrier 1967, n’in­ter­vint qu’au ni­veau ba­taillon pour la com­po­sante pa­ra­chu­tiste, avec 845 pa­ra­chu­tistes du 2nd Bat­ta­lion, 503rd In­fan­try Re­gi­ment de la 173rd Air­borne Bri­gade lar­gués au com­bat. Le plan de ma­noeuvre consis­tait à pous­ser les uni­tés de com­man­de­ment nord-viet­na­miennes à se re­plier vers une force pré­po­si­tion­née char­gée de les dé­truire ou de les cap­tu­rer. L’exé­cu­tion tac­tique fut réus­sie, mais l’ad­ver­saire dis­po­sait d’in­for­ma­teurs dans la hié­rar­chie sud-viet­na­mienne et s’était re­plié au Cam­bodge, d’où il co­or­don­na des contreat­taques agres­sives que les Amé­ri­cains re­pous­sèrent mal­gré tout grâce à un ap­pui mas­sif de l’ar­tille­rie et de l’avia­tion. Au bout du compte, les Nord-viet­na­miens su­birent de lourdes pertes, avec près de 2 728 morts, mais les ob­jec­tifs stra­té­giques de l’opé­ra­tion ne furent pas at­teints.

Il fal­lut at­tendre deux dé­cen­nies avant qu’une nou­velle opé­ra­tion aé­ro­por­tée d’am­pleur ne soit lan­cée : «Just Cause», lors de la­quelle 6 176 pa­ra­chu­tistes, soit l’in­té­gra­li­té du 75th Ran­ger Re­gi­ment, ren­for­cé d’élé­ments de la 82nd Air­borne Di­vi­sion, sau­tèrent au-des­sus du Pa­na­ma le 20 dé­cembre 1989. Quatre mille d’entre eux furent lar­gués au-des­sus de Rio Ha­to à par­tir de C-5 Ga­laxy, de C-141 Star­lif­ter et de C-130 Her­cules, tan­dis que les autres étaient pa­ra­chu­tés sur l’aé­ro­port de Tor­ri­jos-to­cu­men. Des Na­vy SEAL ain­si qu’un ba­taillon et une com­pa­gnie du 7th Spe­cial Forces Group, qui sau­tèrent sur leurs propres ob­jec­tifs, s’ajou­tèrent à ce nombre.

L'exé­cu­tion de l'opé­ra­tion «Junc­tion Ci­ty» fut réus­sie, mais l'ad­ver­saire dis­po­sait d'in­for­ma­teurs dans la hié­rar­chie sud-viet­na­mienne et s'était re­plié au Cam­bodge, d'où il co­or­don­na des contreat­taques agres­sives que les Amé­ri­cains re­pous­sèrent mal­gré tout.

Pho­to ci-des­sus :

L'usage de la troi­sième di­men­sion per­met certes de contour­ner une par­tie des dé­fenses ad­verses au sol, mais les forces en­ga­gées sont le plus sou­vent lé­gères… et donc vul­né­rables si elles ne bé­né­fi­cient pas d'un ap­pui ap­pro­prié. (© DOD)

L'his­toire des opé­ra­tions aéroportées est aus­si celle des dif­fi­cul­tés à ras­sem­bler la masse d'ap­pa­reils de trans­port né­ces­saire. (© US Air Force)

L'usage d'hé­li­co­ptères est une ré­ponse ap­pro­priée à la ques­tion de la dis­per­sion des troupes au terme d'un saut. Reste que leur uti­li­sa­tion offre aus­si une ex­po­si­tion aux dé­fenses aé­riennes ad­verses à basse al­ti­tude. (© US Ar­my)

Dé­bar­que­ment d'un Wie­sel al­le­mand de­puis un hé­li­co­ptère. La ma­jo­ri­té des forces aéroportées dans le monde se sont orien­tées vers un mo­dèle d'in­fan­te­rie lé­gère, l'al­le­magne et la Rus­sie ayant cher­ché à, par­tiel­le­ment, les mé­ca­ni­ser. (© Bun­des­wehr)

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