Le mi­nage

DSI Hors-Série - - LA NATURE DE LA MENACE -

Dans le do­maine du mi­nage, il est pos­sible de dis­tin­guer deux ob­jec­tifs dis­tincts. Le pre­mier, le mi­nage dé­fen­sif, qui n’est plus uti­li­sé par les ma­rines de pre­mier rang, s’ef­fec­tue dans les eaux in­ter­na­tio­nales, ce qui né­ces­site des moyens de pro­jec­tion adap­tés. Le se­cond, le mi­nage of­fen­sif, est réa­li­sé dans les eaux en­ne­mies afin d’em­pê­cher l’ad­ver­saire de ma­noeu­vrer li­bre­ment, ce qui né­ces­site des moyens dis­crets tels que des sous‑ma­rins ou des drones (1).

Aux États-unis

Se­lon le Na­tio­nal Re­search Coun­cil, les États‑unis ne dis­posent au­jourd’hui que de moyens «mo­destes» de mi­nage. La Mk60 CAPTOR a été re­ti­rée du ser­vice ac­tif, ne lais­sant plus que la mine de fond ma­gné­tique Mk67 SLMM (Sub­ma­rine Laun­ched Mo­bile Mine). Dans le do‑ maine du mi­nage stra­té­gique, au­cune nou­velle mine n’au­rait été ad­mise au ser­vice ac­tif de­puis 35 ans. Les États‑unis ne dis­posent donc que de mines de fond ma­gné­tiques de la sé­rie des Quicks­trike, dé­ri­vées de bombes et uti­li­sant le même concept que leur pré­dé­ces­seur, la sé­rie Des­truc­tor (DST). Dé­ve­lop­pées dans les an­nées 1970 par Ar­gon ST, Se­chan Elec­tro­nics et RWM Ita­lia Mu­ni­tions, elles sont dis­po­nibles en ver­sions aé­ro‑ lar­guée ou mouillée par sous‑ma­rin. Les stocks com­prennent éga­le­ment les mines de fond Mk52 et Mk55 mouil‑ lées par voie aé­rienne, do­tées d’un sys­tème per­met­tant de les neu­tra­li­ser au­to­ma­ti‑ que­ment au bout de quelques mois. En 1976, Ray­theon avait dé­ve­lop­pé les mines Mk67 SLMM afin de four­nir à L’US Na­vy une ca­pa­ci­té de mouillage par sous‑ma‑ rin en eaux peu pro­fondes en uti­li­sant une mine au­to­pro­pul­sée. Néan­moins, leur dis­tance de sé­cu­ri­té et leur pré­ci­sion de pla­ce­ment sont in­adé­quates pour les mis­sions de guerre lit­to­rale ac­tuelles. En 1993, des tra­vaux pour amé­lio­rer cette der­nière ont per­mis le dé­ve­lop­pe­ment de la mine Mk76 ISLMM (Im­pro­ved Sub­ma­rine Laun­ched Mo­bile Mine). Elle pré­sente une por­tée et une pré­ci­sion amé­lio­rées et est do­tée de deux ogives, ce qui per­met de frap­per deux cibles dis­tinctes. La pro­duc­tion des ISLMM a dé­bu­té en 2003 et elles équipent les sous‑ma­rins aus­tra­liens de classe Col­lins

en plus des sous‑ma­rins de L’US Na­vy. Pre­nant conscience de ce manque en ca­pa­ci­tés de mi‑ nage, L’US Pa­ci­fic Com­mand a pré­sen­té en 2014 la mine pla­nante Quicks­trike‑er lar­guée de­puis un bom­bar­dier. La même an­née, le NSWC Pa­na­ma Ci­ty a pré­sen­té un concept de mines contrô­lables et mises en ré­seau, MUSE. Plu­sieurs mines sont à l’étude, telles que les mines de types fond Mk71, les mines de fond LSM (Lit­to­ral Sea Mine) consti­tuées d’une tor­pille Mk54 en­cap­su­lée. Cette der­nière a ce­pen­dant été ajour­née en 2003 au pro­fit du pro­gramme 2010 Mine qui de­vrait rem­pla­cer la mine Mk56.

En Eu­rope

La ca­pa­ci­té de mi­nage de la France re­pose sur­tout sur les FG 29 mouillées par sous‑ma‑ rin. En 2013, Mer et Ma­rine avait an­non­cé le lan­ce­ment po­ten­tiel d’études pour le dé­ve­lop‑ pe­ment de nou­velles mines afin de rem­pla­cer les FG 29. Ce pro­jet pour­rait donc ve­nir ren‑ for­cer et re­nou­ve­ler les ca­pa­ci­tés de mouillage dans le cadre du pro­gramme de sous‑ma­rins de type Bar­ra­cu­da dont la tête de sé­rie de­vrait être li­vrée cou­rant 2019.

Le Royaume‑uni fait par­tie des pays pro­duc‑ teurs et ex­por­ta­teurs de mines, no­tam­ment des mines de fond pro­gram­mables Sea Ur­chin, des mines à in­fluence pour pe­tits fonds Dra­gon­fish et des mines de fond Sto­ne­fish. Ces der­nières, dé­ve­lop­pées par BAE Sys­tems, ont été ven­dues à la Fin­lande et au Pa­kis­tan et la ver­sion d’exer­cice a été ache­tée par la ma­rine aus­tra­lienne. En­fin, BAE Sys­tems pro­duit une fa­mille de mines lim­pet (ac­tives et d’exer­cice) qui se placent sur des cibles prin­ci­pa­le­ment par des ai­mants. La société sué­doise Saab Un­der­wa­ter Sys­tems (SUS) a quant à elle pro­duit dans les an­nées 1980 des mines de fond an­ti‑in­va­sion à in­fluence telles que la BGM‑100 Ro­ckan, une mine fur­tive en forme de coin, ce qui la rend dif­fi­cile à dé­tec­ter. Cette mine n’est plus pro­duite bien qu’elle soit tou­jours en ser‑ vice. Les mines de fond BGM‑601 (Bun­ny) dé­ve­lop­pées par SUS se fixent sur la coque des sous‑ma­rins et sont do­tées de mul­tiples cap­teurs les ren­dant ré­sis­tantes aux contre‑me‑ sur­es. SUS avait éga­le­ment pro­duit dans les an­nées 1980 la BGM‑600 pour four­nir un moyen ra­pide de dé­ploie­ment d’un champ de mines contrô­lé à dis­tance : la ca­pa­ci­té à l’ac­ti­ver comme à le désac­ti­ver per­met à une ma­rine de lais­ser pas­ser ses forces au‑des­sus. La Suède dis­pose éga­le­ment de mines à orin BMM‑80 dé­ve­lop­pées dans les an­nées 1980 par Saab et pro­gram­mées pour se fixer au­to­ma­ti­que­ment à la pro­fon­deur dé­si­rée. Le pays dis­pose éga‑ le­ment de mines de fond acous­tiques Ly­dia, de mines au­to­pro­pul­sées 42 dé­ri­vées des tor‑ pilles TP‑27, de mines à orin 72, de mines de fond 77, de mines à orin MMI 150, MMI 180 et GMI‑600. En­fin, la mine mo­bile P‑85 est à l’étude.

La société ita­lienne SEI SPA Ghe­di pro­duit les mines MN 103 Man­ta qui se dé­clenchent sous l’in­fluence acous­tique et ma­gné­tique des bâ­ti­ments et qui ont une forme leur per­met‑ tant d’être po­sées au fond des mers même par cou­rant fort. Au to­tal, plus de 5000 Man­ta sont en ser­vice dans le monde. Rome uti­lise éga­le­ment les MP‑80, dé­ve­lop­pées par SEI SPA Ghe­di en col­la­bo­ra­tion avec la ma­rine ita­lienne. Cette mine à in­fluence ma­gné­tique, acous­tique et dé­pres­sion­naire, est do­tée de mi­cro­pro­ces­seurs pour dis­cri­mi­ner les cibles et les contre‑me­sures. Néan­moins, cette der‑ nière n’est plus en pro­duc­tion, mais elle est tou­jours en ser­vice au sein de la ma­rine ita‑ lienne et pos­si­ble­ment de la ma­rine in­dienne. Éga­le­ment dé­ve­lop­pée par SEI SPA Ghe­di, la Mu­re­na doit rem­pla­cer les MP‑80 et est conçue pour être ef­fi­cace contre une large gamme de cibles. L’ita­lie uti­lise éga­le­ment les mines MRP, TAR 6, MAL 17, MAS 22, VS‑SM 600 et WP 900, ain­si que la Sep­pia, une mine pro­gram­mable pou­vant opé­rer sur tous types de fonds et contre tous types de cibles, qui peut éga­le­ment dis­cri­mi­ner les cibles des contre‑me­sures. Les Mk‑414/430, en­fin, sont des mines lim­pet qui ont été con­çues par Cos­mos SPA Li­vor­no dans le but d’at­ta­quer les na­vires au mouillage ou bien le long des ins­tal­la­tions por­tuaires par exemple. En Es­pagne, SAES dé­ve­loppe les mines MINEA à in­fluence do­tées de cap­teurs ma­gné­tiques, élec­triques, dé­pres­sion­naires, acous­tiques et sis­miques. SAES dé­ve­loppe éga­le­ment les mines lim­pet MILA qui se fixent aux struc­tures sous‑ma­rines mé­ca­ni­que­ment ou ma­gné­ti­que­ment. De plus, la société a déve‑ lop­pé en col­la­bo­ra­tion avec l’ar­ma­da les mines à orin MO‑90 dont les pa­ra­mètres peuvent être pro­gram­més avant le dé­ploie­ment et qui sont do­tées de contre‑me­sures an­ti‑dra­gage. En­fin, l’es­pagne uti­lise les mines Car­mi­na dé­ri­vées de la bombe Mk82.

Quant à l’al­le­magne, elle uti­lise les mines de fond ma­gné­to‑acous­tiques SM‑G2 à coque ama­gné­tique, do­tées de cap­teurs acous­tiques, ma­gné­tiques et dé­pres­sion­naires. Les mines à orin DM‑11 sont éga­le­ment em­ployées ain­si que les mines de fond ma­gné­to‑acous­tiques DM‑41. At­las Elek­tro­nik a dé­ve­lop­pé la DM‑51, conçue pour contrer les opé­ra­tions am­phi­bies, qui a été pro­duite pour les ma­rines al­le­mande et da­noise entre 1982 et 1990, ain­si que la mine lourde et ama­gné­tique DM‑61. Do­tée de cap­teurs acous­tiques, ma­gné­tiques et dé­pres­sion­naires, elle a été conçue pour blo­quer les voies de na­vi­ga­tion ain­si que pour dé­ployer des champs de mines dé­fen­sifs dans les eaux cô­tières.

Note

(1) À la dif­fé­rence des mines an­ti­per­son­nel terrestres, l’usage des mines navales est tou­jours au­to­ri­sé. Il est ce­pen­dant ré­gle­men­té. Ain­si, la Con­ven­tion de La Haye in­ter­dit la pose de mines au­to­ma­tiques de contact non amar­rées à moins d’être construites avec un sys­tème leur per­met­tant de de­ve­nir in­of­fen­sives pas­sé un cer­tain laps de temps ou bien dès qu’elles au­ront rom­pu leurs amarres. La même con­ven­tion in­ter­dit de mi­ner de­vant les côtes et les ports de l’ad­ver­saire afin d’in­ter­rompre la na­vi­ga­tion de commerce.

Les plon­geurs offrent une ca­pa­ci­té d'iden­ti­fi­ca­tion d'une mine que les robots n'ont pas en­core tous. Reste que leur for­ma­tion est longue et coû­teuse et le métier, dangereux… (© Com­mon­wealth of Aus­tra­lia)

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