LE GÉ­NIE EN BANDE SAHÉLO-SAHARIENNE : LA POUR­SUITE DE LA TRANS­FOR­MA­TION DE L’ARME

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Ch­ris­tophe LAFAYE et Paul-ma­rie VACHON

L’arme du gé­nie pour­suit sa trans­for­ma­tion per­ma­nente au fil des ré­formes et des nou­veaux en­ga­ge­ments de l’ar­mée de Terre. Lors d’un ar­ticle pu­blié en sep­tembre 2016 dans les co­lonnes de DSI (1), nous avons étu­dié cette dy­na­mique à l’oeuvre, au re­gard des évo­lu­tions connues par le 19e Ré­gi­ment du Gé­nie (RG) de Be­san­çon entre 1992 et 2016. Avec l’en­ga­ge­ment des forces fran­çaises en Bande Sahélo-saharienne (BSS), nous pou­vons pour­suivre cette ob­ser­va­tion pour es­sayer de mieux cer­ner les évo­lu­tions contem­po­raines de l’arme.

Dans le cadre de la ré­forme « Au Contact » (2015), le 19e RG joue un rôle par­ti­cu­lier au sein d’une nou­velle ar­chi­tec­ture des moyens du gé­nie. Deux di­vi­sions sont mises sur pied à Mar­seille et à Be­san­çon, qui en­globent cha­cune trois des six bri­gades in­ter­armes sub­sis­tant, mais aus­si un ré­gi­ment de gé­nie, qui de­vient à ce titre élé­ment or­ga­nique di­vi­sion­naire. Six ré­gi­ments de gé­nie du ni­veau bri­gades in­ter­armes sont conser­vés et deux de­viennent des Ré­gi­ments du Gé­nie d’ap­pui Di­vi­sion­naire (RGAD) : les 19e RG et 31e RG. Les ap­puis spé­cia­li­sés sont re­grou­pés au sein de quatre pôles ca­pa­ci­taires (ap­pui au dé­ploie­ment, éner­gie, fran­chis­se­ment et contre-mi­nage). Dans le cadre de cette nou­velle or­ga­ni­sa­tion, les ré­gi­ments du gé­nie des bri­gades in­ter­armes re­çoivent pour mis­sion prin­ci­pale l’ap­pui de leur bri­gade d’ap­par­te­nance. Le nombre de leurs com­pa­gnies de com­bat est por­té à quatre par créa­tion ou trans­fert. Ces ré­gi­ments de bri­gade conservent leurs com­pa­gnies de com­man­de­ment, d’ap­pui et les sec­tions af­fec­tées aux mi­lieux spé­ci­fiques.

Le 13e RG conserve, en outre, sa com­pa­gnie de contre-mi­nage et le 6e RG re­çoit une com­pa­gnie de fran­chis­se­ment trans­fé­rée du 3e RG. Ces élé­ments spé­cia­li­sés ont vo­ca­tion à ap­puyer les ré­gi­ments d’ap­pui di­vi­sion­naire ou de bri­gade en fonc­tion des be­soins opé­ra­tion­nels. Les ré­gi­ments du gé­nie di­vi­sion­naires, dont le 19e RG, re­çoivent pour mis­sion d’ap­puyer la ma­noeuvre di­vi­sion­naire ou celle des bri­gades or­ga­ni­que­ment dé­pour­vues de gé­nie (bri­gade aé­ro­mo­bile ou lo­gis­tique) ou de ren­for­cer les ré­gi­ments du gé­nie des bri­gades in­ter­armes. Ils contri­buent aux tra­vaux de créa­tion ou de pro­tec­tion d’in­fra­struc­tures par main-d’oeuvre mi­li­taire, se­lon une pla­ni­fi­ca­tion dé­ter­mi­née au ni­veau na­tio­nal. D’un point de vue struc­tu­rel, le 19e RG a trans­fé­ré sa 3e com­pa­gnie de com­bat au 13e RG à Val­da­hon et in­tègre en contre­par­tie une Com­pa­gnie d’aide au Dé­ploie­ment Opé­ra­tion­nel (CADO) en pro­ve­nance du 6e RG qui a en­core élar­gi sen­si­ble­ment son spectre ca­pa­ci­taire. Ra­pi­de­ment, cette nou­velle or­ga­ni­sa­tion connaît l’em­ploi opé­ra­tion­nel in­tense. La BSS, où toutes les prin­ci­pales com­po­santes du 19e RG (com­bat, tra­vaux lourds, ADO) ont été en­ga­gées en 2017, agit ain­si comme un ré­vé­la­teur.

Les ré­gi­ments du gé­nie di­vi­sion­naires, dont le 19e RG, re­çoivent pour mis­sion d’ap­puyer la ma­noeuvre di­vi­sion­naire ou celle des bri­gades or­ga­ni­que­ment dé­pour­vues de gé­nie (bri­gade aé­ro­mo­bile ou lo­gis­tique) ou de ren­for­cer les ré­gi­ments du gé­nie des bri­gades in­ter­armes.

DE L’HINDOU KOUCH À L’ADRAR, LA GUERRE SANS FIN DES SA­PEURS

« Ubique » («Par­tout») et « We make and we break » (« Nous construi­sons et nous dé­trui­sons ») sont les deux de­vises des sa­peurs aus­tra­liens. Elles pour­raient tout aus­si bien s'adap­ter au 19e RG, en ce qui concerne son en­ga­ge­ment dans la BSS. De­puis 2013, il dé­ploie chaque an­née ses sa­peurs d'afrique au Ma­li. L'in­ves­tis­se­ment nu­mé­rique est im­por­tant. Jus­qu'à pré­sent, 772 sa­peurs ont re­joint ce pays pour des sé­jours de du­rées va­riables. L'an­née 2017 re­pré­sente un pic d'ac­ti­vi­té, avec 248 sa­peurs du 19e RG pré­sents sur place pour un to­tal de 450 per­son­nels du gé­nie. L'en­semble des spé­cia­li­tés du ré­gi­ment étaient dé­ployées au Sa­hel. Alors que les ef­fec­tifs tendent par­tout à dé­croître, le 19e RG est dé­sor­mais l'une des rares uni­tés à bé­né­fi­cier d'une pré­sence conti­nue sur ce théâtre ma­jeur. Comment ex­pli­quer une telle conti­nui­té ?

L'écho des ac­cro­chages de la « zone verte » en val­lée de Ta­gab s'éteint à peine que la France re­lance l'ac­tion dans un nou­veau ter­ri­toire. Les sol­dats fran­çais qui pé­nètrent au Ma­li en jan­vier 2013 sont les mêmes que ceux qui ont af­fron­té les ta­li­bans. Le ter­rain change et la géo­gra­phie com­mande. L'af­gha­nis­tan était plu­tôt sy­no­nyme de com­bats dé­bar­qués et de mou­ve­ments li­mi­tés sur un ter­rain très cloi­son­né. Au Ma­li, dans un pre­mier temps, les sa­peurs en­tre­prennent de longues pro­gres­sions en vé­hi­cule, sui­vies de fouilles fruc­tueuses, par­fois bien da­van­tage qu'en Ka­pi­sa. Les af­fron­te­ments, très vio­lents au dé­but de l'opé­ra­tion «Ser­val» (2013-2014), tendent bien­tôt à se faire plus rares. Si­mul­ta­né­ment, les Groupes Ar­més Ter­ro­ristes (GAT) s'adaptent, usant de plus en plus mas­si­ve­ment des En­gins Ex­plo­sifs Im­pro­vi­sés (EEI). De­puis l'avè­ne­ment de l'opé­ra­tion « Bar­khane », les opé­ra­tions montrent un vé­ri­table «mi­nage de pro­tec­tion » à base D'EEI et d'en­gins in­dus­triels (2) (en par­ti­cu­lier dans les gorges de l'adrar des Ifo­ghas). Les GAT sont dans une lo­gique d'in­ter­dic­tion de cer­tains iti­né­raires, et non plus seu­le­ment de har­cè­le­ment. Pe­tit à pe­tit, ils font évo­luer leur mode de pro­duc­tion vers des en­gins de plus en plus so­phis­ti­qués. À cet égard, ils bé­né­fi­cient sou­vent d'un trans­fert de com­pé­tences de­puis le Moyen-orient, via la Li­bye.

L'EEI est dé­sor­mais un mode d'ac­tion pri­vi­lé­gié par les GAT, em­ployé seul ou com­bi­né avec une em­bus­cade – ce qui est no­tam­ment le cas au centre du Ma­li. Sur le ter­rain, la mis­sion des uni­tés de com­bat du gé­nie consiste à ou­vrir les iti­né­raires pour neu­tra­li­ser les EEI ou les mines. La doc­trine de lutte contre les EEI de L'OTAN s'ap­puie sur trois pi­liers, dont ce­lui de la neu­tra­li­sa­tion des en­gins (de­feat the de­vice) (3). À ces mis­sions d'ou­ver­ture s'ajoutent les opé­ra­tions de fouille opé­ra­tion­nelle, qui s'en prennent aux caches de l'en­ne­mi(4). Elles per­mettent de pri­ver l'ad­ver­saire de ses res­sources – mu­ni­tions, com­po­sants D'EEI, ap­pa­reils nu­mé­riques, cartes SIM, etc. – qui, une fois ex­ploi­tées par le la­bo­ra­toire spé­cia­li­sé (Coun­ter-ied Ex­ploi­ta­tion La­bo­ra­to­ry – CIEL), per­met­tront de neu­tra­li­ser les ré­seaux res­pon­sables des at­taques (pi­lier « At­tack the Net­work »). Les sa­peurs de com­bat re­trouvent les ré­flexes ac­quis en Af­gha­nis­tan. Ces sa­voir-faire doivent être mis en oeuvre sur un ter­ri­toire beau­coup plus vaste(5) et avec des contraintes dif­fé­rentes im­po­sées par le ter­rain. La Ka­pi­sa et la Su­ro­bi, bar­rées par les mon­tagnes de l'hindou Kouch et de faible su­per­fi­cie, pré­sen­taient des routes

Les groupes ar­més ter­ro­ristes sont dans une lo­gique d’in­ter­dic­tion de cer­tains iti­né­raires, et non plus seu­le­ment de har­cè­le­ment. Pe­tit à pe­tit, ils font évo­luer leur mode de pro­duc­tion vers des en­gins de plus en plus so­phis­ti­qués.

ré­gu­liè­re­ment em­prun­tées et peu d’iti­né­raires de «va­rian­te­ment», dé­mul­ti­pliant ain­si les ef­fets du mi­nage. Dans les grandes éten­dues dé­ser­tiques du Ma­li, les pistes pos­sibles au­tour de la trans­sa­ha­rienne sont beau­coup plus nom­breuses. Lorsque les co­lonnes de l’opé­ra­tion «Ser­val», puis de « Bar­khane », re­montent vers le nord du Ma­li, ces routes de­viennent bien plus théo­riques.

La me­nace EEI, de plus en plus pré­gnante, conduit au ren­for­ce­ment des ca­pa­ci­tés de com­bat du gé­nie en 2016-2017. D’une sec­tion pour chaque ba­taillon in­ter­armes, la «Force» est pas­sée à quatre, soit un to­tal de huit sec­tions de com­bat dé­ployées au pre­mier se­mestre. En vo­lume, c’est deux fois plus qu’en Af­gha­nis­tan au plus fort de l’en­ga­ge­ment fran­çais. Pour ré­pondre à cette exi­gence, le 19e RG, ré­gi­ment d’ap­pui de la 1re di­vi­sion, pro­jette sa 2e com­pa­gnie de com­bat sous très court pré­avis en 2017. À ces ren­forts s’est éga­le­ment ajou­té un mo­dule adap­té sur Sys­tème d’ou­ver­ture d’iti­né­raire Mi­né (SOUVIM) de la 6e com­pa­gnie du 13e RG. Il re­joint les deux équipes «drones du gé­nie» (DROGEN) dé­jà pré­sentes, com­plé­tant le pa­nel des ca­pa­ci­tés de l’arme sur

D’une sec­tion pour chaque ba­taillon in­ter­armes, la «Force» est pas­sée à quatre, soit un to­tal de huit sec­tions de com­bat dé­ployées au pre­mier se­mestre. En vo­lume, c’est deux fois plus qu’en Af­gha­nis­tan au plus fort de l’en­ga­ge­ment fran­çais.

ce théâtre. Pour la pre­mière fois, l’ar­mée fran­çaise dé­ploie en in­té­gra­li­té les maillons d’une chaîne na­tio­nale de lutte contre les EEI. Aux cô­tés des équipes de spé­cia­listes des armements, des ex­plo­sifs et des re­le­vés de po­lice scien­ti­fique (ou WIT pour Wea­pon In­tel­li­gence Teams)(6), elle em­ploie un la­bo­ra­toire de cam­pagne na­tio­nal (le CIEL) qui per­met de syn­thé­ti­ser de hauts ni­veaux d’ex­per­tise dans des do­maines va­riés : chi­mie, élec­tro­nique…

Trois ni­veaux d’ana­lyse des «in­ci­dents EEI» per­mettent l’iden­ti­fi­ca­tion des ac­teurs im­pli­qués, leur mise en re­la­tion avec un événement quel­conque et la re­cherche des modes d’ac­tion par­ti­cu­liers de l’en­ne­mi. L’adop­tion, en mars 2018, de la loi de

pro­gram­ma­tion mi­li­taire 2019-2025 ren­force les pos­si­bi­li­tés of­fertes aux la­bo­ra­toires pour pro­cé­der à des re­le­vés ADN et ali­men­ter la base de don­nées BIOPEX de la Di­rec­tion du Ren­sei­gne­ment Mi­li­taire (DRM). Ils sont au­to­ri­sés à « pro­cé­der à des opé­ra­tions de re­le­vés si­gna­lé­tiques et à des pré­lè­ve­ments bio­lo­giques, li­mi­tés aux seuls pré­lè­ve­ments sa­li­vaires, des­ti­nés à per­mettre l’ana­lyse d’iden­ti­fi­ca­tion de l’em­preinte gé­né­tique sur des per­sonnes dont il existe des rai­sons pré­cises et sé­rieuses de pen­ser qu’elles pré­sentent une me­nace pour la sé­cu­ri­té des forces ou des po­pu­la­tions ci­viles, et non plus seu­le­ment sur des per­sonnes dé­cé­dées ou cap­tu­rées (7) ». Cet as­pect de « l’at­taque des ré­seaux » est éga­le­ment un at­tri­but des ré­gi­ments di­vi­sion­naires, où se trouvent en prio­ri­té les sa­peurs af­fec­tés à ces postes très spé­ci­fiques.

AU MA­LI, L’IM­POR­TANCE DE LA SAU­VE­GARDE-PRO­TEC­TION

« Les for­ti­fi­ca­tions que d’autres au­raient mis plu­sieurs jours à construire, vous les avez bâ­ties en un seul. » C’est ain­si qu’ha­drien par­lait à ses lé­gion­naires, à Lam­bèse, dans les Au­rès (Al­gé­rie). Cette ci­ta­tion est tou­jours va­lable. Au Sa­hel, la France pré­voit de res­ter plu­sieurs an­nées(8), ce qui né­ces­site des ins­tal­la­tions adap­tées, dont la réa­li­sa­tion doit être as­su­rée très ra­pi­de­ment. La sau­ve­garde-pro­tec­tion fi­gure par­mi les priorités de la force. Face à un en­ne­mi qui cherche à frap­per de loin, en uti­li­sant très ré­gu­liè­re­ment les tirs in­di­rects – mor­tiers (9), ro­quettes, etc. –, le cloi­son­ne­ment des ins­tal­la­tions, l’édi­fi­ca­tion de pro­tec­tions ef­fi­caces au­tour des points sen­sibles d’un camp et la simple en­ceinte de ce­lui-ci doivent être réa­li­sés ra­pi­de­ment. L’ébauche de ces der­nières re­lève des Sec­tions Tra­vaux Som­maires (STS) (10), qui pra­tiquent l’ap­pui au dé­ploie­ment d’ur­gence (11). Le be­soin de s’ins­tal­ler du­ra­ble­ment est une consé­quence de la dé­ci­sion de pro­lon­ger l’opé­ra­tion « Ser­val » par « Bar­khane ».

Pour ré­pondre à cet im­pé­ra­tif, l’ar­mée de Terre mo­bi­lise ses deux Com­pa­gnies d’ap­pui au Dé­ploie­ment Lourd (CADL) du gé­nie. De­puis 2014, elles sont pré­sentes de fa­çon conti­nue au Sa­hel. Ap­par­te­nant au 19e RG, les 51e et 52e CADL in­ter­viennent dans le cadre de l’ap­pui au sta­tion­ne­ment. La réa­li­sa­tion de plates-formes stables et ré­sis­tant à un em­ploi in­ten­sif et aux dures condi­tions cli­ma­tiques (pas­sages ré­pé­tés de vé­hi­cules lourds, ac­tion très abra­sive du sable et du vent, vio­lence de la sai­son des pluies avec son cor­tège d’inon­da­tions éclair, etc.), sur les­quelles les Plates-formes Dé­sert Re­lais (PFDR) (12) de la force vont pou­voir s’éta­blir, est de leur res­sort. L’amé­lio­ra­tion et l’ex­ten­sion des dé­fenses pas­sives des em­prises fran­çaises sont aus­si de leur res­pon­sa­bi­li­té. Leurs ren­for­ce­ments et en­tre­tiens sont des en­jeux constants. L’ac­tion des CADL est com­plé­tée par le tra­vail des CADO. Plus par­ti­cu­liè­re­ment char­gées des tra­vaux d’in­fra­struc­tures, ces uni­tés, pré­sentes dans cha­cun des deux ré­gi­ments di­vi­sion­naires, par­ti­cipent di­rec­te­ment à l’amé­lio­ra­tion des condi­tions de vie des troupes dé­ployées. Cette ques­tion est cru­ciale dans la BSS où elles peuvent être ex­trêmes pour les sol­dats. La construc­tion de bun­ga­lows cli­ma­ti­sés à Gao, qui rem­pla­ce­ront avan­ta­geu­se­ment les tentes uti­li­sées jusque-là, par­ti­cipe de cette lo­gique d’ins­tal­la­tion dans la du­rée. Les évo­lu­tions de la si­tua­tion sé­cu­ri­taire

“des

Trois ni­veaux d’ana­lyse « in­ci­dents EEI » per­mettent l’iden­ti­fi­ca­tion des ac­teurs im­pli­qués, leur mise en re­la­tion avec un événement quel­conque e t la re­cherche des modes d’ac­tion par­ti­cu­liers de l’en­ne­mi.

ont éga­le­ment ame­né le com­man­de­ment fran­çais à en­vi­sa­ger un nou­veau champ d’ac­tion pour les uni­tés d’ap­pui au dé­ploie­ment. Il de­vient né­ces­saire de ren­for­cer les em­prises de l’ar­mée ma­lienne. Peu adap­tées à une dé­fense so­lide, elles sont sou­vent sou­mises aux raids des GAT. Les ca­pa­ci­tés va­riées du gé­nie en ma­tière d’or­ga­ni­sa­tion du ter­rain peuvent jouer un rôle dé­ter­mi­nant, à condi­tion que ses moyens puissent être ache­mi­nés sur les sites. Cet em­ploi in­ten­sif

Les évo­lu­tions de la si­tua­tion sé­cu­ri­taire ont ame­né le com­man­de­ment fran­çais à en­vi­sa­ger un nou­veau champ d’ac­tion pour les uni­tés d’ap­pui au dé­ploie­ment. Il de­vient né­ces­saire de ren­for­cer les em­prises de l’ar­mée ma­lienne. Peu adap­tées à une dé­fense so­lide, elles sont sou­vent sou­mises aux raids des groupes ar­més ter­ro­ristes.

pour­rait se pour­suivre, puisque la ré­orien­ta­tion en cours de l’ef­fort vers le centre du Ma­li est éga­le­ment sus­cep­tible de né­ces­si­ter la créa­tion de nou­velles PFDR, ce que seules les CADL sont ca­pables de réa­li­ser.

LA BSS : UN NOU­VEAU CREUSET POUR LE GÉ­NIE ?

L’opé­ra­tion «Bar­khane» conduit les sa­peurs à mettre en oeuvre une très large part de leur spectre ca­pa­ci­taire. Avec près de 500 sa­peurs pro­je­tés en permanence, le Sa­hel pour­rait bien de­ve­nir un nou­veau creuset pour l’arme, et met en lu­mière les atouts des ré­gi­ments di­vi­sion­naires. Leurs sa­voir-faire éten­dus per­mettent une ac­tion glo­bale sur la qua­si-to­ta­li­té des do­maines d’ac­tion du gé­nie, tout en of­frant une ca­pa­ci­té de com­man­de­ment adap­tée. Le dur­cis­se­ment de la lutte contre les EEI comme le be­soin de du­rer sur le théâtre conduisent à une sol­li­ci­ta­tion per­ma­nente de ces uni­tés, seules à re­grou­per en leur sein au­tant de

spé­cia­li­tés di­verses. Dans le contexte d’em­ploi ac­tuel de l’ar­mée de Terre, l’ef­fi­cience des sa­peurs re­pose plus que ja­mais sur le trip­tyque : for­ma­tion, qua­li­fi­ca­tion, ex­pé­rience opé­ra­tion­nelle cu­mu­lée. L’im­por­tance des en­ga­ge­ments ac­tuels des uni­tés de l’ar­mée de Terre, le re­nou­vel­le­ment im­por­tant des mi­li­taires du rang, s’ac­com­pagnent de be­soins de for­ma­tions qua­li­fiantes, par­fois longues et poin­tues, de plus en plus nom­breuses et dif­fi­ciles à mettre en oeuvre. Les com­pa­gnies et les bu­reaux opé­ra­tions et ins­truc­tions des ré­gi­ments ont par­fois de grandes dif­fi­cul­tés à conci­lier tous les im­pé­ra­tifs. C’est un pro­blème qui n’est pas spé­ci­fique au gé­nie. Mais là où un ré­gi­ment d’in­fan­te­rie peut sans doute plus fa­ci­le­ment or­ga­ni­ser une séance d’ins­truc­tion sur un jour de re­pos de l’opé­ra­tion « Sen­ti­nelle », ce­la de­vient plus com­pli­qué pour les armes d’ap­pui. Un par­cours contre-eei ne s’ins­talle pas fa­ci­le­ment au fort de Vin­cennes.

Avec le Sa­hel se pose la ques­tion de la qua­li­fi­ca­tion des sa­peurs, en par­ti­cu­lier dans la lutte contre les mines et les en­gins ex­plo­sifs im­pro­vi­sés.

Con­trai­re­ment à l’af­gha­nis­tan, le temps pas­sé à « l’en­traî­ne­ment de la force » en in­ter­armes, pre­mier pi­lier de la lutte contre les EEI, est moins im­por­tant. Avec le Sa­hel se pose aus­si la ques­tion de la qua­li­fi­ca­tion des sa­peurs, en par­ti­cu­lier dans la lutte contre les mines et les en­gins ex­plo­sifs im­pro­vi­sés. Leur neu­tra­li­sa­tion est le tra­vail des ar­ti­fi­ciers spé­cia­li­sés du gé­nie (NEDEX-EOD), qui de­meurent une den­rée rare. Deux équipes sont pro­je­tées dans la BSS, sur un ter­ri­toire très grand où les ca­pa­ci­tés de tran­sport par hé­li­co­ptère sont comp­tées. Après l’af­gha­nis­tan, la ques­tion se pose à nou­veau de dé­cen­tra­li­ser cer­taines in­ter­ven­tions en don­nant des qua­li­fi­ca­tions com­plé­men­taires aux sous-of­fi­ciers pour flui­di­fier la ma­noeuvre et ga­gner des dé­lais (com­man­de­ment no 1 pour les ser­gents afin de leur per­mettre d’in­ter­ve­nir sur cer­taines mu­ni­tions, ca­pa­ci­té de des­truc­tion D’EEI dans un cadre strict de mise en ap­pli­ca­tion). Ces dis­po­si­tions font l’ob­jet de dis­cus­sions au sein de l’arme et la re­cherche d’un équi­libre entre «au­to­no­mie» et «prise de risque» est un sou­ci constant du com­man­de­ment. La nou­velle loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire 2019-2025, cen­trée sur les hommes et le re­nou­vel­le­ment des équi­pe­ments, per­met­tra sans doute d’ap­por­ter quelques ré­ponses.

Notes

(1) Ch­ris­tophe Lafaye, « Le gé­nie ou la trans­for­ma­tion per­ma­nente (1992-2016) », Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, no 125, sep­tembre-oc­tobre 2016.

(2) Tous les sa­peurs pas­sés en bande sahélo-saharienne connaissent la PRBM 3, mine an­ti­char belge dif­fi­ci­le­ment dé­tec­table et très uti­li­sée par les groupes ar­més ter­ro­ristes. (3) Les deux autres pi­liers sont l’en­traî­ne­ment (Train the force) et la lutte contre les ré­seaux res­pon­sables de la pose des en­gins ex­plo­sifs im­pro­vi­sés.

(4) Les caches dé­cou­vertes sont di­verses : site ponc­tuel (où un trans­por­teur dé­pose un EEI qui se­ra ré­cu­pé­ré par l’uti­li­sa­teur), grosses caches lo­gis­tiques (où peuvent être en­ter­rés au mi­lieu du dé­sert plu­sieurs cen­taines de ki­los de com­po­sants)…

(5) La Ka­pi­sa a une su­per­fi­cie de 1 852 km². Elle est à mettre en pa­ral­lèle avec les 822000 km² en­vi­ron de l’aza­wad, ter­ri­toire qui cor­res­pond très gros­siè­re­ment à la moi­tié nord du Ma­li et qui consti­tuait, jus­qu’en 2017, la zone d’ac­tion prin­ci­pale de l’ar­mée fran­çaise au Ma­li. (6) WIT, équipes de quatre per­sonnes char­gées du re­cueil, de la pré­ser­va­tion et de la pri­mo-ana­lyse de tout in­dice ou de tout élé­ment D’EEI, après une at­taque ou sur un site fouillé.

(7) Ar­ticle 23 du pro­jet de loi de pro­gram­ma­tion mi­li­taire 2019-2025. Cette dis­po­si­tion sou­haite ren­for­cer la sé­cu­ri­té des forces armées sur les théâtres ex­té­rieurs ain­si que celle des po­pu­la­tions, amé­lio­rer la lutte contre la me­nace et ai­der à la dé­ci­sion. Il est pré­ci­sé que cette me­sure contri­bue­ra à fa­ci­li­ter l’ap­pli­ca­tion par les armées du prin­cipe de dis­tinc­tion, pré­vu par le droit in­ter­na­tio­nal hu­ma­ni­taire.

(8) Le 15 no­vembre 2017 dans Le Monde, le gé­né­ral Bruno Guibert, com­man­dant la Force in­te­rar­mées Bar­khane, pré­ci­sait que la France al­lait pas­ser à une « mis­sion de contrôle de zone dans la du­rée ».

(9) En 2017, les GAT ont mon­tré une réelle maî­trise de l’usage des mor­tiers, fai­sant preuve d’une pré­ci­sion re­dou­table.

(10) Pré­sentes dans cha­cune des com­pa­gnies d’ap­pui de tous les ré­gi­ments du gé­nie.

(11) Elles peuvent aus­si ap­puyer di­rec­te­ment un GTIA en opé­ra­tion, en créant de pe­tites en­ceintes tem­po­raires par des le­vées de terre. Elles uti­lisent alors leurs moyens les plus lé­gers.

(12) Plates-formes dé­sert re­lais : équi­valent des FOB d’af­gha­nis­tan, ce sont les grandes bases fran­çaises éta­blies au Ma­li.

Les sa­peurs réa­lisent un four­neau de des­truc­tion de mu­ni­tions en 2014. (© 19e RG)

Les sa­peurs cherchent des caches au Ma­li, en 2014. (© 19e RG)

Rem­plis­sage des bas­tion walls uti­li­sés en force pro­tec­tion. (© 19e RG)

Le dra­peau du 19e RG dé­co­ré de la Croix de la Va­leur mi­li­taire pour son en­ga­ge­ment en bande sahélo-saharienne. (© 19e RG)

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.