CORBETT ET LA MAέTRISE DE LA MER

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Jo­seph HEN­RO­TIN

Ju­lian S. Corbett (1854-1922) reste, avec Ma­han et Cas­tex (qui a fait pu­blier sa pre­mière tra­duc­tion fran­çaise), l’une des grandes fi­gures de la stra­té­gie ma­ri­time. Mais, comme sou­vent, ses théo­ries sont mé­con­nues. Celles ré­su­mées dans Some Prin­ciples of Ma­ri­time Stra­te­gy conservent ce­pen­dant une réelle per­ti­nence (1).

Que doit être le but de la mise en place, si longue et si coû­teuse, d’une ma­rine de guerre et quel est, chez Corbett, le but de la guerre na­vale? La ré­ponse est simple : ce n’est pas tant le com­bat vi­sant à dé­faire une flotte que la re­cherche de la maî­trise des com­mu­ni­ca­tions ma­ri­times (SLOC – Sea Lines Of Com­mu­ni­ca­tions), im­pé­ra­tif ca­té­go­rique qui tra­verse toute son oeuvre. Une fois sé­cu­ri­sées, ce sont ces lignes de com­mu­ni­ca­tion ma­ri­times qui donnent à la mer son rôle de mé­dium, dans le tran­sport des ri­chesses comme dans ce­lui des forces. Corbett n’était tou­te­fois pas le pre­mier à mettre en évi­dence les SLOC, même s’il l’a fait avec brio. John Co­lomb, qu’il a connu, avait pu­blié en 1867 The Pro­tec­tion of our Com­merce and Dis­tri­bu­tion of our Na­val Forces Con­si­de­red (2), où les SLOC sont mises en évi­dence au long des cent pages de l’ou­vrage, tout comme la né­ces­si­té de la pro­tec­tion des bases d’opé­ra­tions (les ports) ou en­core le lien entre pro­tec­tion des SLOC et di­plo­ma­tie.

En réa­li­té, ce que pro­pose très tôt Corbett est une théo­rie de la maî­trise des flux. Vaste éten­due d’eau, la mer ne donne pas per se un avan­tage mi­li­taire ou stra­té­gique et, au­de­là des eaux ter­ri­to­riales, elle n’ap­par­tient à per­sonne. Cet avan­tage pro­cu­ré par les mers n’in­ter­vient que lors­qu’il est ex­ploi­té. De fait, seules les grandes routes de com­mu­ni­ca­tion sont uti­li­sées : les na­vires na­viguent au plus court. Dans pa­reil cadre, l’ob­jet de la stra­té­gie ma­ri­time, pour Corbett, est fon­da­men­ta­le­ment le com­mand of the sea, la maî­trise de la mer, soit « rien moins que le contrôle des com­mu­ni­ca­tions, que ce soit pour des usages com­mer­ciaux ou mi­li­taires (3) ». C’est l’ap­ti­tude à en­tre­te­nir les flux, à faire en sorte qu’ils « coulent » li­bre­ment, qui do­mine la ré­flexion du Bri­tan­nique. Il ne peut donc être ques­tion d’une do­mi­na­tion des mers. Elles sont tel­le­ment im­menses qu’une oc­cu­pa­tion, au sens clas­sique, se­rait coû­teuse, sans avoir de sens d’un point de vue stra­té­gique ou com­mer­cial.

La na­ture des SLOC n’est pas uni­que­ment com­mer­ciale : elle est aus­si mi­li­taire et Corbett de rap­pe­ler que si les lignes de com­mu­ni­ca­tion des ar­mées de terre leur sont propres, les lignes de com­mu­ni­ca­tion des ma­rines sont, es­sen­tiel­le­ment, par­ta­gées. Au-de­là, il dis­tingue plu­sieurs types de SLOC. Pre­miè­re­ment, les lignes d’opé­ra­tions, qui partent des ports mi­li­taires vers les zones d’opé­ra­tions des forces – qu’elles soient d’ailleurs ter­restres ou na­vales. Deuxiè­me­ment, les lignes de com­mu­ni­ca­tion, di­vi­sées en trois types :

• les lignes d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, qui partent du port-base vers les forces en opé­ra­tion ;

L’ob­jet de la stra­té­gie ma­ri­time, pour Corbett, est fon­da­men­ta­le­ment le com­mand of the sea, la maî­trise de la mer, soit « rien moins que le contrôle des com­mu­ni­ca­tions, que ce soit pour des usages com­mer­ciaux ou mi­li­taires ».

• les lignes de com­mu­ni­ca­tion la­té­rales, par les­quelles dif­fé­rentes forces en­ga­gées sur un théâtre peuvent com­mu­ni­quer entre elles ;

• les lignes de re­traite, qui per­mettent de re­ve­nir au port-base.

CORBETT ET LA STRA­TÉ­GIE MA­RI­TIME : LE COM­MAND OF THE SEA

La ré­flexion de Corbett en ma­tière de com­mand of the sea n’est pas or­phe­line. C’est de Phi­lip Co­lomb qu’il semble l’avoir ti­rée : là où Ma­han va pré­co­ni­ser la do­mi­na­tion, Corbett lui pré­fère le contrôle, moins «cer­tain», y com­pris sous con­trainte ad­verse(4). La stra­té­gie na­vale ap­pa­raît ain­si comme une mé­thode per­met­tant, si be­soin est, de ma­ni­fes­ter en temps vou­lu cette « maî­trise » de la mer. Pour Corbett, en ef­fet, « la maî­trise de la mer n’existe qu’en temps de guerre. Si nous di­sons que nous maî­tri­sons la mer en temps de paix, ce n’est qu’une ex­pres­sion rhé­to­rique si­gni­fiant que nous avons des po­si­tions na­vales et une flotte sus­cep­tible d’exer­cer la maî­trise des mers en temps de guerre (5) ». Der­rière la pré­ci­sion, on com­prend que les stra­té­gies ma­ri­time et na­vale se dé­cident en temps de paix, pé­riode qui a pour fonc­tion de per­mettre un po­si­tion­ne­ment adé­quat des forces.

Sur­tout, le com­mand of the sea ap­pa­raît comme re­la­tif. Dis­pu­té, il ne peut ja­mais être ab­so­lu. C’est face à une op­po­si­tion dé­cla­rée que l’on voit ce qu’il en est exac­te­ment de la maî­trise des mers : même un pe­tit groupe de pi­rates se po­si­tion­nant sur une SLOC ne fait que dis­pu­ter aux grandes ma­rines la maî­trise

C’est face à une op­po­si­tion dé­cla­rée que l’on voit ce qu’il en est exac­te­ment de la maî­trise des mers : même un pe­tit groupe de pi­rates se po­si­tion­nant sur une SLOC ne fait que dis­pu­ter aux grandes ma­rines la maî­trise de la mer.

de la mer. Corbett pré­cise ain­si dans le Green Pam­phlet :« Avoir la maî­trise de la mer ne si­gni­fie pas que l’en­ne­mi ne peut ab­so­lu­ment rien faire, mais qu’il ne peut en­tra­ver sé­rieu­se­ment les en­tre­prises par les­quelles nous cher­chons à at­teindre l’ob­jet de la guerre et à lui im­po­ser notre vo­lon­té. (6) »

Chez Ju­lian Corbett, la maî­trise de la mer dé­pend des es­pé­rances de gain et de ce que les bel­li­gé­rants sont prêts à perdre pour ob­te­nir ce gain. La mer et sa maî­trise sont ob­jets de com­pé­ti­tion et s’il faut at­teindre par ses propres ef­forts le com­mand of the sea, il faut aus­si em­pê­cher que d’autres ne l’ob­tiennent. L’ac­tion se si­tue donc entre stra­té­gie po­si­tive (prendre le contrôle) et stra­té­gie né­ga­tive (pré­ve­nir une émer­gence). Au-de­là, la « dis­pute » n’est donc pas né­ces­sai­re­ment le com­bat. Elle peut sim­ple­ment ren­voyer à la ri­va­li­té entre des ma­rines en­ga­gées dans des confron­ta­tions sym­bo­liques : fruit des po­li­tiques na­tio­nales, les stra­té­gies ma­ri­times adoptent éga­le­ment les ins­tru­ments de la po­li­tique, comme le montre le concept de « di­plo­ma­tie na­vale ».

Corbett dis­tingue plu­sieurs formes de maî­trise :

• la maî­trise « gé­né­rale », « lorsque l’en­ne­mi n’est plus en me­sure d’agir dan­ge­reu­se­ment (7) ». Corbett pré­cise que cette condi­tion est réa­li­sée lorsque l’en­ne­mi n’est plus ca­pable d’en­voyer d’es­cadre en mer ;

• la maî­trise « lo­cale » lorsque la flotte amie peut em­pê­cher l’en­ne­mi de la per­tur­ber sur un ou plu­sieurs théâtres d’opé­ra­tions. Pour l’au­teur, cette maî­trise peut suf­fire pour me­ner des opé­ra­tions outre-mer – dont la phy­sio­no­mie dé­pend évi­dem­ment du théâtre consi­dé­ré ;

• ces deux formes de maî­trise peuvent à leur tour être tem­po­raires (si l’en­ne­mi peut dis­pu­ter à nou­veau la maî­trise de la mer) ou per­ma­nentes (s’il ne le peut plus).plus lar­ge­ment, cette va­leur de la maî­trise de la mer est réel­le­ment au coeur des ques­tions de stra­té­gie ma­ri­time ou de stra­té­gie na­vale contem­po­raines. La très grande ma­jo­ri­té des doc­trines na­vales mettent ain­si en évi­dence la né­ces­si­té de conser­ver ou­vertes les lignes de com­mu­ni­ca­tion afin de pou­voir les uti­li­ser. De même, l’es­sor de bon nombre de ma­rines, du point de vue de leur struc­ture de force ou en­core du dé­ve­lop­pe­ment de leurs bases et de leurs points d’ap­pui na­vals, est com­man­dé et lé­gi­ti­mé par la né­ces­si­té de contrô­ler les SLOC – même si ces doc­trines ne font pas ex­pres­sé­ment ré­fé­rence à Corbett (8). De fait, ce der­nier a sim­ple­ment poin­té du doigt ce qui s’ap­pa­rente à une constante his­to­rique – et peut-être même à une vé­ri­table loi.

METTRE EN OEUVRE LE COM­MAND OF THE SEA : LE SÉ­CU­RI­SER

Chez Ma­han, une ma­rine doit ob­te­nir le com­mand of the sea com­pris comme la maî­trise in­té­grale de la mer. Face à son ad­ver­saire, elle doit l’écra­ser en une ba­taille dé­ci­sive et ne doit pas hé­si­ter à se mon­trer of­fen­sive. Une fois l’ad­ver­saire anéan­ti – au sens pre­mier –, le com­mand of the sea au­to­rise la

plus grande des li­ber­tés d’ac­tion, par exemple par un blo­cus ou en­core un dé­bar­que­ment. De la sorte, la puis­sance na­vale de­vient le pi­vot de la puis­sance de l’état et la seule dis­po­si­tion d’une ma­rine puis­sante pour­rait, tou­jours se­lon Ma­han, être de na­ture à em­por­ter une guerre. Com­pa­ra­ti­ve­ment, Corbett s’op­pose à une mo­bi­li­sa­tion sys­té­ma­tique de la ba­taille dé­ci­sive, pour une sé­rie de rai­sons :

• la ba­taille dé­ci­sive n’obère pas la né­ces­si­té de pro­té­ger le com­merce et les SLOC, quel que soit le ré­sul­tat de la ba­taille. En ef­fet, la concen­tra­tion des forces – ca­rac­té­ris­tique de la guerre dé­ci­sive sue le plan ter­restre – est pro­blé­ma­tique en guerre na­vale. Corbett prend ici comme exemple les guerres an­glo-hol­lan­daises. Or les res­sources en bâ­ti­ments sont li­mi­tées. Dès lors, la concen­tra­tion de l’en­semble des moyens per­met­tant de s’as­su­rer dé­fi­ni­ti­ve­ment de la vic­toire ne peut être réa­li­sée ;

• la ba­taille dé­ci­sive im­plique de perdre la ma­jo­ri­té de ses propres forces en cas d’échec. Même si une telle ba­taille dé­bouche sur une vic­toire, des pertes im­por­tantes se­ront pro­bables, ce qui af­fai­bli­ra le vain­queur, qui peut alors être mis en dan­ger par un ad­ver­saire émergent et en­ten­dant ti­rer par­ti de la si­tua­tion ;

• la ba­taille dé­ci­sive n’est pas né­ces­sai­re­ment aus­si fa­ci­le­ment réa­li­sable en mer que sur terre. Corbett consacre ain­si six pages de Some Prin­ciples à ex­pli­quer que si la ba­taille dé­ci­sive est fa­ci­li­tée en guerre ter­restre, les ar­mées se cher­chant les unes les autres, en guerre na­vale, les dis­tances concernées, la mo­bi­li­té des ac­teurs et la na­ture de l’en­vi­ron­ne­ment sont tout autres ;

• il y a éga­le­ment une ques­tion mé­tho­do­lo­gique. La sé­cu­ri­sa­tion des lignes de com­mu­ni­ca­tion est un ob­jec­tif de na­ture stra­té­gique. Or, l’ob­ten­tion d’une ba­taille dé­ci­sive est un ob­jec­tif de na­ture opé­ra­tive : les ni­veaux aux­quels ces ob­jec­tifs sont iden­ti­fiés ne sont pas les mêmes. De fac­to, une ba­taille dé­ci­sive ne donne pas en soi et au­to­ma­ti­que­ment la maî­trise de la mer vue en tant qu’ap­ti­tude à maî­tri­ser les flux.

Corbett ne re­fuse pas to­ta­le­ment la ba­taille dé­ci­sive, mais cherche plu­tôt à la re­ca­drer : c’est un moyen et non une fin en soi. Dans son op­tique, il s’agit de conser­ver et de ren­for­cer la do­mi­na­tion bri­tan­nique des mers et donc de dis­po­ser d’un réel sea­po­wer (9). La ques­tion est alors de com­prendre com­ment il en­tend ob­te­nir la maî­trise de la mer, qui condi­tionne

“de

L’es­sor de bon nombre ma­rines, du point de vue de leur struc­ture de force ou en­core du dé­ve­lop­pe­ment de leurs bases et de leurs points d’ap­pui na­vals, est com­man­dé et lé­gi­tim é par la né­ces­si­té de contrô­ler les SLOC.

le sea­po­wer. L’état, pose Corbett, doit dis­po­ser d’une flotte mi­li­taire en pro­por­tion de son com­merce ma­ri­time : « Plus grand est le vo­lume du com­merce, plus grande doit être la force dé­vo­lue à sa pro­tec­tion. (10) » L’uti­li­sa­tion de cette flotte doit re­po­ser se­lon lui sur deux ca­té­go­ries de prin­cipes : sé­cu­ri­ser et dis­pu­ter.la sé­cu­ri­sa­tion re­pose certes sur la ba­taille dé­ci­sive, mais, face à un ad­ver­saire émergent, Corbett lui pré­fère le blo­cus rap­pro­ché, au moins dans un pre­mier temps : l’ad­ver­saire res­tant au port ne peut dis­pu­ter la maî­trise des mers. Les forces ad­verses sont aus­si plus vul­né­rables face à un bom­bar­de­ment na­val. De même, ce type de blo­cus ne né­ces­site pas de mo­bi­li­ser des forces im­por­tantes. Reste que Corbett en­vi­sage éga­le­ment, se fon­dant sur l’ex­pé­rience de Nel­son à Tou­lon, le blo­cus ou­vert, large, qui per­met à l’ad­ver­saire de sor­tir de son port afin de pou­voir li­vrer ba­taille. Cen­tré sur l’ob­ser­va­tion d’un port, il per­met de mieux te­nir dans le temps, en ne sou­met­tant pas les forces à des frappes is­sues de la côte, tout en fa­ci­li­tant les opé­ra­tions de re­lais entre les dif­fé­rents bâ­ti­ments. Cette vi­sion conserve, avec l’em­ploi des sous-ma­rins mo­dernes, une per­ti­nence cer­taine.

Corbett ne sous-es­time pas les pro­blèmes in­duits par le blo­cus rap­pro­ché. L’em­ploi de tor­pilleurs et de sous-ma­rins per­met en ef­fet à l’en­ne­mi de for­cer les blo­cus – un pro­blème qui doit, se­lon lui, être ré­so­lu par l’éta­ge­ment de plu­sieurs ca­té­go­ries de moyens (contre-tor­pilleurs, croi­seurs ra­pides). Cette dif­fi­cul­té, dé­jà bien réelle à son époque, reste très ac­tuelle, les tech­no­lo­gies en ma­tière de mi­nage et de mis­si­le­rie fa­vo­ri­sant l’in­ter­dic­tion de zone et le dé­ni d’ac­cès. On no­te­ra que, comme à l’époque de Corbett, on en­vi­sage tou­jours l’éta­ge­ment de moyens dif­fé­ren­ciés afin de li­mi­ter les ef­fets d’un contre-blo­cus(11).

Le Bri­tan­nique se pose éga­le­ment la ques­tion de l’ef­fec­ti­vi­té du blo­cus com­mer­cial – il est vrai en des termes qui semblent moins per­ti­nents, puis­qu’il évoque un blo­cus qui ne vi­se­rait que les flottes de com­merce. Dans un pre­mier temps, il consi­dère que la guerre de com­merce est fu­tile : la re­cherche et la des­truc­tion des na­vires mar­chands ad­verses en haute mer sont consom­ma­trices de temps au­tant que de moyens, pour des ré­sul­tats in fine li­mi­tés(12). Res­tant co­hé­rent avec sa vi­sion, il n’ap­prou­ve­ra pas le sys­tème des convois avant la Pre­mière Guerre mon­diale. En re­vanche, dans Some prin­ciples of Ma­ri­time Stra­te­gy, sa

vi­sion évo­lue et il se montre en fa­veur d’une guerre contre le com­merce cen­trée sur le blo­cus. Il est alors sans ap­pel : « En fer­mant [les] ports com­mer­ciaux [de l’en­ne­mi], nous exer­çons le plus grand pou­voir que la maî­trise de la mer peut nous don­ner. Nous étran­glons le flux de son ac­ti­vi­té na­tio­nale en mer de la même ma­nière que l’oc­cu­pa­tion mi­li­taire de son ter­ri­toire l’étrangle au sol. (13) » Il s’agit alors de s’en prendre di­rec­te­ment à la pros­pé­ri­té de l’ad­ver­saire, Corbett mon­trant que la maî­trise de la stra­té­gie ma­ri­time est de na­ture à cau­ser des dom­mages ma­jeurs à l’éco­no­mie de l’en­ne­mi. Ce fai­sant, dans les condi­tions de son époque, c’est une vé­ri­table vi­sion sys­té­mique de l’at­taque qu’il pro­pose (14).

METTRE EN OEUVRE LE COM­MAND OF THE SEA : LE DIS­PU­TER

Dans l’op­tique de Corbett, la dis­pute de la maî­trise de la mer est plus im­por­tante que sa sé­cu­ri­sa­tion. La vi­sion cor­bé­tienne est donc dy­na­mique. Elle im­plique plu­sieurs mo­da­li­tés, la plus im­por­tante pour lui étant le concept de « flotte en vie » (fleet in being), une ter­mi­no­lo­gie qui au­rait été uti­li­sée pour la pre­mière fois par le comte de Tor­ring­ton. Confron­té à une flotte fran­çaise su­pé­rieure en 1690, il au­rait pré­co­ni­sé une at­ti­tude dé­fen­sive, vi­sant à conser­ver la flotte an­glo-hol­lan­daise «en vie », en la po­si­tion­nant dans la Ta­mise et en at­ten­dant une po­si­tion fa­vo­rable. In fine, ayant re­çu l’ordre d’at­ta­quer, sa flotte su­bi­ra de sé­vères pertes dans la ba­taille du cap Bé­ve­ziers, avant qu’il ne se re­tire ef­fec­ti­ve­ment dans la Ta­mise – sans être pour­sui­vi par Tour­ville.

L’ac­cep­tion que pro­pose Corbett de ce concept re­pose sur une trans­po­si­tion de la fleet in being d’un plan tac­tique à un plan stra­té­gique. Pour le Bri­tan­nique, dis­po­ser d’une flotte opé­ra­tion­nelle est une me­sure dé­fen­sive en soi. La flotte en vie n’est pas pour au­tant au port, in­ac­tive. Lors­qu’elle n’est pas en­ga­gée en opé­ra­tion, elle s’en­traîne et na­vigue, y com­pris dans des zones sûres. De même, cette flotte n’est pas né­ces­sai­re­ment concen­trée : elle peut être ré­par­tie sur dif­fé­rentes bases, sa­chant que son ap­ti­tude à être «en vie» ré­side éga­le­ment dans sa ca­pa­ci­té à se concen­trer en cas de be­soin. Une fois de plus, le main­tien des lignes de com­mu­ni­ca­tion ap­pa­raît comme es­sen­tiel. Dans la vi­sion de Corbett, cet an­crage dé­fen­sif est ga­rant de la conser­va­tion d’une li­ber­té d’ac­tion et donc d’une pos­si­bi­li­té ul­té­rieure d’of­fen­sive, au mo­ment le plus op­por­tun, ou en­core d’opé­ra­tions li­mi­tées.

C’est à ce point de son rai­son­ne­ment qu’in­ter­vient le deuxième as­pect de la dis­pute pour le com­mand of the sea : la pos­si­bi­li­té de me­ner des ac­tions of­fen­sives mi­neures au moyen de cette flotte « en vie ». Qu’il s’agisse de re­pous­ser un dé­bar­que­ment, de pré­ser­ver les lignes de com­mu­ni­ca­tion ou en­core de pro­fi­ter d’une op­por­tu­ni­té, le but pour­sui­vi est d’ob­te­nir le maxi­mum de gains pour un mi­ni­mum de risques. Corbett semble moins as­ser­tif à pro­pos de la per­ti­nence de ces at­taques, du fait de la dif­fi­cul­té à lo­ca­li­ser des forces ad­verses. C’est une pré­oc­cu­pa­tion qui reste, là aus­si, très ac­tuelle –, et ce en dé­pit de pro­grès tech­no­lo­giques in­ima­gi­nables à l’époque de l’au­teur. Plus gé­né­ra­le­ment, au­tant Corbett tient à sa vi­sion de la fleet in being, au­tant il pa­raît moins sûr de la per­ti­nence de son cou­plage avec les at­taques mi­neures. De fait, la mise à dis­po­si­tion de tor­pilles, « la va­leur

Comme à l’époque de Corbett, on en­vi­sage tou­jours l’éta­ge­ment de moyens dif­fé­ren­ciés afin de li­mi­ter les ef­fets d’un contre-blo­cus.

non (en­core) prou­vée du sous-ma­rin (15) » sont au­tant de fac­teurs qui fa­vo­ri­se­raient l’at­taque, mais qui rendent dif­fi­cile pour lui une ap­pré­cia­tion plus large de ce que se­rait une guerre na­vale fu­ture.

Corbett, de ce point de vue, voit juste, même s’il ne pour­suit pas sa ré­flexion plus avant. Comme nombre de cher­cheurs après lui, il s’in­ter­roge – certes de fa­çon in­di­recte – sur les po­la­ri­tés of­fen­sive et dé­fen­sive des struc­tures de force dans leur re­la­tion à leurs ef­fets tac­tiques/opé­ra­tifs. Les at­taques sur Mers el-ké­bir en 1940, Ta­rente la même an­née puis Pearl Har­bor en 1941 mon­tre­ront ain­si que les ports peuvent éga­le­ment consti­tuer des pièges. Au de­meu­rant, l’ac­cep­tion que Corbett donne à la fleet in being est ou­verte : il est ques­tion de pos­ture plus que de lo­ca­li­sa­tion. Reste que si les at­taques mi­neures sont à consi­dé­rer comme la pos­si­bi­li­té d’im­po­ser à l’ad­ver­saire une at­tri­tion de sa flotte, elles peuvent aus­si être le pro­logue d’une ac­tion dé­ci­sive.

METTRE EN OEUVRE LE COM­MAND OF THE SEA : L’EXER­CER

Dans la lo­gique pro­po­sée par Corbett, la tâche d’une ma­rine n’est pas uni­que­ment de sé­cu­ri­ser ou de dis­pu­ter la maî­trise de la mer. Elle est éga­le­ment d’exer­cer cette maî­trise, ce qui re­vient pour lui à ne pas se fo­ca­li­ser sur la flotte de ba­taille en­ne­mie, mais plu­tôt à uti­li­ser les lignes de com­mu­ni­ca­tion, soit au pro­fit de la flotte amie, soit en cher­chant à in­ter­dire à l’en­ne­mi cet usage. Pour Corbett, cette ca­té­go­ri­sa­tion d’usage de la mer passe par trois modes d’ac­tion. Le pre­mier est la dé­fense contre les in­va­sions, à la­quelle il consacre de longs dé­ve­lop­pe­ments ti­rés de l’his­toire bri­tan­nique. Ses tra­vaux per­mettent d’éclai­rer les dé­bats plus contem­po­rains au­tour des opé­ra­tions An­ti-ac­cess/area De­nial (A2/AD). En fait, ce­lui concer­nant la na­ture de ces dis­po­si­tifs et la ma­nière de les contour­ner est abu­si­ve­ment consi­dé­ré comme « nou­veau » : non seule­ment ses fon­de­ments sont théo­ri­sés par Corbett, mais, de plus, il a connu plu­sieurs ité­ra­tions de­puis lors qui font ré­fé­rence à lui (16) – à com­men­cer par les avan­cées réa­li­sées par l’ana­lyste amé­ri­cain Ber­nard Bro­die (17).

Le deuxième mode d’exer­cice de la maî­trise de la mer pour Corbett est la dé­fense et l’at­taque des flux com­mer­ciaux. Du point de vue de l’at­taque, la forme su­pé­rieure consiste à s’em­pa­rer des ports ad­verses, mais l’opé­ra­tion est com­plexe, né­ces­si­tant un blo­cus rap­pro­ché. Aus­si tend-il à pré­fé­rer les at­taques en haute mer, dites «pé­la­giques». Si elles im­pliquent de dé­fendre ou d’at­ta­quer le com­merce au large, la tâche est sim­pli­fiée du fait du pas­sage par des lignes de com­mu­ni­ca­tion connues, mais aus­si à tra­vers ce qu’il qua­li­fie de «points fo­caux», plus fa­ciles à contrô­ler, tels que des dé­troits (on par­le­rait au­jourd’hui de choke points). Dans la conduite des ac­tions contre le com­merce, aus­si bien en at­taque qu’en dé­fense, la mo­bi­li­té des na­vires est leur prin­ci­pal avan­tage ; plu­tôt que de res­ter sta­tique, il faut cher­cher à se dé­ro­ber sur l’im­men­si­té de la sur­face des mers. Cette re­com­man­da­tion, même à l’ère des ra­dars tri­di­men­sion­nels mul­ti­fonc­tions à face plane et des hé­li­co­ptères em­bar­qués, de­meure fon­da­men­ta­le­ment va­lable.

En­fin, troi­siè­me­ment, les ma­rines doivent pou­voir être en­ga­gées dans des mis­sions of­fen­sives, dé­fen­sives ou de sou­tien des opé­ra­tions ter­restres. Pour Corbett, ces ca­té­go­ries ren­voient aux prin­cipes gui­dant l’at­taque et la dé­fense du com­merce et, plus gé­né­ra­le­ment, à la ques­tion des lignes de com­mu­ni­ca­tion et de leur contrôle. Dans cette op­tique, il ne li­mite pas le rôle des ma­rines à la seule es­corte des forces am­phi­bies. Il in­siste aus­si sur l’im­por­tance de blo­quer les ports d’où pour­raient sor­tir des forces vi­sant les na­vires de tran­sport ou sur la né­ces­si­té de sou­te­nir des forces dé­bar­quées.

Pour Corbett, opé­ra­tions na­vales et ter­restres sont mu­tuel­le­ment dé­pen­dantes, en même temps que la maî­trise de la mer et la maî­trise des ri­vages sont in­ti­me­ment liées. Outre qu’il ne fait pas la dis­tinc­tion entre haute mer et ri­vage, le na­va­liste est na­tu­rel­le­ment par­ti­san d’un haut de­gré de coo­pé­ra­tion entre

La dis­pute de la maî­trise de la mer est plus im­por­tante que sa sé­cu­ri­sa­tion. La vi­sion cor­bé­tienne est donc dy­na­mique. Elle im­plique plu­sieurs mo­da­li­tés, la plus im­por­tante pour lui étant le concept de « flotte en vie » ( fleet in being).

forces ter­restres et na­vales. Mais pla­ni­fier une opé­ra­tion am­phi­bie est d’au­tant plus com­pli­qué que des ten­dances op­po­sées animent la ma­rine et l’ar­mée de terre. L’ar­mée vou­dra se rap­pro­cher de l’ob­jec­tif qui lui a été as­si­gné et cher­che­ra une po­si­tion de dé­bar­que­ment moins dé­fen­due. L’in­té­rêt de la ma­rine est in­verse : s’éloi­gner le plus pos­sible de toute source de nui­sance. Pour Corbett, le consen­sus ne se­rait alors ob­te­nu que par une pla­ni­fi­ca­tion me­née par un état-ma­jor conjoint et qui per­met­trait de dé­fi­nir une po­si­tion idéale aus­si bien pour les forces na­vales que pour les forces ter­restres. On com­prend son ad­mi­ra­tion pour William Pitt, « un vrai mi­nistre de la guerre » co­or­don­nant de ma­nière par­faite les as­pects ter­restres, na­vals et di­plo­ma­tiques du­rant la guerre de Sept Ans. Ce «sys­tème Pitt», tout en flexi­bi­li­té, est à bien des égards re­dé­cou­vert et théo­ri­sé par Corbett.

Pour cor­rec­te­ment concep­tua­li­sés et cloi­son­nés qu’ils soient, la sé­cu­ri­sa­tion, la dis­pute et l’exer­cice du com­mand of the sea ont ce­pen­dant une autre forme une fois qu’ils sont ap­pli­qués. Les ma­rins le savent, une opé­ra­tion peut vi­ser dif­fé­rents buts, dis­tincts mais conco­mi­tants dans leur conduite : un dé­ploie­ment peut per­mettre de s’en­traî­ner, de me­ner des ac­tions de di­plo­ma­tie na­vale, de sé­cu­ri­ser des cor­ri­dors de na­vi­ga­tion. Corbett est un ju­riste : il aime dis­tin­guer les ac­tions sur le plan théo­rique, mais c’est aus­si un prag­ma­tique qui ne pri­vi­lé­gie au­cune op­tion en par­ti­cu­lier. La guerre, nous in­dique-t-il, « est la somme com­plexe de fac­teurs na­vals, mi­li­taires, po­li­tiques, fi­nan­ciers et mo­raux, sa concré­ti­sa­tion [pou­vant] ra­re­ment of­frir à un état-ma­jor na­val une ta­bu­la ra­sa sur la­quelle les pro­blèmes stra­té­giques peuvent être ré­so­lus par des syl­lo­gismes bien tour­nés (18) ». Notes

(1) Cet ar­ticle est par­tiel­le­ment is­su de Jo­seph Hen­ro­tin, Ju­lian Corbett, Ar­gos, Pa­ris, 2013.

(2) John Co­lomb, The Pro­tec­tion of our Com­merce and Dis­tri­bu­tion of our Na­val Forces Con­si­de­red, Har­ri­son, Londres, 1867.

(3) Ju­lian Corbett, Some Prin­ciples of Ma­ri­time Stra­te­gy, Long­mans, Green and Co., Londres, 1911, p. 94.

(4) Voir no­tam­ment Phi­lip Co­lomb, Na­val War­fare, its Ru­ling Prin­ciples and Prac­tice His­to­ri­cal­ly Trea­ted, W. H. Al­len, Londres, 1895. (5) Ju­lian Corbett, Green Pam­phlet, tra­duc­tion de C. Ter Ser­kes­sian in Gé­rard Cha­liand, An­tho­lo­gie mon­diale de la stra­té­gie. Des ori­gines à nos jours, coll. « Bou­quins », Ro­bert Laf­font, Pa­ris, 1990, p. 1056.

(6) Ju­lian Corbett, Green Pam­phlet, op. cit.

(7) Ibid., p. 1057.

(8) La der­nière ver­sion de la doc­trine bri­tan­nique en fait tou­te­fois men­tion.

(9) Corbett n’uti­lise par ce terme en tant que tel : il uti­lise (p. 274) ce­lui de Sea Po­wer, soit l’état en tant que puis­sance ma­ri­time et non le terme contem­po­rain de sea­po­wer.

(10) Ju­lian Corbett, Some Prin­ciples of Ma­ri­time Stra­te­gy, op. cit., p. 274.

(11) C’est tout l’en­jeu des concep­tions de type Air­sea Bat­tle, com­bi­nant des frappes aé­riennes et na­vales contre les bat­te­ries cô­tières, les bases na­vales et aé­riennes ad­verses de même que les sous-ma­rins.

(12) La pra­tique de la guerre sous-ma­rine amé­ri­caine dans le Pa­ci­fique du­rant la Deuxième Guerre mon­diale montre tou­te­fois que le point de vue de Corbett peut être contre­dit. (13) Ju­lian Corbett, Some Prin­ciples of Ma­ri­time Stra­te­gy, op. cit., p. 185.

(14) S’il ne porte pas son rai­son­ne­ment plus avant, on ne peut s’em­pê­cher de voir une proxi­mi­té de sa vi­sion avec les concep­tions qui se­ront dé­ve­lop­pées plus tard en stra­té­gie aé­rienne (en par­ti­cu­lier à par­tir de William Sher­man) ou en­core par l’école russe de l’art opé­ra­tif (en par­ti­cu­lier la concep­tion de l’udar en tant que choc sys­té­mique).

(15) Pour nombre de com­men­ta­teurs, cette phrase ten­drait à prou­ver qu’il sous-es­ti­mait le sous-ma­rin, dont l’usage était en­core em­bryon­naire en 1910-1911. Re­pla­cée dans son contexte, elle dé­mon­tre­rait plu­tôt une at­ti­tude ag­nos­tique, cu­rieuse, mais at­ten­dant une preuve. Ju­lian Corbett, Some Prin­ciples of Ma­ri­time Stra­te­gy, op. cit., p. 231.

(16) On songe en par­ti­cu­lier aux contri­bu­tions ap­pa­rues entre les an­nées 1970 et 1980 au­tour de l’ap­pli­ca­tion à la stra­té­gie na­vale des concep­tions de dé­fense al­ter­na­tive et de non-of­fen­sive de­fense.

(17) Le­quel éta­blit la dis­tinc­tion entre sea con­trol (le­quel ap­pa­raît en dis­pute) et sea de­nial (in­ter­dic­tion). Voir Ber­nard Bro­die, A Guide to Na­val Stra­te­gy, Prin­ce­ton, Prin­ce­ton Uni­ver­si­ty Press, 1965.

(18) Ju­lian Corbett, Some Prin­ciples of Ma­ri­time Stra­te­gy, op. cit., p. 234.

La tâche d’une ma­rine n’est pas uni­que­ment de sé­cu­ri­ser ou de dis­pu­ter la maî­trise de la mer. Elle est éga­le­ment d’exer­cer cette maî­trise, ce qui re­vient à ne pas se fo­ca­li­ser sur la flotte de ba­taille en­ne­mie, mais plu­tôt à uti­li­ser les lignes de com­mu­ni­ca­tion, soit au pro­fit de la flotte amie, soit en cher­chant à in­ter­dire à l’en­ne­mi cet usage.

Pho­to ci-des­sus : La Nor­man­die à la mer. Les fré­gates contem­po­raines sont, à bien des égards, l’ins­tru­ment pre­mier de la mise en oeuvre des concep­tions de Corbett. (© Na­val Group)

Ju­riste de for­ma­tion, Ju­lian Corbett s’in­té­resse très tôt à l’his­toire ma­ri­time bri­tan­nique avant d’en ve­nir à la stra­té­gie ma­ri­time stric­to sen­su. (© D.R.)

Sir John Fi­sher, pre­mier lord de l’ami­rau­té, a pro­cé­dé à la mo­der­ni­sa­tion de la Royal Na­vy au dé­but du XXE siècle puis a été rap­pe­lé à sa tête en oc­tobre 1914. Corbett a joué au­près de lui un rôle de conseiller of­fi­cieux. (© D.R.)

Un SNA de classe As­tute à la mer. Corbett se montre dans un pre­mier temps scep­tique face au sous-ma­rin, un bâ­ti­ment en­core peu puis­sant au mo­ment où il pu­blie Some Prin­ciples. (© Crown Co­py­right)

In­ter­ven­tion contre une em­bar­ca­tion sus­pec­tée d’être uti­li­sée par des pi­rates. La maî­trise de la mer n’est ja­mais to­ta­le­ment ac­quise. (© US Na­vy)

Le Queen Eli­za­beth prend la mer. Chez Corbett, la ba­taille dé­ci­sive n’est que l’une des op­tions s’of­frant aux ma­rines. (© Crown Co­py­right)

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