L’EN­JEU DES B­TI­MENTS ARC­TIQUES

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Jean-jacques MER­CIER Spé­cia­liste des ques­tions de dé­fense.

Jean-jacques MER­CIER

L’ou­ver­ture des pas­sages du nord-est et du nord-ouest à la na­vi­ga­tion com­mer­ciale et l’at­trait des res­sources en Arc­tique ont pro­vo­qué ces der­nières an­nées un re­gain d’at­ten­tion de nombre de gou­ver­ne­ments pour la ré­gion(1). Ce der­nier s’est no­tam­ment tra­duit par la mise en place de plu­sieurs pro­grammes de pa­trouilleurs adap­tés aux spé­ci­fi­ci­tés de la na­vi­ga­tion dans les glaces.

Na­vi­guer dans les ré­gions au nord du cercle po­laire arc­tique n’est pas chose ai­sée, sans même par­ler de pro­gres­ser à tra­vers la ban­quise, et exige des com­pé­tences et des ma­té­riels que peu de ma­rines ont ac­quis. De ce point de vue, les ré­gions arc­tiques – comme an­tarc­tiques – ni­vellent les rap­ports de force tra­di­tion­nels : les ma­rines les plus puis­santes en haute mer ne sont pas né­ces­sai­re­ment les plus per­ti­nentes dans le Grand Nord ou le Grand Sud. L’exemple amé­ri­cain est ty­pique : avec 51 sous-ma­rins nu­cléaires d’at­taque, Wa­shing­ton dis­pose a prio­ri d’une réelle ca­pa­ci­té à opé­rer dans le Grand Nord. Ce­pen­dant, la na­vi­ga­tion sous les glaces de­mande des sa­voir-faire spé­ci­fiques, no­tam­ment en­tre­te­nus du­rant les exer­cices «Icex», me­nés une fois par an. Or ces der­niers concernent ra­re­ment plus de deux bâ­ti­ments, et en­core n’ont-ils pas eu lieu en 2017.

His­to­ri­que­ment, les ma­rines opé­rant dans les ré­gions arc­tiques et an­tarc­tiques le font avec des brise-glace, le plus sou­vent désar­més et dont les fonc­tions sont es­sen­tiel­le­ment ci­viles : ou­ver­ture de voies de pas­sage et re­cherche scien­ti­fique, y com­pris le sou­tien lo­gis­tique de sta­tions de re­cherche. Elles peuvent éga­le­ment opé­rer avec des bâ­ti­ments clas­siques, à la coque éven­tuel­le­ment ren­for­cée, dans les eaux li­mi­trophes à la ban­quise. Une troi­sième ca­té­go­rie, in­ter­mé­diaire, ap­pa­raît ce­pen­dant au­jourd’hui. Les en­jeux de sou­ve­rai­ne­té mo­tivent ain­si le dé­ve­lop­pe­ment de bâ­ti­ments ar­més spé­ci­fi­que­ment conçus pour la pa­trouille, ou en­core l’ar­me­ment de brise-glaces. En tout état de cause, c’est un mar­ché na­val certes se­con­daire au vu du faible nombre de na­vires concer­nés, mais émergent, qui est bel et bien en train de se dé­ve­lop­per.

Les en­jeux de sou­ve­rai­ne­té mo­tivent le dé­ve­lop­pe­ment de bâ­ti­ments ar­més spé­ci­fi­que­ment conçus pour la pa­trouille, ou en­core l'ar­me­ment de brise-glaces.

LA PUIS­SANCE RUSSE

Mos­cou est la puis­sance arc­tique par ex­cel­lence. Ses ac­ti­vi­tés, y com­pris mi­li­taires, dans la ré­gion se sont ain­si consi­dé­ra­ble­ment ac­crues ces der­nières an­nées. L’ou­ver­ture du pas­sage nord-est, cou­rant tout le long de la côte nord de la Rus­sie, est en­core loin d’être per­ma­nente et les pa­trouilles ef­fec­tuées dans cette zone sont es­sen­tiel­le­ment le fait de sous-ma­rins, de bâ­ti­ments de re­cherche ou de pe­tites uni­tés des gardes-fron­tières, les­quels sont bien do­tés, y com­pris de fré­gates ou de pa­trouilleurs ayant d’abord été

conçus pour la ma­rine et qui ont été ver­sés à l’ad­mi­nis­tra­tion, qui dé­pend du mi­nis­tère de l’in­té­rieur. Quelques uni­tés à la coque ren­for­cée mais n’ayant pas de ca­pa­ci­té bri­se­glace stric­to sen­su (2) peuvent na­vi­guer dans les glaces. En temps de guerre tou­te­fois, les na­vires en ques­tion pas­se­raient sous le com­man­de­ment opé­ra­tion­nel de la ma­rine. Mos­cou dis­pose éga­le­ment d’une belle flotte de brise-glace dé­pen­dant de l’ad­mi­nis­tra­tion des tran­sports. Six sont à pro­pul­sion nu­cléaire (ils sont opé­rés par Ro­sa­tom) et 23 sont à pro­pul­sion clas­sique, au­cun n’étant ar­mé.

L’ac­cent mis sur le dé­ve­lop­pe­ment des ca­pa­ci­tés mi­li­taires arc­tiques en Rus­sie ces der­nières an­nées(3) passe éga­le­ment par le dé­ve­lop­pe­ment de na­vires adap­tés. En mai 2016, Mos­cou an­non­çait ain­si avoir com­man­dé deux pa­trouilleurs spé­ci­fi­que­ment conçus pour ces ré­gions, de classe Ivan Pa­pa­nin (Pro­ject 23550), dont la quille de la tête de classe a été po­sée en avril 2017 aux chan­tiers de l’ami­rau­té, à Saint-pé­ters­bourg. Ces bâ­ti­ments de 8 500 t sont en fait des cor­vettes bien ar­mées. Si l’on s’en tient aux images dif­fu­sées par le mi­nis­tère de la Dé­fense russe, elles re­ce­vraient un ca­non de 100 mm et deux conte­neurs de lan­ce­ment per­met­tant d’em­bar­quer huit mis­siles SS-N-27. Elles sont éga­le­ment do­tées d’une plate-forme hé­li­co­ptère et d’un han­gar ap­pro­prié, de même que d’une ba­tel­le­rie adap­tée. La struc­ture du na­vire n’in­ter­dit pas le po­si­tion­ne­ment d’autres ar­me­ments, de dé­fense rap­pro­chée par exemple. A prio­ri, l’en­trée en ser­vice de la pre­mière uni­té était en­vi­sa­gée pour la fin de l’an­née 2020, mais des re­tards de paie­ments de­vraient la re­pous­ser à 2023 ou 2024.

Il faut y ajou­ter quatre ra­vi­tailleurs Pro­ject 03182 de 3 500 t.p.c., com­man­dés en 2015. S’ils ne de­vraient pas être ar­més, ils se­ront opé­rés par la ma­rine en sou­tien des bases mi­li­taires po­laires, mais aus­si dans des mis­sions de pa­trouille et de pro­tec­tion des pêches. Ils com­por­te­ront une plate-forme pour hé­li­co­ptère (mais pas de han­gar) et des es­paces sont pré­vus pour l’em­bar­que­ment de conte­neurs et de ré­ser­voirs. La flotte de sou­tien pour­ra éga­le­ment comp­ter sur l’aka­de­mik Ko­va­lev (Pro­ject 20181), un bâ­ti­ment de sou­tien de 5 500 t.p.c. lan­cé en 2014 et ad­mis au ser­vice en dé­cembre 2015. Un sis­ter-ship a été mis sur cale en juillet 2015. Cer­taines sources in­diquent qu’ils pour­raient re­ce­voir des conte­neurs pour mis­siles SS-N-27, mais aus­si des drones et des ro­vers. Les bâ­ti­ments sont une ver­sion al­lon­gée du Pro­ject 20180 (classe Zvez­do­ch­ka), ad­mis au ser­vice en juillet 2010. Par ailleurs, un Pro­ject 20183 a éga­le­ment été mis sur cale et a été lan­cé en mai 2017. Re­le­vant de la même fa­mille, il était ini­tia­le­ment consi­dé­ré comme na­vire de sou­tien, mais a été re­qua­li­fié en bâ­ti­ment de re­cherche océa­no­gra­phique. Mos­cou a éga­le­ment lan­cé un pro­gramme pour trois bâ­ti­ments lo­gis­tiques Pro­ject 23120 El­bruz, dont le pre­mier est en­tré en ser­vice en avril 2018.

En mai 2016, Mos­cou an­non­çait avoir com­man­dé deux pa­trouilleurs spé­ci­fi­que­ment conçus pour les ré­gions arc­tiques, de classe Ivan Pa­pa­nin (Pro­ject 23550), dont la quille de la tête de classe a été po­sée en avril 2017 aux chan­tiers de l'ami­rau­té, à Saint-pé­ters­bourg.

La Rus­sie a éga­le­ment en­tre­pris de re­nou­ve­ler sa flotte de brise-glace ci­vils, avec la mise en ser­vice pré­vue de six Pro­ject 21900, d’un Pro­ject 22600 et de trois Pro­ject 22220 (classe Ark­ti­ka) à pro­pul­sion nu­cléaire.

ÉTATS-UNIS ET CA­NA­DA

En ce qui concerne la na­vi­ga­tion en sur­face, Wa­shing­ton en­tend bien dis­po­ser d’une li­ber­té d’ac­tion lorsque le pas­sage du nordouest se­ra une route pra­ti­cable. De­puis le mi­lieu des an­nées 1960, ce sont les Coast Guards qui sont en charge des brise-glace amé­ri­cains, dont cer­tains étaient ar­més du­rant la guerre froide (4). Ac­tuel­le­ment ne sont plus en ser­vice que deux bâ­ti­ments : le Po­lar Star, de 11 037 t.p.c., ad­mis au ser­vice en 1977; et le Hea­ly, ad­mis au ser­vice en 1999, de 16 257 t.p.c. Au­cun de ces bâ­ti­ments n’est do­té d’ar­me­ments, même s’ils peuvent em­bar­quer deux HH-65 Dol­phin. Le Po­lar Star a par ailleurs été en­ga­gé en An­tarc­tique pour le ra­vi­taille­ment de la base scien­ti­fique Mc­mur­do. En re­vanche, la prise de conscience de l’ou­ver­ture de nou­velles voies com­mer­ciales a dé­bou­ché sur le lan­ce­ment du pro­gramme Po­lar Ice­brea­ker, tou­jours au pro­fit des Coast Guards. Il s’agi­rait de tri­pler les ca­pa­ci­tés amé­ri­caines, trois bâ­ti­ments lourds et trois mé­dians de­vant rem­pla­cer res­pec­ti­ve­ment le Hea­ly et le Po­lar Star.

Lan­cé en 2012, le pro­gramme n’a for­mel­le­ment été va­li­dé par le Con­grès amé­ri­cain qu’en 2016 et n’a tou­jours pas dé­bou­ché sur la com­mande des bâ­ti­ments. Mais il a été an­non­cé en jan­vier 2018 que leur ar­chi­tec­ture per­met­tra d’em­bar­quer, de ma­nière mo­du­laire, des ar­me­ments. L’hy­po­thèse d’une do­ta­tion en mis­siles de croi­sière avait été évo­quée en 2017, mais sans alors être

Les Har­ry De­wolf, qui doivent pou­voir na­vi­guer à tra­vers des glaces d'une épais­seur de plus d'un mètre, se­ront do­tés d'un ca­non de 25 mm et pour­ront em­bar­quer de ma­nière per­ma­nente un hé­li­co­ptère.

confir­mée, en sa­chant tou­te­fois que la po­li­tique pour­sui­vie est d’évi­ter un ar­me­ment… tout en se ré­ser­vant la pos­si­bi­li­té de ré­pondre à la Rus­sie. Pra­ti­que­ment, un pre­mier na­vire en­tre­rait en ser­vice en 2023 – une date consi­dé­rée comme trop op­ti­miste par plu­sieurs ob­ser­va­teurs. D’un coût lé­gè­re­ment in­fé­rieur à un mil­liard de dol­lars, il se­ra fi­nan­cé par L’US Na­vy, qui gé­re­ra sa construc­tion.

Puis­sance na­tu­rel­le­ment arc­tique, le Ca­na­da a do­té ses gardes-côtes, qui ne dé­pendent pas du dé­par­te­ment de la Dé­fense mais du mi­nis­tère des Pêches et des Océans, de ca­pa­ci­tés de pa­trouille im­por­tantes. Bien que non ar­més, ses na­vires sont nom­breux et comptent plu­sieurs brise-glace : un Louis St­laurent de 14 509 t.p.c. (qui se­ra rem­pla­cé par le John Die­fen­ba­cker de 140 m) ; un Ter­ry Fox de 7 100 t.p.c. ; un Lar­sen de 8 300 t.p.c. ; trois Ra­dis­son de 7721 t.p.c.; six Mar­tha L. Black de 4662 t.p.c.; un Grif­fon de 2959 t.p.c. La doc­trine Ca­na­da First a eu pour consé­quence de re­cen­trer par­tiel­le­ment l’ac­tion des forces sur le Grand Nord, dans un contexte mar­qué par le vieillis­se­ment des ca­pa­ci­tés na­vales. Dès 2006, un pro­gramme de rem­pla­ce­ment glo­bal des ca­pa­ci­tés était évo­qué, la Stra­té­gie Na­tio­nale de Construc­tion Na­vale (SNCN). Outre la construc­tion de 15 grands bâ­ti­ments de com­bat de sur­face en rem­pla­ce­ment des fré­gates(5), la mo­der­ni­sa­tion de la ma­rine pas­se­ra par l’ac­qui­si­tion de pa­trouilleurs lourds, très en­du­rants (120 jours) et spé­ci­fi­que­ment conçus pour les pa­trouilles arc­tiques, les NPEA (Na­vires de Pa­trouille Ex­tra­cô­tière de l’arc­tique) de classe Har­ry De­wolf des­ti­nés non pas aux gardes-côtes, mais bien à la ma­rine. Les gardes-côtes re­ce­vront quant à eux le John Die­fen­ba­cker,

de plus de 20000 tonnes, pro­ba­ble­ment en 2020. Les Har­ry De­wolf, qui doivent pou­voir na­vi­guer à tra­vers des glaces d’une épais­seur de plus d’un mètre, se­ront do­tés d’un ca­non de 25 mm et pour­ront em­bar­quer de ma­nière per­ma­nente un hé­li­co­ptère. Reste que ces pro­grammes ont su­bi les consé­quences d’un pro­ces­sus dé­ci­sion­nel lent, mar­qué tant par la re­cherche d’une sa­tis­fac­tion des be­soins mi­li­taires que par les im­pé­ra­tifs de po­li­tique éco­no­mique. De six à huit NPEA étaient ain­si ini­tia­le­ment en­vi­sa­gés, avant que la cible ne soit ré­duite à cinq uni­tés, dont la tête de classe de­vait ini­tia­le­ment en­trer en ser­vice en 2018. Si les bud­gets (3,5 mil­liards de dol­lars ca­na­diens) sont res­pec­tés, une sixième uni­té se­rait alors com­man­dée. Pra­ti­que­ment, le Har­ry De­wolf a été mis sur cale le 11 mars 2016 aux chan­tiers d’ir­ving, trois na­vires étant en cours de construc­tion, au­cun n’ayant en­core été lan­cé. Avec 6 440 t.p.c. ces bâ­ti­ments dé­ri­vés de la classe Sval­bard uti­li­sée par la Nor­vège se dis­tinguent par une suite de cap­teurs par­ti­cu­liè­re­ment étof­fée et com­pre­nant un ra­dar AE­SA.

LES SCAN­DI­NAVES

Co­pen­hague est tou­jours en charge des ques­tions de sé­cu­ri­té et de dé­fense du Groen­land et dis­pose d’une fa­ci­li­té na­vale à Kan­gi­linn­guit, sur la pointe sud-ouest de l’île. La base com­prend une je­tée et un quai, de même que quelques bâ­ti­ments et un hé­li­port et dé­pend du Gron­land­skom­man­doen, le com­man­de­ment da­nois char­gé de la dé­fense du Groen­land, qui dé­ploie éga­le­ment quelques ve­dettes dé­pen­dant de la mi­lice na­vale. Très fai­ble­ment ar­mées (mi­trailleuses), elles ne sont pas par­ti­cu­liè­re­ment adap­tées à la na­vi­ga­tion po­laire. En re­vanche, d’autres ca­pa­ci­tés sont plus ap­pro­priées. Sans être des brise-glace, les trois Knud Ras­mus­sen, de 2050 t.p.c., peuvent em­por­ter trois conte­neurs Stan­flex(6) et dis­posent d’une plate-forme pour hé­li­co­ptère (mais pas de han­gar). Le RHIB (Ri­gid Hull In­fla­table Boat) trans­por­té dans un ra­dier est lui-même adap­té à la na­vi­ga­tion arc­tique. Ces pa­trouilleurs, en­trés en ser­vice en 2008, 2009 et 2017 as­surent éga­le­ment des mis­sions lo­gis­tiques, de re­cherche et sau­ve­tage et de sou­tien à la re­cherche. Il faut ajou­ter le brise-glace Thorb­jörn (2482 t.p.c.) et les deux Danb­jörn (3890 t.p.c.), qui re­lèvent di­rec­te­ment de la ma­rine.

La Nor­vège dis­pose his­to­ri­que­ment d’une garde-côtes puis­sante, la Kyst­vakt, qui est do­tée de ca­pa­ci­tés adap­tées à la na­vi­ga­tion arc­tique et lé­gè­re­ment ar­mées pour ses mis­sions de sou­ve­rai­ne­té, de garde-pêche et de re­cherche et sau­ve­tage. Le Sval­bard, en­tré en ser­vice en 2002, dé­place 6 375 t.p.c. et est do­té d’un ca­non de 57 mm et d’une ca­pa­ci­té d’ac­cueil d’un hé­li­co­ptère Lynx. S’y ajoutent trois Ba­rent­shav (4 000 t.p.c.) en­trés en ser­vice en 2009 et 2010; trois Nord­kapp (3 240 t.p.c.) ad­mis en 1981 et 1982 ; le Hars­tad (3130 t.p.c.); un Ale­sund (2400 t.p.c.); cinq Nor­nen (700 t.p.c.) de même que des na­vires hy­dro­gra­phiques. Cer­tains de ces bâ­ti­ments peuvent ac­cueillir des hé­li­co­ptères, la Kyst­vakt dis­po­sant tou­jours de six Lynx. L’is­lande dis­pose par ailleurs d’un gar­de­côtes, le Thor, de 4 321 t.p.c. en­tré en ser­vice en 2011 et dont le ca­non de 40 mm est l’ar­me­ment le plus lourd de Reyk­ja­vik.

FRANCE ET ROYAUME-UNI

Pa­ris et Londres conti­nuent de pré­ser­ver une ca­pa­ci­té de na­vi­ga­tion arc­tique, en sou­tien no­tam­ment à leur sou­ve­rai­ne­té dans l’at­lan­tique sud, mais éga­le­ment en ap­pui à la re­cherche. Le HMS Pro­tec­tor était ini­tia­le­ment un brise-glace nor­vé­gien de 5 000 t.p.c. op­ti­mi­sé pour la re­cherche scien­ti­fique. Loué à par­tir de 2011 par la Royal Na­vy en rem­pla­ce­ment du HMS En­du­rance, il a été ache­té en 2013. À l’ex­cep­tion de mi­trailleuses qui peuvent être em­bar­quées, il n’est pas ar­mé. En France, l’as­tro­labe est ar­mé par un équi­page de la Ma­rine na­tio­nale et est opé­ra­tion­nel de­puis sep­tembre 2017. Construit par Pi­riou avec l’ap­pui du chan­tier fin­lan­dais Aker Arc­tic, il a été payé par le mi­nis­tère des Outre-mer et est ba­sé à la Réunion. Il peut trans­por­ter 1200 t de ma­té­riel et peut ac­cueillir un hé­li­co­ptère et fendre jus­qu’à 70 cm de glaces. Bien qu’il ait re­çu un nu­mé­ro de coque – P800 – in­di­quant un pa­trouilleur, il n’est pas ar­mé. Il est d’abord des­ti­né à être af­fré­té par la col­lec­ti­vi­té des Terres aus­trales et an­tarc­tiques et l’ins­ti­tut Paul-émile Vic­tor, mais a éga­le­ment per­mis à la Ma­rine na­tio­nale d’ac­qué­rir une ex­pé­rience dans la na­vi­ga­tion po­laire.

Pa­ris et Londres conti­nuent de pré­ser­ver une ca­pa­ci­té de na­vi­ga­tion arc­tique, en sou­tien no­tam­ment à leur sou­ve­rai­ne­té dans l'at­lan­tique sud, mais éga­le­ment en ap­pui à la re­cherche.

JA­PON ET CHINE :

DES AC­TEURS ÉMER­GENTS

Si le Ja­pon n’a pas par­ti­cu­liè­re­ment d’in­té­rêt pour l’arc­tique, la Force ma­ri­time d’au­to­dé­fense doit ce­pen­dant pa­trouiller aux alen­tours de l’île de Hok­kai­do, dont le nord peut être pris par les glaces en hi­ver et où les condi­tions cli­ma­tiques peuvent être par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­ciles. Ce­pen­dant, si ses na­vires ne sont pas par­ti­cu­liè­re­ment adap­tés à la na­vi­ga­tion dans les glaces, elle arme tou­jours un brise-glace

en­tré en ser­vice en 2009, le Shi­rase, de 22000 t.p.c., qui sert plus par­ti­cu­liè­re­ment aux mis­sions scien­ti­fiques me­nées dans l’an­tarc­tique, mais qui a éga­le­ment été dé­ployé en sou­tien de la flotte de ba­lei­niers ja­po­nais y ef­fec­tuant des pêches « scien­ti­fiques ». Il n’est pas ar­mé, mais peut em­bar­quer jus­qu’à trois hé­li­co­ptères. Les gardes-côtes ja­po­nais, qui dis­posent d’une flotte consi­dé­rable (15 bâ­ti­ments de plus de 3500 t.p.c.; 52 de plus de 1 000 t.p.c.), arment éga­le­ment un pa­trouilleur, le Te­shio, conçu pour la na­vi­ga­tion dans les glaces, et do­té d’une aé­ro­nau­tique propre plus que res­pec­table(7).

La Chine, si elle se concentre vers des eaux plus chaudes, ne cache pas son in­té­rêt pour l’arc­tique. Ce der­nier ne s’est trans­crit dans sa struc­ture de forces qu’as­sez ré­cem­ment. His­to­ri­que­ment, elle dis­po­sait de bâ­ti­ments Type-071 de 3 500 t, uti­li­sés en baie de Bo­hai, dont cer­tains sec­teurs peuvent ge­ler du­rant l’hi­ver. Des trois construits, un seul, mo­der­ni­sé, est tou­jours en ser­vice. Un Type-210 Yan­bing, de 4220 t, est en­tré en ser­vice en 1982. Il a été mo­der­ni­sé par l’ad­jonc­tion de sys­tèmes de ren­sei­gne­ment, pour la sur­veillance des ac­ti­vi­tés russes en mer d’okhotsk. Un temps ar­més de ca­nons lé­gers, ces bâ­ti­ments en sont à pré­sent dé­pour­vus. La ma­rine chi­noise dis­pose éga­le­ment de deux Type-272, de 4 860 t, des­ti­nés es­sen­tiel­le­ment aux mis­sions d’ou­ver­ture d’iti­né­raires et de re­cherche et sau­ve­tage. En­trés en ser­vice en 2016, ils dis­posent d’une plate-forme pour hé­li­co­ptères.

Par ailleurs, la Chine pos­sède bien un brise-glace en bonne et due forme, le Xue­long, construit en Ukraine sur la base d’un car­go brise-glace. Pra­ti­que­ment, ce bâ­ti­ment de 21 000 t ap­par­tient de­puis 1993 à l’ins­ti­tut de re­cherche po­laire et a été en­ga­gé à plu­sieurs re­prises en Arc­tique. Le Xue­long 2, d’un dé­pla­ce­ment de 14 300 t, est quant à lui en cours de construc­tion avec l’ap­pui d’aker Arc­tic et de­vrait en­trer en ser­vice en 2019. Comme le bâ­ti­ment pré­cé­dent, il n’est pas ar­mé, mais peut en re­vanche em­bar­quer un hé­li­co­ptère. Pé­kin a éga­le­ment lan­cé un pro­gramme, beau­coup plus am­bi­tieux, de brise-glace à pro­pul­sion nu­cléaire, pour le­quel la Chi­na Na­tio­nal Nu­clear Cor­po­ra­tion a émis un ap­pel d’offres le 21 juin 2018. Le bâ­ti­ment en­tre­rait en ser­vice dans les an­nées 2020 et si peu de dé­tails le concer­nant ont été don­nés, son ad­mis­sion ré­vé­le­rait une rup­ture dans la construc­tion na­vale chi­noise. En exi­geant que les tech­no­lo­gies soient spé­ci­fi­que­ment dé­ve­lop­pées sur place, la Chine ac­cé­de­rait ain­si à la pos­si­bi­li­té de do­ter ses fu­turs porte-avions d’une pro­pul­sion nu­cléaire, sous le cou­vert d’un pro­gramme ini­tia­le­ment ci­vil. Un type de fonc­tion que les construc­teurs de brise-glace n’avaient sans doute ja­mais ima­gi­née…

Notes

(1) Voir, sur la ques­tion du «re­tour à la stra­té­gie» de l’arc­tique, Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, hors-sé­rie no 29, avril-mai 2013.

(2) Par exemple les six Su­sa­nin de 3570 t.p.c. adap­tés à la na­vi­ga­tion dans les glaces.

(3) Voir Jon Rah­bek-clem­men­sen, « Les re­la­tions entre L’OTAN et la Rus­sie en Arc­tique : dy­na­miques mi­li­taire, éco­no­mique et di­plo­ma­tique », Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, hors-sé­rie no 57, dé­cembre 2017-jan­vier 2018; Ro­main Miel­ca­rek, « Dans l’arc­tique, les Russes se pré­parent un ave­nir stra­té­gique », Dé­fense & Sé­cu­ri­té In­ter­na­tio­nale, hors-sé­rie no 46, fé­vrier-mars 2016.

(4) Cer­tains de ces bâ­ti­ments, en­trés en ser­vice du­rant la Deuxième Guerre mon­diale, ont éga­le­ment eu la par­ti­cu­la­ri­té d’avoir ser­vi sous pa­villon so­vié­tique, dans le cadre du pro­gramme Lend-lease, avant de re­ve­nir ser­vir aux ÉtatsU­nis, par­fois jus­qu’à la fin des an­nées 1980.

(5) Et des trois des­troyers qui ont dé­jà quit­té le ser­vice.

(6) Des conte­neurs d’ar­me­ments ou de cap­teurs in­ter­chan­geables et qui sont fi­chés dans des em­pla­ce­ments pré­vus à cet ef­fet sur les na­vires. Ces der­niers peuvent aus­si bien com­prendre des ca­nons de 76 mm, des mis­siles ESSM an­ti­aé­riens ou des mis­siles Har­poon an­ti­na­vires ; ou en­core des mo­dules de guerre des mines.

(7) Les seuls gardes-côtes dis­posent ain­si de 2 Gulf­tream Y, 3 Fal­con 900, 8 DASH-8, 4 Saab-340, 9 Beech 350, 10 S-76, 19 Bell 212, 4 Bell 412, 24 AW139 (à terme), 4 Cou­gar, 7 Su­per Pu­ma.

Un Type-210 Yan­bing, de 4 220 t, est en­tré en ser­vice en 1982. Il a été mo­der­ni­sé par l'ad­jonc­tion de sys­tèmes de ren­sei­gne­ment, pour la sur­veillance des ac­ti­vi­tés russes en mer d'okhotsk.

Pho­to ci-des­sus : Re­pré­sen­ta­tion in­for­ma­tique d’un pa­trouilleur arc­tique du Pro­ject 23550 (classe Ivan Pa­pa­nin). (© Rus­sian MOD)

Si la coque d’un brise-glace doit être ren­for­cée – en par­ti­cu­lier au ni­veau de la proue –, c’est éga­le­ment le cas de ses lignes d’arbre. Ici, celles du Hea­ly, des garde-côtes amé­ri­cains. (© US Coast Guards)

Le Sval­bard, sur­vo­lé par un NH90 au cours d’es­sais de com­pa­ti­bi­li­té. L’ar­me­ment du na­vire reste li­mi­té à un ca­non sur la plage avant. (© Fors­va­ret)

L’as­tro­labe est opé­ra­tion­nel de­puis 2017. Le bâ­ti­ment a été construit et est mis en oeuvre grâce à un par­te­na­riat in­édit. (© Pi­riou)

Le Shi­rase, de la Force ma­ri­time d’au­to­dé­fense ja­po­naise. Le bâ­ti­ment n’est pas ar­mé. (© MOD)

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