L’AVE­NIR DES OPÉ­RA­TIONS SPÉ­CIALES NA­VALES

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Em­ma­nuel VI­VE­NOT Spé­cia­liste des ques­tions de dé­fense.

Em­ma­nuel VI­VE­NOT

Peu mé­dia­ti­sées, les opé­ra­tions ma­ri­times ont été le point de dé­part des forces spé­ciales na­vales, même si ces der­nières sont, in fine, ma­jo­ri­tai­re­ment en­ga­gées à terre. En pa­ral­lèle, les opé­ra­tions spé­ciales sous-ma­rines re­quièrent des com­pé­tences, des ma­té­riels et un en­traî­ne­ment si spé­ci­fiques qu’elles sont at­tri­buées à des groupes ul­tras­pé­cia­li­sés, in­té­grés au sein même des forces spé­ciales na­vales.

Concer­nant les ar­mées oc­ci­den­tales, le contexte opé­ra­tion­nel de ces vingt der­nières an­nées a mis l’ac­cent sur des en­ga­ge­ments ter­restres, par­fois dans des pays n’ayant au­cune fron­tière ma­ri­time. Ce qui a eu pour ef­fet d’éloi­gner les na­geurs de com­bat de leur coeur de mé­tier, et sus­cite des in­ter­ro­ga­tions sur l’ave­nir de ce type d’opé­ra­tions et ce­lui de leurs spé­cia­listes. Par son vo­lume de force, le Na­val Spe­cial War­fare Com­mand (NSWC) de L’US Na­vy est la struc­ture au sein de la­quelle ces phé­no­mènes et ques­tion­ne­ments sont les plus vi­sibles, mais ils se re­trouvent dans toutes les ma­rines ali­gnant des com­man­dos.

On l’ob­serve aus­si au KSM, uni­té spé­ciale de la Bun­des­ma­rine, dont les com­pé­tences ma­ri­times n’ont re­trou­vé leur place qu’avec des mis­sions de contre-pi­ra­te­rie telles qu’« Ata­lante », au large de la So­ma­lie, après des an­nées de dé­ploie­ment en Af­gha­nis­tan. Les na­geurs de com­bat al­le­mands ont sa­bo­té de nom­breux na­vires uti­li­sés par les pi­rates, s’in­fil­trant à dis­tance à l’aide de scoo­ters sous-ma­rins. Ils ont éga­le­ment exé­cu­té des mis­sions VBSS (Vi­sit, Board, Search, and Sei­zure) à par­tir de RHIB ou d’hé­li­co­ptères. De­puis 2015, la me­nace des pi­rates dans le golfe d’aden a dé­cli­né, lais­sant la prio­ri­té se re­cen­trer vers le Pa­ci­fique orien­tal, où la Chine a ac­cru ses ca­pa­ci­tés spé­ciales na­vales de­puis les an­nées 1990. En 2008, le SEAL De­li­ve­ry Ve­hicle Team 2 était dis­sous, ne lais­sant plus qu’une uni­té af­fec­tée aux opé­ra­tions spé­ciales sous-ma­rines. Outre l’ac­crois­se­ment gé­né­ral du vo­lume de force de L’USSOCOM sou­hai­té par l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma, et au­quel le NSWC par­ti­cipe, ce der­nier en­tre­prend de son cô­té un ef­fort de re­cons­ti­tu­tion de ses ca­pa­ci­tés ma­ri­times, à com­men­cer par celles de ses na­geurs.

En 2008, le SEAL De­li­ve­ry Ve­hicle Team 2 était dis­sous, ne lais­sant plus qu'une uni­té af­fec­tée aux opé­ra­tions spé­ciales sous-ma­rines.

LA MO­BI­LI­TÉ SOUS-MA­RINE

Pho­to ci-des­sus :

Une équipe VBSS (Vi­sit, Board, Search, and Sei­zure) à la mer. Les pro­grès dans les équi­pe­ments ont été nom­breux ces der­nières an­nées. (© US Na­vy)

Le SEAL De­li­ve­ry Ve­hicle Team 1 dé­tient la to­ta­li­té du parc de SEAL De­li­ve­ry Ve­hicles (SDV), qui ont at­teint les 20 ans de ser­vice ac­tif. Le NSWC a com­men­cé à rem­pla­cer ses SDV Mk8 Mod.1, des sous-ma­rins hu­mides in­tro­duits en 1995 qui em­barquent quatre opé­ra­teurs ain­si que deux pi­lotes. Longs de 6,7 m, ils dé­placent 22 t et offrent un rayon d’ac­tion de 18 nau­tiques pour une en­du­rance de 8 à 12 heures. Ils peuvent être dé­ployés à par­tir de sous-ma­rins équi­pés

du Dry Deck Shel­ter (DDS), un sas amo­vible ins­tal­lable à l’ar­rière du châ­teau pour ser­vir d’abri et de dock d’em­bar­que­ment/dé­bar­que­ment en im­mer­sion. Le rôle des SDV est cen­tral puis­qu’ils prennent le re­lais quand les eaux sont trop peu pro­fondes pour per­mettre à un SNA ou un SNLE de s’ap­pro­cher suf­fi­sam­ment près de l’ob­jec­tif, gé­né­ra­le­ment en zone lit­to­rale ou por­tuaire. Le Mk8 Mod.1 doit être rem­pla­cé par le Mk11 Shal­low Wa­ter Com­bat Sub­mer­sible (SWCS), dont la li­vrai­son s’achè­ve­ra en 2019 pour un ser­vice ac­tif pré­vu jus­qu’en 2032.

Re­pre­nant les ca­pa­ci­tés gé­né­rales du Mk8 Mod.1, le Mk11 offre une charge utile su­pé­rieure, grâce à un vo­lume plus im­po­sant (33 cm plus long et plus large que son pré­dé­ces­seur). Pour l’ac­cueillir et per­mettre d’ef­fec­tuer les ma­noeuvres de lock in et lock out (res­pec­ti­ve­ment dé­part et re­tour dans le tube) en sé­cu­ri­té, le DDS né­ces­si­te­ra des mo­di­fi­ca­tions, no­tam­ment le dé­pla­ce­ment de cer­tains com­po­sants (ca­na­li­sa­tions et sous-sys­tèmes hy­drau­liques) afin de ga­gner du vo­lume in­terne. La prin­ci­pale li­mi­ta­tion du sous-ma­rin hu­mide tient à l’en­du­rance de l’ap­pa­reil et à la ré­sis­tance des na­geurs au froid puis­qu’ils sont ex­po­sés à l’eau du­rant tout le tra­jet.

Pour ré­soudre le pro­blème de l’iso­la­tion ther­mique du­rant les in­fil­tra­tions sous-ma­rines à plus longue dis­tance, le NSW en­vi­sage l’ac­qui­si­tion du Dry Com­bat Sub­mer­sible (DCS), un mi­ni sous-ma­rin sec re­pre­nant le rôle pré­cé­dem­ment at­tri­bué à l’ad­van­ced SEAL De­li­ve­ry Sys­tem (ASDS), mi­ni sous-ma­rin sec de 60 t et long de 22 m, pi­lo­té par deux SEAL et em­bar­quant 16 opé­ra­teurs sur un rayon d’ac­tion de 125 nau­tiques.

Mis à l’eau en 2003, L’ASDS fut aban­don­né en 2009 après que l’unique exem­plaire ja­mais construit (sur six pré­vus ini­tia­le­ment) eut été dé­truit par un in­cen­die. Le pro­gramme fut mar­qué par des dif­fi­cul­tés tech­niques et des sur­coûts, qui eurent éga­le­ment rai­son de son suc­ces­seur, le Joint Mul­ti Mis­sion Sub­mer­sible, an­nu­lé en 2010. Trois pro­to­types ont été construits pour dé­ve­lop­per le DCS. Le pre­mier mo­dèle me­sure 7,85 m de long pour une ca­pa­ci­té de tran­sport de six opé­ra­teurs et deux pi­lotes à une vi­tesse maxi­male de 7,6 noeuds. Le se­cond pro­to­type, plus grand, me­sure 12,9 m et peut trans­por­ter deux opé­ra­teurs sup­plé­men­taires, à une vi­tesse maxi­male de 10 noeuds. Il de­vrait of­frir 75% des ca­pa­ci­tés de L’ASDS. Un troi­sième

Si les scoo­ters sous­ma­rins ne sont pas ap­pe­lés à évo­luer dans un proche ave­nir, la ré­duc­tion de la fa­tigue des opé­ra­teurs lors des in­fil­tra­tions à courte dis­tance est éga­le­ment l'ob­jet d'une étude por­tant sur le wa­ter­jets.„ rem­pla­ce­ment des palmes par des bottes do­tées d'un sys­tème de

pro­to­type se si­tue entre les deux pre­miers, avec une lon­gueur de 10,46 m, et peut trans­por­ter quatre opé­ra­teurs et deux pi­lotes à une vi­tesse de 9 noeuds. Là en­core, les DDS de­vront être mo­di­fiés (no­tam­ment par une aug­men­ta­tion de 2,54 m de leur lon­gueur) afin de pou­voir dé­ployer le DCS à par­tir des sous-ma­rins. Cette ca­pa­ci­té ne se­ra pas dis­po­nible avant 2020.

En­fin, si les scoo­ters sous-ma­rins ne sont pas ap­pe­lés à évo­luer dans un proche ave­nir, la ré­duc­tion de la fa­tigue des opé­ra­teurs lors des in­fil­tra­tions à courte dis­tance est éga­le­ment l’ob­jet d’une étude por­tant sur le rem­pla­ce­ment des palmes par des bottes do­tées d’un sys­tème de wa­ter­jets. Pour L’USSOCOM, l’ob­jec­tif est qu’un opé­ra­teur puisse ar­ri­ver sur son ob­jec­tif dans les meilleures condi­tions pos­sibles, y com­pris après une longue phase de pro­gres­sion sous l’eau du­rant la­quelle il ne peut ni boire ni man­ger. Le plan­ning des mis­sions pour­rait s’en trou­ver op­ti­mi­sé en ré­dui­sant les phases de ré­cu­pé­ra­tion, avec une ef­fi­ca­ci­té ac­crue des opé­ra­teurs tant en re­con­nais­sance que lors d’un as­saut.

LA MO­BI­LI­TÉ DE SUR­FACE

Le NSWC est en train de rem­pla­cer une large part de sa flotte de sur­face, le re­trait du Mk V SOC ayant com­men­cé fin 2012. En no­vembre 2015, les deux pre­miers exem­plaires du Com­bat­tant Craft Me­dium Mk1 (CCM Mk1) ont été li­vrés, avec une pleine ca­pa­ci­té opé­ra­tion­nelle pré­vue pour l’ho­ri­zon 2020 avec 30 exem­plaires ac­quis. Plus com­pact que le Mk V SOC, qui né­ces­si­tait un C-5 Ga­laxy pour être aé­ro­trans­por­té, le CCM Mk1 est une em­bar­ca­tion ra­pide de 19,8 m de long, et pour­ra en­trer dans la soute d’un C-17.

Il est com­plé­té par le Com­bat­tant Craft As­sault, évo­lu­tion du High Speed As­sault Craft (HSAC) pour rem­pla­cer une par­tie des RHIB, dont la flotte de 60 exem­plaires se­ra ra­me­née à 40 en 2019 (et po­ten­tiel­le­ment à 20 en 2022). Un peu plus large qu’un RHIB (11 m pour une lon­gueur de 14,85 m), le CCA offre la trans­por­ta­bi­li­té, l’agi­li­té et l’in­ter­opé­ra­bi­li­té dont ne dis­pose pas le CCM Mk1. Le NSW compte aus­si une troi­sième ca­té­go­rie d’em­bar­ca­tions : les Com­ba­tant Craft Hea­vy. Les Ma­ri­time Sup­port Ves­sel (MSV) sont des na­vires de gamme ci­vile loués au Mi­li­ta­ry Sea­lift Com­mand, of­frant des ca­pa­ci­tés de com­man­de­ment et de ra­vi­taille­ment en car­bu­rant au pro­fit des em­bar­ca­tions plus pe­tites.

D’autre part, le SEALION (SEAL In­ser­tion, Ob­ser­va­tion and Neu­tra­li­za­tion) est une em­bar­ca­tion de 25,74 m de long avec une coque à hautes per­for­mances en­tiè­re­ment fer­mée, dont le des­sin sug­gère aus­si une cer­taine fur­ti­vi­té. Il élar­git le spectre opé­ra­tion­nel du Mk V

SOC, dont il re­prend les mis­sions d’in­ter­cep­tion à grande vi­tesse. En­fin, les em­bar­ca­tions de com­bat de ri­vière conti­nuent de don­ner sa­tis­fac­tion, mais la ma­rine an­ti­cipe dé­jà un rem­pla­ce­ment pro­gres­sif des SOC-R par le Com­ba­tant Craft Ri­ve­rine.

LE RÔLE DES DRONES EN EX­PAN­SION

La DARPA tra­vaille de­puis peu sur le pro­gramme Hy­dra, étu­diant l’idée d’une flotte de drones sous-ma­rins (Un­der­wa­ter Un­man­ned Ve­hicle, ou UUV) dont le rôle se­rait de sou­la­ger les moyens de lo­gis­tique ma­ri­time de L’US Na­vy, par­fois sur­ex­ploi­tés par la mul­ti­pli­ca­tion des me­naces et li­mi­tant de fac­to sa ca­pa­ci­té de pro­jec­tion, no­tam­ment celle des forces spé­ciales na­vales.

Cette fu­ture flotte D’UUV de­vra per­mettre d’ache­mi­ner per­son­nels, équi­pe­ments et ra­vi­taille­ments au plus près des côtes et entre bâ­ti­ments, tant de sur­face que sous-ma­rins. Le pro­gramme est éga­le­ment char­gé d’ex­plo­rer les pos­si­bi­li­tés d’un UUV mère ca­pable de lan­cer des drones aé­riens pour des mis­sions D’ISR, ar­mé ou non. Les drones lo­gis­tiques du pro­gramme Hy­dra pour­raient éga­le­ment ser­vir de caches d’armes ou de ré­serves sous-ma­rines pré­po­si­tion­nées en ré­seau, ex­ploi­tables à la de­mande en fonc­tion de l’évo­lu­tion d’une si­tua­tion tac­tique ou stra­té­gique. Ac­tuel­le­ment, le rôle des drones sous-ma­rins est de ré­duire les risques en­cou­rus par les plon­geurs et d’ac­croître les ca­pa­ci­tés des cap­teurs em­bar­qués sur les sous-ma­rins nu­cléaires. L’un des axes de re­cherche ac­tuels est de per­mettre à ces der­niers d’em­bar­quer et de dé­ployer di­rec­te­ment des UUV, qui res­tent pour l’ins­tant mis en oeuvre à par­tir de bâ­ti­ments de sur­face. L’une des dif­fé­rences ma­jeures entre les UUV et les UAV ré­side dans l’im­pos­si­bi­li­té de contrô­ler en temps réel un UUV de­puis la terre. Tout le pro­to­cole de mis­sion doit donc être pré­pro­gram­mé avant le lan­ce­ment, et ne peut plus être mo­di­fié après, ex­cep­té des mes­sages très courts (du type « re­mon­ter à la sur­face » ou « aban­don­ner la mis­sion ») trans­mis de ma­nière acous­tique dans un rayon n’ex­cé­dant pas 2000 m. Le dé­ve­lop­pe­ment du po­ten­tiel des UUV pas­se­ra donc aus­si par ce­lui des trans­mis­sions sous-ma­rines.

UN GAME CHAN­GER POUR LES NA­GEURS DE COM­BAT

Cette fu­ture flotte D'UUV de­vra per­mettre d'ache­mi­ner per­son­nels, équi­pe­ments et ra­vi­taille­ments au plus près des côtes et entre bâ­ti­ments, tant de sur­face que sous­ma­rins. Le pro­gramme est éga­le­ment char­gé d'ex­plo­rer les pos­si­bi­li­tés d'un UUV mère ca­pable de lan­cer des drones aé­riens pour des mis­sions D'ISR, ar­mé ou non.

Cette ques­tion concerne éga­le­ment les trans­mis­sions in­di­vi­duelles uti­li­sées par les na­geurs de com­bat. L’eau ne trans­met­tant pas les ondes hert­ziennes, les com­mu­ni­ca­tions ra­dio ont tou­jours été can­ton­nées aux ac­ti­vi­tés de sur­face, ne lais­sant aux na­geurs en im­mer­sion que le lan­gage vi­suel pour com­mu­ni­quer, avec les li­mi­ta­tions po­sées par la clar­té va­riable de l’eau se­lon la pro­fon­deur, l’heure et le point géo­gra­phique où ils se trouvent. De plus, à cer­taines pro­fon­deurs, les na­geurs res­pirent un mé­lange à l’hé­lium qui dis­tord leurs voix et les rend plus ai­guës, ne per­met­tant pas de com­mu­ni­quer vo­ca­le­ment. Pour ac­croître l’avan­tage tac­tique des SEAL, L’USSOCOM est en train d’in­ves­tir dans la re­cherche et le dé­ve­lop­pe­ment de nou­velles tech­no­lo­gies de trans­mis­sion sous-ma­rine.

L’ob­jec­tif de ce pro­jet est de per­mettre des échanges de textes et de don­nées entre la sur­face et les na­geurs en im­mer­sion, ain­si qu’entre les na­geurs eux-mêmes. Ce be­soin de­vient plus im­por­tant à l’heure ac­tuelle, du fait que les na­geurs de com­bat opèrent dans des eaux de plus en plus pro­fondes et de plus en plus froides. Ce­la per­met­tra éga­le­ment une uti­li­sa­tion plus poussée des drones sous-ma­rins, no­tam­ment dans la re­con­nais­sance sous-ma­rine. Un UUV pour­rait ain­si être en­voyé en avant d’une équipe de SEAL et ren­voyer des don­nées vers un SDV du­rant son in­fil­tra­tion.

Le dis­po­si­tif re­cher­ché au­rait la taille d’un Smart­phone et se­rait por­té au poi­gnet. Il au­to­ri­se­rait une per­cep­tion af­fi­née de l’es­pace de ba­taille, un sui­vi pré­cis de la po­si­tion et du sta­tut d’une équipe en im­mer­sion par d’autres opé­ra­teurs si­tués à terre ou en sur­face, et des échanges entre cap­teurs em­bar­qués. Les autres en­jeux de cette nu­mé­ri­sa­tion du com­bat­tant im­mer­gé ré­sident dans la maî­trise de la si­gna­ture acous­tique, élec­tro-op­tique, in­fra­rouge et ra­dar, ain­si que dans la ges­tion de l’éner­gie em­bar­quée par le na­geur. Les bat­te­ries au li­thium sont gé­né­ra­le­ment in­ter­dites dans les en­vi­ron­ne­ments confi­nés tels que les sous-ma­rins pour des rai­sons de sé­cu­ri­té (me­sures an­ti-in­cen­die, no­tam­ment). Aug­men­ter l’éner­gie élec­trique em­bar­quée par les SEAL né­ces­si­te­ra donc le dé­ve­lop­pe­ment de tech­no­lo­gies al­ter­na­tives.

NOU­VELLES MU­NI­TIONS SOUS-MA­RINES

Le com­bat entre na­geurs en im­mer­sion est un autre do­maine tra­di­tion­nel­le­ment très li­mi­té, les armes de com­bat ter­restres étant im­pos­sibles à uti­li­ser sous l’eau et leurs mu­ni­tions étant très in­stables et im­pré­cises lors­qu’elles touchent la sur­face de­puis l’ex­té­rieur. Ce­la laisse pour seules pos­si­bi­li­tés le corps à corps, l’uti­li­sa­tion de cou­teaux de com­bat et cer­taines armes spé­ci­fiques telles que le pis­to­let sous-ma­rin He­ck­ler & Koch P-11. Ce der­nier, dé­ve­lop­pé au cours des an­nées 1970, com­porte cinq ca­nons ti­rant cha­cun une flé­chette d’acier en ca­libre 7,62 mm. L’éner­gie né­ces­saire au tir est élec­trique, four­nie par une bat­te­rie in­té­grée dans la poi­gnée-pis­to­let, et l’arme offre une por­tée pra­tique de 10 à 15 m sous l’eau, grim­pant à 30 m en sur­face. Une fois les mu­ni­tions épui­sées, le re­char­ge­ment de l’arme n’est pas pos­sible sur le ter­rain et né­ces­site un ren­voi en ate­lier chez le construc­teur, ce qui li­mite ra­di­ca­le­ment le vo­lume de feu.

Les autres armes connues du même type sont le Mk1 Un­der­wa­ter De­fense Gun, uti­li­sé

Les autres en­jeux de cette nu­mé­ri­sa­tion du com­bat­tant im­mer­gé ré­sident dans la maî­trise de la si­gna­ture acous­tique, élec­tro-op­tiq ue, in­fra­rouge et ra­dar, ain­si que dans la ges­tion de l'éner­gie em­bar­quée par le na­geur.

par l’ar­mée amé­ri­caine du­rant la Deuxième Guerre mon­diale avant d’être rem­pla­cé par le P-11, et le SPP-1, dé­ve­lop­pé à la fin des an­nées 1960 pour la ma­rine so­vié­tique. Ti­rant des flé­chettes de 4,5 mm de dia­mètre pour 115 mm de long, ce der­nier fonc­tionne en double ac­tion et com­porte quatre chambres et quatre ca­nons, re­char­geables en sur­face ou même sous l’eau. Sa por­tée pra­tique est de 17 m à 5 m de pro­fon­deur, de 11 m à 20 m de pro­fon­deur et de 6 m par 40 m de fond. Son in­ven­teur, Vla­di­mir Si­mo­nov, a éga­le­ment mis au point le fu­sil sous-ma­rin APS, fonc­tion­nant se­lon les mêmes prin­cipes hy­dro­dy­na­miques que le SPP-1 avec des flé­chettes d’acier de 5,66 mm me­su­rant 120 mm de long em­bar­quées dans un char­geur de 26 coups.

Pour cette rai­son, ces deux armes sont très im­pré­cises lors du tir en sur­face, bien que L’APS offre tout de même 50 m de por­tée pra­tique. Sous l’eau, leur puis­sance plus éle­vée que celle d’un har­pon de chasse per­met de per­fo­rer une te­nue de plon­gée ren­for­cée, un masque, de même que les équi­pe­ments res­pi­ra­toires, ou en­core les ver­rières de cer­tains vé­hi­cules sous-ma­rins lé­gers. L’APS et le SPP-1 ont tous deux été en do­ta­tion au­près des na­geurs af­fec­tés à la pro­tec­tion des bases na­vales russes. Les na­geurs de com­bat des uni­tés de Spets­naz, pré­fé­rant uti­li­ser un AK-74 pour le com­bat à terre et un SPP-1 pour l’au­to­dé­fense en im­mer­sion, ont at­ten­du l’an 2000 pour re­ce­voir un fu­sil sous-ma­rin hy­bride adap­té à leurs be­soins, L’ASM-DT, com­bi­nant les avan­tages res­pec­tifs de L’AK-74 et de L’APS. Construit par Tu­la et cham­bré en 5,45 × 39 mm, L’ASM-DT tire deux types de mu­ni­tions : la 7N6 clas­sique en sur­face et une 5,45 mm MGTS pour le tir sous l’eau. L’ASM-DT est ali­men­té par deux char­geurs sé­pa­rés, mais en­ga­gés si­mul­ta­né­ment dans l’arme, le ré­gu­la­teur des gaz s’ajus­tant au­to­ma­ti­que­ment lorsque l’opé­ra­teur passe d’un cou­loir d’ali­men­ta­tion à l’autre.

Une nou­velle mu­ni­tion est en dé­ve­lop­pe­ment aux États-unis, par la firme DSG Tech­no­lo­gy : la CAV-X, une balle à su­per­ca­vi­ta­tion conçue pour être uti­li­sée sous l’eau, mais aus­si pour des échanges de tirs à chan­ge­ment de mi­lieu, aus­si bien de­puis la sur­face vers une cible im­mer­gée qu’en sens in­verse. La den­si­té de l’eau étant su­pé­rieure à celle de l’air, la su­per­ca­vi­ta­tion forme au­tour de l’ogive une bulle qui sup­prime la fric­tion entre l’eau et cette der­nière, ré­dui­sant la ré­sis­tance et ac­crois­sant sa vi­tesse. Elle per­met aus­si de pé­né­trer la sur­face lors de tirs à faible an­gu­la­tion, là où une mu­ni­tion clas­sique tend à ri­co­cher. Un avan­tage de la CAV-X ré­side dans sa ca­pa­ci­té à être ti­rée par les armes exis­tantes : tous les ca­libres peuvent ain­si être en­vi­sa­gés, et équi­per les sys­tèmes d’armes ac­tuel­le­ment en ser­vice, du fu­sil d’as­saut en 5,56 mm à la mi­trailleuse de 12,7 mm. Une équipe de com­man­dos peut ain­si s’in­fil­trer dans un port ou près d’un na­vire, et éli­mi­ner des sen­ti­nelles sous le cou­vert de la sur­face, tan­dis qu’un RHIB ar­mé d’une mi­trailleuse peut en­ga­ger un groupe de na­geurs en­ne­mis.

Se­lon le ca­libre, le même type de com­bat entre un hé­li­co­ptère ou une em­bar­ca­tion de sur­face et des cibles si­tuées sous l’eau pour­rait éga­le­ment de­ve­nir pos­sible. Sous l’eau, la por­tée d’une CAV-X est de 15 m en 5,56×45 mm, de 24 m en 7,62×51 mm et de 66 m en 12,7×99 mm : si ces chiffres sont bien moins éle­vés que ceux de leurs ho­mo­logues ter­restres, une telle do­ta­tion ou­vri­rait de nou­velles pers­pec­tives pour les SEAL, et po­ten­tiel­le­ment pour leurs al­liés, dans tout le spectre des opé­ra­tions spé­ciales sous­ma­rines. D’autres ca­libres plus im­po­sants peuvent être en­vi­sa­gés pour des ap­pli­ca­tions an­ti-tor­pilles, voire contre les sous-ma­rins.

Un ASDS sur l’une des deux po­si­tions pré­vues à cet ef­fet d’un SSGN de classe Ohio. (© US Na­vy)

Vi­site d’au­to­ri­tés sur un SEALION. Do­té d’hy­dro­jets et très fur­tifs (jus­qu’au ra­dar ré­trac­table), il peut em­bar­quer des jet-skis dans la tranche ar­rière. (© US Na­vy)

Pré­sen­ta­tion de balles CAV-X de DSG Tech­no­lo­gy. La mu­ni­tion per­met­trait le chan­ge­ment de mi­lieu. (© DSG Tech­no­lo­gy)

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