MA­RINE RUSSE : UNE MO­DER­NI­SA­TION TI­MIDE

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Ben­ja­min GRAVISSE Po­li­to­logue et au­teur du blog Red Sa­mo­var (https://red­sa­mo­var.com).

Ben­ja­min GRAVISSE

Nul be­soin d’être de­vin ou fin connais­seur pour connaître la si­tua­tion dans la­quelle se trouve ac­tuel­le­ment la ma­rine russe (qui conserve son nom de VMF(1)); cette der­nière, née le 7 mai 1992, est consti­tuée d’une par­tie des na­vires ré­cu­pé­rés lors de la dis­so­lu­tion de la ma­rine so­vié­tique. Lors de sa créa­tion, la nou­velle ma­rine russe s’est donc re­trou­vée à la tête d’une flotte sur­di­men­sion­née par rap­port à ses be­soins et man­quant des bud­gets né­ces­saires pour l’ex­ploi­ter. Outre la perte des bud­gets, la construc­tion na­vale russe hé­ri­ta d’une si­tua­tion dé­li­cate étant don­né qu’une par­tie de ses ca­pa­ci­tés de pro­duc­tion se re­trou­vèrent dans les nou­velles ré­pu­bliques qui ne ma­ni­fes­taient pas né­ces­sai­re­ment la vo­lon­té de tra­vailler avec ou pour la Rus­sie.

Avec la perte des bud­gets, le manque de coo­pé­ra­tion avec les nou­velles ré­pu­bliques ain­si que l’ab­sence de contrôle sur cer­taines fi­lières cri­tiques(2), la construc­tion na­vale russe dans le cou­rant des an­nées 1990 était vir­tuel­le­ment à l’ar­rêt. Et ce­la s’est res­sen­ti for­te­ment au ni­veau de la ma­rine : le vieillis­se­ment de la flotte est de­ve­nu de plus en plus évident, sur­tout au vu du fait que les mo­der­ni­sa­tions per­met­tant de rem­pla­cer les sys­tèmes ob­so­lètes em­bar­qués (et L’URSS n’était pas tou­jours ré­pu­tée «poin­tue» en ma­tière d’élec­tro­nique) ne sui­vaient pas et que, de plus, les na­vires neufs sor­tant des chan­tiers na­vals se comp­taient sur les doigts d’une seule main.

L’ac­crois­se­ment des bud­gets à l’aube des an­nées 2000 per­mit à la construc­tion na­vale russe de se re­mettre dou­ce­ment en marche, même si elle n’était pas res­tée to­ta­le­ment in­ac­tive ; sa sur­vie est pas­sée no­tam­ment par la mise au point de pro­jets de na­vires des­ti­nés à l’ex­por­ta­tion, ces pro­jets étant ré­em­ployés en­suite pour la ma­rine russe. La mise au point des cel­lules de lan­ce­ment ver­ti­cal uni­ver­selles 3S14 UKSK(3) aptes à em­bar­quer les mis­siles Ka­li­br et Oniks ain­si qu’à terme Tsir­kon per­mit à la Rus­sie de dis­po­ser d’un sys­tème de VLS (4) mo­derne et po­ly­va­lent au­tour du­quel al­laient se struc­tu­rer les nou­veaux de­si­gns de na­vires russes.

Suivre les pro­jets de cor­vettes russes est une tâche ar­due dé­cou­lant de la mul­ti­pli­ci­té des de­si­gns exis­tants et, à l’in­verse de l’exemple chi­nois, de l’ab­sence de stan­dar­di­sa­tion dans les pro­duc­tions en cours.

COR­VETTES ET PA­TROUILLEURS

Pas­sons donc en re­vue les pro­jets en cours de la ma­rine russe et ce que l’ave­nir nous ré­serve en la ma­tière. Suivre les pro­jets de cor­vettes russes est une tâche ar­due dé­cou­lant de la mul­ti­pli­ci­té des de­si­gns exis­tants et, à l’in­verse de l’exemple chi­nois, de l’ab­sence de stan­dar­di­sa­tion dans les pro­duc­tions en cours. Pre­mière classe abor­dée, les cor­vettes (5) de la classe Buyan-m (Pro­ject 21631) sont des na­vires de pe­tite taille (dé­pla­ce­ment maxi­mal de 949 t) qui dé­coulent de la classe Buyan (Pro­ject 21630) et em­barquent un

ar­me­ment non né­gli­geable com­po­sé d’un ca­non A190 (100 mm), de huit cel­lules (2 × 4 VLS) UKSK ain­si que d’un sys­tème de pro­tec­tion rap­pro­chée AK-630M qui se­ra rem­pla­cé à terme par le Pant­sir-m; la pro­pul­sion est as­su­rée par deux groupes Die­sel com­pre­nant quatre mo­teurs Zvez­da M520 qui leur as­surent une vi­tesse maxi­male de 26 noeuds.

Chose rare au sein de la ma­rine russe, ce pro­jet qui a été des­si­né et est pro­duit par Ze­le­no­dolsk suit un rythme de pro­duc­tion glo­ba­le­ment bon (se­lon les pa­ra­mètres russes) avec un temps moyen de quatre ans entre la mise sur cale et l’ac­cep­ta­tion au ser­vice ; ce ne sont pas moins de trois Buyan (Pro­ject 21630) qui ont été pro­duites entre 2004 et 2012 sui­vies par 12 na­vires de la classe Buyan-m (Pro­ject 21631), dont six uni­tés sont en ser­vice au sein des flottes de la Bal­tique et de la mer Noire et au sein de la Flot­tille de la Cas­pienne, les six autres (tous étant dé­jà sur cale et à di­vers stades d’achè­ve­ment) de­vant re­joindre les dif­fé­rentes flottes russes d’ici à 2023.

La classe de cor­vettes sui­vante est – et de loin – la plus com­plexe à ap­pré­hen­der puisque à par­tir d’une seule classe, pas moins de trois va­riantes sont dé­ri­vées; à l’ori­gine se trouve la classe de cor­vettes Ste­re­gu­sh­chiy (Pro­ject 20380) des­si­née par le bu­reau d’études Al­maz et pro­duite au sein des chan­tiers na­vals Se­ver­naya et de l’amour. Le type 20380 est une cor­vette de taille im­por­tante puisque le dé­pla­ce­ment à pleine charge at­teint 2200 t, sa pro­pul­sion étant as­su­rée par deux groupes Die­sel com­pre­nant quatre mo­teurs Ko­lom­na 16D49 au­to­ri­sant une vi­tesse maxi­male de 27 noeuds. L’ar­me­ment prin­ci­pal de cette classe est com­po­sé du sys­tème 3K24 Uran com­pre­nant deux lan­ceurs KT-184 em­por­tant au to­tal huit mis­siles an­ti­na­vires Kh-35 au­quel vient s’ajou­ter un ca­non A190 (100 mm), ain­si que 12 VLS pour le sys­tème de dé­fense an­ti­aé­rienne 9K96 Po­li­ment-re­dut. C’est le 21 dé­cembre 2001 qu’a été mis sur cale au chan­tier na­val Se­ver­naya le pre­mier bâ­ti­ment de cette sé­rie et ce der­nier a été ad­mis au ser­vice le 28 fé­vrier 2008. Quatre na­vires sup­plé­men­taires (Pro­ject 20381) ont été ad­mis au ser­vice et cinq autres sont ac­tuel­le­ment à di­vers stades d’achè­ve­ment au sein du chan­tier na­val Se­ver­naya et au chan­tier na­val de l’amour; la der­nière uni­té est an­non­cée pour 2021.

Dé­cou­lant de la classe 20380 dont elle est une ver­sion mo­der­ni­sée, la classe Gre­mya­sh­chiy (Pro­ject 20385) de­vait nor­ma­le­ment prendre la re­lève de son pré­dé­ces­seur, la dif­fé­rence prin­ci­pale ré­si­dant dans l’ins­tal­la­tion de cel­lules UKSK en rem­pla­ce­ment du sys­tème 3K24 Uran. La mâ­ture du na­vire est mo­di­fiée avec un em­ploi de nou­veaux ra­dars, dont no­tam­ment deux larges ra­dars AE­SA. En outre, la chaîne ci­né­ma­tique est as­su­rée par des mo­teurs Die­sel MTU d’ori­gine al­le­mande. Le dé­ve­lop­pe­ment de cette nou­velle classe de na­vires va ces­ser après la construc­tion de seule­ment deux uni­tés en rai­son de dif­fi­cul­tés pour s’ap­pro­vi­sion­ner en mo­teurs oc­ci­den­taux et c’est la com­mande de cor­vettes 20381 sup­plé­men­taires qui va com­pen­ser cet ar­rêt.

Ame­nées à prendre la suite des Buyan-m, les cor­vettes de la classe Ka­ra­kurt (Pro­ject 22800) re­pré­sentent cer­tai­ne­ment les na­vires les plus pro­met­teurs pour la ma­rine russe dans la ca­té­go­rie des na­vires de pe­tite taille.

La mise en ser­vice des deux uni­tés doit avoir lieu dans le cou­rant de la pé­riode 20182019 et elles re­join­dront la Flotte du Pa­ci­fique.

Troi­sième classe de na­vires dé­cou­lant des Ste­re­gu­sh­chiy, les Dzer­ky (Pro­ject 20386) ont un de­si­gn nou­veau au ni­veau des su­per­struc­tures et leur dé­pla­ce­ment est ac­cru à 3 000 t. Elles ne font plus ap­pel aux cel­lules uni­ver­selles UKSK, l’ar­me­ment prin­ci­pal étant de nou­veau le 3K24 Uran avec des mis­siles Kh-35. La Rus­sie en­vi­sage l’ac­qui­si­tion de dix uni­tés de ce type et une pre­mière est dé­jà en construc­tion au sein du chan­tier na­val Se­ver­naya avec une mise en ser­vice pla­ni­fiée pour 2022. Cette nou­velle classe marque d’ailleurs un cer­tain « re­cul » par rap­port aux 20385 puisque l’em­ploi de cel­lules UKSK n’est pas pré­vu. Il semble que ce soit d’ailleurs une des rai­sons du « peu » d’en­thou­siasme ma­ni­fes­té par la ma­rine pour cette nou­velle classe.

Ame­nées à prendre la suite des Buyan-m, les cor­vettes de la classe Ka­ra­kurt (Pro­ject 22800) re­pré­sentent cer­tai­ne­ment les na­vires les plus pro­met­teurs pour la ma­rine russe dans la ca­té­go­rie des na­vires de pe­tite taille. D’un dé­pla­ce­ment maxi­mal de

L’ad­mi­ral Gor­sh­kov a été ad­mis au ser­vice au sein de la Flotte du Nord le 28 juillet 2018, soit plus de 12 ans après sa mise sur cale. Une deuxième uni­té de cette classe (l’ad­mi­ral Ka­sa­to­nov) est at­ten­due pour 2019.

800 t, cette classe – des­si­née par Al­maz – dis­pose des meilleurs raf­fi­ne­ments tech­niques russes : huit (2 × 4) cel­lules UKSK, Pant­sir-m, ca­non AK-176MA (76 mm) et mâ­ture in­té­grée avec ra­dars AE­SA. De plus, le na­vire a été conçu et pen­sé pour pou­voir être em­ployé, outre ses mis­sions cô­tières, en haute mer. La chaîne ci­né­ma­tique est com­po­sée de trois mo­teurs Die­sel Zvez­da M507D1 qui lui as­surent une vi­tesse maxi­male de 30 noeuds.

La pro­duc­tion de ces bâ­ti­ments, dont la Rus­sie sou­haite ac­qué­rir pas moins de 36 uni­tés (!) est ré­par­tie entre quatre chan­tiers na­vals, en l’oc­cur­rence : Pel­la, Ze­le­no­dolsk, Amour et Vos­toch­naya. À l’heure de ré­di­ger ces lignes, il y a dé­jà 18 bâ­ti­ments en com­mande, dont dix ont été po­sés sur cale et huit sont en passe de l’être sous peu; ces 18 bâ­ti­ments doivent être li­vrés pour 2026 au plus tard.

LES FRÉ­GATES

Le re­nou­vel­le­ment des fré­gates en Rus­sie est pas­sé par la mise au point de deux classes de bâ­ti­ments et c’est au dé­but de 2002 que les pre­mières dis­cus­sions ont fait état d’une nou­velle classe de fré­gates des­si­née par le bu­reau Se­ver­noye. Son de­si­gn pré­li­mi­naire a été ap­prou­vé par le com­man­de­ment de la ma­rine russe en juin 2003, mais sans pour au­tant déboucher sur une com­mande dans l’im­mé­diat puisque le fi­nan­ce­ment d’une telle classe de na­vire n’était pas pré­vu dans le bud­get mi­li­taire. Il fal­lut at­tendre avril 2005 pour as­sis­ter au lan­ce­ment de l’ap­pel d’offres re­la­tif à la construc­tion de ces na­vires et c’est le chan­tier na­val Se­ver­naya de Saint-pé­ters­bourg qui em­por­ta un pre­mier contrat por­tant sur la construc­tion de quatre uni­tés, sui­vi d’un autre pour deux uni­tés sup­plé­men­taires, le but étant de dis­po­ser à terme de 15 na­vires de ce type.

La mise sur cale de la tête de sé­rie de cette classe de fré­gates por­tant le nom d’ad­mi­ral Gor­sh­kov (Pro­ject 22350) eut lieu le 1er fé­vrier 2006 avant un lan­ce­ment le 29 oc­tobre 2010. Ce­pen­dant, il ne fal­lut pas moins de huit ans avant d’as­sis­ter à la li­vrai­son de la pre­mière uni­té. En ef­fet, outre les dif­fi­cul­tés liées à l’ap­pro­vi­sion­ne­ment en tur­bines à gaz et en ré­duc­teurs is­sus d’ukraine, d’im­por­tants pro­blèmes dans la mise au point des sys­tèmes d’ar­me­ments et des cap­teurs em­bar­qués ain­si que les dif­fi­cul­tés (struc­tu­relles) des chan­tiers na­vals russes à pro­duire dans un dé­lai rai­son­nable en ont consi­dé­ra­ble­ment re­tar­dé la construc­tion.

D’un dé­pla­ce­ment maxi­mal de 5400 t, les fré­gates de type 22350 ont bé­né­fi­cié des tra­vaux vi­sant à ré­duire leur si­gna­ture ra­dar (avec no­tam­ment l’ins­tal­la­tion d’un mât uni­ver­sel sur le­quel sont concen­trés les prin­ci­paux ra­dars em­bar­qués). Leurs ar­me­ments prin­ci­paux sont consti­tués de 16 UKSK (2×8 VLS) pour les frappes à la mer et au sol, d’un ca­non A192M (130 mm) ain­si que du sys­tème de dé­fense an­ti­aé­rienne 9K96 Po­li­ment-re­dut (4×8 VLS). La pro­pul­sion des deux pre­miers bâ­ti­ments est as­su­rée par deux tur­bines à gaz M90FR pro­ve­nant de chez Zo­rya-ma­sh­proekt en Ukraine, ces der­nières as­su­rant une vi­tesse de pointe de 29 noeuds ; les na­vires sui­vants re­ce­vront des tur­bines de sub­sti­tu­tion ve­nant de chez Sa­turn.

L’ad­mi­ral Gor­sh­kov a été ad­mis au ser­vice au sein de la Flotte du Nord le 28 juillet 2018(6), soit plus de 12 ans après sa mise sur cale. Une deuxième uni­té de cette classe (l’ad­mi­ral Ka­sa­to­nov) est at­ten­due pour 2019 tan­dis que deux autres sont bien avan­cées au sein du chan­tier na­val. L’ave­nir de cette classe est dé­jà tout tra­cé, puis­qu’une com­mande pour les cin­quième et sixième na­vires a dé­jà été si­gnée, bien qu’au­cune mise sur cale ne soit in­ter­ve­nue jus­qu’à pré­sent.

Deuxième classe de fré­gates mises sur cale par la Rus­sie, les fré­gates de la classe Ad­mi­ral Gri­go­ro­vich (Pro­ject 11356) sont une ré­ponse aux nom­breux re­tards ren­con­trés dans la mise au point des fré­gates de la classe Ad­mi­ral Gor­sh­kov. Trou­vant leur ori­gine dans les fré­gates de la classe Bu­re­vest­nik/kri­vak I/ II/III (Pro­ject 1135) mises en ser­vice par la ma­rine so­vié­tique à par­tir de 1970, elles dé­rivent d’un pro­jet de fré­gates des­ti­nées à l’ex­por­ta­tion mis au point par le bu­reau de de­si­gn Se­ver­noye ; ce pro­jet étant des­ti­né à l’inde qui a ac­quis six uni­tés de ce type au fil du temps et dis­cute ac­tuel­le­ment d’une com­mande sup­plé­men­taire. Le de­si­gn, re­la­ti­ve­ment clas­sique du point de vue de l’ar­chi­tec­ture na­vale (et par op­po­si­tion avec la classe 22350) est une créa­tion du bu­reau Se­ver­noye et c’est le chan­tier na­val Yan­tar de Ka­li­nin­grad qui se charge de la construc­tion des six fré­gates com­man­dées.

“Ad­mi­ral

Les fré­gates de la classe Gri­go­ro­vich (Pro­ject 11356) sont une ré­ponse aux nom­breux re­tards ren­con­trés dans la mise au point des fré­gates de la classe Ad­mi­ral Gor­sh­kov.

D’un dé­pla­ce­ment maxi­mal de 4 000 t, leur ar­me­ment prin­ci­pal est consti­tué de huit UKSK (2×4 VLS), d’un ca­non A190 (100 mm) tan­dis que la cou­ver­ture an­ti­aé­rienne est as­su­rée par le sys­tème 3S90E.1 Sh­til-1 (SA-N-12 Grizz­ly) qui em­ploie un mis­sile is­su des va­riantes les plus évo­luées du sys­tème Buk; le choix de ce sys­tème n’étant pas ano­din puis­qu’il per­mit d’évi­ter les écueils liés à la mise au point du Po­li­ment-re­dut des fré­gates 22350. La pro­pul­sion de ces na­vires est as­su­rée par un groupe M7N1 (com­po­sé de deux tur­bines à gaz prin­ci­pales et de deux d’appoint) pro­duit par Zo­rya-ma­sh­proekt et qui per­met au na­vire d’at­teindre une vi­tesse de pointe de 30 noeuds.

Mise sur cale le 18 dé­cembre 2010, la tête de sé­rie a été lan­cée le 14 mars 2014. La mise sur cale des autres bâ­ti­ments de la sé­rie s’est pour­sui­vie à un rythme ra­pide (ce qui est rare dans ce sec­teur en Rus­sie), mais le pro­gramme a su­bi un coup d’ar­rêt peu après l’an­nexion de la Cri­mée par la Rus­sie, l’ukraine re­fu­sant de four­nir les tur­bines à gaz et les ré­duc­teurs cen­sés équi­per les trois der­niers bâ­ti­ments. Ce­la ayant pour consé­quence que les trois na­vires sont sto­ckés in­ache­vés au chan­tier na­val Yan­tar en at­ten­dant les tur­bines de sub­sti­tu­tion russes pro­duites par Sa­turn.

Les trois pre­mières fré­gates 11356 ont été ad­mises au ser­vice au sein Flotte de la mer Noire entre mars 2016 et dé­cembre 2017, l’achè­ve­ment et la li­vrai­son des trois der­nières uni­tés étant main­te­nant pré­vus pour 2021. En l’état ac­tuel des choses, la ma­rine russe ne pré­voit pas de faire l’ac­qui­si­tion d’uni­tés sup­plé­men­taires de cette classe de bâ­ti­ments et des ru­meurs font état d’une hy­po­thé­tique re­vente des na­vires in­ache­vés à l’inde.

Reste la ques­tion des fré­gates 22350M dites «Su­per-gor­sh­kov»; ce pro­jet qui se­rait une évo­lu­tion de la fré­gate 22350 table sur un dé­pla­ce­ment, se­lon les sources, de 6500 à 8000 t, un ar­me­ment aug­men­té, une suite de cap­teurs re­vue et une meilleure en­du­rance en mer. Cette classe de na­vires ve­nant em­pié­ter sur les plates-bandes des fu­turs Li­der, il res­te­ra à voir ce que la Rus­sie en fe­ra et com­bien elle en com­man­de­ra. Une an­nonce très ré­cente réa­li­sée dans le cadre du sa­lon Ar­my 2018(7) parle de l’ac­qui­si­tion d’un to­tal de 18 fré­gates 22350(M), sans pour au­tant pré­ci­ser la ré­par­ti­tion entre les mo­dèles.

LES CROI­SEURS RUSSES DU FU­TUR : LA CLASSE LI­DER ?

Outre la construc­tion de fré­gates neuves, la Rus­sie ré­flé­chit de­puis plu­sieurs an­nées à la construc­tion de nou­veaux na­vires aux ca­rac­té­ris­tiques hau­tu­rières (grande au­to­no­mie, dé­pla­ce­ment im­por­tant, ar­me­ment va­rié et po­ly­va­lent) qui vien­draient prendre la re­lève de la flotte ac­tuelle. Les pre­mières an­nonces re­la­tives à cette nou­velle classe de croi­seurs por­tant le nom de Li­der (Pro­ject 23650) re­montent à 2009(8) et c’est en oc­tobre 2011(9) que les choses se sont pré­ci­sées avec l’in­ten­tion de conce­voir un bâ­ti­ment qui vien­drait prendre la re­lève de l’en­semble de la flotte hau­tu­rière russe en ser­vice ; la cible étant l’ac­qui­si­tion de 14 à 16 na­vires. Il fal­lut at­tendre le sa­lon Ar­my2015 pour voir la pré­sen­ta­tion d’une pre­mière ma­quette de ce pro­jet; les tra­vaux sur cette nou­velle classe réa­li­sés par les bu­reaux de de­si­gn Kry­lov et Se­ver­noye se sont pour­sui­vis avec l’éla­bo­ra­tion du pro­jet tech­nique. C’est le 23 août 2017(10) que le mi­nis­tère de la Dé­fense russe a ap­prou­vé le de­si­gn pré­li­mi­naire des

C’est le 23 août 2017 que le mi­nis­tère de la Dé­fense russe a ap­prou­vé le de­si­gn pré­li­mi­naire des Li­der, per­met­tant de pas­ser à l’étape de la concep­tion de la do­cu­men­ta­tion tech­nique. L’achè­ve­ment des tra­vaux sur le pro­jet est an­non­cé pour 2022 .

Li­der, per­met­tant de pas­ser à l’étape de la concep­tion de la do­cu­men­ta­tion tech­nique. L’achè­ve­ment des tra­vaux sur le pro­jet est an­non­cé pour 2022(11), après quoi la Rus­sie se­ra apte à mettre sur cale un pre­mier na­vire.

Un sé­rieux coup d’ar­rêt au pro­jet est ar­ri­vé avec la pu­bli­ca­tion des grandes lignes du pro­gramme d’in­ves­tis­se­ment GPV(12) 2018-2027 au dé­but de l’an­née 2018, où la construc­tion de ces na­vires ne semble pas avoir été prise en compte, l’idée ré­gu­liè­re­ment avan­cée étant « au­cune mise sur cale de na­vires d’une taille su­pé­rieure à la fré­gate ». De plus, la pu­bli­ca­tion de la Stra­té­gie de dé­ve­lop­pe­ment du sec­teur de la construc­tion na­vale jus­qu’en 2035(13) par De­nis Man­tu­rov, mi­nistre de l’in­dus­trie et du Com­merce, a je­té un grand froid sur l’ave­nir de la construc­tion na­vale lo­cale, lais­sant clai­re­ment en­tendre que la di­mi­nu­tion des bud­gets al­loués au sec­teur par l’état en­traî­ne­rait l’im­pos­si­bi­li­té pour la Rus­sie de s’équi­per en uni­tés de grande taille. Ce­la res­semble for­te­ment à un en­ter­re­ment de pre­mière classe pour le pro­jet Li­der. Comme si ce­la ne suf­fi­sait pas, les ré­flexions en cours sur les fré­gates de la classe 22350M « Su­per-gor­sh­kov » au­raient un im­pact sur les Li­der puisque ces na­vires pha­go­cy­te­raient en par­tie l’uti­li­té opé­ra­tion­nelle des croi­seurs.

Néan­moins, il res­sort quand même de plu­sieurs an­nonces très ré­centes que le pro­jet Li­der (par­fois ap­pe­lé Shk­val) est main­te­nu, la ques­tion à ré­soudre étant le nombre de na­vires à ac­qué­rir : les es­ti­ma­tions ini­tiales ont été re­vues et on parle main­te­nant d’une cible plus mo­deste avec huit na­vires(14) en­vi­sa­gés, à ré­par­tir entre la Flotte du Nord et la Flotte du Pa­ci­fique. D’un point de vue tech­nique et pour ce qui est dé­jà com­mu­ni­qué, les croi­seurs de la classe Li­der pré­sen­te­ront les ca­rac­té­ris­tiques sui­vantes, dont une par­tie ne se­ront que des ré­em­plois des so­lu­tions dé­jà dé­ployées sur les fré­gates 22350 : • na­vires po­ly­va­lents aptes à as­su­rer tous types de mis­sions of­fen­sives et dé­fen­sives en haute mer ;

• dé­pla­ce­ment es­ti­mé entre 14 000 et 18 000 t ; • pro­pul­sion nu­cléaire (l’en­du­rance en mer étant l’ob­jec­tif re­cher­ché) ;

• ar­me­ment prin­ci­pal : cel­lules UKSK (a prio­ri 64 uni­tés), sys­tème de dé­fense an­ti­aé­rienne 9K96 Po­li­ment-re­dut, sys­tème de dé­fense rap­pro­chée Pant­sir-m.

Bien que d’im­por­tants tra­vaux aux prin­ci­paux chan­tiers na­vals russes soient en­core à réa­li­ser pour qu’ils puissent as­su­rer la pro­duc­tion de na­vires d’un tel dé­pla­ce­ment, l’ho­ri­zon 2022 est cré­dible et per­ti­nent en ce qui concerne la mise sur cale d’une pre­mière uni­té de ce type : un dé­lai de cinq ans pour ob­te­nir un na­vire tête de sé­rie n’est au­cu­ne­ment ir­réa­liste. Les deux ques­tions qui res­tent à tran­cher étant la dis­po­ni­bi­li­té des bud­gets pour de tels na­vires (mais cette ques­tion semble en réa­li­té dé­pendre plus de choix po­li­tiques et de la vo­lon­té des dé­ci­deurs mi­li­taires que de contraintes bud­gé­taires) ain­si que la ca­pa­ci­té tech­nique à les pro­duire.outre ce pro­jet de fu­tur croi­seur russe, on peut ajou­ter que la Rus­sie ré­flé­chit ac­tuel­le­ment à la mise au point d’une nou­velle classe de na­vires de tran­sport et de dé­bar­que­ment (BDK dans la ter­mi­no­lo­gie lo­cale) qui vien­drait as­su­rer la re­lève de la «peu ap­pré­ciée» classe Ivan Gren (Pro­ject 11711) ain­si qu’à l’étude des avant-pro­jets de por­tea­vions (pro­jets Sh­torm et Sh­torm-km) de­vant as­su­rer à très long terme le rem­pla­ce­ment de l’ad­mi­ral Kuz­net­sov.

Notes

(1) VMF : Военно-морской Флот, Flotte ma­ri­time mi­li­taire. (2) Le cas le plus fla­grant est bien évi­dem­ment la pro­duc­tion de tur­bines à gaz na­va­li­sées qui se dé­roule en Ukraine.

(3) UKSK : Универсальный корабельный стрельбовый комплекс, com­plexe de tir uni­ver­sel em­bar­qué.

(4) Ver­ti­cal Laun­ching Sys­tem, sys­tème de lan­ce­ment ver­ti­cal. (5) En Rus­sie, ces na­vires sont clas­sés en tant que Малые артиллерийские корабли, pe­tits na­vires d’ar­tille­rie.

(6) « Головной фрегат "Адмирал Горшков" включили в боевой состав ВМФ России », 28 juillet 2018 (https://tass. ru/ar­miya-i-opk/5410897).

(7) « ВМФ нужно не менее 18 фрегатов и 36 корветов », 22 août 2018 (https://ria.ru/de­fen­se_ sa­fe­ty/20180822/1527005504.html).

(8) « Перспективный эсминец российского ВМФ будет многоцелевым, оснащен ударным ракетным оружием и почти невидим – эксперт », 23 juin 2009.

(9) « Новейший эсминец для ВМФ России заменит три класса кораблей », 10 oc­tobre 2011 (http://www.arms-ex­po.ru/news/ar­chive/no­vey­shiy-es­mi­nec-dlya-vmf-ros­sii-za­me­nit-tri-klas­sa-ko­ra­bley10-10-2011-09-57-00/).

(10) « Утвержден эскизный проект эсминца "Лидер" », 23 août 2017 (https://len­ta.ru/news/2017/08/23/lea­der).

(11) « Технический проект эсминца "Лидер" будет готов к 2022 году », 28 juillet 2018 (http://tass.ru/ar­miya-iopk/5411006).

(12) госпрограмма вооружений, pro­gramme éta­tique d’ar­me­ment.

(13) Le do­cu­ment peut être consul­té à l’adresse sui­vante : http://min­prom­torg.gov.ru/docs/#!stra­te­giya_­raz­vi­tiya_­su­dos­troi­tel­noy_­pro­my­sh­len­nos­ti_­na_­pe­riod_­do_2035_­go­da. (14) « Россия может построить до шести атомных эсминцев "Лидер" », 3 août 2018 (http://www.mi­li­ta­ry­news. ru/sto­ry.asp?rid=1&nid=487400).

Les ré­flexions en cours sur les fré­gates de la classe 22350M « Su­per-gor­sh­kov » au­raient un im­pact sur les Li­der puisque ces na­vires pha­go­cy­te­raient en par­tie l’uti­li­té opé­ra­tion­nelle des croi­seurs.

Pho­to ci-des­sus :L’ad­mi­ral Gor­sh­kov, tête de sa classe de fré­gates, fin 2014. Le bâ­ti­ment est fi­na­le­ment en­tré en ser­vice opé­ra­tion­nel. (© D.R.)

Le Soo­bra­zi­tel­nyy, pre­mière cor­vette du Pro­ject 20381. (© D.R.)

Un Uda­loy I et un croi­seur de classe Mosk­va (ar­rière-plan) au cours d’une pa­rade na­vale. La ma­rine russe reste en­core dé­pen­dante des uni­tés construites à l’époque so­vié­tique. (© D.R.)

Deux Pro­ject 21631 Buyan-m à quai. Des bâ­ti­ments de ce type ont ef­fec­tué des tirs de mis­siles de croi­sière Ka­li­br sur des po­si­tions de l’état is­la­mique en Sy­rie. (© D.R.)

Deux Ta­tars­tan (Pro­ject 11661, type Ge­pard) de 1 930 t.p.c. ont été ad­mises au ser­vice en 2003 et 2012, dans la Flotte de la Cas­pienne. (© D.R.)

L’ad­mi­ral Ma­ka­rov (Pro­jet 11356). Les six uni­tés com­man­dées l’ont été dans la fou­lée de l’an­nexion de la Cri­mée, en se ba­sant sur les Tal­war four­nies à l’inde. (© D.R.)

Le Va­si­ly By­kov, tête de sé­rie du Pro­ject 22160 de pa­trouilleurs.Avec 1 700 t.p.c., ces bâ­ti­ments se­ront do­tés du mis­sile Ka­li­br et d’un han­gar pour un hé­li­co­ptère. (© D.R.)

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