NOUS EN­TRONS DANS UNE PÉ­RIODE DE COM­PÉ­TI­TION DY­NA­MIQUE

DSI Hors-Série - - SOMMAIRE - Avec James GOLDRICK Contre-ami­ral (ret.) de la ma­rine royale aus­tra­lienne, en­sei­gnant à l’uni­ver­si­té de New South Wales, Can­ber­ra. Tra­duc­tion par Ga­brie­la Bou­the­rin

En­tre­tien avec James GOLDRICK, contre-ami­ral (ret.) de la ma­rine royale aus­tra­lienne, en­sei­gnant à l’uni­ver­si­té de New South Wales, Can­ber­ra

Vous avez beau­coup écrit sur les opé­ra­tions na­vales en Eu­rope au cours de la Pre­mière Guerre mon­diale. Avant ce­la et du­rant la mon­tée en puis­sance de la ma­rine im­pé­riale al­le­mande, nous avions connu des épi­sodes de «pa­niques na­vales», no­tam­ment en Grande-bre­tagne. Existe-t-il des si­mi­li­tudes avec l’ac­tuelle mon­tée en puis­sance de la ma­rine chi­noise ?

James Goldrick : La mon­tée en puis­sance chi­noise pré­sente aus­si bien des si­mi­li­tudes que des dif­fé­rences avec la si­tua­tion connue entre 1898 et 1914. Tout d’abord, bien que les ca­pa­ci­tés chi­noises de dé­ni d’ac­cès (A2/AD) re­pré­sentent un dé­fi consi­dé­rable pour la po­si­tion do­mi­nante dont bé­né­fi­cient les Étatsu­nis dans le Pa­ci­fique oc­ci­den­tal de­puis la fin de la Deuxième Guerre mon­diale, la ma­rine chi­noise ne consti­tue pas un poi­gnard poin­té sur le coeur de l’amé­rique. C’est ain­si que les Bri­tan­niques per­ce­vaient la flotte al­le­mande de haute mer, si­tuée à moins d’une jour­née de na­vi­ga­tion de l’autre cô­té de la mer du Nord. Au­tre­ment dit, il ne s’agit pas d’une me­nace exis­ten­tielle pour les États-unis. C’est une dif­fé­rence es­sen­tielle par rap­port à la pre­mière dé­cen­nie du siècle pas­sé.

Tou­te­fois, la ca­pa­ci­té crois­sante de la Chine à do­mi­ner, ain­si qu’elle le sou­haite, les zones si­tuées à l’in­té­rieur de la pre­mière chaîne d’îles et à pour­suivre ain­si vers la «deuxième», voire la «troi­sième», re­pré­sente un dé­fi pour la do­mi­na­tion amé­ri­caine dans le Pa­ci­fique oc­ci­den­tal et une me­nace pour les prin­ci­paux al­liés des États-unis, dont le Ja­pon. De mon point de vue, nous en­trons dans une pé­riode de com­pé­ti­tion dy­na­mique plu­tôt que de confron­ta­tion réelle, et les deux par­ties cher­che­ront à éva­luer les po­ten­tielles vul­né­ra­bi­li­tés – aus­si bien les leurs que celles de l’ad­ver­saire – tout en af­fir­mant leur pré­sence dans l’en­semble de la zone ma­ri­time. De po­ten­tiels pro­blèmes existent, no­tam­ment dans les mers de Chine orien­tale et du Sud, pou­vant déboucher sur un conflit à plus grande échelle, mais je pense que les hos­ti­li­tés ma­ri­times ré­sul­te­ront de fac­teurs ex­ternes plu­tôt que de causes ma­ri­times à pro­pre­ment par­ler.

Ce que l’on ap­pelle gé­né­ra­le­ment le « dé­ni d’ac­cès» pour­rait être une condi­tion né­ces­saire pour la Chine dans le cadre d’un conflit ma­jeur, mais pas suf­fi­sante. Le dé­ve­lop­pe­ment par la Chine du contrôle ma­ri­time sur un long rayon et de ca­pa­ci­tés de pro­jec­tion de puis­sance, avec no­tam­ment l’ac­qui­si­tion de porte-avions, té­moigne en par­tie de la prise de conscience de ses nou­velles vul­né­ra­bi­li­tés. La Chine est au­jourd’hui dé­pen­dante de la mer comme ja­mais au­pa­ra­vant. Son ali­men­ta­tion en éner­gie re­pose sur le pé­trole ve­nant no­tam­ment du Moyen-orient et, comme ses ma­tières pre­mières et ses pro­duc­tions, tran­site lar­ge­ment par la mer. En cas de conflit ma­jeur, la pro­tec­tion des voies ma­ri­times se­rait aus­si im­por­tante pour

De po­ten­tiels pro­blèmes existent, no­tam­ment dans les mers de Chine orien­tale et du Sud, pou­vant déboucher sur un conflit à plus grande échelle, mais je pense que les hos­ti­li­tés ma­ri­times ré­sul­te­ront de fac­teurs ex­ternes plu­tôt que de causes ma­ri­times à pro­pre­ment par­ler.

la Chine que la pré­ser­va­tion de ses ap­proches ma­ri­times. De plus, ces ca­pa­ci­tés de contrôle ma­ri­time et de pro­jec­tion de puis­sance ne concernent pas uni­que­ment un conflit avec les États-unis. Elles pour­raient éga­le­ment re­pré­sen­ter l'ému­la­tion par une puis­sance ma­ri­time d'une autre, plus an­cienne. De nom­breux res­sor­tis­sants – et in­ves­tis­se­ments – chi­nois se trouvent ac­tuel­le­ment en Afrique et au Moyen-orient. Ils ont pris des risques im­por­tants et le gou­ver­ne­ment doit leur ac­cor­der une cer­taine pro­tec­tion. La Chine com­prend de plus en plus le rôle des forces na­vales dans l’af­fir­ma­tion des in­té­rêts na­tio­naux par d’autres moyens, comme ou­tils d’une di­plo­ma­tie à la fois cour­toise et coer­ci­tive. Elle a vu les forces am­phi­bies et groupes aé­ro­na­vals amé­ri­cains ré­agir à court – ou sans – pré­avis à des crises à tra­vers le monde et cou­vrant l’en­semble du spectre des conflits. Elle sou­haite, tout au moins dans l’in­dopa­ci­fique, pou­voir faire de même – et, ex­pli­que­rait-elle, pour les mêmes rai­sons que celles ayant conduit les États-unis à dé­ployer ce type de ca­pa­ci­tés à de telles élon­ga­tions du conti­nent nord-amé­ri­cain.

Concer­nant l’ac­tuelle mon­tée en puis­sance qua­li­ta­tive et quan­ti­ta­tive de la Chine, com­ment qua­li­fie­riez-vous la ré­ac­tion des ma­rines en Asie-pa­ci­fique? Y a-t-il plus d’es­pace po­li­tique et mi­li­taire pour la coo­pé­ra­tion ? Y a-t-il des modes de coo­pé­ra­tion qui au­raient été sous-es­ti­més ?

L’in­dopa­ci­fique – qui, dans ces cir­cons­tances est un meilleur terme que « Asie-pa­ci­fique » du fait de sa re­con­nais­sance de l’océan In­dien et de l’asie du Sud – est pour l’eu­rope un es­pace très dif­fé­rent, tout comme ses re­la­tions in­té­rieures, et no­tam­ment les struc­tures d’al­liance. Il n’existe au­cune pers­pec­tive réelle pour la créa­tion d’une or­ga­ni­sa­tion si­mi­laire à L’OTAN dans la ré­gion élar­gie. L’ali­gne­ment de na­tions aux in­té­rêts com­muns via des en­tentes moins for­melles se pour­sui­vra pro­ba­ble­ment de la même ma­nière qu’au­jourd’hui. Les États-unis et l’inde sont ac­tuel­le­ment plus proches que ja­mais dans le do­maine sé­cu­ri­taire, avec d’im­por­tants trans­ferts de sys­tèmes de haute tech­no­lo­gie vi­sant à dy­na­mi­ser les ca­pa­ci­tés ma­ri­times et aé­riennes de l’inde et à in­ten­si­fier les ef­forts pour ren­for­cer l’in­ter­opé­ra­bi­li­té. L’inde et le Ja­pon tra­vaillent éga­le­ment de ma­nière plus étroite et l’aus­tra­lie, en plus de son al­liance avec les États-unis, consi­dère ces deux pays comme des par­te­naires par­ta­geant une même vi­sion.

Certes, la nou­velle puis­sance ma­ri­time de la Chine conduit tous les autres pays im­por­tants de l’in­dopa­ci­fique à re­gar­der leurs ca­pa­ci­tés na­vales et aé­riennes. Je ne qua­li­fie­rais pas en­core cette si­tua­tion de course aux ar­me­ments, l’aug­men­ta­tion li­mi­tée du bud­get ja­po­nais de dé­fense n’étant qu’un exemple du ca­rac­tère contraint de l’ex­pan­sion en cours. On ac­corde tou­te­fois une im­por­tance nou­velle à la lé­ta­li­té, ce qui consti­tue, dans une cer­taine me­sure, un glis­se­ment de l’at­ten­tion qui était ac­cor­dée ces deux der­nières dé­cen­nies à la sé­cu­ri­té ma­ri­time vers la guerre de haute in­ten­si­té et tout ce qu’elle im­plique. Ce­la se re­flète aus­si bien dans les ac­qui­si­tions que dans l’en­traî­ne­ment et les opé­ra­tions. La guerre an­ti-sous-ma­rine est un élé­ment ma­jeur de cette nou­velle ap­proche et un do­maine au­quel les États-unis, le Ja­pon et l’aus­tra­lie portent une at­ten­tion de plus en plus mar­quée.

L’aus­tra­lie et beau­coup d’autres pays sont confron­tés à un pro­blème de re­cru­te­ment : dans un monde connec­té, il est dif­fi­cile de trou­ver des ma­rins ac­cep­tant de tra­vailler loin de leurs fa­milles, même si les ré­mu­né­ra­tions sont bonnes. D’un point de vue his­to­rique, avez-vous dé­jà ob­ser­vé ce type de dif­fi­cul­tés de re­cru­te­ment? Le pas­sé nous offre-t-il des clés pour ré­pondre à cette pro­blé­ma­tique ?

La clé d’un re­cru­te­ment réus­si ré­side dans la po­li­tique de fi­dé­li­sa­tion; si celle-ci est bonne, alors le «mes­sage» que les fu­tures re­crues re­ce­vront des per­son­nels en ser­vice se­ra po­si­tif. De plus, si les taux de fi­dé­li­sa­tion sont bons, le nombre de re­crues peut être main­te­nu à des ni­veaux gé­rables, aus­si bien concer­nant le vi­vier de re­cru­te­ment que la ca­pa­ci­té à for­mer de nou­veaux en­ga­gés.

La vé­ri­té est que les ma­rines pro­je­tées ont tou­jours connu des dif­fi­cul­tés pour gar­der leurs per­son­nels for­més. La cé­lèbre conscrip­tion for­cée dans la ma­rine bri­tan­nique à l’époque de Na­po­léon vi­sait en réa­li­té à réunir suf­fi­sam­ment de ma­rins ex­pé­ri­men­tés, plu­tôt que des pay­sans sans ex­pé­rience en mer. Des re­cherches ré­centes ont mis en lu­mière les in­ci­ta­tions fi­nan­cières et la pro­mo­tion alors mises en oeuvre pour per­sua­der des ma­rins ex­pé­ri­men­tés «en­rô­lés de force» à se por­ter «vo­lon­taires». De telles me­sures ap­pa­raissent cu­rieu­se­ment fa­mi­lières en re­gard des ou­tils de fi­dé­li­sa­tion au XXIE siècle! Le «rap­pel des lé­gions» par la Grande-bre­tagne au cours de la pre­mière dé­cen­nie du XXE siècle, qui a fait re­ve­nir d’outre-mer des bâ­ti­ments ma­jeurs pour les concen­trer dans les eaux bri­tan­niques, fut cer­tai­ne­ment, en par­tie, une ré­ponse à la mon­tée en puis­sance de l’al­le­magne en mer du Nord. Mais ce­la fut

Je ne qua­li­fie­rais pas en­core cette si­tua­tion de course aux ar­me­ments, l’aug­men­ta­tion li­mi­tée du bud­get ja­po­nais de dé­fense n’étant qu’un exemple du ca­rac­tère contraint de l’ex­pan­sion en cours.

éga­le­ment la re­con­nais­sance du fait que les per­son­nels ayant une longue ex­pé­rience, et dont on avait déses­pé­ré­ment be­soin pour une flotte à la tech­no­lo­gie avan­cée alors en ex­pan­sion, étaient de plus en plus in­sa­tis­faits par la pers­pec­tive de ser­vir du­rant des an­nées à l’étran­ger sans pos­si­bi­li­té de voir leurs fa­milles. Cette si­tua­tion s’est ré­pé­tée nombre de fois de­puis, les ma­rines de­vant conci­lier leurs nom­breux en­ga­ge­ments avec les be­soins de leurs per­son­nels.

La po­li­tique de fi­dé­li­sa­tion fonc­tionne si elle est rai­son­na­ble­ment en phase avec les at­tentes de la so­cié­té ci­vile et s’il existe un équi­libre entre les be­soins de l’ins­ti­tu­tion et ceux des in­di­vi­dus. La solde et les in­dem­ni­tés com­pensent en par­tie les temps longs de l’éloi­gne­ment, mais ce­la n’est pas suf­fi­sant. Le plus im­por­tant ré­side peut-être dans la sta­bi­li­té des cycles d’af­fec­ta­tion et une at­tente rai­son­nable que les pla­ni­fi­ca­tions soient res­pec­tées. C’est là que les per­tur­ba­tions pro­lon­gées que connaissent les pro­grammes des flottes et les pé­nu­ries de per­son­nels es­sen­tiels peuvent être par­ti­cu­liè­re­ment per­ni­cieuses dans la me­sure où elles obligent à des ré­ponses ra­pides af­fec­tant les vies per­son­nelles des in­di­vi­dus. Ce­la peut en­gen­drer une spi­rale des­truc­trice dans la me­sure où les ten­ta­tives pour faire face aux contin­gences et aux manques ne font qu’exa­cer­ber le pro­blème : les per­son­nels aux­quels sont confiées, de ma­nière ré­pé­tée, des charges im­pré­vues fi­nissent par «vo­ter avec les pieds ».

Un chan­ge­ment ma­jeur est tou­te­fois in­ter­ve­nu ces dix der­nières an­nées dans l’équi­libre des be­soins du lit­to­ral et de la mer : il s’agit des ré­seaux so­ciaux. L’at­tente et la réa­li­té d’une connec­ti­vi­té pra­ti­que­ment conti­nue avec les fa­milles et les amis ont gé­né­ré de nou­veaux pro­blèmes pour la ges­tion du mo­ral et le main­tien de la sé­cu­ri­té. Iro­ni­que­ment, plus les in­di­vi­dus sont connec­tés, plus les longues ab­sences semblent dif­fi­ciles pour tous. Les com­mu­ni­ca­tions constantes peuvent en outre sus­ci­ter au­tant de dif­fi­cul­tés qu’elles n’en ré­solvent, et ce des deux cô­tés, en met­tant no­tam­ment l’autre au fait des pro­blèmes du quo­ti­dien, des crises lo­cales et des dif­fi­cul­tés per­son­nelles pour les­quels la per­sonne éloi­gnée ne peut rien faire. Les bâ­ti­ments de guerre se­ront par ailleurs constam­ment confron­tés au dé­fi du dé­bit suf­fi­sant en bande pas­sante pour ceux qui sont ha­bi­tués à la vi­tesse de la fibre op­tique – en com­pa­rai­son, les sa­tel­lites se­ront tou­jours des moyens chers et li­mi­tés, même lorsque les de­mandes d’échange de don­nées opé­ra­tion­nelles n’ont pas la prio­ri­té. Les sous-ma­ri­niers sont les seuls ma­rins opé­rant comme au­tre­fois, mais leur ab­sence im­po­sée des ré­seaux so­ciaux du­rant de longues se­maines fait que la pers­pec­tive de de­ve­nir sous-ma­ri­nier sou­lève plus de dé­fis que par le pas­sé. Les ma­rines de­vront trou­ver des so­lu­tions à tous ces nou­veaux pro­blèmes – je ne pense pas qu’elles les aient dé­jà trou­vées. L’aus­tra­lie a ré­cem­ment choi­si la fré­gate Type-26 pour rem­pla­cer celles de classe An­zac. Les nou­veaux bâ­ti­ments in­dui­ront un saut en termes de ca­pa­ci­tés et de per­ma­nence en mer. Ce­la im­plique-t-il un chan­ge­ment dans la ma­nière dont sont conduits les dé­ploie­ments aus­tra­liens ou dans la tac­tique na­vale du pays ?

La dé­ci­sion d’ac­qué­rir neuf grandes fré­gates confirme que la ma­rine aus­tra­lienne – et des forces de dé­fense aus­tra­liennes – porte de nou­veau at­ten­tion aux opé­ra­tions de task force qui ren­for­ce­ront la cré­di­bi­li­té na­tio­nale et per­met­tront à l’aus­tra­lie d’avoir un vé­ri­table poids stra­té­gique dans les opé­ra­tions en coa­li­tion. Les ca­pa­ci­tés de guerre an­ti-sous-ma­rine (ASM) se­ront un as­pect es­sen­tiel de cette en­tre­prise, mais il est tout aus­si im­por­tant de com­prendre la né­ces­si­té que des uni­tés ma­jeures aient une vo­ca­tion gé­né­rale. C’est la rai­son pour la­quelle la nou­velle classe Hun­ter se­ra concen­trée sur la guerre ASM tout en étant équi­pée du sys­tème amé­ri­cain Ae­gis, de ra­dars CEAFAR conçus en Aus­tra­lie et de sys­tèmes de lan­ce­ment ver­ti­cal Mark 41, ayant la ca­pa­ci­té de ti­rer des mis­siles an­ti­aé­riens SM-2 et SM-6 et peut-être même des mis­siles an­ti­ba­lis­tiques SM-3. Les nou­veaux des­troyers de classe Ho­bart lan­ceurs de mis­siles gui­dés se­ront les prin­ci­pales uni­tés de com­man­de­ment et contrôle pour les opé­ra­tions aé­riennes dans tout le dis­po­si­tif na­val aus­tra­lien, mais les Hun­ter contri­bue­ront consi­dé­ra­ble­ment aux mis­sions de guerre aé­rienne et ter­restre tout en ac­com­plis­sant leur rôle dans la guerre ASM. Jus­qu’à ce que les Hun­ter entrent en ser­vice à la fin de la pro­chaine dé­cen­nie, les An­zac mo­der­ni­sées as­su­re­ront l’in­té­rim. Leurs ca­pa­ci­tés – et d’autres mo­der­ni­sa­tions sont en cours – ont connu de re­mar­quables évo­lu­tions en com­pa­rai­son de celles dont était do­té le pre­mier bâ­ti­ment de cette classe lors de son en­trée en ser­vice en 1996.

Les ma­rines pro­je­tées ont tou­jours connu des dif­fi­cul­tés pour gar­der leurs per­son­nels for­més. La cé­lèbre conscrip­tion for­cée dans la ma­rine bri­tan­nique à l’époque de Na­po­léon vi­sait en réa­li­té à réunir suf­fi­sam­ment de ma­rins ex­pé­ri­men­tés, plu­tôt que des pay­sans sans ex­pé­rience en mer.

La ma­rine ne se­ra pas seule dans les dis­po­si­tifs dé­ployés par l’aus­tra­lie. Le Wed­ge­tail, aé­ro­nef de dé­tec­tion et de contrôle de la Royal Aus­tra­lian Air Force (RAAF), qui a rem­por­té un franc suc­cès, se­ra un élé­ment ma­jeur, tout comme l’ap­pa­reil de pa­trouille ma­ri­time P-8A Po­sei­don. Les sept pre­mières uni­tés des douze P-8A sont ac­tuel­le­ment en ser­vice et le gou­ver­ne­ment pré­voit d’en com­man­der trois sup­plé­men­taires. L’une des prin­ci­pales dé­mons­tra­tions du po­ten­tiel des fu­turs sys­tèmes fut la pre­mière uti­li­sa­tion de la Ca­pa­ci­té d’en­ga­ge­ment et de coo­pé­ra­tion amé­ri­caine (Coo­pe­ra­tive En­ga­ge­ment Ca­pa­bi­li­ty, CEC) par le Ho­bart en com­bi­nai­son avec le Bris­bane, son na­vire-ju­meau ré­cem­ment en­tré en ser­vice. La ca­pa­ci­té de la CEC à fu­sion­ner les don­nées de cap­teurs élé­men­taires dis­per­sés est une avan­cée ex­tra­or­di­naire par rap­port au par­tage entre sys­tèmes d’ex­ploi­ta­tion des don­nées de com­bat. À l’ère des cibles fur­tives, la ca­pa­ci­té à « re­gar­der » une cible de­puis plu­sieurs points per­met de pro­duire des don­nées de ci­blage d’une qua­li­té in­en­vi­sa­geable et à vi­tesse in­at­tei­gnable par d’autres moyens. L’aus­tra­lie a l’in­ten­tion de do­ter son aé­ro­nef Wed­ge­tail de la CEC. L’en­trée en ser­vice du chas­seur F-35A dans la RAAF est bien en­ga­gée et ap­por­te­ra une di­men­sion nou­velle à la ca­pa­ci­té des forces aus­tra­liennes.

Les forces am­phi­bies aus­tra­liennes, qui re­posent sur les deux porte-hé­li­co­ptères (Lan­ding He­li­cop­ter Docks, LHD), Ade­laide et Can­ber­ra, et sur les bâ­ti­ments de tran­sport de cha­lands de dé­bar­que­ment (Lan­ding Ship Dock, LSD) Choules, évo­luent vers le ni­veau ca­pa­ci­taire re­quis, en lien avec les com­po­santes de l’ar­mée de terre aus­tra­lienne ayant cette mis­sion.

Les prin­ci­paux bâ­ti­ments de sur­face ont connu des évo­lu­tions ma­jeures au cours du siècle der­nier – et ils conti­nuent à évo­luer. Per­sonne ne dis­pose d’une boule de cris­tal, mais, de votre point de vue, com­ment évo­lue­ront les Type-26 sur le plan ca­pa­ci­taire ?

Qu’elles soient bri­tan­niques ou aus­tra­liennes, les fré­gates Type-26 évo­lue­ront de plu­sieurs ma­nières. Pre­miè­re­ment, elles fonc­tion­ne­ront de plus en plus comme na­vires mères pour toute une gamme de vé­hi­cules opé­rés à dis­tance, sur la sur­face, au-des­sus, et même au-des­sous. Nous pour­rions dire qu’elles sont en train de de­ve­nir «les maîtres de l’es­saim». Dans un en­vi­ron­ne­ment cy­ber contes­té, la ca­pa­ci­té d’uni­tés comme les Type-26 à gé­né­rer des ré­seaux lo­caux pou­vant être opé­rés lar­ge­ment de ma­nière pas­sive ou par ligne de vi­sée si­gni­fie­ra qu’elles main­tien­dront un ni­veau de connais­sance et pour­ront sur­vivre aux at­taques contrai­re­ment à d’autres uni­tés dé­pen­dantes de sources de don­nées à dis­tance. Les Bri­tan­niques ont eu rai­son de conce­voir le «Glo­bal Com­bat Ship» avec de grands vo­lumes in­ternes dis­po­nibles – ces es­paces per­met­tront d’ac­cueillir la gamme de vé­hi­cules opé­rés à dis­tance qui se­ront pro­ba­ble­ment en ser­vice au cours des deux pro­chaines dé­cen­nies.

La puis­sance in­for­ma­tique in­terne du bâ­ti­ment aug­men­te­ra pro­ba­ble­ment de ma­nière si­gni­fi­ca­tive, of­frant une meilleure ca­pa­ci­té pour ana­ly­ser les don­nées et dis­tin­guer les cibles fur­tives et les bruits de fond. Ce­la lui per­met­tra éga­le­ment d’ex­ploi­ter ef­fi­ca­ce­ment les sources de don­nées sup­plé­men­taires trans­mises par les ap­pa­reils opé­rés à dis­tance. La fu­sion de don­nées is­sues de plu­sieurs plates-formes, dé­jà pos­sible avec le sys­tème de la CEC, se­ra es­sen­tielle pour gé­né­rer des ni­veaux de connais­sance et la ca­pa­ci­té à ci­bler des mis­siles fur­tifs, hy­per­so­niques et d’autres me­naces. L’autre dé­ve­lop­pe­ment que connaî­tront pro­ba­ble­ment ces nou­veaux bâ­ti­ments por­te­ra sur les armes à éner­gie di­ri­gée, dans un pre­mier temps pour la dé­fense rap­pro­chée contre les me­naces aé­riennes et les pe­tites em­bar­ca­tions ra­pides «en es­saim». Les ca­pa­ci­tés éner­gé­tiques de la fré­gate Type-26 lui per­mettent une mon­tée de puis­sance qui se­ra né­ces­saire pour les sys­tèmes mo­der­ni­sés et de plus longue por­tée qui pour­raient ap­pa­raître au cours des pro­chaines dé­cen­nies, mais il se peut que le sys­tème de pro­duc­tion élec­trique né­ces­site alors d’être mo­der­ni­sé.

La ca­pa­ci­té de la CEC à fu­sion­ner les don­nées de cap­teurs élé­men­taires dis­per­sés est une avan­cée ex­tra­or­di­naire par rap­port au par­tage entre sys­tèmes d’ex­ploi­ta­tion des don­nées de com­bat.

Pho­to ci-des­sus :Le Ho­bart, tête de sa classe de des­troyers de dé­fense aé­rienne et l’an­zac. (© Com­mon­wealth of Aus­tra­lia)

Un des­troyer chi­nois Type-052c au cours des opé­ra­tions de re­cherche du vol MH370. (© Com­mon­wealth of Aus­tra­lia)

Des bâ­ti­ments no­tam­ment aus­tra­liens, amé­ri­cains, ja­po­nais et in­diens, dans le cadre de l’exer­cice « Ka­ka­du 2018 ». Avec la par­ti­ci­pa­tion de 26 États, c’est un des plus gros exer­cices na­vals au monde. (© Com­mon­wealth of Aus­tra­lia)

Re­pré­sen­ta­tion in­for­ma­tique de la fu­ture classe Hun­ter, dé­ri­vée de la Type-26. (© BAE Sys­tems)

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