Amé­rique cen­trale : des forces aé­riennes fan­to­ma­tiques

DSI - - SOMMAIRE - Par Phi­lippe Lan­gloit, char­gé de re­cherche au CAPRI

Les forces aé­riennes d’amé­rique cen­trale sont un pa­ra­doxe or­ga­ni­sa­tion­nel. His­to­ri­que­ment mises en place ra­pi­de­ment – et par­fois in­dé­pen­dantes plus tôt que les forces aé­riennes oc­ci­den­tales –, elles ont été lar­ge­ment mises à contri­bu­tion dans les guerres ci­viles des an­nées 1960 à 1980. Pour au­tant, les moyens qui leur ont été af­fec­tés, dé­jà as­sez faibles, ont en­core dé­cru de­puis la fin de la guerre froide.

Àtout sei­gneur tout hon­neur : pays le plus peu­plé d’amé­rique cen­trale, le Mexique dis­pose éga­le­ment du plus gros bud­get de dé­fense

de la ré­gion et d’une force aé­rienne étof­fée. Elle ap­pa­raît his­to­ri­que­ment tôt. Dès 1913, une Ae­rial Mi­li­tia fut mise en place sous la tu­telle de l’ar­mée, qui de­vint l’ar­ma de Avia­ción Mi­li­tar en fé­vrier 1915. Elle a été en­ga­gée dans plu­sieurs opé­ra­tions et coups d’état dans les an­nées 1920 et 1930 et un es­ca­dron do­té de P-47 a pris part aux opé­ra­tions dans le Pa­ci­fique du­rant la

Deuxième Guerre mon­diale. Dans les an­nées 1960, elle a re­çu des Vam­pire et des T-33 – les der­niers ont quit­té le ser­vice en 2007 – et s’est trou­vée à plu­sieurs re­prises en­ga­gée contre des gué­rillas ponc­tuelles (1). Il fal­lut at­tendre 1982 pour qu’elle dis­pose d’ap­pa­reils mo­dernes, avec l’achat de 10 F-5E et de deux bi­places, qui ne n’étaient tou­te­fois pas do­tés de mu­ni­tions de pré­ci­sion (2).

Sur­tout, elle a dé­ve­lop­pé ses ca­pa­ci­tés dans le do­maine des hé­li­co­ptères, qui ont ap­puyé avec ef­fi­ca­ci­té les troupes en­ga­gées dans les opé­ra­tions contre L’EZLN za­pa­tiste du sous-com­man­dant Mar­cos, à par­tir de 1994.

Reste que les an­nées 1990 et 2000 ont éga­le­ment vu la prise en compte de la me­nace po­sée par les car­tels, qui main­tiennent une si­tua­tion sé­cu­ri­taire dé­li­cate dans plu­sieurs ré­gions du pays. Dans le même temps, Mexi­co a été pres­sé de s’en­ga­ger avec plus d’ar­deur dans la lutte contre les lignes de com­mu­ni­ca­tion des car­tels sud-amé­ri­cains. Con­crè­te­ment, ce n’est pas tant la force aé­rienne qui a bé­né­fi­cié alors de l’aide amé­ri­caine qui com­men­çait à af­fluer que la ma­rine. Dès 2004, elle a ain­si re­çu trois E-2C Haw­keye ex-is­raé­liens et a un temps en­vi­sa­gé d’ache­ter… des Su-27 ! Elle a éga­le­ment mis en place une ca­pa­ci­té de com­bat, avec des T-6C Texan II, éga­le­ment re­çus par la force aé­rienne. Dans les deux cas, les mo­no­tur­bo­props sont per­çus comme le sys­tème le plus per­ti­nent pour faire face aux car­tels tout comme à leurs pe­tits avions. Les Texan II vont ain­si rem­pla­cer à terme les Pilatus PC-7 uti­li­sés pour les mis­sions d’ap­pui air-sol re­çus à la fin des an­nées 1970. Les F-5 Ti­ger II ont quant à eux quit­té le ser­vice en 2016.

C’est éga­le­ment la donne stra­té­gique par­ti­cu­lière du pays qui dé­ter­mine une mo­der­ni­sa­tion de sa force aé­rienne, qui passe d’abord par des sys­tèmes ISR per­for­mants : un E-99 de dé­tec­tion aé­rienne avan­cée en rem­pla­ce­ment des Haw­keye et deux R-99 ISR et de sur­veillance ma­ri­time, de même que des Me­tro, deux Ci­ta­tion et un King Air. Elle concentre éga­le­ment l’es­sen­tiel des hé­li­co­ptères et a été l’une des pre­mières forces aé­riennes d’amé­rique la­tine à se do­ter de grands drones, en l’oc­cur­rence trois Hermes 450. In fine, les ca­pa­ci­tés aé­riennes mexi­caines sont des forces de co­opé­ra­tions, plu­tôt bien adap­tées à leur en­vi­ron­ne­ment stra­té­gique.

Le Ni­ca­ra­gua, du FSLN aux Contras

Les ori­gines de la force aé­rienne ni­ca­ra­guayenne re­montent aux an­nées 1920, lorsque les États-unis ont four­ni quatre JN-2 pour équi­per la garde na­tio­nale. Il fal­lut at­tendre 1926 pour que soit for­mé le Cuer­po Mi­li­tar de Avia­ción, qui de­vint deux ans plus tard la Fuer­za Aé­rea de la Guar­dia Na­cio­nal. En 1947, elle re­çut des États-unis 12 F-47D Thun­der­bolt et de­vint dans les an­nées 1950 la Fuer­za Aé­rea Guar­dia de Ni­ca­ra­gua (FAN). L’es­sen­tiel de sa flotte était alors com­po­sé d’ap­pa­reils d’en­traî­ne­ment et de tran­sport. Après le raid ra­té de la baie des Co­chons, mon­té par­tiel­le­ment de­puis le Ni­ca­ra­gua, elle a ré­cu­pé­ré des A-26 In­va­ders uti­li­sés par les an­ti­cas­tristes. Elle fut en­ga­gée, à par­tir de 1961, dans la gué­rilla contre le Front San­di­niste de Li­bé­ra­tion Na­tio­nale (FSLN), en ne re­ce­vant qu’un ap­pui mo­dé­ré de la part de Wa­shing­ton. Les san­di­nistes l’em­por­tèrent en 1979 : So­mo­za fut dé­po­sé et un ré­gime com­mu­niste se mit en place, la dé­no­mi­na­tion chan­geant une nou­velle fois pour « Force aé­rienne san­di­niste » (3). À ce mo­ment, elle dis­po­sait d’o-2, de T-33 et de T-28D, tous ba­sés à Ma­na­gua.

Le rap­pro­che­ment avec Mos­cou avait lais­sé es­pé­rer une mon­tée en puis­sance. Mais, si la li­vrai­son at­ten­due de MIG-21 ne s’est pas pro­duite, elle a re­çu 12 Mi-8/17 et 6 Mi-24 ar­més, de même qu’un ré­seau in­té­gré de ra­dars et des ap­pa­reils de tran­sport (4). L’ap­pui de Mos­cou s’est es­sen­tiel­le­ment concen­tré sur du ma­té­riel ter­restre et de la for­ma­tion. Elle a éga­le­ment re­çu des SF-260 li­byens et des L-39 tché­co­slo­vaques. Ces ma­chines lui ont per­mis de lut­ter contre la gué­rilla an­ti­com­mu­niste, les Contras, ap­puyée par les États-unis, qui mi­nait les ports ni­ca­ra­guayens et a vio­lé à plu­sieurs re­prises l’es­pace aé­rien, tout en ef­fec­tuant ponc­tuel­le­ment des dé­mons­tra­tions de force à par­tir du Hon­du­ras. In fine, la force aé­rienne est sor­tie af­fai­blie du conflit, qui s’est ter­mi­né en 1990 par des élec­tions per­dues par le FSLN, re­de­ve­nant la Fuer­za Aé­rea Ni­ca­ra­gua (FAN) puis, en 1995, la Fuer­za Aé­rea-ejér­ci­to de Ni­ca­ra­gua (FA).

Con­crè­te­ment, une par­tie de sa flotte, de même que six ra­dars, a été re­ven­due au Pé­rou qui conti­nuait de faire face à la gué­rilla du Sen­tier lu­mi­neux. De­puis lors, ses ca­pa­ci­tés se centrent sur des ap­pa­reils de tran­sport et d’en­traî­ne­ment. Les plans de mo­der­ni­sa­tion et no­tam­ment l’achat de 6 à 12 MIG-29 en Rus­sie, évo­qués en 2015 et 2016, n’ont ce­pen­dant pas dé­bou­ché sur une concré­ti­sa­tion.

Le Sal­va­dor

Mise en place en 1923, la Flo­tilla Aé­rea Sal­va­do­reña est de­ve­nue le Cuer­po de la Avia­ción Sal­va­do­reña

deux ans plus tard. En 1932, elle fut en­ga­gée dans un dé­but d’in­sur­rec­tion com­mu­niste puis à la fin de la Deuxième Guerre mon­diale, lorsque des exi­lés ten­tèrent de fo­men­ter un coup d’état de­puis le Guatemala, les quelques forces ras­sem­blées étant frap­pées par des AT-6. En mai 1946, la force aé­rienne de­vint for­mel­le­ment in­dé­pen­dante en tant que Fuer­za Aé­rea Sal­va­do­reña (FAS). L’an­née sui­vante, la si­gna­ture du trai­té de Rio lui per­mit de re­ce­voir des sur­plus amé­ri­cains, en par­ti­cu­lier des F-4U5 Cor­sair puis des F-51 Mus­tang. Les deux types d’ap­pa­reils furent en­ga­gés dans la « guerre du foot­ball » de juillet 1969. Cette der­nière ré­sul­tait d’une ri­va­li­té na­tio­na­liste entre les deux pays, dou­blée de flux de po­pu­la­tions ou­vrières du Sal­va­dor vers le Hon­du­ras, où elles es­pé­raient trou­ver de meilleures condi­tions éco­no­miques, mais où elles sont de­ve­nues des boucs émis­saires po­li­tiques. Des matchs éli­mi­na­toires de la Coupe du monde de foot­ball ont op­po­sé les équipes des deux pays le 8 juin à Te­gu­ci­gal­pa puis le 15 juin à San Sal­va­dor, dans un contexte d’émeutes. Un der­nier match de­vant les dé­par­ta­ger s’est te­nu à Mexi­co le 26 juin et n’a pas cal­mé les ten­sions.

À plu­sieurs re­prises, des in­ci­dents ont eu lieu sur la fron­tière. Le 3 juillet, un Pi­per de la force aé­rienne sal­va­do­rienne était for­cé à at­ter­rir par des ap­pa­reils hon­du­riens. Neuf jours plus tard, le Hon­du­ras dé­ployait ses ap­pa­reils à proxi­mi­té de la fron­tière et mul­ti­pliait les ex­pul­sions de Sal­va­do­riens, les deux pays se pré­pa­rant à la guerre en uti­li­sant mas­si­ve­ment la pro­pa­gande. Le 14 juillet, les opé­ra­tions com­men­çaient lors­qu’un ap­pa­reil sal­va­do­rien lar­gua une bombe sur Te­gu­ci­gal­pa. L’at­taque fut sui­vie d’une pro­gres­sion ter­restre ren­con­trant peu de ré­sis­tance hon­du­rienne. En re­vanche, la force aé­rienne sal­va­do­rienne, qui ne dis­po­sait que de 5 Mus­tang et de 6 Cor­sair, dut faire face aux 16 Cor­sair du Hon­du­ras, qui pos­sé­dait éga­le­ment des AT-6B ar­més. Les Sal­va­do­riens ont certes en­ga­gé leurs ap­pa­reils en su­pé­rio­ri­té aé­rienne et en ap­pui de leurs forces ter­restres (sur­tout les Mus­tang), mais ont éga­le­ment me­né des mis­sions contre les bases hon­du­riennes. Au terme de 100 heures de com­bat, une mé­dia­tion de l’or­ga­ni­sa­tion des États amé­ri­cains per­mit un ces­sez-le-feu et le re­tour à leurs po­si­tions de dé­part des forces sal­va­do­riennes. In fine, le Sal­va­dor a per­du deux Cor­sair et un Mus­tang dans les der­niers com­bats aé­riens ayant op­po­sé des ap­pa­reils à pis­ton, un autre Cor­sair étant éga­le­ment per­du (5).

Dans la fou­lée de la guerre, la force aé­rienne s’est mo­der­ni­sée et a no­tam­ment re­çu 11 Ou­ra­gan et 4 Fou­ga Ma­gis­ter ar­més, 4 Su­per Mys­tère et 6 Ral­lye, aux­quels se sont ajou­tés des ap­pa­reils d’en­traî­ne­ment, de tran­sport et des hé­li­co­ptères, dont 10 UH-1H. L’évo­lu­tion de la FAS est liée à l’émer­gence de la gué­rilla com­mu­niste du Frente Fa­ra­bun­do Mar­ti pa­ra la Li­be­ra­cion Na­cio­nal (FMLN) (6). Dans le contexte de la pré­si­dence Rea­gan, le Sal­va­dor a bé­né­fi­cié d’une aide plus im­por­tante – dont des AC-47 Gun­ship aux tirs par­ti­cu­liè­re­ment pré­cis –, mais le FMLN était éga­le­ment en me­sure de me­ner des ac­tions d’éclat. Le 27 jan­vier 1982, ce der­nier a at­ta­qué l’aé­ro­port in­ter­na­tio­nal d’ilo­pan­go, prin­ci­pale base de la FAS et a réus­si à dé­truire 3 C-47, 6 UH-1H et 5 Ou­ra­gan, cinq autres ap­pa­reils étant plus ou moins sé­rieu­se­ment en­dom­ma­gés. Les re­belles pou­vaient quant à eux comp­ter sur l’aide cubaine et so­vié­tique, y com­pris en MANPADS. En 1990, un A-37 fut ain­si abat­tu par un SA-7. Au de­meu­rant, les per­for­mances des Sal­va­do­riens n’ont pas été bonnes.

Le ni­veau d’en­traî­ne­ment était faible (et in­exis­tant en ma­tière de coor­di­na­tion entre forces aé­riennes et ter­restres par exemple), la doc­trine était orien­tée

sur les opé­ra­tions conven­tion­nelles – du moins, au dé­but des opé­ra­tions – et l’in­sta­bi­li­té po­li­tique ins­til­lait la mé­fiance dans le corps des of­fi­ciers (7). De même, des raids dans les ré­gions te­nues par les FMLN étaient in­dis­cri­mi­nés, tuant des ci­vils et ral­liant les sur­vi­vants ou les proches à la cause des re­belles. La conduite des opé­ra­tions contre le FMLN a donc été dé­li­cate, mais l’aide amé­ri­caine était sou­te­nue : dans la fou­lée de l’at­taque de jan­vier, 6 A-37B, 4 O-2, 2 C-123K et 12 UH-1H ont ain­si été li­vrés par Wa­shing­ton (8). D’autres ap­pa­reils ont sui­vi en 1984 et 1985. Les flux de mu­ni­tions ont éga­le­ment été im­por­tants, tout comme les ef­forts en ma­tière de for­ma­tion. À par­tir de 1984, ce sont au­tant de fac­teurs qui, couplés avec la mon­tée en puis­sance des forces ter­restres – jus­qu’à six bri­gades, avec un fac­teur de su­pé­rio­ri­té de quatre contre un sur les re­belles – qui ont per­mis de re­prendre l’ini­tia­tive alors que les ef­fec­tifs du FMLN stag­naient et que des dis­sen­sions se fai­saient jour dans son lea­der­ship (9). Les forces sal­va­do­riennes ont éga­le­ment ap­pris à uti­li­ser la flexi­bi­li­té de dé­ploie­ment de com­pa­gnies ou de pe­tits groupes de re­con­nais­sance par hé­li­co­ptères.

Pra­ti­que­ment, le FMLN a été ac­cu­lé à la né­go­cia­tion. La guerre s’est sol­dée par un pro­ces­sus de né­go­cia­tion dé­bou­chant sur une paix for­ma­li­sée en jan­vier 1992 par les ac­cords de Cha­pul­te­pec. À son terme, la force aé­rienne sal­va­do­rienne a connu une lente at­tri­tion de ses ca­pa­ci­tés, me­nant à une atro­phie ca­pa­ci­taire, ce­pen­dant com­pen­sée par le main­tien de sa­voir-faire ac­quis du­rant la guerre ci­vile. La struc­ture de forces ac­tuelle reste ce­pen­dant l’une des plus équi­li­brées de la ré­gion.

Les forces hon­du­riennes

Mise en place en fé­vrier 1939, la Fuer­za Aé­rea y Es­cue­la de Avia­cion Mi­li­tar hon­du­rienne a, comme les autres forces aé­riennes de la ré­gion, connu un dé­ve­lop­pe­ment lent jus­qu’à la si­gna­ture du trai­té de Rio. Elle a ce­pen­dant par­ti­ci­pé à la Deuxième Guerre mon­diale en ef­fec­tuant des pa­trouilles an­ti-sous-ma­rines ; avec un sous-ma­rin dé­tec­té et at­ta­qué. En 1954, elle ga­gnait son in­dé­pen­dance et de­ve­nait la Fuer­za Aé­rea Hon­du­reña (FAH). À ce mo­ment, elle dis­po­sait de 19 F-4U, qui avaient rem­pla­cé ses quelques P-38 et P-63, de même que d’ap­pa­reils de tran­sport et d’en­traî­ne­ment. En 1957, elle fut en­ga­gée dans une sé­rie d’es­car­mouches avec le Ni­ca­ra­gua, qui n’ont ce­pen­dant pas dé­bou­ché sur un conflit en bonne et due forme, le dif­fé­rend étant ré­glé sous les aus­pices de l’or­ga­ni­sa­tion des États amé­ri­cains. En re­vanche, elle s’est trou­vée en­ga­gée dans la « guerre du foot­ball » contre le Sal­va­dor (cf. su­pra), avec suc­cès dès lors qu’elle a comp­té trois vic­toires en com­bat aé­rien à son ac­tif. Par ailleurs, elle a éga­le­ment été ca­pable de me­ner des mis­sions d’in­ter­dic­tion sur les lignes de com­mu­ni­ca­tion et sur les ap­pro­vi­sion­ne­ment s pé­tro­liers sal­va­do­riens, ra­len­tis­sant consi­dé­ra­ble­ment la poussée ad­verse.

Au terme de la guerre, le chan­ge­ment le plus im­por­tant est in­ter­ve­nu en 1977, lorsque la FAH re­çut 10 Ca­na­dair CL-13 Sabre ex-you­go­slaves, 16 Su­per Mys­tère B2 ex-is­raé­liens et 6 A-37 amé­ri­cains qui s’ajou­taient aux 6 F-86 ex-vé­né­zué­liens re­çus en 1970. Les der­niers Cor­sair ont ain­si quit­té le ser­vice en 1981. Les nou­veaux ap­pa­reils furent en­ga­gés du­rant les an­nées 1980 contre des in­cur­sions ni­ca­ra­guayennes. Le Hon­du­ras abri­tait en ef­fet plu­sieurs bases de Contras lut­tant contre le ré­gime san­di­niste. Ce der­nier a conduit plu­sieurs raids, no­tam­ment en 1986 et 1988, là aus­si avec suc­cès. Des hé­li­co­ptères amé­ri­cains y ont éga­le­ment par­ti­ci­pé, trans­por­tant des troupes à proxi­mi­té des zones de com­bat. À ce mo­ment, la FAH connut un nou­veau pro­ces­sus de mo­der­ni­sa­tion, avec l’ a chat de12f-5e/f Ti­ger II, 11 OA-37B Dra­gon­fly, 12 Tu­ca­no pou­vant être ar­més et 4 Ca­sa C-101, les Sabre quit­tant le ser­vice dans le même temps. Te­gu­ci­gal­pa re­çut éga­le­ment cin­qc -130 ad’ oc­ca­sion et une quin­zaine d’hé­li­co­ptères. Tech­ni­que­ment, elle était alors la plus puis­sante de la ré­gion.

Les dé­fis qui se posent au Hon­du­ras sont ce­pen­dant nom­breux. Les gangs sé­vissent – Te­gu­ci­gal­pa est consi­dé­rée comme l’une des villes les plus vio­lentes au monde – et le pays est uti­li­sé comme plate-forme de tran­sit vers les États-unis par beau­coup de car­tels. Reste que la ré­ponse ap­por­tée a cau­sé des ten­sions avec Wa­shing­ton. En 2014, le Con­grès adop­tait ain­si une loi per­met­tant d’abattre tout avion sus­pec­té de nar­co­tra­fic – avec à la clé la des­truc­tion de plu­sieurs ap­pa­reils – et la li­mi­ta­tion des vols de nuit. Wa­shing­ton a sus­pen­du à plu­sieurs re­prises son aide,

no­tam­ment dans le par­tage d’in­for­ma­tions ra­dars, mais a éga­le­ment blo­qué la conclu­sion d’ac­cords avec Is­raël sur la mo­der­ni­sa­tion des F-5 et A-37 hon­du­riens, fi­na­le­ment ava­li­sée fin 2016. Par ailleurs, le Hon­du­ras a ac­quis deux Su­per Tu­ca­no – il avait été ques­tion de huit ap­pa­reils neufs – et mo­der­nise une par­tie de sa flotte de Tu­ca­no, à un faible rythme au vu de ses dif­fi­cul­tés bud­gé­taires.

Le Guatemala en guerre ci­vile

Mis en place en 1929, le Cuer­po de Avia­cion Mi­li­tar de Guatemala a re­çu quelques ap­pa­reils amé­ri­cains et l’ap­pui de la France avant de bé­né­fi­cier, comme nombre d’autres forces aé­riennes de la ré­gion, du trai­té de Rio de 1947. L’an­née sui­vante, il est de­ve­nu la Fuer­za Ae­rea Gua­te­mal­te­ca (FAG) et a opé­ré quelques F-51 Mus­tang. Il fal­lut at­tendre les an­nées 1960 pour que les pre­miers ap­pa­reils à ré­ac­tion soient li­vrés, en pe­tite quan­ti­té : 8 T-33 de 1963 à 1965. La même an­née, Wa­shing­ton a éga­le­ment li­vré quatre UH-19B, les pre­miers hé­li­co­ptères mi­li­taires mis en oeuvre en Amé­rique cen­trale. De nou­velles li­vrai­sons de F-51 de même que d’a-26 ont eu lieu, avec un ap­pui en ma­tière de for­ma­tion (10). Le contexte était alors mar­qué par une in­sta­bi­li­té po­li­tique en­dé­mique et la guerre ci­vile, qui a du­ré de 1954 à 1996 et vu se suc­cé­der plu­sieurs gé­né­ra­tions de groupes de gué­rilla, de même que, du cô­té gou­ver­ne­men­tal, par des es­ca­drons de la mort di­rec­te­ment liés aux forces ar­mées et pour par­tie ap­puyés par les États-unis (11). Ces der­niers conti­nuent de four­nir ar­me­ments et hé­li­co­ptères plus ou moins dis­crè­te­ment.

La force aé­rienne a été en­ga­gée dans des opé­ra­tions contre les re­belles mayas, mais aus­si contre des vil­lages ci­vils, qui ont été dé­truits au na­palm. Les opé­ra­tions se sont pour­sui­vies jusque dans les an­nées 1990, avec des hauts et des bas : à la fin des an­nées 1960, la contre-gué­rilla était consi­dé­rée comme réus­sie, mais, trop faibles, l’état et ses forces n’ont pu pré­ve­nir l’émer­gence de

nou­veaux groupes, qui en­tre­te­naient entre eux une ri­va­li­té qui a pro­fi­té aux loya­listes. Les quatre prin­ci­paux groupes ont fi­ni par s’al­lier en 1982. Le sou­tien amé­ri­cain ten­dait éga­le­ment à fluc­tuer en fonc­tion de l’écho mé­dia­tique don­né aux exac­tions. Au dé­but des an­nées 1970, les A-26 et F-51 n’étaient plus guère en état de vo­ler et l’en­tre­tien des T-33 n’était plus as­su­ré. Le Guatemala s’est alors tour­né vers la Suisse pour l’achat de PC-7.

Dans les an­nées 1970, le pays a re­çu 15 A-37 Dra­gon­fly, dans un contexte ten­du avec le Royaume-uni au­tour de la sou­ve­rai­ne­té du Hon­du­ras bri­tan­nique – l’ac­tuel Be­lize –, co­lo­nie bri­tan­nique jus­qu’en 1981 et re­ven­di­qué par le Guatemala. À plu­sieurs re­prises, il a ef­fec­tué plu­sieurs dé­mons­tra­tions de force, en 1958 et 1961. Mais il s’est aus­si en­ga­gé dans des raids pho­to­gra­phiques et des pa­ra­chu­tages à proxi­mi­té de la fron­tière, entre 1970 et 1972 puis en 1975. La me­nace a in­ci­té le Royau­meu­ni à ren­for­cer sa pré­sence sur place (voir in­fra). Ce­pen­dant, au­cune opé­ra­tion of­fen­sive n’a été lan­cée. Reste que le Guatemala était en­core em­pê­tré dans sa guerre ci­vile : l’ap­pa­ri­tion de nou­veaux groupes et la mon­tée en puis­sance de l’ex­trême droite avaient nour­ri une in­sta­bi­li­té qui a dé­bou­ché sur un nou­veau coup d’état. De 1982 jus­qu’en 1986, 200 000 per­sonnes ont été tuées par le ré­gime, la force aé­rienne étant en­ga­gée dans plu­sieurs opé­ra­tions « search and des­troy» in­cluant des frappes in­dis­cri­mi­nées, ce qui a en­traî­né l’ar­rêt du sou­tien amé­ri­cain (12).

À la fin de la dé­cen­nie, 250 000 per­sonnes avaient fui et un mil­lion avaient été dé­pla­cées. À ce mo­ment, la force aé­rienne conti­nuait sa re­la­tive mon­tée en puis­sance et re­ce­vait trois Fou­ga Ma­gis­ter, en plus d’avions lé­gers et de tran­sport. Au dé­but des an­nées 1980, une di­zaine D’IAI Ara­va avaient été li­vrés par Is­raël et par­fois uti­li­sés comme gun­ships, avec le mon­tage de pods de ro­quettes sous les ailes et de mi­trailleuses dans les em­bra­sures de porte. Mais après 1996 et la mise en place d’un pro­ces­sus de paix, le vo­lume de forces dis­po­nible a com­men­cé à dé­croître, l’ar­gent man­quant, la prio­ri­té n’étant plus aux opé­ra­tions de com­bat et les flottes ayant souf­fert. In fine, ne res­tent en ser­vice qu’une quin­zaine d’avions et un peu moins d’hé­li­co­ptères.

Be­lize, Pa­na­ma et Cos­ta Ri­ca

Le Be­lize, le Pa­na­ma et le Cos­ta Ri­ca consti­tuent des cas à part. Co­lo­nie bri­tan­nique jus­qu’à son in­dé­pen­dance en 1981, le Be­lize – l’an­cien Hon­du­ras bri­tan­nique – était l’ob­jet d’une re­ven­di­ca­tion du Guatemala, évo­quée à plu­sieurs re­prises. En 1958, des Can­ber­ra de frappe et de re­con­nais­sance ont ain­si été dé­ployés et, trois ans plus tard, deux bom­bar­diers Va­liant. En 1972, c’était au tour du porte-avions Ark Royal, dont deux des Buc­ca­neer ont ef­fec­tué une dé­mons­tra­tion de force au-des­sus du ter­ri­toire. Trois ans plus tard, les né­go­cia­tions entre Londres et Guatemala Ci­ty au­tour du sta­tut de la co­lo­nie s’étaient en­li­sées et les forces gua­té­mal­tèques ren­for­çaient leur fron­tière. Dans la fou­lée, Londres dé­ployait six Har­rier GR1 en plus de Pu­ma, qui sont res­tés sur place jus­qu’en 1976 et ont sou­te­nu des ac­tions des SAS sur la fron­tière. La pré­sence bri­tan­nique est en­suite de­ve­nue per­ma­nente avec la pré­sence sur place, de 1977 à 1993, de GR1 puis de Har­rier GR3 (13). Entre-temps, en 1983, un Air wing avait été mis en place, gé­rant un Brit­ten-nor­man Is­lan­der et trois hé­li­co­ptères uti­li­sés pour le tran­sport, les liai­sons et les éva­cua­tions sa­ni­taires. Londres res­tait de fac­to ga­rant de la sou­ve­rai­ne­té du pays.

Le fait que le ca­nal de Pa­na­ma soit consi­dé­ré comme stra­té­gique par les États-unis les a ra­pi­de­ment in­ci­tés à dé­ployer des forces per­ma­nentes sur place, à Ho­ward AFB – uti­li­sée entre 1942 et 1999 – et Al­brook Air Force Sta­tion. Si elle a ac­cueilli des A-7 Cor­sair II et des OA-37, celle-ci a sur­tout ser­vi au sou­tien des ins­tal­la­tions d’en­traî­ne­ment à la guerre en jungle dans le pays. Le Pa­na­ma lui-même dis­pose d’un Ser­vi­cio Ae­reo Na­cio­nal

opé­rant à par­tir de l’aé­ro­port in­ter­na­tio­nal de To­cu­men. Il ras­semble quelques ap­pa­reils de tran­sport et des hé­li­co­ptères, dont cer­tains sont lé­gè­re­ment ar­més.

Le Cos­ta Ri­ca, quant à lui, ne dis­pose pas de forces ar­mées, mais d’une « Force pu­blique » – con­crè­te­ment, une gen­dar­me­rie. Celle-ci est do­tée d’une quin­zaine d’aé­ro­nefs ré­par­tis entre de pe­tits avions de tran­sport et de liai­son et des hé­li­co­ptères lé­gers. Ce­pen­dant, l’ab­sence de force cré­dible est pro­blé­ma­tique, avec à la clé l’uti­li­sa­tion du pays par des car­tels bien mieux équi­pés (14).

Quel ave­nir ?

De prime abord, l’ave­nir des forces aé­riennes d’amé­rique cen­trale pa­raît sombre. Les dif­fi­cul­tés bud­gé­taires ren­con­trées obligent à li­mi­ter les am­bi­tions, qu’il s’agisse de nou­veaux achats ou de main­te­nance. Dès lors, la dis­po­ni­bi­li­té d’une bonne par­tie des flottes est im­man­qua­ble­ment af­fec­tée – en par­ti­cu­lier en ce qui concerne les ap­pa­reils à ré­ac­tion. Ce­pen­dant, d’autres as­pects sont plus po­si­tifs. Les gué­rillas his­to­riques ont fi­ni par être vain­cues, ré­dui­sant les be­soins en puis­sance aé­rienne, tan­dis que la si­tua­tion sé­cu­ri­taire des pays ten­dait à s’amé­lio­rer. La coo­pé­ra­tion sé­cu­ri­taire in­ter­ré­gio­nale, sou­te­nue par les États-unis, donne des ré­sul­tats po­si­tifs en ma­tière de pré­ser­va­tion des sa­voir-faire, mais aus­si dans le sec­teur, par­ti­cu­liè­re­ment sen­sible, de la lutte an­ti­drogue. Elle est l’hé­ri­tière di­recte des an­nées de lutte contre les gué­rillas (15). Reste éga­le­ment que l’af­faire est loin d’être ga­gnée.

Au-de­là de tech­niques tra­di­tion­nelles comme la cor­rup­tion, les car­tels ont ap­pris à s’adap­ter, en mul­ti­pliant les lignes de com­mu­ni­ca­tion, y com­pris dans les Ca­raïbes, par voie aé­rienne et ma­ri­time, hors de por­tée de forces aé­riennes do­tées d’ap­pa­reils aux trop faibles rayons d’ac­tion. De nou­velles pro­blé­ma­tiques ont éga­le­ment émer­gé, comme l’usage de pe­tits drones à la fron­tière entre le Mexique et les États-unis, un type de tech­nique ap­pe­lé à se gé­né­ra­li­ser et face au­quel les forces aé­riennes lo­cales semblent dé­mu­nies. D’autres, plus an­ciennes, comme le dé­fi­cit en ca­pa­ci­tés ISR – y com­pris de pé­né­tra­tion des ca­no­pées en jungle – et de cou­ver­ture ra­dar, ne trouvent pour l’ins­tant de so­lu­tion que dans la coo­pé­ra­tion avec les États-unis.

Des UH-60 mexi­cains. Le Mexique est le plus gros opé­ra­teur ré­gio­nal d’hé­li­co­ptères. (© D.R.)

Un Me­tro­li­ner ISR mexi­cain. Ces ap­pa­reils sont par­ti­cu­liè­re­ment utiles dans la lutte contre les car­tels. (© D.R.)

Un A-37B Dra­gon­fly sal­va­do­rien. L’ap­pa­reil conti­nue de vo­ler sous plu­sieurs co­cardes dans la ré­gion. (© D.R.)

Le F-4U Cor­sair avec le­quel le ca­pi­taine Fer­nan­do So­to a abat­tu trois ap­pa­reils sal­va­do­riens. Ac­quis d’oc­ca­sion en 1956, il n’a été re­ti­ré du ser­vice qu’en 1981. (© D.R.)

Un Bell 212 gua­té­mal­tèque au cours d’une opé­ra­tion an­ti-in­cen­die. (© MOD)

(© US Air Force)

Des F-5 hon­du­riens. La force aé­rienne est la plus puis­sante de la ré­gion, mais le main­tien en condi­tion de ses ap­pa­reils reste pro­blé­ma­tique.

(© D.R.)

Un AW139 pan­améen. L’es­sen­tiel des ca­pa­ci­tés de l’état est lié au tran­sport.

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