Som­met sous ten­sion

DSI - - VEILLES STRATÉGIQUES -

Le som­met de L’OTAN de Bruxelles, qui s’est te­nu les 11 et 12 juillet, a dé­bou­ché sur des ré­sul­tats mi­ti­gés. Certes, un cer­tain nombre de dé­ci­sions y ont été va­li­dées, y com­pris l’in­vi­ta­tion lan­cée à la Ma­cé­doine de re­joindre l’al­liance at­lan­tique ou une sé­rie de ré­formes des struc­tures (voir DSI no 136). Il n’en de­meure pas moins que le prin­ci­pal su­jet de pré­oc­cu­pa­tion a été le « par­tage du far­deau», dans un contexte mar­qué par le style par­ti­cu­lier du pré­sident amé­ri­cain – qui quit­tait en­suite Bruxelles pour Hel­sin­ki, où il de­vait ren­con­trer Vla­di­mir Pou­tine en tête à tête –, mais aus­si l’ac­crois­se­ment du bud­get de plu­sieurs États membres. Pra­ti­que­ment, seuls huit États ont at­teint le seuil de 2 % du PIB consa­crés à la dé­fense fixé au cours du som­met de Wales en 2014. L’al­le­magne, en par­ti­cu­lier, était cri­ti­quée par D. Trump en rai­son des ac­cords ga­ziers conclus par Ge­rhard Schrö­der en son temps, qui pla­ce­raient Ber­lin « sous le contrôle de Mos­cou », mais aus­si de dé­penses de l’ordre de 1,24 % du PIB. La ré­ponse, po­lie mais froide, de la chan­ce­lière al­le­mande in­dique le de­gré de mé­fiance à l’égard de Wa­shing­ton : « Nous sommes de bons par­te­naires et nous sou­hai­tons conti­nuer à co­opé­rer dans le fu­tur. »

La di­plo­ma­tie du tweet a ses li­mites. Il a éga­le­ment in­ci­té les al­liés à consa­crer non pas 2, mais 4 % de leur PIB à la dé­fense d’ici à 2025, in­di­quant dans un tweet pu­blié en pleine réunion qu’il vou­lait que ceux-ci dé­pensent « im­mé­dia­te­ment » 2 % de leur PIB. La ges­tion même des dif­fé­rentes ses­sions de

tra­vail a été cha­hu­tée. Ain­si, le pré­sident amé­ri­cain a uti­li­sé son temps de pa­role dans une ses­sion por­tant sur la sé­cu­ri­té en mer Noire pour re­ve­nir sur la ques­tion bud­gé­taire, for­çant les re­pré­sen­tants ukrai­niens et géor­giens à quit­ter la salle et le se­cré­taire gé­né­ral à or­ga­ni­ser une réunion d’ur­gence. La com­mu­ni­ca­tion er­ra­tique du pré­sident amé­ri­cain ne s’est pas ar­rê­tée là. Les suites du som­met d’hel­sin­ki avec V. Pou­tine ont conduit D. Trump à se dé­dire d’une pre­mière confé­rence de presse où il avait ré­per­cu­té les po­si­tions de Mos­cou, avant de sou­li­gner le tra­vail de ses ser­vices de ren­sei­gne­ment, qu’il avait pré­cé­dem­ment mi­no­ré. Il a éga­le­ment consi­dé­ré que le Mon­té­né­gro, en­tré dans L’OTAN l’an der­nier, « pour­rait de­ve­nir très agres­sif et, fé­li­ci­ta­tions, c’est la troi­sième guerre mon­diale », sus­ci­tant un lé­gi­time éton­ne­ment au vu des faibles ca­pa­ci­tés lo­cales, mais aus­si des in­ten­tions. En tout état de cause, le po­si­tion­ne­ment amé­ri­cain, pour le moins illi­sible, agit éga­le­ment comme un fac­teur de prise de conscience pour les États eu­ro­péens.

Le dé­clin de la re­la­tion trans­at­lan­tique peut ain­si être consi­dé­ré comme un fac­teur fa­ci­li­ta­teur pour nombre de sec­teurs et de­vrait ai­der – sans doute in­vo­lon­tai­re­ment – à une plus grande in­té­gra­tion eu­ro­péenne. En la ma­tière, le som­met a éga­le­ment été l’oc­ca­sion de plu­sieurs an­nonces. Long­temps à la traîne en ma­tière d’in­ves­tis­se­ments, la Slo­va­quie a an­non­cé l’achat de 14 F-16 Block 70. Par ailleurs, deux ini­tia­tives concer­nant les mu­ni­tions ter­restres et na­vales ont été concré­ti­sées sous les aus­pices belges. Onze pays de L’OTAN (dont la France), de même que l’au­triche et la Fin­lande ef­fec­tue­ront ain­si leurs achats de mu­ni­tions ter­restres en com­mun, per­met­tant de ré­duire les coûts. L’ac­cord sur les mu­ni­tions na­vales concerne quant à lui sept pays, dont éga­le­ment la France.

Dé­char­ge­ment de M-2 Brad­ley amé­ri­cains en Let­to­nie. La ques­tion de la mo­bi­li­té in­tra-eu­ro­péenne est dis­cu­tée main­te­nant de­puis plu­sieurs mois. (© US Ar­my)

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