Édi­to­rial

DSI - - ÉDITORIAL - Jo­seph Hen­ro­tin

Les re­la­tions in­ter­na­tio­nales sont en­trées, de­puis quelques an­nées, dans une phase de bru­ta­li­sa­tion. Ce­la n’est que la consé­quence d’un triple mou­ve­ment que nous évo­quons dans nos pages de­puis 2015. D’abord, avec le dur­cis­se­ment des opé­ra­tions mi­li­taires, par un «re­tour à la puis­sance de feu » de nos ad­ver­saires et en­ne­mis, dé­bou­chant sur des ac­tions plus vio­lentes pour eux comme pour nous, mais aus­si, po­ten­tiel­le­ment, pour les po­pu­la­tions ci­viles qui pour­raient être vic­times des com­bats. En­suite, la dé­ré­gu­la­tion de ces mêmes opé­ra­tions voit l’es­tom­pe­ment des normes en ma­tière de droit de la guerre ou, plus gé­né­ra­le­ment, du droit in­ter­na­tio­nal. En­fin, un phé­no­mène de « glo­ca­li­sa­tion » est clai­re­ment ob­ser­vable et montre que des ac­teurs stra­té­giques même géo­gra­phi­que­ment éloi­gnés peuvent, par des opé­ra­tions cy­ber ou ter­ro­ristes, nous frap­per tout en conti­nuant à me­ner des opé­ra­tions sur leurs théâtres prin­ci­paux.

Les consé­quences de cette bru­ta­li­sa­tion ne sont pas en­core toutes connues, mais cer­taines de ses ma­ni­fes­ta­tions sont dé­jà bien vi­sibles. Les at­taques me­nées contre Ser­gei Skri­pal et de sa fille – et in­ci­dem­ment, un couple de Bri­tan­niques – en uti­li­sant une va­rié­té d’agents No­vit­chok, n’en sont que l’une des ex­pres­sions. Mais elle montre, après l’em­poi­son­ne­ment au po­lo­nium d’alexandre Lit­vi­nen­ko en 2006, que les armes chi­miques ou ra­dio­lo­giques n’ont plus rien de ta­bou, y com­pris quand elles sont uti­li­sées sur le sol eu­ro­péen. La bru­ta­li­sa­tion de la scène in­ter­na­tio­nale ne se li­mite pas à la ques­tion chi­mique. Dans ce nu­mé­ro de DSI, le phé­no­mène semble af­fleu­rer dans plu­sieurs ar­ticles, au­tour de la ques­tion de la stra­té­gie na­vale chi­noise et de ses am­bi­tions (Alexandre Shel­don-du­plaix); de la «guerre sans la dé­cla­rer» (Mi­chel Goya); du ca­rac­tère d’opé­ra­tions spa­tiales sem­blant bas­cu­ler vers l’ar­se­na­li­sa­tion ; mais aus­si sur la ma­nière dont on en­vi­sage l’an­ta­go­nisme. Ain­si, s’in­ter­roge Laure Bar­diès, les pho­bies, ne sont-elles pas en train de, peu à peu, rem­pla­cer la po­li­tique, alors que cette der­nière est ga­rante de l’ordre et de­meure sans doute un pos­sible rem­part à la bru­ta­li­sa­tion ?

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