La chine, « pays ma­ri­time fort », pour quoi faire ?

DSI - - SOMMAIRE - Par Alexandre Shel­don-du­plaix, co­au­teur de Flottes de com­bat

Le dé­ve­lop­pe­ment spec­ta­cu­laire de la ma­rine chi­noise, « qui construit l’équi­valent d’une ma­rine fran­çaise ou d’une ma­rine bri­tan­nique tous les quatre ans », in­quiète au­jourd’hui les pays ri­ve­rains avec les­quels Bei­jing a

(1) des dif­fé­rends ma­ri­times, les ac­teurs ré­gio­naux tels que l’aus­tra­lie et l’inde, ou mon­diaux comme les États-unis. Il étonne l’eu­rope. Tous s’in­ter­rogent sur une pré­sence na­vale de plus en plus ac­tive en océan In­dien et au-de­là.

Pre­mière ex­por­ta­trice de biens ma­nu­fac­tu­rés et pre­mière im­por­ta­trice d’éner­gie, l’éco­no­mie chi­noise dé­pend au­jourd’hui à 90 % de la mer pour ses échanges, contre seule­ment 9,8 % à la fin des an­nées 1970. La

né­ces­si­té pour Bei­jing de pro­té­ger ses routes ma­ri­times se tra­duit de­puis dix ans par des pa­trouilles an­ti-pi­ra­te­rie dans le golfe d’aden et par une di­plo­ma­tie na­vale ac­tive dans les mers loin­taines. Mais, contrai­re­ment à L’URSS qui, dans les an­nées 1970, a sou­te­nu des mou­ve­ments ré­vo­lu­tion­naires jus­qu’en Afrique et or­ches­tré les grands exer­cices pour contes­ter

la do­mi­na­tion na­vale des États-unis, la Chine reste avant tout fo­ca­li­sée sur ses in­té­rêts fon­da­men­taux : dis­sua­der le sé­pa­ra­tisme taï­wa­nais et son co­rol­laire, une in­ter­ven­tion amé­ri­caine au se­cours de l’île re­belle, et pré­ser­ver le sta­tu quo dans « ses mers » où des dif­fé­rends l’op­posent à au moins sept pays. Dé­non­cée pour son in­tran­si­geance, elle cherche pour­tant à pro­mou­voir

la coo­pé­ra­tion avec tous, à tra­vers un plan « ga­gnant-ga­gnant », la route ma­ri­time de la soie, que ses dé­trac­teurs dé­noncent comme la consti­tu­tion d’un ré­seau d’in­fluence et de points d’ap­pui, bien­tôt mon­dial.

Les in­té­rêts fon­da­men­taux

Dis­sua­der l’in­dé­pen­dance de Taï­wan et l’in­ter­ven­tion d’une tierce par­tie

Au dé­but des an­nées 1990, les stra­tèges chi­nois iden­ti­fient quatre types de conflits pos­sibles : fron­ta­lier, conven­tion­nel, conven­tion­nel ma­jeur et nu­cléaire (2). Les deux pre­miers ap­pa­raissent comme les plus pro­bables, avec pour ad­ver­saires le Viet­nam ou l’inde (3). Mais les pro­grès du Par­ti in­dé­pen­dan­tiste à Taï­wan et le sou­tien que les États-unis ap­portent à l’île du­rant la crise de 1996 en dé­ployant deux porte-avions bou­le­versent la donne. La stra­té­gie chi­noise n’est pas en me­sure de ré­pondre à une frappe chi­rur­gi­cale amé­ri­caine dans le cadre d’une confron­ta­tion au­tour de Taï­wan. Cette nou­velle me­nace im­plique de don­ner un rôle beau­coup plus grand à la ma­rine, se­lon les prin­cipes de la stra­té­gie na­vale dé­fi­nie par Liu Hua­qing en 1985 (4).

Pour ce­la, la ma­rine doit se dé­bar­ras­ser de la « men­ta­li­té de la grande ar­mée de terre » qui contraint le dé­ve­lop­pe­ment des équi­pe­ments et des tac­tiques na­vals et rem­pla­cer sa tra­di­tion de dé­fense cô­tière dans les eaux jaunes par celle d’une dé­fense des mers proches dans les eaux vertes (5). Dès 1992, à l’oc­ca­sion du XIVE Con­grès du Par­ti, le nou­veau se­cré­taire gé­né­ral, Jiang Ze­min, énonce les mis­sions de l’ar­mée po­pu­laire en in­sis­tant sur leur di­men­sion ma­ri­time : « dé­fendre l’uni­té, l’in­té­gri­té ter­ri­to­riale, les droits et les in­té­rêts ma­ri­times de la pa­trie ». De­puis, la

(6) nou­velle di­men­sion ma­ri­time de la dé­fense chi­noise est ré­af­fir­mée dans les livres blancs bis­an­nuels. Du point de vue chi­nois, « l’en­vi­ron­ne­ment ma­ri­time de la Chine est oc­cu­pé par des forces hos­tiles et la chaîne d’îles si proche du conti­nent exerce une pres­sion très forte sur la sé­cu­ri­té ma­ri­time du pays ».

(7) Le re­tour au pou­voir du Par­ti in­dé­pen­dan­tiste à Taï­wan en 2016 re­lance la ques­tion d’une so­lu­tion mi­li­taire après 2020 et avant 2049. Et même si le Guo­min­dang re­trou­vait le gou­ver­ne­ment, en 2020 ou plus pro­ba­ble­ment en 2024, la pers­pec­tive d’une réuni­fi­ca­tion res­te­rait très illu­soire. Si cer­tains re­doutent une gué­rilla pro­lon­gée dans les mon­tagnes for­mo­sanes qui ver­se­rait le sang chi­nois, beau­coup consi­dèrent que la su­pé­rio­ri­té mi­li­taire du conti­nent pour­rait convaincre Tai­pei de l’in­uti­li­té d’une ré­sis­tance.

Dé­fendre le sta­tu quo dans l’es­pace ma­ri­time chi­nois

Pen­dant long­temps, la Chine semble se dés­in­té­res­ser des îles et îlots qu’elle ré­clame de­puis 1949 en mer de Chine de l’est et du Sud, re­pre­nant les re­ven­di­ca­tions du gou­ver­ne­ment an­té­rieur du Guo­min­dang. En 1974 et 1980, les Phi­lip­pines dé­clarent contrô­ler cinq puis six îles et neuf îlots tan­dis que le Viet­nam en oc­cupe 29. Ar­ra­chant par la force les Xi­sha/pa­ra­cels au Sud­viet­nam en 1974, la Chine ne s’im­plante aux Sprat­ly qu’en 1988, oc­cu­pant sept îlots, dont deux après un com­bat na­val avec le Viet­nam. Après avoir ra­ti­fié la conven­tion de Mon­te­go Bay sur le droit de la mer, la Chine pu­blie, en 1992 et 1998, des lois sur les mers ter­ri­to­riales et ad­ja­centes, sur la zone éco­no­mique ex­clu­sive (ZEE) et le pla­teau con­ti­nen­tal qui lui per­mettent d’étendre sa ZEE jus­qu’à 350 nau­tiques (8). Outre les droits éco­no­miques, Bei­jing se ré­fère à l’ar­ticle 88 de la Conven­tion sur le droit de la mer, qui pros­crit les ac­ti­vi­tés non pa­ci­fiques, pour re­je­ter la pré­sence non dé­cla­rée de bâ­ti­ments de guerre dans sa ZEE, en contra­dic­tion avec l’ar­ticle 58 qui ga­ran­tit le droit des États non lit­to­raux à dé­ployer leurs bâ­ti­ments de guerre dans la ZEE d’un État cô­tier (9). Pour au­tant, dans ses dif­fé­rends de sou­ve­rai­ne­té avec les deux Co­rées et le Ja­pon à l’est, le Viet­nam, la Ma­lai­sie, les Phi­lip­pines, Bru­nei, l’in­do­né­sie, au sud, elle main­tient une ligne constante : « lais­ser de cô­té les dif­fé­rends, avan­cer dans la di­rec­tion du dé­ve­lop­pe­ment conjoint, ne pas re­ve­nir sur les pro­blèmes his­to­riques ». Hu Jin­tao, sui­vi par Xi Jin­ping, in­siste sur la doc­trine : « trai­ter ses voi­sins avec bien­veillance, voir ses voi­sins comme des par­te­naires », af­fir­mant que « le dé­ve­lop­pe­ment de la Chine est une op­por­tu­ni­té pour l’asie ». Ce

(10) n’est d’ailleurs pas un ha­sard si Bei­jing lance en oc­tobre 2013 son ini­tia­tive de routes ma­ri­time et ter­restre de la soie (One Belt, One ROAD/OBOR), an­non­cée de­puis l’in­do­né­sie. Xi Jin­ping cherche à amor­cer cette coo­pé­ra­tion «ga­gnant-ga­gnant» à Ja­kar­ta pour apai­ser le dif­fé­rend des Na­tu­na.

Pour au­tant, en mer de Chine du Sud, la Chine égra­tigne le sta­tu quo conve­nu avec L’ASEAN en 2002. En 2015, elle trans­forme hâ­ti­ve­ment trois ré­cifs en îles ar­ti­fi­cielles avec des pistes (11). Si,

of­fi­ciel­le­ment, elle ré­pond au Viet­nam ini­tia­teur des pol­dé­ri­sa­tions, of­fi­cieu­se­ment, elle fait contre­poids aux cinq ter­rains d’avia­tion mis à dis­po­si­tion des forces amé­ri­caines par les Phi­lip­pines et, plus gé­né­ra­le­ment, à la po­li­tique du « pi­vot » de l’ad­mi­nis­tra­tion Oba­ma. Elle s’in­dis­pose de la pu­bli­ci­té don­née à la doc­trine an­ti­chi­noise amé­ri­caine « Air Sea Bat­tle », pu­bli­ci­té qui of­fense les ne­ti­zens chi­nois, sug­gé­rant une « guerre froide » avec Wa­shing­ton dont elle ne veut sur­tout pas. Entre 2013 et 2016, elle re­fuse aus­si de se sou­mettre à l’ar­bi­trage de­man­dé par les Phi­lip­pines à la Cour in­ter­na­tio­nale de jus­tice. Celle-ci in­va­lide la lé­gi­ti­mi­té ju­ri­dique du tra­cé en neuf traits qui fonde les « droits his­to­riques » que Bei­jing af­firme en mer de Chine du Sud.

Pro­té­ger les in­té­rêts outre-mer

Au-de­là des deux chaînes d’îles et du ver­rou for­mo­san qui bloquent son libre ac­cès au Pa­ci­fique, la Chine as­sure QU’OBOR ne cor­res­pond pas à une grande stra­té­gie géo­po­li­tique, mais amé­lio­re­ra iné­vi­ta­ble­ment sa si­tua­tion géos­tra­té­gique. En mai 2015, le Livre blanc sur la dé­fense ré­af­firme que la Chine ne re­cher­che­ra ja­mais une po­li­tique de puis­sance, mais le do­cu­ment ex­plique qu’elle pro­té­ge­ra ses in­té­rêts outre-mer. Si Bei­jing in­ten­si­fie sa di­plo­ma­tie na­vale par­tout sur le globe, contrai­re­ment à la ma­rine so­vié­tique d’an­tan, la ma­rine chi­noise ne cherche pas à y pis­ter et n’a pas les moyens d’y contre­ba­lan­cer les forces na­vales amé­ri­caines. Im­plan­tée à quelques ki­lo­mètres des bases fran­çaise, amé­ri­caine, ja­po­naise, ita­lienne de Dji­bou­ti, la toute pre­mière base chi­noise est ex­po­sée

(12) aux re­gards de tous. Pour Bei­jing, l’afrique est une source es­sen­tielle de ma­tières pre­mières, pé­trole et mé­taux pré­cieux, qui ali­mentent la crois­sance ful­gu­rante du pays.

En 2013, près d’un quart du pé­trole chi­nois, et presque tous les mi­né­raux stra­té­giques tels que le co­balt et le man­ga­nèse, sont im­por­tés du conti­nent afri­cain. La pro­mo­tion de la sta­bi­li­té en Afrique est donc une pré­oc­cu­pa­tion stra­té­gique cen­trale du gou­ver­ne­ment chi­nois. D’ici à dix ans, Dji­bou­ti per­met­tra à la Chine de dis­po­ser d’un trem­plin pour pro­té­ger ses res­sor­tis­sants et ses in­ves­tis­se­ments en Afrique. En océan In­dien, les in­ves­tis­se­ments chi­nois dans des ports en Bir­ma­nie, au Ban­gla­desh, au Sri Lan­ka, au Pa­kis­tan, aux Sey­chelles illus­trent la fa­meuse « stra­té­gie du col­lier de perles » dé­non­cée par l’inde et les Oc­ci­den­taux il y a plus d’une dé­cen­nie. Pour le mo­ment, la Chine s’in­ter­dit d’y im­plan­ter des bases na­vales, en par­ti­cu­lier à Gwa­dar, au Pa­kis­tan, qui as­pire à de­ve­nir le grand port de l’ouest chi­nois grâce au cor­ri­dor de Ka­sh­gar. Elle pré­pare aus­si l’ex­ploi­ta­tion mi­nière des grands fonds océa­niques dans des sec­teurs at­tri­bués par l’au­to­ri­té com­pé­tente des Na­tions unies au large du Mexique et de Ma­da­gas­car (13).

Si la vi­sion ma­ha­nienne re­tient l’at­ten­tion des cher­cheurs et des fau­cons chi­nois, beau­coup pensent que les temps ont chan­gé et que la guerre na­vale est de moins en moins pro­fi­table à ce­lui qui la dé­clenche. Pour cette rai­son, la Chine pré­fère se dé­fi­nir comme un «pays ma­ri­time fort» re­je­tant l’image de «puis­sance na­vale» aux hé­gé­mons amé­ri­cains, an­glais et fran­çais en Irak et en Li­bye, avec des ef­fets ca­tas­tro­phiques (14). C’est pré­ci­sé­ment l’in­ter­ven­tion­nisme oc­ci­den­tal au Moyen-orient qui pour­rait de­main chan­ger l’orien­ta­tion de la po­li­tique na­vale chi­noise. Le XIXE con­grès du Par­ti com­mu­niste ap­pelle la Chine à de­ve­nir un lea­der mon­dial, aban­don­nant le pré­cepte de «ne ja­mais se mettre en avant» énon­cé par Deng Xiao Ping. Le par­te­na­riat avec la Rus­sie pour­rait voir la consti­tu­tion d’un front uni pour dis­sua­der d’autres pro­jec­tions de forces oc­ci­den­tales. Des groupes de porte-avions chi­nois pour­raient dans une ou deux dé­cen­nies jouer le rôle de pa­ravent. Le rap­port du pré­sident Xi au XIXE Con­grès sou­ligne la né­ces­si­té de « dis­sua­der » les guerres. Il ap­pelle la Chine à « s’op­po­ser aux ac­tions qui visent à im­po­ser une vo­lon­té aux autres et à in­ter­fé­rer dans les af­faires des autres ».

(15)

Les ins­tru­ments de la chine,

« pays ma­ri­time fort »

Si la Chine nie toute in­ten­tion hé­gé­mo­nique de pe­ser sur la terre, stig­ma­ti­sant les in­gé­rences oc­ci­den­tales qui ont dé­sta­bi­li­sé le Moyen- Orient, ses ins­tru­ments na­vals de « pays ma­ri­time fort »

pour­raient af­fec­ter le fu­tur de Taï­wan, en ren­dant moins pro­bable une as­sis­tance amé­ri­caine en cas d’in­va­sion.

Porte-avions

La Chine semble en ef­fet vou­loir se do­ter de cinq porte-avions en com­plé­ment du Liao­ning, l’ex-va­ryag (65000 t), mis en ser­vice en 2012. En 2019, la ma­rine re­ce­vra son deuxième porte-avions, qui en est dé­ri­vé. La classe sui­vante (002, deux uni­tés) dé­pla­ce­rait 85 000 t et se­rait do­tée de trois ca­ta­pultes élec­tro­ma­gné­tiques, la pre­mière uni­té étant dé­jà sur cale. Vien­draient en­suite deux ana­logues des porte-avions nu­cléaires Ford amé­ri­cains (100 000 t), pro­ba­ble­ment do­tés de ré­ac­teurs russes, si l’on en croit les im­pres­sions d’ar­tiste dans les pu­bli­ca­tions des deux groupes de construc­tion na­vale et si l’on consi­dère la cy­be­rat­taque qui au­rait per­mis en 2007 à la Chine de télécharger les plans des prin­ci­paux pro­grammes dans le sys­tème in­for­ma­tique du Pen­ta­gone. Comme l’ex­plique un pen­seur stra­té­gique chi­nois, l’ar­gu­ment de la dé­fense des routes ma­ri­times n’a pas grand sens pour un porte-avions. Bien sûr, la Chine pour­ra aus­si les em­ployer pour éva­cuer des res­sor­tis­sants et conduire des mis­sions hu­ma­ni­taires, mais ce n’est pas leur rai­son d’être.

Les porte-avions chi­nois ré­pondent à deux ob­jec­tifs : l’un, pres­ti­gieux, d’af­fi­cher le se­cond rang na­val mon­dial, juste der­rière les États-unis et de­vant la Rus­sie; l’autre, mi­li­taire, d’exer­cer la «dé­fense ac­tive», c’est-à-dire pou­voir en­ga­ger la flotte amé­ri­caine dans le Pa­ci­fique, jus­qu’à la « se­conde chaîne d’îles», bien avant qu’elle ne soit en me­sure d’at­ta­quer la Chine. Pour Bei­jing, l’exemple des Ma­louines dé­montre que la puis­sance qui pro­jette l’em­porte sur celle qui dé­fend et qu’une force na­vale ne peut pas opé­rer sans avia­tion. Celle-ci re­pose au­jourd’hui sur 22 chas­seurs-bom­bar­diers J-15, une co­pie du Su-33 russe, aux­quels un ap­pa­reil fur­tif de­vrait suc­cé­der en grande sé­rie. At­ta­quer la flotte ad­verse avec des porte-avions consti­tue donc la meilleure dé­fense (16).

Mis­siles et dé­si­gna­tion d’ob­jec­tif

Les mis­si­liers et les deux groupes de construc­tion na­vale éta­tique chi­nois, Chi­na State Shipbuilding Cor­po­ra­tion/ CSSC (Shan­ghai, Can­ton) et Chi­na Shipbuilding In­dus­try Cor­po­ra­tion/ CSIC (Da­lian, Hu­lu­dao, Wu­han), pro­duisent à un rythme éle­vé mis­siles et plates-formes qui, par leur nombre, com­pli­que­raient, voire in­ter­di­raient un dé­ploie­ment amé­ri­cain en sou­tien à Taï­wan ou à un al­lié ré­gio­nal. Dans le do­maine de la lutte an­ti­aé­rienne et an­ti­na­vire, la Chine se dote d’ex­cel­lents mis­siles in­di­gènes : le HQ-9 à longue por­tée – in­té­grant des tech­no­lo­gies russe et ukrai­nienne – et le HQ-16 à moyenne por­tée, ap­pa­rem­ment dé­ve­lop­pé en coo­pé­ra­tion avec la Rus­sie sur la base du SA-N-7; les mis­siles an­ti­na­vires YJ-82/83 do­tés d’un tur­bo­réac­teur fran­çais en­suite co­pié ;

(17) le mis­sile YJ-62 et une ver­sion na­vale du DH-10 dé­ri­vé de To­ma­hawk amé­ri­cains ob­te­nus au­près du Pa­kis­tan et de l’af­gha­nis­tan des ta­li­bans (18). Par­mi les autres pro­grammes d’ar­me­ment, des tor­pilles et des ca­nons dé­ri­vés de mo­dèles oc­ci­den­taux puis russes (19). Preuve ap­pa­rente d’une ca­pa­ci­té de concep­tion plus avan­cée, la Chine met au point un ra­dar à an­tennes ré­seau à com­mandes de phase – l’« Étoile de mer » – qui semble être un équi­valent de l’ae­gis amé­ri­cain pour l’ac­qui­si­tion et la pour­suite de cibles et pour le contrôle aé­rien du porte-avions (20).

Pour la dé­si­gna­tion d’ob­jec­tifs, la Chine uti­lise des moyens spa­tiaux et aé­ro­por­tés. Elle loue l’ac­cès au sys­tème amé­ri­cain de po­si­tion­ne­ment par sa­tel­lite (GPS) tout en pour­sui­vant des pro­grammes de sa­tel­lites de re­con­nais­sance pour le ren­sei­gne­ment

élec­tro­nique (ELINT), l’in­ter­cep­tion des trans­mis­sions (SIGINT), la re­cherche océa­no­gra­phique, l’ima­ge­rie, les com­mu­ni­ca­tions et la na­vi­ga­tion (21). Elle pro­gresse dans le do­maine du contrôle, des com­mu­ni­ca­tions, du com­man­de­ment et du ren­sei­gne­ment (C3I), met­tant au point des liai­sons ra­dio à très basses fré­quences vers ses sous-ma­rins. Outre le sys­tème de na­vi­ga­tion Lo­ran, la Chine pos­sède son propre sys­tème (Chan­ghe 1-2/ Long Fleuve) qui est suf­fi­sant pour des opé­ra­tions jus­qu’à 1 000 nau­tiques dans le Pa­ci­fique et l’océan In­dien. À par­tir de 2020, le C3I chi­nois pour­ra uti­li­ser cinq sa­tel­lites géo­sta­tion­naires et 30 à or­bite haute. Le C3I chi­nois per­met de com­mu­ni­quer avec la flotte à l’échelle glo­bale et semble consti­tuer un sys­tème in­té­gré d’in­for­ma­tions à l’échelle d’un théâtre (22). Un au­teur an­non­çait il y a dix ans : « La pé­riode 2010-2020 ver­ra la ma­rine se do­ter de sys­tèmes de com­bat in­té­grés et dé­ve­lop­per une ca­pa­ci­té de com­battre en haute mer. » Il semble avoir vu

(23) vrai. En 2018, Bei­jing tes­te­rait avec suc­cès un ca­non élec­tro­ma­gné­tique des­ti­né aux des­troyers Type-055.

Sous-ma­rins et flotte de sur­face

CSIC pos­sède les bu­reaux d’études pour les sous-ma­rins et les bâ­ti­ments de com­bat et CSSC pour les bâ­ti­ments auxi­liaires, mais les deux co­opèrent et cha­cun construit des bâ­ti­ments conçus par l’autre. Aux mis­siles de croi­sière comme le nou­veau YJ-18 su­per­so­nique (290 nau­tiques) s’ajoutent les fa­meux mis­siles ba­lis­tiques an­ti­na­vires DF-21D (780 nau­tiques) et DF-26 (3 100 nau­tiques) et le mis­sile de croi­sière an­ti­terre CJ-10 des­ti­né aux des­troyers Type-055 et Type-52d Luyang III ain­si qu’aux SNA 09-III Shang et 09-V. Pour Bei­jing, le but est d’ac­qué­rir la su­pé­rio­ri­té na­vale au­tour des ter­ri­toires consi­dé­rés comme chi­nois, et non de por­ter le feu au-de­là de ses mers.

De­puis 2012, la Ma­rine chi­noise ad­met au ser­vice ou achève 2 por­tea­vions, 2 sous-ma­rins nu­cléaires lan­ceurs d’en­gins 094A, 6 sous-ma­rins nu­cléaires d’at­taque 093B, 9 sous-ma­rins Type-039b AIP, 14 des­troyers lan­ce­mis­siles Type-052c et D, 15 fré­gates lance-mis­siles Type-054a, 40 cor­vettes lance-mis­siles Type-056 et -056A, 5 dra­gueurs et chas­seurs de mines, 4 tran­sports de cha­lands de dé­bar­que­ment, 6 bâ­ti­ments de dé­bar­que­ment de chars, 2 bâ­ti­ments de sau­ve­tage de sous-ma­rins, 8 pé­tro­liers ra­vi­tailleurs (dont 2 Type-051 ana­logues aux Sup­ply amé­ri­cains de 50 000 t), 2 bâ­ti­ments bases de sous-ma­rins et 5 col­lec­teurs de ren­sei­gne­ment. Avec un to­tal de dix pé­tro­liers ra­vi­tailleurs, la flotte de sou­tien peut ac­com­pa­gner au­tour du globe les deux porte-avions et toute l’es­cadre chi­noise.

À l’ex­por­ta­tion, Bei­jing rem­porte des mar­chés au­tre­fois do­mi­nés par les construc­teurs eu­ro­péens : sous­ma­rins pour le Pa­kis­tan et la Thaï­lande, fré­gates ou cor­vettes pour le Pa­kis­tan, l’al­gé­rie, le Ni­gé­ria, la Ma­lai­sie, le Ban­gla­desh, le Sri Lan­ka. À terme, la Chine pour­rait ga­gner des parts de mar­ché en Amé­rique la­tine où elle pour­rait s’as­so­cier un jour au pro­gramme de porte-avions bré­si­lien.

Flottes pa­ra­mi­li­taires

Pour op­ti­mi­ser leur ac­tion en mer de Chine de l’est et du Sud, les au­to­ri­tés chi­noises dé­cident en mars 2013

de ras­sem­bler au sein d’une seule en­ti­té, la nou­velle Chi­na Coast Guard, les bâ­ti­ments de l’an­cienne Chi­na Coast Guard (ex-garde-fron­tières) dé­pen­dant du mi­nis­tère de la Sé­cu­ri­té pu­blique, ceux de la Chi­na Ma­rine Sur­veillance (Zhong Guo Hai Jian) dé­pen­dant du mi­nis­tère des Res­sources na­tu­relles, ceux de la Chi­na Fi­she­ries Law En­for­ce­ment Com­mand (Zhong Guo Yu Zheng) dé­pen­dant du mi­nis­tère de l’agri­cul­ture et en­fin ceux de la Chi­na Cus­toms (Hai­guan) dé­pen­dant du mi­nis­tère des Fi­nances (pour le mo­ment les bâ­ti­ments de la Ma­ri­time Sa­fe­ty Ad­mi­nis­tra­tion, dé­pen­dant du mi­nis­tère des Tran­sports, ne sont pas concer­nés ; ils le se­ront vrai­sem­bla­ble­ment à terme). Cette nou­velle Chi­na Coast Guard a d’abord dé­pen­du du mi­nis­tère des Res­sources na­tu­relles avant d’être su­bor­don­née, en mars 2018, au mi­nis­tère de la Sé­cu­ri­té pu­blique, comme par­tie de la Po­lice Ar­mée du Peuple (PAP). Ces moyens consti­tuent la pre­mière flotte pa­ra­mi­li­taire du monde, loin de­vant le Ja­pon, les États-unis, la Rus­sie.

Conclu­sion

La ga­ran­tie de sé­cu­ri­té des Étatsu­nis en­vers Taï­wan, les Phi­lip­pines, le Ja­pon et, dans une moindre me­sure, la Co­rée du Sud, de­meure la rai­son prin­ci­pale de la ri­va­li­té na­vale si­no-amé­ri­caine. Cer­tains à Bei­jing re­doutent que les États-unis ne trouvent un pré­texte mi­li­taire pour faire dé­railler l’éco­no­mie chi­noise et l’em­pê­cher d’ac­cé­der au pre­mier rang mon­dial. Ils nour­rissent le lob­by des fau­cons qui as­surent qu’avec une ma­rine puis­sante, la Chine pour­ra dé­fendre sa fu­ture place. Ces mêmes fau­cons ré­clament la réuni­fi­ca­tion avec For­mose, pers­pec­tive qui consti­tue tou­jours le plus grand risque de guerre si­no-amé­ri­caine. À l’ho­ri­zon 2025, la ma­rine chi­noise ali­gne­ra trois por­tea­vions et une quin­zaine de SNA qui lui per­met­tront d’opé­rer jus­qu’à la se­conde chaîne d’îles et même au-de­là. À l’ho­ri­zon 2049, la flotte chi­noise am­bi­tionne de do­mi­ner le Pa­ci­fique oc­ci­den­tal avec au moins six por­tea­vions. Les per­for­mances des mis­siles ba­lis­tiques an­ti­na­vires dé­ve­lop­pés par Bei­jing pour­raient chan­ger l’équa­tion de la guerre na­vale, en fai­sant pe­ser sur les plates-formes ad­verses, très éloi­gnées, une épée de Da­mo­clès de plus en plus cré­dible.

(© Coll. Alexandre Shel­don-du­plaix)

Les fré­gates Type-054a ont été construites en grande sé­rie et sont spé­cia­li­sées dans la lutte ASM.

(© Coll. Alexandre Shel­don-du­plaix)

Re­pré­sen­ta­tion in­for­ma­tique d’un croi­seur Type-055 do­té d’un ca­non élec­tro­ma­gné­tique sur la plage avant. Pour voir une telle évo­lu­tion, une pro­pul­sion élec­trique in­té­grée, pour l’heure non exis­tante, de­vra être mise en place.

Une cor­vette Type-056 à la mer. Les na­vires ont été construits en grande sé­rie et sont conçus pour la pa­trouille ou, avec le Type-056a, pour la lutte ASM. (© Chi­nese in­ter­net)

Le Liao­ning dans le port de Hong Kong. (© Chi­nese in­ter­net)

Les quatre des­troyers de classe So­vre­me­nyy vont être mo­der­ni­sés, no­tam­ment avec l’ins­tal­la­tion de tubes de lan­ce­ment ver­ti­caux et d’un lan­ceur FL-3000N. (© Chi­nese in­ter­net)

Un sous-ma­rin lan­ceur d’en­gins Jin et un sous-ma­rin nu­cléaire d’at­taque Shang. (© Coll. Alexandre Shel­don-du­plaix)

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