Les Ad­van­ced Force Ope­ra­tions

DSI - - SOMMAIRE - Par Em­ma­nuel Vi­ve­not, spé­cia­liste des ques­tions de dé­fense

Dans la doc­trine de L’OTAN, une Ad­van­ced Force Ope­ra­tion (AFO) dé­signe la phase de pré­pa­ra­tion opé­ra­tion­nelle de l’es­pace de ba­taille, qui in­ter­vient entre la phase de ren­sei­gne­ment pré­pa­ra­toire et l’opé­ra­tion de com­bat.

Si les ac­ti­vi­tés per­met­tant de pré­pa­rer une opé­ra­tion pour s’en as­su­rer la réus­site existent de­puis l’aube de l’his­toire mi­li­taire, la tech­ni­ci­sa­tion du mé­tier de sol­dat et la conduite d’opé­ra­tions de plus en plus com­plexes ont don­né lieu à dif­fé­rents con­cepts per­met­tant de dé­li­mi­ter la pré­pa­ra­tion de l’en­vi­ron­ne­ment opé­ra­tion­nel en temps de paix, les ac­ti­vi­tés de pré­crise et la ré­ponse à la crise elle-même. Au sein de l’ar­mée amé­ri­caine, les AFO sont des opé­ra­tions spé­ciales ou clan­des­tines, ap­prou­vées par le se­cré­taire d’état à la Dé­fense. Elles dif­fèrent de

la phase ren­sei­gne­ment en elle-même, car bien qu’elles soient très cen­trées sur la re­con­nais­sance et le re­cueil d’in­for­ma­tions, elles peuvent in­clure des ac­tions plus ou moins ci­né­tiques pour li­mi­ter les pertes al­liées ou at­ten­drir la cible. Plus ré­cem­ment, l’im­por­tance crois­sante don­née aux forces spé­ciales a pro­vo­qué un bas­cu­le­ment des AFO, pré­ro­ga­tive du Corps des Ma­rines, vers les forces spé­ciales, dé­bou­chant sur la créa­tion d’uni­tés af­fec­tées à ces opé­ra­tions et sur un dé­ve­lop­pe­ment ex­po­nen­tiel de leurs moyens et de leur em­ploi ces quinze der­nières an­nées.

L’ori­gine des AFO

Les AFO sont ap­pa­rues en 1906 dans la doc­trine de la guerre na­vale, lors de tra­vaux me­nés par L’US Ma­rine Corps sur la re­con­nais­sance am­phi­bie. L’ac­cent était mis sur l’im­por­tance d’en­ta­mer le tra­vail de ren­sei­gne­ment bien avant le dé­but des hos­ti­li­tés afin de fa­ci­li­ter la pla­ni­fi­ca­tion des opé­ra­tions, et de le pour­suivre du­rant la phase de pré­pa­ra­tion opé­ra­tion­nelle, car ce­la per­met­trait aux com­man­dants d’uni­té de vé­ri­fier la per­ti­nence de leurs plans et de leurs con­cepts avant de les mettre à exé­cu­tion. La doc­trine na­vale évo­lua du­rant l’entre-deux-guerres et le concept D’AFO fut en par­tie à l’ori­gine du dé­ve­lop­pe­ment des Un­der­wa­ter De­mo­li­tion Teams (UDT) de L’US Na­vy et des Ma­rine Rai­ders au dé­but des an­nées 1940.

Les ex­pé­riences de la Deuxième Guerre mon­diale ont fait émer­ger un be­soin ca­pa­ci­taire dans le do­maine de la pré­pa­ra­tion de l’es­pace de ba­taille : re­con­nais­sance et des­truc­tion des sta­tions ra­dar, des bases de sous-ma­rins, des ter­rains d’avia­tion, des dé­fenses cô­tières ain­si que des ins­tal­la­tions in­dus­trielles stra­té­giques et des stocks de ma­té­riaux bruts. À Ta­ra­wa, le dé­bar­que­ment du 23 no­vembre 1943 mar­qua les es­prits : le manque de ren­sei­gne­ment et une mau­vaise coor­di­na­tion en­voyèrent les Ma­rines contre une bar­rière de co­rail et d’autres obs­tacles sous-ma­rins, oc­ca­sion­nant de lourdes pertes alors que les barges de dé­bar­que­ment n’ar­ri­vaient pas à at­teindre la plage.

A contra­rio, le dé­bar­que­ment de Ti­nian le 24 juillet 1944 fut une réus­site, car les AFO me­nées en amont in­fluèrent sur le plan de cam­pagne et les tac­tiques em­ployées. La fin des an­nées 1940 don­na lieu à l’ex­pé­ri­men­ta­tion de modes d’in­ser­tion non conven­tion­nels par les UDT et les Ma­rine Re­con (no­tam­ment le dé­ploie­ment à par­tir de sous-ma­rins et les in­fil­tra­tions sous-ma­rines et aé­ro­por­tées), des pro­cé­dures d’ap­pli­ca­tion des feux na­vals et de modes de liai­son clan­des­tins avec des agents lo­caux. L’idée der­rière la no­tion de clan­des­ti­ni­té était qu’un com­man­dant de flotte sou­hai­tait ré­vé­ler le moins pos­sible son in­té­rêt pour une zone don­née tant qu’une opé­ra­tion n’était pas lan­cée, pour évi­ter d’aler­ter l’en­ne­mi, qui ne man­que­rait pas de ren­for­cer ses dé­fenses et de re­le­ver sa vi­gi­lance. Pour ce faire, les pa­trouilles de re­con­nais­sance étaient conduites par les élé­ments les plus ta­len­tueux et les plus ex­pé­ri­men­tés, sans ap­pui d’ar­tille­rie ni sou­tien aé­rien, de pré­fé­rence par faible vi­si­bi­li­té, de nuit ou par mau­vais temps.

En Co­rée, des AFO na­vales furent conduites par les UDT et les Ma­rine Re­con pour re­con­naître les points d’ac­cès de la zone de Pu­san, pré­pa­rer le dé­bar­que­ment d’in­cheon, me­ner des ac­tions de dé­mo­li­tion contre des ponts et des tun­nels fer­ro­viaires le long de la côte. En outre, les UDT me­nèrent des ac­tions dé­vas­ta­trices contre les ac­ti­vi­tés de pêche nord-co­réennes. Au Viet­nam, les AFO furent at­tri­buées aux SEAL dans le del­ta du Mé­kong tan­dis que les Force Re­con sou­te­naient les opé­ra­tions de L’USMC à tra­vers des mis­sions de re­con­nais­sance pro­fonde et leurs opé­ra­tions « Stin­gray/ Key­hole» qui for­gèrent une part de l’ac­tuelle doc­trine des forces spé­ciales de L’OTAN. Après le re­trait des forces amé­ri­caines, nombre de ces uni­tés furent dis­soutes et les SEAL se re­trou­vèrent seuls à avoir la charge de la pré­pa­ra­tion des dé­bar­que­ments.

À par­tir de 1980, l’af­faire des otages de Té­hé­ran mit en lu­mière l’in­ca­pa­ci­té de la CIA à four­nir du ren­sei­gne­ment à fin d’ac­tion et dé­bou­cha sur la créa­tion du Joint Spe­cial Ope­ra­tions Com­mand (JSOC), dont cer­taines uni­tés spé­cia­li­sées avaient pour rôle non seule­ment d’ap­por­ter les ca­pa­ci­tés qui avaient tant fait dé­faut en Iran, mais sur­tout d’ex­plo­rer et d’al­ler plus loin dans le dé­ve­lop­pe­ment de celles-ci. L’US Ar­my a créé le Fo­rei­gn Ope­ra­tions Group en juillet 1980, qui est de­ve­nu par la suite l’in­tel­li­gence Sup­port Ac­ti­vi­ty (ISA), une uni­té de ren­sei­gne­ment mi­li­taire opé­rant de ma­nière clan­des­tine à l’étran­ger, et no­tam­ment à par­tir des am­bas­sades amé­ri­caines.

Re­cru­tés prin­ci­pa­le­ment au sein des Green Be­rets, ses opé­ra­teurs sont qua­li­fiés en close quar­ters bat­tle, en sni­ping et en sur­vie, tout en pos­sé­dant de vastes com­pé­tences en SIGINT, HUMINT et dé­ve­lop­pe­ment de sources. L’ISA in­tro­duit une évo­lu­tion dans le concept D’AFO, qui ne se ré­sume plus à la pré­pa­ra­tion des dé­bar­que­ments et vise à réel­le­ment mo­de­ler l’en­vi­ron­ne­ment opé­ra­tion­nel, in­té­grant une no­tion de clan­des­ti­ni­té jusque-là re­la­ti­ve­ment ab­sente. De sa créa­tion à nos jours, L’ISA est l’une des uni­tés les plus dis­crètes de L’US Ar­my, tra­vaillant sous des noms de code tou­jours dif­fé­rents, de la même ma­nière que la Del­ta Force. L’ISA fut trans­fé­ré de L’US Ar­my au JSOC à par­tir de 2003. Jus­qu’en 1983, les AFO na­vales sont res­tées du res­sort des UDT et des Ma­rines, avant que le De­part­ment of De­fense ne dé­cide de re­struc­tu­rer et ren­for­cer les forces spé­ciales, aux­quelles les AFO se­ront de plus en plus as­so­ciées. De son cô­té, le Corps des Ma­rines se trou­va face à un di­lemme, car nombre d’of­fi­ciers étaient ré­tifs à l’idée d’une élite se dé­ve­lop­pant en son sein, con­si­dé­rant dé­jà le Corps comme une uni­té d’élite. Cette vi­sion frei­na la créa­tion d’une uni­té

spé­ciale des Ma­rines jus­qu’au mi­lieu des an­nées 2000, lais­sant le champ du bat­tles­pace sha­ping aux SEAL, puis à l’uni­ted States Spe­cial Ope­ra­tions Com­mand (USSOCOM).

L’USMC sur la touche

Conscient de ses la­cunes en ma­tière D’AFO, l’état-ma­jor de L’USMC ten­ta de re­ga­gner ses pré­ro­ga­tives en dé­ve­lop­pant à par­tir de 1987 le concept des Ma­rine Ex­pe­di­tio­na­ry Unit (Spe­cial Ope­ra­tions Ca­pable), ou MEU (SOC), afin de com­bler le vide créé par le fait que les SEAL étaient de plus en plus em­ployés au pro­fit de L’USSOCOM et de moins en moins dis­po­nibles pour les MEU, et pour les AFO me­nées conjoin­te­ment entre Ma­rines et Na­vy.

Mais si les Lea­ther­necks se consi­dé­raient comme une force étant « spé­ciale» par dé­fi­ni­tion, leur spectre de mis­sions ne rem­plis­sait pas les cri­tères de L’USSOCOM et ils ac­cu­saient des an­nées de re­tard sur les SEAL en ma­tière de clan­des­ti­ni­té. Le ré­sul­tat d’une ten­dance his­to­rique du Corps à dis­soudre ses uni­tés de Ma­rine Rai­ders ou de Force Re­con après un conflit et à sous fi­nan­cer ses ca­pa­ci­tés SOF, qui n’a pas per­mis à ces der­nières de se main­te­nir et de se dé­ve­lop­per au fil du temps comme ce fut le cas dans les autres branches du Pen­ta­gone. D’autre part, le Corps était éga­le­ment han­di­ca­pé par un ac­cès plus li­mi­té aux tech­no­lo­gies de pointe, là où les forces spé­ciales bé­né­fi­cient de fa­ci­li­tés de fi­nan­ce­ment et de pro­ces­sus d’ac­qui­si­tion ren­dus pos­sibles par leur faible vo­lume de force et le ca­rac­tère stra­té­gique de leurs opé­ra­tions. À par­tir de la fin des an­nées 1990, les SEAL ces­sèrent de se dé­ployer avec les MEU (SOC) et se concen­trèrent sur les mis­sions de L’USSOCOM.

Ce­la se re­flé­ta dans l’at­tri­bu­tion des mis­sions lors des phases pré­pa­ra­toire et ini­tiale d’«en­du­ring Free­dom» fin 2001 : les Ma­rines furent lais­sés de cô­té tan­dis qu’une Spe­cial Ope­ra­tions Task Force ba­sée sur L’USS Kit­ty Hawk était char­gée de conduire des re­con­nais­sances et des raids en pro­fon­deur dans le sud de l’af­gha­nis­tan. Les Ma­rines at­ten­dirent près d’un mois avant de po­ser le pied sur le sol af­ghan, et bien que la TF 58 dis­po­sât de 12 équipes de Force Re­con, ce furent en­core les SEAL qui ef­fec­tuèrent les re­con­nais­sances préa­lables à leur ar­ri­vée à Rhi­no.

Ce cas de fi­gure montre aus­si qu’alors même que L’USMC dis­po­sait d’élé­ments aptes à ef­fec­tuer des AFO pour le compte des MEU, le com­man­de­ment de théâtre n’a pas pris la me­sure des ca­pa­ci­tés réelles d’une Ma­rine Air­ground Task Force (MAGTF), et a pré­fé­ré confier cette mis­sion aux forces spé­ciales. Plus si­gni­fi­ca­tif en­core, les AFO de cer­taines opé­ra­tions ont été confiées au JSOC, spé­cia­li­sé dans les « black ops », plu­tôt qu’aux uni­tés « white » de L’USSOCOM. Ce­la sou­ligne la dif­fi­cul­té crois­sante des AFO et l’im­por­tance qu’elles ont prise au fil des an­nées, et leur rap­pro­che­ment avec la com­mu­nau­té du ren­sei­gne­ment.

Le cas de l’opé­ra­tion « Ana­con­da »

À par­tir de 2001, les opé­ra­teurs de L’ISA ont ac­com­pa­gné les Del­ta et le Na­val Spe­cial War­fare De­ve­lop­ment Group (DEVGRU) dans nombre de leurs mis­sions, opé­rant sous le nom de Gray Fox. Les opé­ra­tions « Ana­con­da » (Af­gha­nis­tan, fé­vrier 2002) et « Vi­king Ham­mer » (nord de l’irak, mars 2003) comptent par­mi celles ayant le plus lar­ge­ment fait ap­pel aux AFO. Lan­cée en plein hi­ver, «Ana­con­da» vi­sait à dé­truire un re­grou­pe­ment de forces d’al-qaï­da et des ta­li­bans dans la val­lée de Sha­hi­kot, si­tuée au sud de Gar­dez, dans l’est de l’af­gha­nis­tan. Une mi­lice pach­toune, en­ca­drée par des Spe­cial Forces, de­vait ra­tis­ser le fond de val­lée tan­dis qu’un ba­taillon de la 10th Moun­tain Di­vi­sion et un autre de la 101st Air As­sault blo­que­raient les ac­cès à l’est et au nord pour em­pê­cher l’ad­ver­saire de fuir.

Les AFO furent conduites en deux temps, par des uni­tés du JSOC sur les­quelles le com­man­dant de la Task Force Moun­tain n’avait pas au­to­ri­té. Une pre­mière re­con­nais­sance en­vi­ron­ne­men­tale, des­ti­née à tes­ter le ter­rain et à éva­luer ses contraintes, furent me­nées par deux équipes, In­dia et Ju­liet, consti­tuées d’opé­ra­teurs de la Del­ta Force, du DEVGRU, de Gray Fox et du 24th Spe­cial Tac­tics Squa­dron.

In­dia, ar­ri­vant par le sud de la val­lée, fut blo­quée par le ter­rain, trop ac­ci­den­té. Ju­liet de­vait re­con­naître les ac­cès par le nord, et les deux équipes par­vinrent aux mêmes conclu­sions : Al-qaï­da ne s’at­ten­dait pas à ce que les Amé­ri­cains af­frontent le bliz­zard et pé­nètrent leurs lignes dans des condi­tions aus­si dures, et avait concen­tré sa sur­veillance sur les routes pra­ti­cables en vé­hi­cule.

Une se­conde re­con­nais­sance fut lan­cée cinq jours avant le dé­but de l’opé­ra­tion, avec une équipe sup­plé­men­taire, Ma­ko 31, en­voyée par le DEVGRU. Trop voyants pour ce type d’in­fil­tra­tion, les hé­li­co­ptères furent lais­sés de cô­té au pro­fit de quads équi­pés de phares in­fra­rouges, per­met­tant à Ju­liet de s’éco­no­mi­ser tout en ac­crois­sant la charge utile. L’équipe ar­ri­va par le nord, mais les pas­sages re­pé­rés par L’ISR s’avé­rèrent im­pra­ti­cables, for­çant les com­man­dos à tra­ver­ser de nuit un village cen­sé abri­ter une cen­taine de dji­ha­distes avant de grim­per une pente à 45 de­grés pour évi­ter un champ de mines, à tra­vers une neige de plus en plus épaisse, avant d’at­teindre leurs postes sur le ver­sant est. Les trois opé­ra­teurs d’in­dia s’in­fil­trèrent à pied jus­qu’à leur poste au sud-ouest de la val­lée, tan­dis que les cinq hommes de Ma­ko 31 ef­fec­tuèrent une pro­gres­sion éprou­vante par le sud, pour dé­cou­vrir que leur poste d’ob­ser­va­tion était oc­cu­pé par une mi­trailleuse lourde et cinq com­bat­tants en­ne­mis, qu’ils éli­mi­nèrent. Outre le fait que seule une re­con­nais­sance HUMINT au­rait per­mis de neu­tra­li­ser ce type de me­nace, les ob­ser­va­tions des trois équipes mon­trèrent que les forces d’al-qaï­da oc­cu­paient aus­si bien les points hauts que les fonds de val­lées.

Tou­te­fois, lorsque les com­pa­gnies d’in­fan­te­rie ar­ri­vèrent dans la val­lée, elles furent prises sous des feux beau­coup plus in­tenses que pré­vu, et les trois équipes AFO po­si­tion­nées en al­ti­tude jouèrent un rôle vi­tal, don­nant au com­man­de­men­tu­ne­meilleu­re­per­cep­tion de l’es­pace de ba­taille et di­ri­geant des frappes aé­riennes pour dé­ga­ger les fan­tas­sins en contre­bas. Le bi­lan d’«ana­con­da» dé­mon­tra les risques en­cou­rus dans des opé­ra­tions re­po­sant trop sur la tech­no­lo­gie : les AFO avaient pu re­cueillir nombre d’in­for­ma­tions ayant échap­pé aux drones, et ont don­né à l’état-ma­jor une bien meilleure vue de l’es­pace de ba­taille que celle qu’il au­rait eue avec L’ISR seul.

Un nou­veau rôle dans les opé­ra­tions in­ter­armes

La doc­trine in­ter­armes amé­ri­caine a évo­lué à par­tir le mi­lieu des an­nées 1990, et les AFO sont de­ve­nues une sé­rie com­plexe d’opé­ra­tions clan­des­tines, qui les ont fait bas­cu­ler dans le gi­ron des forces spé­ciales du­rant la se­conde moi­tié des an­nées 2000. Pour L’USMC, le concept D’AFO res­tait li­mi­té aux pré­pa­ra­tions de dé­bar­que­ment, ne re­qué­rant pas les mêmes com­pé­tences et s’ins­cri­vant dans une tem­po­ra­li­té courte, li­mi­tée à 72 heures. De son cô­té, L’USSOCOM re­çut l’aval du Con­grès en 2005 pour étendre ses pré­ro­ga­tives en pré­pa­ra­tion de l’es­pace de ba­taille pour y in­clure les AFO, qui de­vinrent une com­bi­nai­son d’ac­tions di­rectes, de re­con­nais­sance spé­ciale et de Fo­rei­gn In­ter­nal De­fense, au­to­ri­sant ses spé­cia­listes du ren­sei­gne­ment à re­cru­ter des in­for­ma­teurs et à en­traî­ner des com­bat­tants étran­gers pour qu’ils servent de force pa­ra­mi­li­taire.

De fac­to, L’USSOCOM était en train de mar­gi­na­li­ser les Ma­rines, en dé­pit du pro­gramme Spe­cial Ope­ra­tions Ca­pable, et de les rendre dé­pen­dants des forces spé­ciales pour ac­cé­der à l’es­pace de ba­taille. Il n’en fal­lait pas

moins pour pous­ser L’USMC à in­ves­tir dans le dé­ve­lop­pe­ment du Ma­rine Corps Forces Spe­cial Ope­ra­tions Com­mand (MARSOC) et dans l’in­ter­opé­ra­bi­li­té entre MEU et forces spé­ciales afin de main­te­nir son sta­tut de pre­mière force d’in­ter­ven­tion et de fa­ci­li­ta­teur au pro­fit des autres forces conven­tion­nelles. Mais les Ma­rine Rai­ders ont su­bi le même ef­fet d’as­pi­ra­tion que les SEAL dix ans plus tôt, de­ve­nant de plus en plus em­ployés par les Thea­ter Spe­cial Ope­ra­tions Com­mand (TSOC), et donc de moins en moins dis­po­nibles pour les MEU.

À la même pé­riode, le MARSOC pas­sa sous le com­man­de­ment de L’USSOCOM, dé­sta­bi­li­sant l’or­ga­ni­sa­tion de L’USMC : les Ma­rine Rai­ders avaient été créés en ab­sor­bant les membres des Force Re­con, seule réelle ca­pa­ci­té SOF du Corps. En 2008, le gé­né­ral Con­way dé­ci­da de re­créer des com­pa­gnies de Force Re­con afin de ré­cu­pé­rer une ca­pa­ci­té or­ga­nique D’AFO. Elles sont em­ployées au ni­veau de la MAGTF. Uti­li­sés comme force ex­pé­di­tion­naire de­puis plu­sieurs dé­cen­nies, les Ma­rines opèrent ac­tuel­le­ment une ré­ar­ti­cu­la­tion gé­né­rale vers les opé­ra­tions am­phi­bies. Pour s’adap­ter à la nou­velle or­ga­ni­sa­tion in­ter­armes des forces amé­ri­caines et à leur fu­ture doc­trine d’em­ploi, les Lea­ther­necks doivent main­te­nant re­dé­fi­nir leur vi­sion, bas­cu­lant d’un concept pu­re­ment na­val à un concept in­ter­armes par na­ture, por­tant sur une force hau­te­ment en­traî­née à contrer les stra­té­gies de dé­ni d’ac­cès ac­tuelles, dé­ployée le plus sou­vent de ma­nière clan­des­tine sur des pé­riodes se me­su­rant en se­maines, voire en mois ou en an­nées.

La vi­sion qui pré­vaut pour l’ho­ri­zon 2020, bap­ti­sée Glo­bal­ly In­te­gra­ted Ope­ra­tions, né­ces­site une in­té­gra­tion des forces entre Ma­rines et forces spé­ciales pour com­bler le vide ca­pa­ci­taire entre ces der­nières et les forces conven­tion­nelles, mais avec une conti­nui­té de com­man­de­ment qui as­sure la meilleure sy­ner­gie entre les dif­fé­rentes com­po­santes d’une force in­ter­armes. Ce­la of­fri­rait au Joint Chief of Staff ain­si qu’aux Geo­gra­phic Com­ba­tant Com­man­ders des op­tions à ti­roirs re­po­sant sur la mo­bi­li­té, la ca­pa­ci­té de ma­noeuvre, L’ISR, le sou­tien, les feux d’ap­pui et la pro­tec­tion des forces four­nies par L’USMC, ain­si que sur les com­pé­tences spé­ci­fiques, la pré­ci­sion des ef­fets et la pré­sence au ni­veau glo­bal des uni­tés de L’USSOCOM.

De cette ma­nière, une AFO in­ter­armes se dé­rou­le­rait en deux phases : en pre­mier lieu, la MEU four­ni­rait les plates-formes mo­biles pour in­fil­trer les élé­ments de re­con­nais­sance, la MAGTF as­su­rant le contrôle opé­ra­tion­nel de l’en­semble tan­dis que les Ma­rines se rat­ta­che­raient au TSOC concer­né pour ga­ran­tir une conti­nui­té de com­man­de­ment et iraient iden­ti­fier les points d’ac­cès au pro­fit des forces conven­tion­nelles, en tra­vaillant avec les con­cepts opé­ra­tion­nels des forces spé­ciales. Pen­dant ce temps, les forces spé­ciales ef­fec­tue­raient des mis­sions de re­con­nais­sance, d’ac­tions di­rectes et de guerre non conven­tion­nelle pour mo­de­ler l’es­pace de ba­taille au ni­veau stra­té­gique. Outre le do­maine du SIGINT, leurs pré­ro­ga­tives in­clu­raient les mis­sions de Close Tar­get Re­con­nais­sance réa­li­sées par des agents lo­caux ou des opé­ra­teurs en ci­vil, les mis­sions d’éli­mi­na­tion à très basse vi­si­bi­li­té pour li­mi­ter les pertes al­liées et l’in­ter­dic­tion de cible dans la pro­fon­deur.

Dans un se­cond temps, la MAGTF trans­fé­re­rait le contrôle opé­ra­tion­nel au com­man­dant de la force in­ter­armes ma­ri­time une fois sa zone d’opé­ra­tions dé­fi­nie, et la MEU as­su­me­rait le com­man­de­ment de la com­po­sante ma­ri­time des AFO. Les forces spé­ciales se­raient af­fec­tées au sou­tien de la force in­ter­armes et fa­ci­li­te­raient les opé­ra­tions de la MAGTF qui pren­drait en charge le mo­de­lage de l’es­pace de ba­taille au ni­veau opé­ra­tif. Ain­si, les Ma­rines et les forces spé­ciales se ré­par­ti­raient les opé­ra­tions de pré­crise, per­met­tant aux pre­miers de dé­ve­lop­per leurs ca­pa­ci­tés en ma­tière de re­con­nais­sance et de sur­veillance, d’in­for­ma­tion war­fare, avec éga­le­ment des pré­ro­ga­tives concer­nant le gui­dage ter­mi­nal des feux ain­si que des ac­tions di­rectes li­mi­tées.

Des Ma­rines en­ga­gés dans une AFO (Ad­van­ced Force Ope­ra­tion). Leur mor­pho­lo­gie évo­lue du fait de l’ar­ri­vée de nou­velles tech­no­lo­gies. (© DOD)

Dé­ploie­ment de SEAL sur un sous-ma­rin amé­ri­cain. Hé­ri­tiers des Un­der­wa­ter De­mo­li­tion Teams, ils sont na­tu­rel­le­ment aptes aux AFO. (© DOD)

Forces amé­ri­caines en­ga­gées dans l’opé­ra­tion « Ana­con­da ». (© DOD)

Des Ma­rine Rai­ders dé­barquent à Pa­vu­vu (îles Sa­lo­mon), en 1943. La re­con­nais­sance de plage est es­sen­tielle à toute opé­ra­tion am­phi­bie. (© DOD)

Un opé­ra­teur du MARSOC en Irak, en 2012. (© US Ma­rine Corps)

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