Le BTR-80, fer de lance mo­to­ri­sé russe

DSI - - SOMMAIRE - Par Pierre Pe­tit, spé­cia­liste des ques­tions de dé­fense

La ma­noeuvre est un des neuf pi­liers des prin­cipes de la guerre.

Elle doit s’ef­fec­tuer avec ra­pi­di­té afin de prendre l’as­cen­dant sur l’en­ne­mi en s’em­pa­rant et en te­nant les points né­vral­giques du champ de ba­taille. De­puis que les conflits existent, la ra­pi­di­té d’exé­cu­tion des dé­pla­ce­ments à pied a tou­jours joué un rôle pré­pon­dé­rant dans l’is­sue vic­to­rieuse d’une ba­taille, dont les dif­fé­rentes phases sont ryth­mées par ces der­niers.

Lors du se­cond conflit mon­dial, avec la mo­to­ri­sa­tion des troupes, ce rythme a connu une ac­cé­lé­ra­tion im­por­tante né­ces­si­tant l’em­ploi de puis­santes uni­tés d’in­fan­te­rie lé­gère mo­to­ri­sées.

Bien que l’ar­mée rouge ait, dans les an­nées 1920, tra­vaillé conjoin­te­ment avec l’al­le­magne sur le concept d’em­ploi de ce type d’uni­té, elle entre dans le se­cond conflit mon­dial sans

vé­hi­cule adap­té pou­vant ga­ran­tir le tran­sport ra­pide et sous blin­dage d’un groupe de com­bat sur le champ de ba­taille. Elle a gran­de­ment né­gli­gé ses fan­tas­sins, qui meurent ge­lés en Ca­ré­lie lors de l’hi­ver 1939-1940. Au­cune le­çon ne va en être ti­rée, Mos­cou ne cher­chant pas à amé­lio­rer le sort de son in­fan­te­rie, qui de­meure le pa­rent

pauvre face à l’arme blin­dée, fer de lance de la vic­toire, et à l’ar­tille­rie, « Dieu de la guerre » de­puis le règne de Pierre Ier. La li­vrai­son de plu­sieurs mil­liers de half-tracks M-3, et ca­mions Stu­de­ba­ker US6 amé­ri­cains dans le cadre du «Prêt-bail» va don­ner nais­sance à une prise de conscience concer­nant le dé­ve­lop­pe­ment d’une fa­mille de

vé­hi­cules des­ti­née à l’in­fan­te­rie lé­gère, dé­sor­mais ca­pable de rem­plir un large spectre de mis­sions.

Des ori­gines loin­taines

Le dé­ve­lop­pe­ment du pre­mier BTR – Bron Trans­por­ter, ou tran­spor­teur blin­dé – dé­bute dès 1946. Il s’agit d’un 6 × 6 blin­dé, le BTR-152, qui re­prend le châs­sis du ca­mion ZIS-151, co­pie de l’ame­ri­can In­ter­na­tio­nal Har­vers­ter K li­vré par les Amé­ri­cains. La pro­duc­tion dé­bute en 1949 et la mise en ser­vice, en 1950. Mais les li­mites vont ra­pi­de­ment être at­teintes en ce qui concerne la mo­bi­li­té en tout-ter­rain et la pro­tec­tion. Un re­tour à la che­nille est alors en­vi­sa­gé à par­tir de 1951 avec le BTR-50P qui, bien que pos­sé­dant de réelles qua­li­tés en tout-ter­rain, n’est pas ju­gé viable, parce qu’il est trop lent et trop cher à pro­duire. L’équi­libre est dif­fi­cile à trou­ver pour les in­gé­nieurs so­vié­tiques et, en 1956, on dé­cide de trans­for­mer toutes les di­vi­sions d’in­fan­te­rie en di­vi­sions de fu­si­liers mo­to­ri­sées. Le dé­ve­lop­pe­ment d’un nou­veau BTR ayant une ca­pa­ci­té am­phi­bie dé­bute en 1959.

Deux bu­reaux d’études se mettent au tra­vail : ce­lui de la firme GAZ de Gor­ki, sous la di­rec­tion de l’in­gé­nieur Ded­kov, et ce­lui de la firme Zil, avec le bi­nôme d’in­gé­nieurs Ro­dio­nov et Or­lov. En 1960, c’est le pro­to­type de la firme GAZ à huit roues mo­trices qui est re­te­nu, don­nant ain­si nais­sance à la pro­li­fique fa­mille des BTR. Dé­nom­mé BTR-60P, le mo­dèle ini­tial ne pos­sède pas de toit et n’est donc pas pres­su­ri­sé NBC. Il est rem­pla­cé en 1963 par le BTR-60PA, au­quel suc­cé­de­ra quatre ans plus tard le BTR-60PB. Am­phi­bie sans pré­pa­ra­tion, mu­ni d’un toit et pres­su­ri­sé NBC, le BTR-60PB ser­vi­ra de plate-forme gé­né­rique à nombre de ver­sions, tout comme ses suc­ces­seurs, les BTR-70 et le BTR-80 ou GAZ-5903. Il est dif­fi­cile de connaître avec exac­ti­tude le nombre de BTR-60 et BTR-70 pro­duits. Néan­moins, le chiffre de 40 000 peut être avan­cé, le pic de pro­duc­tion se si­tuant au dé­but des an­nées 1970 avec 2 300 exem­plaires en 1971, 2 600 en 1972, 3 000 en 1973 et 2 400 en 1974 pour le compte de l’ar­mée rouge et les pays sa­tel­lites du Pacte de Var­so­vie.

Le BTR-80 est pro­duit par la firme Ar­za­mas, sur son site de Ni­j­ni Nov­go­rod. Il faut at­tendre 1984 pour voir les pre­miers exem­plaires ar­ri­ver dans les uni­tés mo­to­ri­sées et 1988 pour qu’il équipe l’in­fan­te­rie de ma­rine. À l’époque, comme de nos jours, la struc­ture des forces so­vié­tiques est ter­naire. Une bri­gade, qu’elle soit mé­ca­ni­sée, blin­dée ou mo­to­ri­sée, pro­cède de ce sché­ma. Une bri­gade mo­to­ri­sée est équi­pée de 141 BTR-80 qui se ré­par­tissent en trois ba­taillons de 47 BTR-80. Chaque ba­taillon est lui-même di­vi­sé en trois com­pa­gnies de trois sec­tions à trois vé­hi­cules, plus un pour le com­man­dant d’uni­té, et un d’ap­pui mor­tier. Les qua­torze vé­hi­cules res­tants sont ré­par­tis ain­si : trois pour la sec­tion de pro­tec­tion sol-air avec des MANPAD de type SA-7 ou SA-16; trois pour la sec­tion lance-gre­nades de type AGS-17 ; cinq pour la sec­tion an­ti­char avec des ca­nons sans re­cul SPG-9 ou des postes de tir de mis­siles AT-4 Spi­got, et trois pour la sec­tion de re­con­nais­sance ba­taillon­naire.

Les amé­lio­ra­tions ap­por­tées au BTR-80 font l’una­ni­mi­té au sein des forces so­vié­tiques. Il est alors ra­pi­de­ment dé­cli­né en de nom­breuses ver­sions – un peu plus d’une tren­taine, rien qu’en URSS –, qui ne pour­ront pas être dé­taillées dans le pré­sent ar­ticle. Les ver­sions trans­mis­sions sont les plus nom­breuses (15), dont la der­nière, la R-145BM1, fut in­tro­duite en 2015 : trois sont de ré­cep­tion sa­tel­lite (R-439-BKM, R-439-MD2 et R-439-BK Le­gen­da 2BK), aux­quelles il faut ajou­ter L’E-351BRM des­ti­né à

four­nir à plus de 15 vé­hi­cules de trans­mis­sion l’éner­gie né­ces­saire de ma­nière si­mul­ta­née. Moins nom­breuses, les ver­sions de re­con­nais­sance NBC sont au nombre de cinq, dont le RKHM-6 Po­voz­ka, la plus ré­cente, mis en ser­vice en 2011 et le RPM-2, une ver­sion ex­clu­si­ve­ment des­ti­née à la re­con­nais­sance nu­cléaire. Quatre ver­sions sa­ni­taires sont en ser­vice, dont le BMM-80 Sim­fo­niya et deux ver­sions de guerre psy­cho­lo­gique mu­nies de puis­sants haut-par­leurs : ZS-88 et ZS-96.

Il existe des ver­sions uniques comme celle de dé­pan­nage BREM-K ; d’es­corte de mis­siles nu­cléaires stra­té­giques Tai­fun-m, pro­duite à 14 exem­plaires et in­tro­duite en 2013; et de contre­me­sures élec­tro­niques des­ti­née aux uni­tés pa­ra­chu­tistes, mise en ser­vice en 2012 et ache­tée par l’ar­mé­nie en sep­tembre 2016. Celle d’ap­pui feu mor­tier 2S23 NO­NA-SVK a été pro­duite à 60 exem­plaires entre 1990 et 2010, dont 30 pour l’ar­mée de terre, 20 pour l’in­fan­te­rie de ma­rine et, de­puis 2009, 10 pour les uni­tés pa­ra­chu­tistes. Mais les ver­sions qui re­pré­sentent l’évo­lu­tion la plus si­gni­fi­ca­tive concer­nant la puis­sance de feu sont le BTR-80A et, plus ré­cem­ment, les BTR-82A et AM.

Du BTR-80 au BTR-82

Cette ver­sion beau­coup mieux ar­mée prend en compte des re­tours d’ex­pé­rience de l’en­ga­ge­ment des BTR-80 en Af­gha­nis­tan de 1979 à 1989, où la mi­trailleuse lourde KPVT de 14,5 mm n’a pas convain­cu dans les mon­tagnes af­ghanes par son poin­tage en site po­si­tif in­suf­fi­sant et son manque d’ef­fi­ca­ci­té à tra­ver­ser les murs des mai­sons en tor­chis. L’état-ma­jor dé­cide alors de do­ter ses uni­tés mo­to­ri­sées d’un vé­hi­cule pos­sé­dant une puis­sance de feu ac­crue, le BTR-80A. En 1994, les cinq pre­miers exem­plaires ar­més du ca­non 2A72 de 30 mm sont af­fec­tés à l’uni­té de sé­cu­ri­té pré­si­den­tielle de Mos­cou. Outre le fait de trans­por­ter sur le ter­rain un groupe d’in­fan­te­rie sous blin­dage, le BTR-80A peut se voir dé­sor­mais as­si­gner des mis­sions de pa­trouille et de re­con­nais­sance of­fen­sives. En 2007, 100 exem­plaires sup­plé­men­taires sont li­vrés, sui­vis par 210 en 2008 et 150 en 2010. Une ver­sion amé­lio­rée est pré­sen­tée en 2009, le BTR-82A qui, tech­ni­que­ment, s’ins­crit comme un vé­hi­cule de tran­si­tion entre le BTR-80 et le fu­tur BTR-90 dont la pro­duc­tion est pla­ni­fiée pour 2008.

Mais le pro­jet de ce der­nier est mis à mal en 2010 lors de l’an­nonce par le mi­nis­tère de la Dé­fense russe du plan d’ar­me­ment 2011-2020 pré­ci­sant que la fa­mille des BTR n’avait plus lieu d’être au sein des forces. Les es­sais du BTR-82A se pour­suivent néan­moins du­rant l’an­née 2010 et la pro­duc­tion est lan­cée à la fin de l’an­née. Cent cin­quante exem­plaires sont li­vrés au dé­but 2012 et 250 en jan­vier et fé­vrier 2013, dont la ma­jo­ri­té re­joignent les uni­tés sta­tion­nées dans le Cau­case du Nord. Il est mal­ai­sé de connaître le nombre exact de BTR-82A en ser­vice en Rus­sie. Néan­moins, on es­time qu’il en existe un peu plus de 400, dont une tren­taine sont dé­ployés au sein de l’in­fan­te­rie de ma­rine de la Bal­tique, dans l’en­clave de Ka­li­nin­grad. Au dé­but de l’an­née 2013, les au­to­ri­tés dé­cident de conver­tir la flotte de BTR-80A au stan­dard 82A. Les es­sais dé­butent à par­tir d’avril 2013 au sein des uni­tés de l’in­fan­te­rie de ma­rine sta­tion­nées à Sé­bas­to­pol et su­bor­don­nées à la Flotte de la mer Noire. Cou­ron­née de suc­cès, la mo­der­ni­sa­tion est va­li­dée. Ces nou­veaux BTR-80 prennent alors la dé­no­mi­na­tion BTR-82AM et une tren­taine sont en­voyés au mois de juin sui­vant en Ab­kha­zie. En dé­cembre 2013, c’est au tour de la bri­gade mo­to­ri­sée sta­tion­née à Sa­ma­ra, au bord de la Vol­ga, de per­ce­voir la pre­mière tranche de 150 BTR-82AM des­ti­nés à ce type d’uni­té.

Mal­gré la dis­pa­ri­tion an­non­cée de la fa­mille des BTR, rem­pla­cée par le BMP-K17 Bu­me­rang pré­sen­té lors du dé­fi­lé sur la place Rouge en mai 2015, la firme Ural­va­gon­za­vod dé­ve­loppe conjoin­te­ment avec l’ins­ti­tut scien­ti­fique de Ni­j­ni Nov­go­rod et les ate­liers de ré­pa­ra­tion no 81 une der­nière ver­sion du BTR-80 qui, fai­sant suite aux re­tours d’ex­pé­rience du conflit ukrai­nien, met l’ac­cent sur la pro­tec­tion. La tou­relle est dé­sor­mais té­lé­opé­rée, mais tou­jours ar­mée de la mi­trailleuse lourde KPVT de 14,5 mm dont le poin­tage en site po­si­tif passe de 60 à 70° afin d’en­ga­ger des ob­jec­tifs pos­tés dans les étages su­pé­rieurs en zones ur­baines. La pro­tec­tion ex­té­rieure est ren­for­cée par un « bar ar­mour » d’un poids de 800 kg. À l’in­té­rieur, est ap­po­sé sur 14 m2 de la face in­terne du blin­dage un re­vê­te­ment contre les ar­ra­che­ments de mé­tal d’un poids de 100 kg. L’ef­fet conju­gué de ces dis­po­si­tifs per­met­trait de ré­sis­ter aux ro­quettes de RPG-7, 9S et 18. Mal­gré ces amé­lio­ra­tions no­tables, cette ul­time ver­sion russe n’a pour l’ins­tant pas trou­vé pre­neur.

L’en­thou­siasme sus­ci­té par l’adop­tion du BTR-80 au sein de l’ar­mée rouge va dé­pas­ser les fron­tières du pays et de nom­breux al­liés du Pacte de Var­so­vie vont se mon­trer in­té­res­sés par le nou­veau vé­hi­cule, afin de rem­pla­cer leurs flottes de BTR-60 et de BTR-70. De plus, la pro­duc­tion sous li­cence est au­to­ri­sée par Mos­cou, ce qui per­met le dé­ve­lop­pe­ment de ver­sions na­tio­nales, prin­ci­pa­le­ment en Hon­grie, en Po­logne, en Ukraine et en Rou­ma­nie, où la firme d’état Ro­marm va dé­ve­lop­per le B33, qui ne tar­de­ra pas à être rem­pla­cé par le Pi­ran­ha V de GDLS, beau­coup plus mo­derne et ré­pon­dant aux normes OTAN.

Après l’écla­te­ment de L’URSS et la dis­pa­ri­tion du Pacte de Var­so­vie, les BTR-80 sont ex­por­tés dès 1992 à par­tir de la Rus­sie ou de pays tiers, comme la Bié­lo­rus­sie, la Hon­grie, le Ka­za­khs­tan, la Po­logne et l’ukraine. Ain­si, à un prix d’en­vi­ron 400 000 dol­lars l’uni­té, le BTR-80 équipe de nos jours de nom­breuses forces ar­mées, de la Côte d’ivoire à la Co­lom­bie en pas­sant par le Ban­gla­desh, l’in­do­né­sie, la Ma­cé­doine, le Sou­dan, l’ou­gan­da, le Ka­za­khs­tan, le Sri Lan­ka, le Tchad, la Tur­quie, la Géor­gie, l’an­go­la, l’irak et, plus ré­cem­ment, l’al­gé­rie. Il est d’ailleurs à no­ter que les forces al­gé­riennes ont ré­vé­lé en juin der­nier, lors de l’exer­cice « Sa­khr 2018 », la der­nière ver­sion dé­ve­lop­pée hors de Rus­sie. Il s’agit de deux exem­plaires d’une ver­sion an­ti­char pré­sen­tés par les per­son­nels de la 36e bri­gade d’in­fan­te­rie mo­to­ri­sée af­fec­tée à 2e ré­gion mi­li­taire im­plan­tée dans le nord-est du pays, non loin de la fron­tière ma­ro­caine. Cette ver­sion se ca­rac­té­rise par l’ins­tal­la­tion sur la tou­relle stan­dard d’un lan­ceur double de mis­siles an­ti­chars russes 9M133 Kor­net (AT-14 Sprig­gan). Au centre se trouve l’op­tique de tir en deux par­ties, une qui semble être une ca­mé­ra ther­mique et l’autre qui est une lu­nette de tir stan­dard D’AT-14. Les ventes à l’ex­por­ta­tion du BTR-80 sont par­fois com­pli­quées à suivre parce qu’elles passent sou­vent par des in­ter­mé­diaires ou sont re­por­tées pour des rai­sons fi­nan­cières ou di­plo­ma­tiques. L’irak, par exemple, passe com­mande en juin 2005 de 115 exem­plaires, ex­hon­grois, ré­tro­fi­tés par la firme po­lo­naise Bu­mar pour un mon­tant de 30 mil­lions de dol­lars. À la suite de vices de pro­cé­dure, la li­vrai­son est re­pous­sée. Les pour­par­lers re­prennent dé­but 2006, mais la com­mande est ré­duite à 98 exem­plaires. Ces vé­hi­cules, dé­nom­més BTR-80UP, sont dé­ployés au sein de la 9e di­vi­sion mé­ca­ni­sée sta­tion­née à Ta­ji. En no­vembre 2006, Bag­dad achète 66 BTR-80 à la Hon­grie, ré­tro­fi­tés en Ukraine par la firme Ni­ko­laïev. Moins bien équi­pés, ils ne prennent pas la dé­no­mi­na­tion « UP ».

Le suc­cès du BTR-80 à l’ex­port est in­dé­niable, et les BTR-80A et BTR-82A vont suivre la voie tra­cée par leur pré­dé­ces­seur. La puis­sance de feu ac­crue est l’ar­gu­ment de vente prin­ci­pal et de nom­breuses na­tions vont pas­ser com­mande. La Hon­grie en est le pre­mier ac­qué­reur. Elle achète 178 exem­plaires en 1996, dont les li­vrai­sons vont s’éche­lon­ner jus­qu’en 1999. L’ar­mée ma­gyare est la pre­mière à en­ga­ger ses BTR-80A en opé­ra­tions ex­té­rieures, en les dé­ployant au Ko­so­vo à par­tir de 2005, au sein de la coa­li­tion in­ter­na­tio­nale, où ils se­ront prin­ci­pa­le­ment af­fec­tés à la garde de l’état-ma­jor de la KFOR à Pris­ti­na. À par­tir de 2000, la Co­rée du Nord achète une tren­taine de BTR-80A et sa voi­sine du Sud, une

ving­taine. En 2004, le Ka­za­khs­tan en re­çoit deux pour sa garde pré­si­den­tielle, sui­vis par une cen­taine d’autres. En 2005, le Ban­gla­desh prend li­vrai­son de 60 BTR-80A pour les uti­li­ser dans le cadre des mis­sions ONU, l’in­do­né­sie en dé­ploie une dou­zaine au Li­ban au sein de la FINUL et le Sou­dan en re­çoit 60 la même an­née.

Pa­ral­lè­le­ment au BTR-80A, une ver­sion dé­nom­mée BTR-80A/S est dé­ve­lop­pée à par­tir de 1994. Elle est ex­clu­si­ve­ment des­ti­née aux forces de sé­cu­ri­té in­té­rieure russes, et ar­mée d’une mi­trailleuse lourde KVPT de 14,5 mm. C’est à par­tir de cette ver­sion que vont être dé­ve­lop­pés les BTR-82 (mi­trailleuse KPVT de 14,5 mm) et 82A (ca­non de 30 mm 2A72). À l’ex­por­ta­tion, seul le Ka­za­khs­tan s’est por­té ac­qué­reur de 43 BTR-82A. Cer­taines sources ont rap­por­té que plu­sieurs exem­plaires, mis en oeuvre par des équi­pages russes, ont été aper­çus à l’été 2015 dans les rangs de l’ar­mée sy­rienne de Ba­char el-as­sad lors des com­bats au­tour de la ville de Lat­ta­quié.

Ana­lyse tech­nique

Le BTR-80 est un vé­hi­cule à huit roues mo­trices per­ma­nentes. Son train de rou­le­ment se com­pose de quatre es­sieux, dont seuls les deux pre­miers, as­sis­tés hy­drau­li­que­ment, sont di­rec­tion­nels, au­to­ri­sant un rayon de bra­quage de 13,2 m. La pres­sion des pneu­ma­tiques tu­be­less KI-126 peut être ajus­tée par le pi­lote de 2,8 à 0,5 kg/ cm2, se­lon la na­ture du ter­rain, per­met­tant de re­mar­quables per­for­mances en tout-ter­rain. Les huit roues, ca­pables de ré­sis­ter à l’ex­plo­sion d’une mine an­ti­per­son­nel BLU-43, sont équi­pées d’un tri­angle de sus­pen­sion re­lié à la caisse par une barre de tor­sion pro­té­gée par un souf­flet, et mon­tée lon­gi­tu­di­na­le­ment. Ce dis­po­si­tif au­to­rise une garde au sol de 475 mm. Seuls les pre­mier et qua­trième es­sieux sont pour­vus de deux amor­tis­seurs hy­drau­liques, alors que les se­cond et troi­sième n’en pos­sèdent qu’un seul. La caisse est com­po­sée de plaques mé­ca­no­sou­dées. Le blin­dage de l’arc fron­tal de 10 mm d’acier est don­né pour ré­sis­ter aux mu­ni­tions de 12,7 mm ti­rées à 100 m. Les flancs de 7 mm d’épais­seur ré­sistent aux mu­ni­tions de 7,62 mm ti­rées à une dis­tance équi­va­lente pour la par­tie su­pé­rieure et 750 m pour la par­tie in­fé­rieure. L’épais­seur du plan­cher est de 9 mm. La proue est op­ti­mi­sée pour la flot­tai­son. Le pare-lame est ra­bat­tu sur le gla­cis su­pé­rieur. Sur le gla­cis in­fé­rieur, à droite, se trouve la trappe du treuil dé­rou­lant un câble de 50 m de long. Sa force de trac­tion est de 6 t en prise di­recte, et de 12 t avec pou­lies de mou­flage.

L’agen­ce­ment in­terne du BTR-80, comme ce­lui de la fa­mille des BTR, est in­ha­bi­tuel par rap­port à ce­lui d’un vé­hi­cule de tran­sport de troupes oc­ci­den­tal. Il ne cor­res­pond en au­cun cas aux normes OTAN qui pré­co­nisent l’em­bar­que­ment et le dé­bar­que­ment du groupe de com­bat par l’ar­rière. Le pi­lote est as­sis à l’avant gauche, et le chef de bord, à droite. Ils sont tous deux pro­té­gés par un pare-brise blin­dé in­di­vi­duel mu­ni d’un vo­let blin­dé ra­bat­table. Le pi­lote dis­pose de deux épi­scopes TNPO -115 et d’un troi­sième, la­té­ral. Au centre, un qua­trième, le TNP-B, peut être rem­pla­cé pour la conduite noc­turne par un TVNE-4B per­met­tant une vi­si­bi­li­té jus­qu’à 120 m. Le chef de bord dis­pose de trois épi­scopes TNPO-115. De­vant lui se trouve la lu­nette bi­no­cu­laire jour/nuit TKN-3 pi­vo­tante, cou­plée au pro­jec­teur in­fra­rouge OU-5-1, fixé à son som­met, qui dis­pa­raî­tra sur les ver­sions les plus ré­centes. Son gros­sis­se­ment diurne de 5 sur un champ de 10° et noc­turne de 3 sur un champ de 8° au­to­rise l’iden­ti­fi­ca­tion des ob­jec­tifs jus­qu’à 3 000 m de jour et jus­qu’à 400 m de nuit en mode pas­sif et 600 m en mode ac­tif.

À droite du pare-brise du chef de bord se trouve une tape de tir fron­tale si­mi­laire à celles ins­tal­lées sur flancs du vé­hi­cule. Elle se com­pose d’une par­tie su­pé­rieure blin­dée vi­trée et d’une par­tie in­fé­rieure pour­vue d’un ori­fice étanche pour le ca­non d’une AK-74. Sur le toit est im­plan­tée la tou­relle mo­no­place BPU-1 à poin­tage ma­nuel. D’un poids de 640 kg, elle est ar­mée d’une mi­trailleuse lourde KPVT de 14,5 mm non sta­bi­li­sée, ali­men­tée à 500 coups, d’une por­tée de 2 000 m. À droite, en co­axiale, est mon­tée la mi­trailleuse lé­gère PK de 7,62 mm ali­men­tée à 2 000 coups, d’une por­tée de 1 500 m. L’op­tique est mon­té à gauche. Il se com­pose sur les der­niers mo­dèles de la lu­nette de tir bi­no­cu­laire TKN BPU-14GA-01 (voie jour ocu­laire droit, voie nuit ocu­laire gauche) cou­plée au pro­jec­teur IR PL-01 rec­tan­gu­laire mon­té sur le tube de la KPVT. Cet en­semble sta­bi­li­sé au­to­rise la dé­tec­tion de jour d’un vé­hi­cule jus­qu’à 3 000 m grâce à un gros­sis­se­ment de 8,2 (8 de nuit). La TKN-4GA-01 rem­place la lu­nette 1PZ-7, alors en deux blocs op­tiques dis­tincts, cou­plée au pro­jec­teur OU-3-GA2M cy­lin­drique,

d’abord mon­té à droite de la mi­trailleuse de 7,62 mm et par la suite sur le ca­non de la KPVT. Le poin­tage en site po­si­tif de la TKN-4GA-01 est de + 81°. Il est su­pé­rieur à ce­lui de la KPVT qui est li­mi­té 60° qui ne peut de fac­to en­ga­ger des aé­ro­nefs au-de­là de cet angle de poin­tage. À l’ex­té­rieur, en nuque, sont ins­tal­lés six lance-pots fu­mi­gènes 902V de 81 mm ar­més de gre­nades 3D6 ou 3D17 (an­ti-ir) ca­pables de créer un écran de fu­mée de 30 m de large sur 10 m de haut.

Le com­par­ti­ment cen­tral ac­cueille six fan­tas­sins, dos à dos, sur une ban­quette et le chef de groupe, ins­tal­lé dos au chef de bord, en sens in­verse de la marche (trois à gauche et quatre à droite). Cha­cun dis­pose d’une tape de tir la­té­rale per­met­tant d’uti­li­ser son arme in­di­vi­duelle sous blin­dage. L’orien­ta­tion de ces tapes est dif­fé­rente, de 15° à 25°, per­met­tant de cou­vrir un large cône à l’avant du vé­hi­cule. De plus, la pre­mière à gauche et la se­conde à droite sont ré­ser­vées aux mi­trailleuses PK de 7,62 mm du groupe. Le com­par­ti­ment cen­tral est équi­pé de six épi­scopes la­té­raux, dont deux sur le toit où se trouvent deux trappes par les­quelles les fan­tas­sins em­bar­qués peuvent ti­rer au RPG ou au MANPAD. Mais l’amé­lio­ra­tion ma­jeure ré­side dans l’adop­tion de vé­ri­tables portes d’ac­cès la­té­rales dont la par­tie su­pé­rieure, qui in­clut une tape de tir, s’ouvre vers l’avant et la par­tie in­fé­rieure vers le bas.

Le com­par­ti­ment ar­rière abrite le GMP (groupe mo­to­pro­pul­seur). Sur­mon­té de quatre trappes de ven­ti­la­tion, il s’ar­ti­cule au­tour du mo­teur V8 po­ly­car­bu­rant KAMAZ-7403 de 260 ch dont la consom­ma­tion est de 0,5 l/km. Il est à no­ter que, en 1993, l’in­cen­die de l’usine Kamaz a conduit à l’adop­tion tem­po­raire du mo­teur YAMZ-238M2, moins puis­sant de 20 ch. Le mo­teur est cou­plé à une boîte de vi­tesses ma­nuelle à cinq rap­ports avant et une marche ar­rière. De plus, une boîte de trans­fert à deux étages per­met au pi­lote de bas­cu­ler en boîte courte lors de fran­chis­se­ments. Ce GMP bé­né­fi­cie d’un sys­tème de pré­chauf­fage per­met­tant le dé­mar­rage par moins 25 °C. Il au­to­rise aux 14 t, en ordre de com­bat, du BTR80 une vi­tesse maxi­male de 100 km/h sur route et de 20 à 40 km/h en tout­ter­rain. Les deux groupes de ré­ser­voirs de 150 l cha­cun, dont les ori­fices de rem­plis­sage sont si­tués à la poupe de la caisse, per­mettent une au­to­no­mie de 600 km sur route et de 200 à 500 km en tout-ter­rain. Le BTR-80 peut évo­luer sur des dé­vers de 42 %, gra­vir des pentes à 60 %, fran­chir des marches ver­ti­cales de 0,5 m et des tran­chées de 2 m de large. Lors de dé­pla­ce­ments am­phi­bies, il peut at­teindre la vi­tesse de 10 km/h. Il est équi­pé d’un hy­dro­jet dont la sor­tie se trouve à l’ar­rière de la caisse avec la prise de mou­ve­ment si­tuée à la sor­tie de la boîte de vi­tesses. L’ap­port en air du mo­teur est par­fois ob­te­nu grâce aux deux schnor­kels qui, lors­qu’ils ne sont pas uti­li­sés ver­ti­ca­le­ment sur leur prise d’air res­pec­tive si­tuées sur le toit au ni­veau de la cloi­son pare-feu mo­teur, sont ran­gés à l’ho­ri­zon­tale, sur le toit, au-des­sus des pots d’échap­pe­ment, de part et d’autre du com­par­ti­ment.

Un BTR-80 ukrai­nien au cours d’un fran­chis­se­ment. (© Shut­ter­stock)

Un BREM-K, ver­sion de dé­pan­nage du BTR-80. (© Tramp57/shut­ter­stock)

Le Ty­phoon-m, vé­hi­cule « an­ti-sa­bo­teurs » des­ti­né à la pro­tec­tion des lan­ceurs mo­biles de mis­siles stra­té­giques. (© An­drey69/shut­ter­sock)

Le RPM-2, des­ti­né à la re­con­nais­sance nu­cléaire.(© Mi­khail Leo­nov/shut­ter­stock)

Le 2S23 NO­NA-SVK. La tou­relle abrite un mor­tier de 120 mm à char­ge­ment par la cu­lasse. (© An­drey69/shut­ter­sock)

Le BTR-82A, avec son ca­non de 30 mm. (© kolt_­duo/shut­ter­sock)

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