Le mi­nistre nou­veau de la Culture est ar­ri­vé : Franck Ries­ter est le 27e de la Ve Ré­pu­blique, et après ?

Le nou­veau lo­ca­taire de la rue de Va­lois a été nom­mé le 16 oc­tobre. Franck Ries­ter se re­trouve face à une mon­tagne de sol­li­ci­ta­tions et de re­ven­di­ca­tions de la part des dif­fé­rentes in­dus­tries cultu­relles. La mu­sique, le ci­né­ma, la té­lé­vi­sion, la presse, l

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Ce fut la 26e pas­sa­tion de pou­voirs après An­dré Mal­raux pour une 27e per­son­na­li­té nom­mée à ce mi­nis­tère qui fê­te­ra ses 60 ans en 2019. Si Fran­çoise Nys­sen a pro­vo­qué de la dé­cep­tion ( 1) ; Franck Ries­ter sus­cite, lui, de l’es­poir de la part des in­dus­tries cultu­relles. Les ré­ac­tions des pro­duc­teurs, des édi­teurs, des mé­dias ou en­core des au­teurs et des ar­tistes ont été nom­breuses après la no­mi­na­tion sur­prise du dé­pu­té ( ex- UMP/ LR) de Seine- et- Marne et an­cien rap­por­teur – il y au­ra dix ans l’an pro­chain – des deux lois « Ha­do­pi » ( 2), ins­tau­rant la haute au­to­ri­té épo­nyme dont il fut membre du­rant six ans – de fin 2009 à fin 2015 ( 3). De­puis six mois, Franck Ries­ter ( 44 ans) ne ca­chait pas son am­bi­tion de rem­pla­cer Fran­çoise Nys­sen ( 67 ans) en dif­fi­cul­té po­li­ti­que­ment et ju­di­ciai­re­ment. Mais il n’était bien sûr pas le seul pres­sen­ti à re­ce­voir le ma­ro­quin de la Culture ( 4). Les at­tentes et les im­pa­tiences sont aus­si à la me­sure de l’ac­cueil, voire de l’ova­tion, que lui ont ré­ser­vé les mondes de la culture et du di­ver­tis­se­ment. Le Syn­di­cat na­tio­nal de l’édi­tion pho­no­gra­phique ( Snep) voit la no­mi­na­tion de Franck Ries­ter comme « un si­gnal po­si­tif » . Et s’en ex­plique : « Son ex­per­tise re­con­nue de la fi­lière mu­si­cale et des dé­fis à re­le­ver dans le nou­vel éco­sys­tème nu­mé­rique consti­tue un atout in­dé­niable (…), s’agis­sant no­tam­ment des en­jeux de fi­nan­ce­ment et de ré­gu­la­tion contre les usages illi­cites » , sou­ligne le syn­di­cat af­fi­lié au Me­def.

Le nou­veau mi­nistre connaît bien la mu­sique

Re­pré­sen­tant les ma­jors de la mu­sique ( Uni­ver­sal Mu­sic, War­ner Mu­sic et So­ny Mu­sic) – par­mi une cin­quan­taine de pro­duc­teurs ou fa­bri­cants membres –, le Snep dit ap­pré­cier le nou­veau mi­nistre pour « son ef­fi­ca­ci­té à pro­té­ger la pro­prié­té in­tel­lec­tuelle » . Sur la pers­pec­tive d’un Centre na­tio­nal de la mu­sique ( CNM), qui s’ins­pi­re­rait du CNC dans le ci­né­ma, l’au­dio­vi­suel et le mul­ti­mé­dia, le « Me­def » de la mu­sique ne ta­rit pas d’éloges en « sa­lu[ a] nt le vo­lon­ta­risme af­fi­ché par [ Franck Ries­ter] il y a sept

ans dé­jà, à l’oc­ca­sion du rap­port ‘’ Créa­tion mu­si­cale et di­ver­si­té à l’ère nu­mé­rique’’ ( 5) qui pré­fi­gu­rait le pro­jet de CNM et dont il était le co- au­teur » ( 6). Pour au­tant, les pro­duc­teurs de mu­sique s’in­quiètent du fait que « les moyens et l’exis­tence même d’un nou­veau CNM ne sont pas as­su­rés » , mais ils s’en re­mettent au nou­veau lo­ca­taire de la rue de Va­lois, à « son ex­pé­rience et sa dé­ter­mi­na­tion » pour « per­met­tr[ e] d’en­trer ra­pi­de­ment dans une phase opé­ra­tion­nelle, à la hau­teur des am­bi­tions et des be­soins de la fi­lière » ( 20 mil­lions d’eu­ros par an).

De la mu­sique à la ré­forme au­dio­vi­suelle

Un rap­port d’une « mis­sion de pré­fi­gu­ra­tion » , confiée aux dé­pu­tés Pas­cal Bois et Emi­lie Ca­riou, de­vrait être re­mis fin no­vembre au Pre­mier mi­nistre ( 7). L’union des pro­duc­teurs pho­no­gra­phiques fran­çais in­dé­pen­dants ( UPFI), qui compte 103 la­bels membres, se fé­li­cite elle aus­si de l’ar­ri­vée de Franck Ries­ter et es­time que « sa par­ti­ci­pa­tion en 2011 à la mis­sion sur la créa­tion d’un Centre na­tio­nal de la mu­sique est de bon au­gure » . Son di­rec­teur gé­né­ral, Jé­rôme Ro­ger, avait dé­cla­ré dans une in­ter­view à Edi­tion Mul­ti­mé­[email protected] : « Il est urgent d’ai­der main­te­nant la fi­lière mu­si­cale, avec la créa­tion du CNM » ( 8). C’était en juin 2012 ! L’UPFI de­mande au pas­sage, pro­jet de loi de Fi­nances 2019 oblige, le pro­lon­ge­ment pour en­core trois ans du cré­dit d’im­pôt aux pro­duc­teurs de mu­sique et le ren­for­ce­ment de la do­ta­tion fi­nan­cière au Bu­reau ex­port de la mu­sique fran­çaise ( 9). Jé­rôme Ro­ger est éga­le­ment DG de la So­cié­té ci­vile des pro­duc­teurs de pho­no­grammes en France ( SPPF). Ce bras « droit d’au­teur » de L’UPFI en ap­pelle au nou­veau mi­nistre de la Culture pour « une ré­gu­la­tion des conte­nus sur le strea­ming » , « une pro­tec­tion des droits des pro­duc­teurs et des créa­teurs dans le do­maine nu­mé­rique » , ou en­core « une re­va­lo­ri­sa­tion des droits à ré­mu­né­ra­tion équi­table » . Du cô­té des 36.500 adhé­rents as­so­ciés de la So­cié­té de ges­tion des droits des ar­tistes in­ter­prètes ( Spe­di­dam), qui au­ra 60 ans l’an pro­chain, on rap­pelle que « l’an­cien pré­sident du Club de l’ave­nir de l’au­dio­vi­suel et des mé­dias au sein de l’as­sem­blée na­tio­nale de­vra s’oc­cu­per de la ré­forme de l’au­dio­vi­suel sou­hai­tée par Em­ma­nuel Ma­cron et son gou­ver­ne­ment » . La ré­forme de l’au­dio­vi­suel est LE gros dos­sier pour Franck Ries­ter, celle de la chro­no­lo­gie des mé­dias aus­si – au mo­ment où Ca­nal+ a rom­pu le 19 oc­tobre ses né­go­cia­tions avec le ci­né­ma ( 10). La So­cié­té des au­teurs et com­po­si­teurs dra­ma­tiques ( SACD), fon­dée il y a 241 ans ( par Beau­mar­chais) et forte au­jourd’hui de ses 60.000 membres, re­con­naît à Franck Ries­ter « une ex­per­tise des en­jeux de la ré­gu­la­tion au­dio­vi­suelle à l’ère nu­mé­rique » et l’ap­pelle à « re­fon­der un pacte pour la culture qui per­mette de ren­for­cer l’ac­cès aux oeuvres, de fa­vo­ri­ser le fi­nan­ce­ment de la créa­tion et de sou­te­nir et de pré­ser­ver les droits des créa­teurs » . Au ni­veau eu­ro­péen, se­lon la SACD, « la France doit main­te­nir sa po­si­tion of­fen­sive en fa­veur du droit à ré­mu­né­ra­tion pro­por­tion­nelle pour les au­teurs » ( dans la di­rec­tive sur le droit d’au­teur). Le Bu­reau de liai­son des or­ga­ni­sa­tions du ci­né­ma ( Bloc), qui re­groupe une quin­zaine d’or­ga­ni­sa­tions du 7e Art fran­çais ( pro­duc­teurs, réa­li­sa­teurs, scé­na­ristes, dis­tri­bu­teurs, …), voit, lui, avec la pro­chaine loi au­dio­vi­suelle de nom­breux dé­fis « pour la dé­fense de la créa­tion ci­né­ma­to­gra­phique in­dé­pen­dante : ren­for­ce­ment de la lutte contre la pi­ra­te­rie, contri­bu­tion des ser­vices de VOD au fi­nan­ce­ment de la créa­tion, ren­for­ce­ment du rôle et du fi­nan­ce­ment du ser­vice pu­blic de té­lé­vi­sion, mo­der­ni­sa­tion des as­siettes et des taux de contri­bu­tion au CNC » . Le Syn­di­cat des pro­duc­teurs in­dé­pen­dants ( SPI), un des membres du Bloc, ajoute que « par sa par­ti­ci­pa­tion à la com­mis­sion des af­faires cultu­relles de l’as­sem­blée na­tio­nale et en tant que rap­por­teur des lois Ha­do­pi, Franck Ries­ter a prou­vé sa fine connais­sance des en­jeux ci­né­ma­to­gra­phiques et au­dio­vi­suels » . Re­ven­di­quant 400 membres, pro­duc­teurs de l’au­dio­vi­suel et du ci­né­ma, « in­dé­pen­dants de tout opé­ra­teur de dif­fu­sion et de té­lé­com­mu­ni­ca­tion » , le SPI « ne dout[ e] pas qu[ e Franck Ries­ter] dé­fen­dra for­te­ment le fi­nan­ce­ment du ser­vice pu­blic » . Ega­le­ment membre du Bloc, l’union des pro­duc­teurs de ci­né­ma ( UPC), qui re­pré­sente 200 pro­duc­teurs de films de long mé­trage et de films pu­bli­ci­taires, « se ré­jouit de la no­mi­na­tion de Franck Ries­ter (…). Sa connais­sance ap­pro­fon­die des en­jeux (…), ain­si que son en­ga­ge­ment constant en fa­veur de la créa­tion (…) se­ront pré­cieux » . Les ci­néastes de L’ARP ( so­cié­té des Au­teurs- Réa­li­sa­teursP­ro­duc­teurs) es­timent, eux, que la fu­ture loi au­dio­vi­suelle « de­vra no­tam­ment re­fon­der notre ré­gu­la­tion à l’ère nu­mé­rique (…) au ser­vice de la di­ver­si­té cultu­relle et d’un meilleur ac­cès aux oeuvres » . Aus­si membre du Bloc, l’as­so­cia­tion des scé­na­ristes de ci­né­ma as­so­ciés ( SCA) « es­père vi­ve­ment que le mi­nistre sau­ra ac­com­pa­gner et sti­mu­ler ce mou­ve­ment [ en fa­veur des au­teurs, de leur ré­mu­né­ra­tion, ou de leur sta­tut, ndlr] » . La Fé­dé­ra­tion des in­dus­tries tech­niques du ci­né­ma ( Fi­cam) es­time, elle, que Franck Ries­ter de­vient mi­nistre « dans une pé­riode char­nière et dé­ter­mi­nante pour le sec­teur du ci­né­ma et de l’au­dio­vi­suel » . Le Syn­di­cat des ra­dios in­dé­pen­dantes ( Sir­ti), qui réunit 169 ra­dios pri­vées in­dé­pen­dantes, en ap­pelle au mi­nistre pour « l’ac­cé­lé­ra­tion du dé­ploie­ment du DAB+ » et « l’adap­ta­tion du dis­po­si­tif des quo­tas fran­co­phones aux nou­velles réa­li­tés nu­mé­riques » .

Franck Ries­ter en froid avec le livre ?

Quant au Syn­di­cat na­tio­nal des jour­na­liste ( SNJ), qui fê­tait ses 100 ans le 18 oc­tobre en pré­sence du nou­veau mi­nistre, il lui a dit que « la fa­meuse loi ‘’ Fake news’’ n’ap­porte au­cune so­lu­tion réa­liste au pro­blème po­sé, mais in­tro­duit une dose de cen­sure, et élar­git en­core les pré­ro­ga­tives du CSA, qui n’est pas une ins­tance in­dé­pen­dante du pou­voir po­li­tique » . Le Syn­di­cat na­tio­nal de l’édi­tion ( SNE) est un des rares à ne pas avoir com­mu­ni­qué sur la no­mi­na­tion de Franck Ries­ter... @ Charles de Lau­bier

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