L’AFP confron­tée au Web et aux « Google News »

L’AFP confron­tée au Web et aux « Google News » :

Edition Multimé[email protected] - - La Une - Charles de Lau­bier

d’agences, que ce soit L’AFP mais aus­si Reu­ters ou AP. D’autre part, ce­la est lié au fait qu’on a mal­heu­reu­se­ment des ré­dac­tions qui ont pas mal ré­duit la voi­lure » . Ré­sul­tat : « 64 % de ce qui est pu­blié en ligne est du co­pié- col­lé pur et simple » !

An­ti- pi­ra­tage : L'AFP sur­veille Web et TV

L’AFP se re­trouve face à un sé­rieux di­lemme, d’au­tant que, une fois les dé­pêches pu­bliées en ligne par de nom­breux édi­teurs de sites web, de blogs ou d’ap­pli­ca­tions mo­biles ( abon­nés ou pas à L’AFP d’ailleurs), ces mêmes dé­pêches ac­ces­sibles gra­tui­te­ment sur In­ter­net peuvent être re­prises et par­ta­gées en l’état par les in­ter­nautes et mo­bi­nautes. Quelque peu em­bar­ras­sé par le pro­blème sou­le­vé par L’AJM, Fa­brice Fries a in­di­qué que ce­la re­joi­gnait la ques­tion de la lutte contre le pi­ra­tage de pho­tos ou de vi­déos pro­duites par l’agence de presse, lais­sant ré­pondre sur ce point Ma­rie- Noëlle Val­lès, nom­mée di­rec­trice de la marque et de la com­mu­ni­ca­tion de L’AFP en no­vembre der­nier : « Nous- mêmes, nous met­tons en ligne et sur les ré­seaux so­ciaux une sé­lec­tion de dé­pêches. C’est en ef­fet un ou­til de vi­si­bi­li­té et un en­jeu d’at­trac­ti­vi­té de la marque. Sur le texte, la lutte contre le pi­ra­tage est très com­pli­quée. Pour l’image ( pho­tos et vi­déos), nous avons en re­vanche un ou­til tech­no­lo­gique très éla­bo­ré de lutte contre le pi­ra­tage » , ex­plique- t- elle, éga­le­ment en charge du dé­ve­lop­pe­ment com­mer­cial de la vi­déo au sein de la di­rec­tion com­mer­ciale et mar­ke­ting de L’AFP – où elle est en­trée il y au­ra 30 ans en 2019. Se­lon nos in­for­ma­tions, l’agence France- Presse a confié il y a plus de deux ans à Pi­crights la ges­tion du res­pect des droits d’au­teur des images qu’elle pro­duit ( 3.000 pho­tos et 75 in­fo­gra­phies par jour). Cette so­cié­té suisse ba­sée à Zü­rich scanne les sites web à la re­cherche d’images AFP par si­mi­la­ri­té. Près de 400 mil­lions de scans sont ain­si opé­rés chaque an­née pour L’AFP, dans une dou­zaine de pays pour l’ins­tant ( Eu­rope, Amé­rique du Nord/ Ca­na­da, Moyen- Orient et ré­cem­ment Bré­sil). Pi­crights s’oc­cupe non seule­ment de l’identification des pho­tos pré­su­mées pi­ra­tées, mais aus­si de la col­lecte des sommes à payer au­près des édi­teurs de sites web « en faute » pour ré­mu­né­rer les ayants droit des images uti­li­sées sans au­to­ri­sa­tion. Pour la vi­déo, cette fois, L’AFP – dont la pro­duc­tion est ac­tuel­le­ment de 250 vi­déos par jour – fait ap­pel de­puis plus de dix ans à Te­le­trax. Cette so­cié­té bri­tan­nique ( ba­sée à Londres et fi­liale de Me­dia­link) scrute pas moins de 2.100 chaînes de té­lé­vi­sion dans plus de 76 pays, afin de dé­tec­ter très pré­ci­sé­ment les vi­déos de L’AFP dans les pro­grammes té­lé­vi­sés grâce à la tech­no­lo­gie d’em­preinte nu­mé­rique dé­ve­lop­pée par Ci­vo­lu­tion ( 4). Quant aux dé­pêches AFP, elles sont plus dé­li­cates à pro­té­ger dans la me­sure où elles pul­lulent sur In­ter­net au rythme des 5.000 pro­duite chaque jour. Tou­jours se­lon nos in­for­ma­tions, l’agence de la place de la Bourse a confié à la Mat­ch­ham­ster le pis­tage de ses textes sur le Web. Cette so­cié­té néer­lan­daise ( ba­sée à Am­ster­dam) scanne tous les sites web ( du moins ceux in­dexés par Google) pour cal­cu­ler le pour­cen­tage de si­mi­la­ri­té des pages « texte » des sites web avec les dé­pêches. « Nor­ma­le­ment, nous concé­dons des droits de li­cence [ avec un droit de re­prise d’un cer­tain nombre de dé­pêches par mois, ndlr] mais nous ne don­nons pas le droit à nos clients de mettre tous nos conte­nus sur les pla­te­formes ( en ligne). C’est pour ce­la que nous pen­sons être lé­gi­times à bé­né­fi­cier du droit voi­sin » , a ex­pli­qué le pa­tron de L’AFP de­vant L’AJM. Fai­sant l’ob­jet d’un âpre dé­bat dans le cadre du pro­jet de di­rec­tive eu­ro­péenne sur le droit d’au­teur dans le mar­ché unique nu­mé­rique ( 5), ce droit voi­sin a pour but de faire payer les Google News, Ya­hoo News et tous les agré­ga­teurs d’ac­tua­li­té. C’est, se­lon Fa­brice Fries, « d’abord une ques­tion de prin­cipe avant d’être un en­jeu de bu­si­ness » . L’AFP re­cours au ca­bi­net de lob­bying Gplus ( groupe Om­ni­com) à Bruxelles. Il s’agit de faire re­con­naître « la va­leur de l’in­for­ma­tion en ligne, de qua­li­té et hon­nête, qui a un prix » , même sous la forme de snip­pets, ces courts ex­traits as­so­ciés aux hy­per­liens. « Pour que l’on puisse suivre si ré­mu­né­ra­tion il y a, il fau­dra que l’on ait des ou­tils d’an­ti- pi­ra­tage et de tra­cking » , en­vi­sage- t- il. Le nou­veau PDG, dont man­dat de cinq ans court jus­qu’au 15 avril 2023, compte- t- il don­ner en­core plus de vi­si­bi­li­té à l’agence sur In­ter­net en sé­lec­tion­nant en­core plus de conte­nus ( dé­pêches, pho­tos et vi­déos), comme peuvent le faire ses concur­rents mon­diaux Reu­ters, AP ou Bloom­berg, et comme l’avait en­vi­sa­gé son pré­dé­ces­seur Em­ma­nuel Hoog avant d’y re­non­cer sous la pres­sion des clients « presse » his­to­riques de L’AFP ? « Ce n’est pas dans les dos­siers que j’ais en ce mo­ment. Pour moi, ce n’est pas d’ac­tua­li­té. On a dé­jà fait beau­coup ; L’AFP est dé­jà très pré­sente ( en ligne). Et ce­la re­joint la ques­tion de sa­voir ce que l’on re­trouve sur In­ter­net et quel est l’im­pact » , a ré­pon­du Fa­brice Fries. Bien que Em­ma­nuel Hoog ait dû ré­fré­ner ses am­bi­tions ini­tiales de « sor­tir d’un sys­tème strict où les agences vendent des conte­nus aux jour­naux, qui les vendent au grand pu­blic » ( 6), ja­mais L’AFP ne s’est au­tant dé­ployée sur In­ter­net : site AFP. com, compte Fa­ce­book, chaîne Youtube, @ AFP sur Twit­ter, Afp­pho­to, Afp­sport et Af­pen­ter­tain­ment sur Ins­ta­gram, Ma­king- of. afp. com, le site da­ta EDNH. news eu­ro­péen, …

In­ter­net et mo­bile : pré­sence am­bi­guë

« Nous pour­rions ar­ri­ver sur Ins­tant Ar­ticles [ le fil d’ac­tua­li­té de Fa­ce­book, ndlr], en tant QU’AFP. C’est en tout cas une pos­si­bi­li­té que l’on étu­die » , avait même avan­cé Em­ma­nuel Hoog de­vant L’AJM, le 5 avril 2017, ayant conscience de mar­cher sur des oeufs : « Quand je dis que L’AFP doit être pré­sente sur In­ter­net, ce­la a tou­jours été mal com­pris » ( 7). L’am­bi­guï­té per­dure. @

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