Mi­cro­soft : Azure dé­passe Win­dows pour la pre­mière fois

Edition Multimédi@ - - La Une - Charles de Lau­bier

Pro­mu il y a cinq ans di­rec­teur gé­né­ral de Mi­cro­soft à la place Steve Ball­mer (suc­ces­seur du co­fon­da­teur Bill Gates), l'In­do-Amé­ri­cain Sa­tya Na­del­la a re­don­né à la firme de Red­mond des cou­leurs en Bourse. Ou­blié l'échec de Win­dows Phone. Le cloud Azure lui per­met de te­nir tête à Ama­zon et Google.

En fé­vrier 2014, il est de­ve­nu le troi­sième di­rec­teur gé­né­ral qu’ai connu Mi­cro­soft en près de 45 ans d’exis­tence – après Steve Ball­mer (2000-2014) et Bill Gates (19752000). En cinq ans, Sa­tya Na­del­la (pho­to) a fait « pi­vo­ter » la firme de Red­mond comme une start-up ! Un ex­ploit pour un géant de l’in­for­ma­tique qui pèse, avec son der­nier exer­cice an­nuel qui s’est ache­vé le 30 juin der­nier, un chiffre d’af­faires de 125,8 mil­liards de dol­lars pour un bé­né­fice net de 39,2 mil­liards de dol­lars.

Vers une offre in­té­grée « Mi­cro­soft 365 »

L’In­do-Amé­ri­cain a en­ter­ré sans glas du sys­tème d’ex­ploi­ta­tion mo­bile Win­dows Phone, dont la der­nière ver­sion sor­tie en 2014 n’est plus mise à jour de­puis deux ans main­te­nant. Ce fut un échec cui­sant pour son pré­dé­ces­seur. Dé­jà confron­té au dé­clin des or­di­na­teurs per­son­nels (PC) où Win­dows règne en­core en maître, Mi­cro­soft n’avait vrai­ment pas be­soin d’un tel fias­co in­dus­triel. Ce­la lui a coû­té des mil­liards de dol­lars, dont 7,2 mil­liards pour l’ac­qui­si­tion des ter­mi­naux du fin­lan­dais No­kia. Ce ra­chat fut dé­ci­dé par Steve Ball­mer en sep­tembre 2013 puis concré­ti­sée en avril 2014, soit deux mois après que Sa­tya Na­del­la lui ait suc­cé­dé. Au­tant dire que Win­dows Phone était mort-né, ce der­nier mi­sant toute sa stra­té­gie sur le cloud avec son offre Azure qu’il a dé­ve­lop­pée pré­cé­dem­ment avec suc­cès en tant vice-pré­sident de cette ac­ti­vi­té (1) chez Mi­cro­soft – où il est en­tré en 1992.

Les ser­vices in­for­ma­tiques dé­ma­té­ria­li­sés que per­met le cloud sont de­ve­nus le pre­mier re­lais de crois­sance du groupe co­fon­dé par Bill Gates et Paul Al­len. D’après le rap­port an­nuel 2018/2019 pu­blié le 1er août der­nier, le seg­ment « In­tel­li­gent Cloud » est l’ac­ti­vi­té qui croit dé­sor­mais le plus, avec un bond de 21 % sur un an pour at­teindre sur le der­nier exer­cice 38,9 mil­liards de dol­lars. A ce rythme-là, mal­gré un ra­len­tis­se­ment ob­ser­vé de­puis six tri­mestres, le cloud com­mence à dé­pas­ser les ac­ti­vi­tés his­to­riques « More Per­so­nal Com­pu­ting » (sys­tème d’ex­ploi­ta­tion Win­dows, or­di­na­teurs Sur­face, jeux vi­déo avec Xbox, pu­bli­ci­té en ligne sur Bing) et « Pro­duc­ti­vi­ty and Bu­si­ness Pro­cesses » (suite lo­gi­cielle en ligne Of­fice 365, dont Word, Ex­cel et Po­werPoint, ré­seau so­cial pro­fes­sion­nel Lin­kedIn ra­che­té en 2016, lo­gi­ciel de ges­tion d’en­tre­prise Dy­na­mics), qui at­teignent res­pec­ti­ve­ment sur l’an­née 45,6 et 41,1 mil­liards de dol­lars avec 8 % et 15 % de hausse.

Bien meilleure, la per­for­mance du cloud in­clut la pla­te­forme ou­verte de dé­ve­lop­pe­ment et d’hé­ber­ge­ment GitHub que Mi­cro­soft a ac­quise l’an der­nier pour 7,5 mil­liards de dol­lars. Ain­si, pour la pre­mière fois de l’his­toire de la firme de Red­mond, Azure a dé­pas­sé Win­dows en termes de re­ve­nus au cours du qua­trième tri­mestre (avril-juin 2019). Ce­rise sur le gâ­teau : le cloud a don­né l’im­pul­sion suf­fi­sante pour que la ca­pi­ta­li­sa­tion bour­sière de Mi­cro­soft fran­chisse en avril et pour la pre­mière fois la barre des 1.000 mil­liards de dol­lars (1.035 au 29-08-19), coif­fant au po­teau Ama­zon (872 mil­lions de dol­lars) et Google (812 mil­lions de dol­lars). Avec Sa­tya Na­del­la, les abon­ne­ments en ligne aux lo­gi­ciels et ser­vices ont pris le pas sur la vente clas­sique de li­cences et de ser­vices uniques sur sup­ports phy­siques.

Même Win­dows n’échappe pas à cette dé­ma­té­ria­li­sa­tion aux abon­ne­ments ren­tables. D’au­tant qu’en jan­vier 2020, le sup­port tech­nique au vieux Win­dows 7 va ces­ser. Ce qui de­vrait pro­vo­quer une mi­gra­tion sur Win­dows 10, voire un bas­cu­le­ment vers le bundle ap­pe­lé « Mi­cro­soft 365 » via In­ter­net. « Les be­soins, ha­bi­tudes et at­tentes mo­dernes de nos clients nous mo­tivent à in­té­grer Of­fice 365, la pla­te­forme Win­dows, les ap­pa­reils, y com­pris Sur­face, et les ap­pli­ca­tions tierces dans une ex­pé­rience Mi­cro­soft 365 plus co­hé­rente », ex­plique le groupe dans son der­nier rap­port an­nuel. En cinq ans, la va­lo­ri­sa­tion bour­sière du groupe a presque qua­dru­plée. Azure est pour­tant en concur­rence fron­tale avec Ama­zon Web Ser­vices (AWS) de la firme de Jeff Be­zos, ain­si qu’avec Google Cloud. Se­lon le ca­bi­net d’étude Ca­na­lys, Ama­zon dé­tient 32,8 % de parts de mar­ché du cloud, Mi­cro­soft 14,6 % et Google 9,9 %. De son cô­té, Gart­ner pré­voit que le mar­ché mon­dial des ser­vices de cloud va croître de 17,5 % cette an­née, à 214,3 mil­liards de dol­lars.

Le « M » se dé­marque de GAFA

Sur sa lan­cée le « M » de GAFAM en­tend ac­croître ses in­ves­tis­se­ments pour construire de nou­veaux centres de don­nées (da­ta cen­ters). C'est du mois ce qu'a in­di­qué le 19 juillet der­nier la vice-pré­si­dente et di­rec­trice fi­nan­cière du groupe, Amy Hood. Et contrai­re­ment aux GAFA em­pê­trés dans des af­faires ou des scan­dales liés à l'uti­li­sa­tion des don­nées per­son­nelles des in­ter­nautes, au point que la ques­tion de leur dé­man­tè­le­ment est ac­tuel­le­ment dé­bat­tue aux Etats-Unis (lire page sui­vante), Mi­cro­soft se dé­marque. Les ré­gu­la­teurs amé­ri­cains et eu­ro­péens s'in­té­ressent aux autres Big Tech. @

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