Qual­comm re­nonce à ache­ter NXP

Qual­comm a an­non­cé fin juillet qu’il re­non­çait à son pro­jet d’ac­qui­si­tion du néer­lan­dais NXP, en l’ab­sence d’ac­cord des au­to­ri­tés de ré­gu­la­tion chi­noises. Il ver­se­ra une in­dem­ni­té de rup­ture de 2 mil­liards de dol­lars, a-t-il pré­ci­sé.

Electronique S - - La Une - JACQUES MAROUANI

L’une des plus longues né­go­cia­tions en vue d’une ac­qui­si­tion dans l’in­dus­trie des se­mi­con­duc­teurs se se­ra fi­na­le­ment sol­dée par un échec au cours de l’été. Après moult trac­ta­tions émaillées de nom­breux re­bon­dis­se­ments, le géant amé­ri­cain des se­mi-conduc­teurs Qual­comm a, en ef­fet, fi­na­le­ment an­non­cé fin juillet qu’il re­non­çait à son pro­jet d’achat du néer­lan­dais NXP. Face à un der­nier obstacle, l’ab­sence d’ac­cord des au­to­ri­tés de ré­gu­la­tion chi­noises, et sur fond de guerre com­mer­ciale entre Pé­kin et Wa­shing­ton, il a je­té l’éponge. Il s’agis­sait de par­ve­nir à l’une des plus grosses fu­sions du sec­teur. Ce n’est pas la pre­mière fois qu’un tel ma­riage – ce­lui entre NXP et Qual­comm avait été an­non­cé fin 2016 –, se heurte à des pro­blèmes ré­gle­men­taires. De telles tran­sac­tions de grande am­pleur, et ayant un im­pact sur plu­sieurs mar­chés, doivent être va­li­dées par un grand nombre de régulateurs dans le monde. De quoi en ti­rer une le­çon : plus une en­tre­prise est éten­due géo­gra­phi­que­ment, plus son offre de pro­duits abou­tit, dans le cadre d’une fu­sion, à un contrôle d’une large part de mar­ché, et plus elle concerne de pays, plus une opé­ra­tion d’ac­qui­si­tion est dif­fi­cile à concré­ti­ser. Sans comp­ter les vel­léi­tés d’ac­tion­naires qui sou­haitent faire mon­ter les en­chères pour ob­te­nir une offre d’achat plus éle­vée. Après plu­sieurs an­nées de concen­tra­tion et de mé­gaac­qui­si­tions réus­sies, du moins fi­nan­ciè­re­ment par­lant, dans l’in­dus­trie des se­mi-conduc­teurs, se­rait-on ar­ri­vé à une li­mite in­fran­chis­sable en termes de mon­tants d’ac­qui­si­tions que les po­ten­tiels ac­qué­reurs ne veulent plus dé­pas­ser ? Pour le ca­bi­net d’études amé­ri­cain IC In­sights, il est clair que les mé­ga­fu­sions dans l’in­dus­trie des se­mi-conduc­teurs se­ront plus com­pli­quées dans le contexte géo­po­li­tique ac­tuel, avec les ten­ta­tions an­non­cées de l’ad­mi­nis­tra­tion Trump de vou­loir ren­for­cer le pro­tec­tion­nisme, ce qui prend à re­brousse-poil la Chine, mais aus­si l’Union eu­ro­péenne. « Il est de moins en moins pro­bable que des ac­qui­si­tions de plus de 40 mil­liards de dol­lars en se­mi-conduc­teurs puissent être réa­li­sées ou même ten­tées dans l’en­vi­ron­ne­ment géo­po­li­tique ac­tuel » , sou­ligne le ca­bi­net d’études.

Des opé­ra­tions dif­fi­ciles à concré­ti­ser

D’ailleurs, la ten­ta­tive avor­tée de ra­chat de NXP par Qual­comm n’au­ra pas été le seul échec de regroupement dans l’in­dus­trie élec­tro­nique du­rant l’été, puisque, toutes pro­por­tions gar­dées, Dia­log Se­mi­con­duc­tor a dé­cla­ré avoir mis fin aux dis­cus­sions por­tant sur l’ac­qui­si­tion de Sy­nap­tics. Dans un autre do­maine, ce­lui de la sé­cu­ri­té nu­mé­rique, le pro­jet d’ac­qui­si­tion de Ge­mal­to par Thales est tou­jours en cours d’ap­pro­ba­tion par plu­sieurs pays, qua­si­ment six mois après avoir été an­non­cé, et la fi­na­li­sa­tion ef­fec­tive ne pour­rait n’in­ter­ve­nir qu’en no­vembre, car si un cer­tain nombre de pays ont dé­jà don­né leur ac­cord, il ne fau­dra pas moins de 14 au­to­ri­sa­tions d’au­to­ri­tés de ré­gu­la­tion, dont celle de l’Union eu­ro­péenne. Celle-ci a ou­vert une en­quête, crai­gnant des ef­fets né­ga­tifs en termes de prix et d’offres pro­duits pour les clients de ces deux en­tre­prises. C’est donc une muraille de Chine vir­tuelle qui se se­ra dres­sée de­vant le géant amé­ri­cain Qual­comm, l’em­pê­chant de prendre pos­ses­sion de l’eu­ro­péen NXP qui lui au­rait don­né une avance dé­ci­sive sur l e mar­ché des se­mi­con­duc­teurs pour l’au­to­mo­bile, alors que le sec­teur du vé­hi­cule au­to­nome et de la voi­ture connec­tée se­ra l’un

des dé­bou­chés les plus pro­met­teurs pour les fa­bri­cants de se­mi-conduc­teurs dans les an­nées à ve­nir. Le porte-pa­role du mi­nis­tère chi­nois du Com­merce, Gao Feng, n’a pas vou­lu dire si Pé­kin avait ou non blo­qué l’ac­qui­si­tion. Il a en re­vanche as­su­ré que ce dos­sier n’avait, se­lon lui, « rien à voir avec les fric­tions com­mer­ciales si­no

amé­ri­caines » . On se sou­vient pour­tant que les au­to­ri­tés amé­ri­caines avaient blo­qué plu­sieurs ac­qui­si­tions d’en­tre­prises – amé­ri­caines ou non – par des en­tre­prises d’État chi­noises. La Chine au­rait donc peut-être eu la ten­ta­tion de rendre la mon­naie de sa pièce à l’Amé­rique, via l’une des en­tre­prises na­tio­nales amé­ri­caines les plus in­no­vantes dans un sec­teur où elle cherche el­le­même à se dé­ve­lop­per par ac­qui­si­tions, sans le suc­cès es­comp­té jus­qu’à pré­sent. Ce qui est cer­tain, c’est que Pé­kin a fait traî­ner les choses en lon­gueur, ce qui a eu pour ef­fet de

faire perdre pa­tience à Qual­comm qui avait fixé une date bu­toir, car l’en­tre­prise était sans doute fa­ti­guée d’at­tendre après un ma­ra­thon rem­pli d’obs­tacles au cours de ces deux der­nières an­nées, comme le re­lè­ve­ment du prix d’ac­qui­si­tion exi­gé par cer­tains groupes d’ac­tion­naires. « Nous conti­nue­rons à nous concen­trer sur notre forte dy­na­mique dans les sec­teurs

de crois­sance » avec un ob­jec­tif de chiffre d’af­faires d’en­vi­ron 5 Md$ pour l’exer­cice 2018, en hausse de plus de 70 % par rap­port à l’exer­cice 2016, a in­di­qué Steve Mol­len­kopf, di­rec­teur gé­né­ral de Qual­comm, qui compte dé­sor­mais sur ses propres forces ou sur des ac­qui­si­tions ci­blées et moins im­por­tantes pour dé­ve­lop­per la so­cié­té. Qual­comm s’ap­prête no­tam­ment à four­nir des so­lu­tions de connec­ti­vi­té et des ca­pa­ci­tés d’in­tel­li­gence pour la voi­ture connec­tée. Dans la 5G, la so­cié­té compte éga­le­ment ex­ploi­ter son sa­voir-faire dans les do­maines du cal­cul avan­cé, de la connec­ti­vi­té et de l’in­tel­li­gence ar­ti­fi­cielle. Qual­comm es­père do­mi­ner le mar­ché très pro­met­teur de la 5G. Le pro­jet de ra­chat de NXP a connu bien des re­bon­dis­se­ments et a été plu­sieurs fois re­tar­dé. Après plu­sieurs rounds de né­go­cia­tions, les deux groupes s’étaient mis d’ac­cord en avril sur une ul­time date bu­toir pour me­ner la tran­sac­tion, soit le 25 juillet au soir, que Qual­comm n’a donc pas vou­lu re­pous­ser une nou­velle fois. Cet échec dans la tran­sac­tion si proche de la ligne d’ar­ri­vée coû­te­ra d’ailleurs cher à l’amé­ri­cain, puis­qu’il ver­se­ra une in­dem­ni­té de rup­ture de 2 Md$, a pré­ci­sé le di­rec­teur gé­né­ral de Qual­comm.

Des ac­tion­naires très gour­mands

Le pro­jet avait pour­tant dé­jà ob­te­nu, souvent avec dif­fi­cul­té, l’au­to­ri­sa­tion des ins­tances ré­gle­men­taires de huit pays. La Com­mis­sion eu­ro­péenne avait ou­vert une en­quête sur cette fu­sion entre les deux géants l’an der­nier, avant de fi­na­le­ment l’au­to­ri­ser en jan­vier. Pour ob­te­nir l’au­to­ri­sa­tion de l’Union eu­ro­péenne, Qual­comm avait sou­mis aux au­to­ri­tés de la concur­rence eu­ro­péennes un cer­tain nombre de conces­sions afin qu’elle au­to­rise le ra­chat du fa­bri­cant de se­mi-conduc­teurs néer­lan­dais. En fé­vrier, Qual­comm avait re­le­vé son offre de ra­chat sur NXP de 110 à 127 $ l’ac­tion. Qual­comm avait in­di­qué que sa nou­velle pro­po­si­tion, qui va­lo­ri­sait sa cible à 44 Md$ (35,66 Md ), abais­sait aus­si le seuil d’ac­cep­ta­tion de son offre de 80 % à 70 %. Le groupe avait sou­mis un an au­pa­ra­vant une pre­mière offre pour NXP, d’en­vi­ron 38 Md$, mais cer­tains ac­tion­naires de sa cible avaient re­je­té la pro­po­si­tion en ré­cla­mant un meilleur prix. Qual­comm avait pré­ci­sé avoir conclu des ac­cords avec neuf ac­tion­naires de NXP, qui dé­te­naient 28 % de la so­cié­té. Qual­comm comp­tait fi­nan­cer les six mil­liards de dol­lars sup­plé­men­taires avec de la tré­so­re­rie et de la dette. Mais un autre fa­bri­cant de se­mi-conduc­teurs, Broad­com, avait lui-même lan­cé une OPA hos­tile sur Qual­comm, blo­quée fi­na­le­ment par la Mai­son Blanche, ar­guant des me­naces pour la sé­cu­ri­té na­tio­nale. Wa­shing­ton es­ti­mait que le ra­chat de Qual­comm par Broad­com, alors ba­sé à Sin­ga­pour, ai­de­rait des en­tre­prises chi­noises à do­mi­ner le mar­ché stra­té­gique de l’In­ter­net mo­bile ul­tra­ra­pide, la 5G.

< « Nous conti­nue­rons à nous concen­trer sur notre forte dy­na­mique dans les sec­teurs de crois­sance » avec un ob­jec­tif de chiffre d’af­faires d’en­vi­ron 5 mil­liards de dol­lars pour l’exer­cice 2018, en hausse de plus de 70 % par rap­port à l’exer­cice 2016, a in­di­qué Steve Mol­len­kopf, di­rec­teur gé­né­ral de Qual­comm.

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