Esprit Yoga

VOYAGE

Areva Yo­ga Fes­ti­val

- TEXTE CÉCILE GALLUCCIO | PHO­TOS AN­TOINE MA­RIOT­TI Jordan · Tel Aviv · Israel · Solomon · France · Bethlehem · Ankara

Une ren­contre par-de­là les fron­tières phy­siques et cultu­relles

Le yo­ga est paix, ou­ver­ture, to­lé­rance. Ces mots ont en­core plus de sens dans une terre de conflits et de ten­sions. En plein dé­sert du Né­guev, deux vi­sion­naires ont créé Arava, un fes­ti­val de yo­ga ou­vert à tous. Notre jour­na­liste a par­ti­ci­pé à la der­nière édi­tion, en no­vembre der­nier.

C'EST UNE ex­pé­rience ma­gique vé­cue par des cen­taines de cou­ra­geux, prêts à en­du­rer un long voyage. Car de n'im­porte où, la val­lée de l'arava est loin. C'est la par­tie orien­tale du dé­sert du Né­guev, au sud d'is­raël. Mais le voyage vaut lar­ge­ment le dé­tour, à com­men­cer par la route, en­che­vê­tre­ments de la­cets qui montent et des­cendent au milieu des ro­chers. Le Né­guev, ce n'est pas moins de 13 000 km2 (soit 60 % du ter­ri­toire is­raé­lien !) de dunes ocre et de ca­nyons blonds. Les strates de terre rap­pellent qu'au­tre­fois ce pay­sage était en par­tie sous les eaux. On dis­tingue la Jor­da­nie à l'est et l'egypte à l'ouest. C'est à ce carrefour, au dé­cor lu­naire, que deux lo­caux, amou­reux de leur ré­gion, ont dé­ci­dé il y a 10 ans d'or­ga­ni­ser le plus grand fes­ti­val de yo­ga du Moyen-orient.

Cette an­née, plus de 1 200 yo­gis ont ré­pon­du à l'ap­pel du Fes­ti­val Arava, qui a eu lieu du 31 oc­tobre au 2 no­vembre. Cer­tains sont ve­nus en 4x4, d'autres ont fait du stop et trim­ballent leur tente sur le dos. « Pen­dant 4 jours, et sur plus de 200 km, une qua­ran­taine d'ate­liers est or­ga­ni­sée », pré­cise Sh­radha, l'un des or­ga­ni­sa­teurs. Après l'ins­crip­tion, et se­lon les in­for­ma­tions four­nies, le pro­gramme pro­pose le pro­fes­seur et le mo­shav (vil­lage agri­cole) dans le­quel le yo­gi res­te­ra jus­qu'à la fin du sé­jour. « Il y a des maîtres de yo­ga ve­nus de l'étran­ger ain­si que des pro­fes­seurs lo­caux », ex­plique l'or­ga­ni­sa­teur. Les cours sont don­nés en an­glais et en hé­breu.

Terre de feu

La val­lée de l'arava est un lieu unique, sur­tout si l'on sou­haite se re­con­nec­ter avec la na­ture. Les le­vers et cou­chers de so­leil sont à cou­per le souffle. « Le dé­sert est l'en­droit par­fait pour faire du yo­ga. On est au calme, loin des villes, c'est spa­cieux, en­core sau­vage et on lâche prise plus fa­ci­le­ment », ex­plique Yoav Sha­mash, pro­fes­seur de Vi­j­na­na (une forme de yo­ga cen­trée sur la mé­di­ta­tion) à Tel Aviv-jaf­fa. Claire, pa­ri­sienne de 29 ans, a at­ter­ri sur cette terre de feu un peu par ha­sard. « J'ai ré­ser­vé mes va­cances en Is­raël il y a un mois et lorsque j'ai vu qu'il y avait ce fes­ti­val, je me suis dit pour­quoi pas. C'est évi­dem­ment le yo­ga qui a at­ti­ré mon at­ten­tion mais je suis tel­le­ment contente d'avoir dé­cou­vert ces lieux ma­giques. »

La séance géante au mont Tim­na

Après les cours du ma­tin, tous les yo­gis sont trans­por­tés par na­vette au parc Tim­na, pas loin d'ei­lat. Au milieu du parc, le mont Tim­na qui culmine à 453 m au-des­sus de la val­lée et un peu par­tout des for­ma­tions géo­lo­giques ma­jes­tueuses sculp­tées par l'éro­sion. Parmi elles, celles que l'on ap­pelle les Pi­liers du Roi Sa­lo­mon. C'est de­vant ce lieu char­gé d'his­toire que tous les par­ti­ci­pants se réunissent. Vê­tu de blanc, cha­cun dé­plie son ta­pis pour une séance de grande en­ver­gure qui va mar­quer le dé­but du shab­bat. Elle est di­ri­gée par l'aus­tra­lien Si­mon Borg Oli­vier, (le créa­teur du Sy­ner­gy Yo­ga). Sh­radha, ne cache pas sa fier­té. « Vous n'avez rien vu jus­qu'à ce que vous ayez vu au moins 500 yo­gis en blanc sous d'énormes roches. » Des cen­taines de bras on­dulent dans les airs sur des ef­fets so­nores in­dé­fi­nis­sables. Des di­zaines de spots ca­chés dans les roches donnent vie aux ombres alors que le so­leil com­mence sa des­cente. Cette fois, c'est sûr, nous sommes sur une autre pla­nète. À la fin de la séance, il fait nuit noire et la tem­pé­ra­ture baisse ra­pi­de­ment. Un im­mense buf­fet est prêt à ac­cueillir les par­ti­ci­pants, une belle queue se forme de­vant les plats XXL et les longues ta­blées se rem­plissent. C'est le mo­ment idéal pour faire connais­sance, en hé­breu, en russe, en an­glais et en fran­çais. Sur la scène, les mu­si­ciens s'ins­tallent.

Mu­sique et ren­contres

Sh­ra­da n'est jamais très loin, « pour ani­mer la soi­rée, nous ai­mons bien faire ap­pel à des gens dont les pays ne sont pas les meilleurs amis d'is­raël comme les Turcs, les Pa­les­ti­niens ou les Jor­da­niens. Le yo­ga re­pré­sente l'uni­té, et je suis per­sua­dé que pra­ti­quer le yo­ga

sur des mu­siques qui unissent les coeurs peut chan­ger le monde. » Le groupe An­na RF, dont le nom est com­po­sé d'hé­breu et d'arabe, pro­pose une mu­sique orien­tale fu­sion, de l'elec­tro Eth­nic Reg­gae. « Nous avons beau­coup de fans turcs et nous don­nons ré­gu­liè­re­ment des concerts là-bas, ex­plique Ofir, le chan­teur. La mu­sique, c'est comme le yo­ga, ça n'a pas de fron­tière. » Le groupe en­chaîne les mor­ceaux aux so­no­ri­tés ara­bi­santes, qui ré­sonnent d'au­tant plus sur cette terre de tra­di­tions bé­douines. Et la ma­gie opère. Le pu­blic se dé­chaîne mé­lan­geant des mou­ve­ments de yo­ga à la danse du ventre. D'ailleurs, une dan­seuse pro­fes­sion­nelle, Ye­liz, née à An­ka­ra, vient de faire son ap­pa­ri­tion sur un titre en arabe.

Un pas en avant, deux pas en ar­rière

An­na RF tente de mi­li­ter pour la paix et le rap­pro­che­ment des peuples. Mais par­fois, et d'au­tant plus dans des pays tra­di­tion­na­listes, c'est sou­vent un pas en avant, deux pas en ar­rière. Yoav, le pro­fes­seur à Tel Aviv-jaf­fa l'a ex­pé­ri­men­té. « Il y a quelques temps, j'en­sei­gnais dans les Ter­ri­toires pa­les­ti­niens, à Beth­léem, avec des pro­fes­seurs pa­les­ti­niens. Tout ce­la était en­core possible, mais au­jourd'hui, en tant que Juif, c'est de­ve­nu trop ris­qué. J'en­seigne uni­que­ment à Jaf­fa, (ville arabe avant l'exode de la po­pu­la­tion en 1949 qui a su pré­ser­ver son ca­rac­tère

orien­tal) donc il y a des Juifs et des Arabes qui pra­tiquent le yo­ga en­semble et tout se passe bien. » Mais Yoav garde les pieds sur terre et se rend bien compte que le yo­ga a ses li­mites : « c'est beau­coup trop ar­ro­gant de pen­ser qu'au nom de la paix, il suf­fit de faire du yo­ga, des « Aum » et c'est tout. C'est évi­dem­ment plus com­pli­qué. Tendre la main est dé­jà un pre­mier pas. Si tout le monde fai­sait ce geste... ».

Vers mi­nuit, cha­cun re­gagne son lo­gis le coeur un peu plus lé­ger. Yo­ga Arava fut, cette an­née en­core, un suc­cès. In­con­tes­ta­ble­ment, ce fes­ti­val fait du bien. Dans un monde où la haine et la vio­lence gagnent du ter­rain, il est bon de vivre, ne se­rait-ce que l'es­pace de trois jours, une ex­pé­rience de to­lé­rance, d'ou­ver­ture d'es­prit, de bien­veillance et de res­pect.

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Séance de yo­ga noc­turne dans le dé­cor ma­jes­tueux des pi­liers de Sa­lo­mon
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 ??  ?? Au concert de An­na RF
Au concert de An­na RF
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La pra­tique du yo­ga dans les an­ciennes mines de cuivre du parc Tim­na
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La pra­tique du yo­ga dans les an­ciennes mines de cuivre du parc Tim­na
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La pra­tique du yo­ga dans les an­ciennes mines de cuivre du parc Tim­na
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Si­mon Borg Oli­ver anime la prin­ci­pale ses­sion de yo­ga du fes­ti­val
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La pra­tique du yo­ga dans les an­ciennes mines de cuivre du parc Tim­na

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