Esprit Yoga

TA­PIS & DÉPENDANCE­S

- PAR LAU­RENCE GAY Lifestyle

Yo­ga : un peu, beau­coup, à la fo­lie ?

J'ADORE PAR­TI­CU­LIÈ­RE­MENT qu'on m'offre du miel. En plus du plai­sir gus­ta­tif qu'il pro­cure, je le trouve riche. À chaque fois qu'on m'en offre, il y a une his­toire de ter­roir der­rière. La per­sonne qui m'offre le pot ne manque ja­mais de me par­ler de la pro­ve­nance et de sa re­la­tion in­time avec ce lieu. Der­niè­re­ment, c'est avec une onc­tueuse mer­veille de la Sainte-baume qu'on m'a gâ­tée. Au ha­sard de la conver­sa­tion, j'ai ap­pris que le do­maine de la Sainte-baume était une fo­rêt sa­crée pour les druides. Ça a fait fris­son­ner mon ima­gi­naire quand on m'a of­fert du miel is­su des plantes de cette fo­rêt ! La fo­rêt, le miel, le lien. Quand on m'offre du miel, j'ai cette sen­sa­tion qu'on me nour­rit de liens. On m'a ap­pris qu'en ayur­ve­da, le miel est ce qu'on ap­pel­le­rait ici un super-ali­ment. Pour­tant il peut de­ve­nir no­cif. À haute tem­pé­ra­ture, la com­po­si­tion du miel chan­ge­rait et, quand on in­gère ce miel trans­for­mé, on fa­vo­rise l'ac­cu­mu­la­tion de toxines dans les in­tes­tins.

Je me suis fait cette ré­flexion : c'est un peu ce qui se passe avec le yo­ga. En état de sur­chauffe, le nec­tar de­vient poi­son. Je connais de pra­ti­quants qui prennent plu­sieurs cours de yo­ga par jour, tous les jours. J'ai aus­si vu, lors de stages in­ten­sifs, des per­sonnes en­chaî­ner des pos­tures de yo­ga pen­dant les temps de pause. La fron­tière entre pas­sion et ex­cès peut être floue. Dans les re­traites de yo­ga que j'ai ani­mées, j'ai ob­ser­vé l'état d'épui­se­ment et par­fois d'agres­si­vi­té de quelques par­ti­ci­pants. Pour eux, « faire du yo­ga » pen­dant les va­cances est un en­jeu, ce­lui de rendre une brève se­maine de re­lâche plus ef­fi­cace, avant de re­tour­ner dans l'arène.

Mais com­ment sa­voir à quel mo­ment « on en fait trop » ? Les bles­sures cor­po­relles sont un signe évident. Un peu d'in­tros­pec­tion peut aus­si ai­der : dans tout ce temps pas­sé à « faire du yo­ga », prend-on de la dis­tance avec le quo­ti­dien pour s'évi­ter à soi-même ou pour se faire face ? Je pense que les « ac­cros » au yo­ga font l'ex­pé­rience des deux, dans des pro­por­tions va­riables. Quand le dé­ni l'em­porte sur la prise de conscience, la tem­pé­ra­ture est trop éle­vée. Pour bais­ser d'un cran le ther­mo­stat, je pro­pose qu'on ban­nisse du yo­ga une ques­tion cou­rante : « Com­bien de séances par se­maine dois-je faire pour en res­sen­tir les ef­fets ? » Cette ques­tion est sans doute celle qui a mis le feu aux mar­mites. Par sou­ci de bien faire, on s'as­treint à faire plus, au point de se sen­tir « pas à la hau­teur » si on rate sa troi­sième séance heb­do­ma­daire ou si on ne trouve pas un cours de yo­ga à suivre pen­dant qu'on est aux sports d'hi­ver. Eva Ruch­paul nous rap­pelle l'im­por­tance de faire de sa séance de yo­ga, un mo­ment rare et de l'en­vi­sa­ger comme si c'était la pre­mière et la der­nière. Rendre au yo­ga son ca­rac­tère pré­cieux, c'est gar­der le nec­tar in­tact.

 ??  ?? LAU­RENCE GAY en­seigne le yo­ga de­puis près de 15 ans. Elle anime aus­si son blog lau­ren­ce­gay.com Sa de­vise : être au­then­tique, être gé­né­reux et vivre plei­ne­ment.
LAU­RENCE GAY en­seigne le yo­ga de­puis près de 15 ans. Elle anime aus­si son blog lau­ren­ce­gay.com Sa de­vise : être au­then­tique, être gé­né­reux et vivre plei­ne­ment.

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