France Football

François Modesto Double vie

L’ancien défenseur central corse est devenu recruteur en chef à l’olympiakos mais aussi à... Nottingham Forest, les deux clubs partageant le même propriétai­re. Deux activités très exigeantes dans lesquelles il s’est plongé avec délice.

- Texte Émile Gillet

Un maillot rouge et blanc peut en cacher un autre. 1er juillet 2010, après six ans passés à Monaco pour quelques 208 matches, François Modesto découvre la Grèce en débarquant à l’olympiakos. Attaché à son climat méditerran­éen, il s’impose rapidement comme un homme de confiance sur et en dehors du terrain en remportant trois Championna­ts et deux Coupes. Forcément, un lien fort se tisse entre le président Evangelos Marinakis et lui, premier joueur acheté par l’homme d’affaires quand il a repris les rênes du club. À tel point qu’à l’expiration de son contrat en 2013, il est hors de question que Modesto s’en aille : « Il ne voulait pas que je parte, avoue l’ancien défenseur. Mais j’avais décidé de finir dans mon club de coeur, Bastia (NDLR : sa ville natale). Ç’à été très difficile de partir. Je dis toujours qu’on pleure deux fois en Grèce : quand on arrive parce qu’on n’a pas envie, et quand on doit s’en aller. » La citation empruntée à Dany Boon ne laisse que peu de place à la tristesse. D’abord parti pour un an en Corse, Modesto prolonge le plaisir deux saisons avant de raccrocher en 2016, le coeur léger. La boucle est bouclée, l’avenir déjà assuré. « Avant que je parte, le président m’a fait signer un précontrat pour une reconversi­on. Je pense que c’est l’un des seuls à avoir fait ça, abonde Modesto. Chaque été, il m’appelait pour me dire : “Alors, tu arrêtes ou pas ? Tu reviens, ça y est ?’’ »

DES ANCIENS JOUEURS AUX MANETTES Homme de parole, il refuse une propositio­n de Leonardo Jardim – son ancien entraîneur en Grèce – pour faire tampon entre le staff et la direction à Monaco, et endosse le costume de recruteur en chef au Pirée. Tout de suite, il est au centre du projet porté par Marinakis qui fait du recrutemen­t un secteur clé. « Il y a quatre ans, on a décidé de faire cette cellule avec quatre, cinq scouts dans le monde qui travaillen­t pour nous, glisse l’ancien défenseur de 42 ans. On a aussi quatre préparateu­rs physiques et un diététicie­n pour suivre les recrues et faciliter l’adaptation. En arrivant (NDLR : en septembre 2020), Yann M’vila m’a dit qu’il n’avait plus vu ses abdos depuis quatre ans ! Des joueurs comme Mady Camara et Pape Cissé sont devenus plus grands et plus costauds en prenant quatre kilos de muscles. » Une stratégie qui ne néglige aucun détail, mais qui, surtout, est menée en bonne intelligen­ce : « Avant, on attirait des grands noms parce que c’était important pour les supporters, mais le football a changé et les salaires aussi, ajoute Modesto, lucide. On fait un mix de jeunes joueurs qui apportent de l’énergie et d’autres plus expériment­és qui savent être décisifs. Ce qu’ils ont en commun, c’est le caractère. »

Même chose dans les bureaux où l’on retrouve Christian Karembeu, directeur sportif, ou encore Vasilis Torosidis, directeur technique. Deux anciens joueurs de la maison, une marque de fabrique de l’olympiakos. « Aujourd’hui, le football, c’est du business, on a perdu l’humain, regrette Modesto. Je pense que la stabilité est importante dans la structure d’un club. Ici, presque tous les entraîneur­s du centre de formation sont des anciens joueurs. On aime tous le club parce qu’on a porté ses couleurs. »

DES JOURNÉES À RALLONGE

Ce lien humain, rencontrer de nouvelles personnes, découvrir des cultures et des pépites, c’est ce qui l’a poussé à devenir

« On décide pendant le mercato et quand il est fini, on souffre en tribunes. »

recruteur en chef d’un second club, Nottingham Forest, en octobre 2019. Les tâches sont divisées, mais les trajets multipliés depuis la Grèce, où il est en contact permanent avec Evangelos Marinakis, propriétai­re et président des deux équipes. Embarqué dans un projet complèteme­nt différent, François Modesto s’adapte grâce à un très bon anglais (il parle également italien et espagnol) et une volonté en béton. « La journée ne s’arrête pas à 15 heures quand l’entraîneme­nt est fini, sourit-il. Je termine à minuit, en étant tout le temps en connexion avec des gens du club. On n’a presque pas de vie de famille. C’est dur, mais ça me plaît. »

Et son travail porte ses fruits, en Grèce comme en Angleterre. « La touche française a été très bien accueillie, se réjouit-il. Personne ne connaissai­t Brice Samba à Nottingham et c’est l’un des meilleurs transferts du club. Samba Sow a été une très grande surprise, comme Mady Camara, Pape Cissé et Ousseynou Ba à l’olympiakos (les deux premiers sont issus de

L’AC Ajaccio, le troisième du Gazélec). José Sa qui ne jouait plus à Porto et Guilherme qui descendait avec La Corogne (il est depuis parti depuis au Qatar, à Al-sadd) ont fait partie des meilleurs joueurs. » Les résultats aussi sont là. Pendant que les Grecs gagnent du terrain sur le plan européen, Forest est passé à un rien du barrage pour la montée en Premier League la saison dernière (battu seulement à la différence de buts par Swansea) et pâtit aujourd’hui de l’absence de ses supporters.

« UNE MOITIÉ DE MOI EST MORTE » François Modesto, lui, est bien là en tribunes, quand il n’est pas au Pirée ou en vadrouille aux quatre coins de l’europe pour dénicher des talents. « On mène les premières négociatio­ns sur le terrain, puis on donne au directeur général qui finalise les dossiers. Quand on amène un joueur sur la table, on récolte toutes les informatio­ns sur lui : tactique, technique, physique, mentalité, entourage, financier. Le tout main dans la main avec l’entraîneur (Pedro Martins en Grèce, Chris Hughton en Angleterre et même Sabri Lamouchi avant lui). » Une occupation qui passionne l’ancien joueur, attaché comme peu au rectangle vert. « Je suis fou de foot. Entrer sur le terrain, c’était le paradis. Maintenant, on décide pendant le mercato et quand il est fini, on souffre en tribunes dans les bons et les mauvais moments, sans pouvoir agir. Je retrouve un peu ces émotions dans le vestiaire, mais c’est quand même une moitié de moi qui est morte. De quoi souffler des conseils aux plus anciens. Je dis à Valbuena et à Sokratis de jouer jusqu’à la dernière minute, de continuer le plus possible. » Disponible pour ses joueurs, qui peuvent se confier quel que soit leur problème, le Bastiais prend plaisir à aiguiller plus qu’à servir de mentor. « Plus j’avançais vers la fin, plus je pensais à être entraîneur. Mais là, j’ai trouvé ma voie. Quand un petit arrive d’ajaccio et joue la Ligue des champions au bout de trois mois, forcément, ça fait plaisir. » À sa place entre deux régions qui ont peu de choses en commun, François Modesto n’oublie jamais sa Corse. Là où tout a commencé. Là où les Grecs ont posé bagage il y a bien longtemps, avant de marquer de leur empreinte culture et architectu­re locales. Désormais, c’est un morceau de Corse qui s’exporte au pays des dieux.

« Plus j’avançais vers la fin, plus je pensais à être entraîneur. Mais là, j’ai trouvé ma voie. »

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François Modesto tient à rester à l’écoute des joueurs, comme ici avec ceux de l’olympiakos, Mathieu Valbuena et Kostas Tsimikas (de gauche à droite).
Disponibil­ité. François Modesto tient à rester à l’écoute des joueurs, comme ici avec ceux de l’olympiakos, Mathieu Valbuena et Kostas Tsimikas (de gauche à droite).

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