France Football

PSG

LE CHEF-D’OEUVRE DE 2017

- Texte Patrick Urbini

L’émotion a disparu depuis, l’impression de vertige qui l’accompagna­it aussi, mais pas la trace de l’exploit ni la puissance évocatrice de cette master class. Pour peu qu’on occulte le désastre advenu trois semaines plus tard au Camp Nou (6-1), c’est un match que l’on peut revoir ainsi une dizaine de fois pour décortique­r la complexité ou, a contrario, la fluidité de chaque mouvement, sans jamais se lasser. Maintenant, si on veut ressentir à nouveau cette superposit­ion d’ambition et de talent, d’intensité et de justesse avec le ballon, de maîtrise technique collective et de cohérence dans l’organisati­on qu’avait imaginée Paris pour enchanter une soirée comme celle-là et lui donner autant de souffle, une seule suffit.

Quatre ans après, ce ne sont plus les mêmes équipes, les mêmes entraîneur­s, les mêmes dynamiques, ni tout à fait les mêmes joueurs, une bonne moitié est partie voir ailleurs.

Le rapport de force a donc changé, à deux nuances près, toutefois : certaines vérités, techniques ou tactiques, sont toujours bonnes à entendre ; ensuite, tant qu’à faire, autant se souvenir des belles choses et dérober deux ou trois idées en passant.

DOMINER LE MILIEU,

C’EST CONTRÔLER LE MATCH

C’est un incontourn­able, parfois même un préalable, en tout cas une stratégie de jeu souvent gagnante quand on affronte le Barça, le meilleur comme celui d’aujourd’hui. Vérificati­on faite, jamais en tout cas Marco Verratti, Adrien Rabiot et Blaise Matuidi n’ont joué ensemble à ce niveau comme en ce jour de Saint-valentin 2017. S’agissant des deux premiers, sans doute même n’ont-ils jamais connu une telle plénitude technique et tactique. Toute la palette y passe, déplacemen­ts toujours justes, bons replacemen­ts, courses pertinente­s, pressing sans relâche, avec ce double principe gardé en tête : alterner jeu de conservati­on et jeu de transition rapide, contrôler en même temps le rythme du match et la structure du bloc équipe.

Cerise sur le gâteau, la coordinati­on et les compensati­ons restent parfaites jusqu’au bout avec un triangle qui se déforme et se reforme, s’élargit et se rétrécit en permanence. Comme pour mieux étouffer encore le milieu du Barça, empêcher Busquets de jouer vers l’avant (seulement 24 % de ses passes) et couper sa relation technique, primordial­e, avec Iniesta (à peine 18 ballons échangés entre les deux joueurs, presque tous dans des zones sans danger). Mais aussi pour récupérer dès la perte ou vite refermer les espaces, disputer les deuxièmes ballons ou venir jouer entre les lignes et dans les intervalle­s, jaillir et intercepte­r ou assurer l’équilibre collectif. Un chiffre éclaire la supériorit­é parisienne ce soir-là dans le coeur du jeu : ses trois milieux avaient récupéré 28 ballons, ceux du Barça, 12. Une tendance confirmée dans la dernière

Jamais Verratti, Rabiot et Matuidi n’ont connu une telle plénitude technique et tactique.

demi-heure, une fois Barcelone passé en 4-2-3-1 (Ter Stegen – Sergi Roberto, Piqué, Umtiti, Jordi Alba – Busquets, Iniesta, puis Rakitic – Rafinha, Messi, Neymar – Suarez), puis lorsque Christophe­r Nkunku avait remplacé Verratti, blessé.

METTRE DE L’INTENSITÉ

ET NE JAMAIS RELÂCHER LA PRESSION C’est aussi un match que Paris avait survolé en le dominant physiqueme­nt et en mettant l’intensité indispensa­ble en Ligue des champions, avec le ballon (en 4-3-3) comme sans (en 4-1-4-1). Sous-entendu en exerçant une emprise immédiate et pas uniquement technique, en ne relâchant jamais la pression, et donc en courant davantage que son adversaire, plus longtemps, plus vite, mais aussi plus intelligem­ment et ensemble. Pour juger du volume de jeu, les chiffres ne mentent pas : 112,1 kilomètres parcourus contre 104 côté catalan, avec un différenti­el supérieur encore en seconde mi-temps (+ 4,9 kilomètres contre + 3,2 en première) lorsque l’énergie vient à faiblir et que le coaching ne suffit pas toujours à regénérer l’équipe. Moyennant quoi, en cherchant à presser haut et en défendant toujours en avançant, le bénéfice avait été triple. D’abord, compliquer la sortie de balle du Barça grâce à un bloc compact (distance moyenne entre deux joueurs parisiens,

11,50 mètres) et au travail des trois attaquants, notamment Edinson Cavani, essentiel à la fois pour harceler la charnière Piqué-umtiti et couper la route jusqu’à Busquets. Ensuite, brouiller ses phases de constructi­on et isoler Lionel Messi, lequel n’avait touché que 51 ballons, soit une trentaine de moins que sa moyenne habituelle, et surtout aucun dans la surface de réparation adverse. Enfin, maintenir au maximum Barcelone à distance et l’empêcher de se mettre en position de frappe. Résultat ? Le Barça avait effectué 43 % de ses tirs hors de la surface et n’avait cadré qu’une fois (André Gomes), de sorte que le trio Messisuare­z-neymar s’était contenté des miettes, neuf ballons touchés dans les 16,50 m, trois frappes inoffensiv­es et pas une pour Suarez.

GAGNER LES DUELS ET ÊTRE EFFICACE DANS LES DEUX SURFACES

La vie est parfois bien faite et, finalement, la suspension de Thiago Motta et la blessure de Thiago Silva dissimulai­ent une bénédictio­n. Évoquant les deux manches de ce huitième de finale, Unai Emery avait raconté plus tard :

« À l’aller, sans Thiago Silva et avec Kimpembe, on avait été plus agressifs, alors qu’au retour avec Thiago et sans Kimpembe, on avait trop reculé. » Il aurait pu mettre sa sentinelle dans le même sac que le Brésilien pour expliquer la différence de comporteme­nt de son milieu. Moralité : Paris avait remporté deux fois plus de duels que le Barça, quelle que soit la zone du terrain, réussi 31 tacles défensifs contre 18 à son adversaire, et sa volonté d’être toujours le premier sur le ballon et constammen­t proactif, d’anticiper et de jouer vers l’avant avaient payé. Malgré une possession inférieure – 43 %, soit vingt-six minutes et sept secondes du match avec le ballon réparties en 98 temps de jeu différents –, cette attitude collective avait ainsi permis à Paris de dérégler le jeu de position de Barcelone et de lui ôter ses repères habituels.

Aveu d’andrés Iniesta : « Pour une fois, on n’avait jamais bien su se situer sur le terrain pour être capables d’apporter des solutions et de ne pas se retrouver en difficulté. » Mais avant tout, ce plan de jeu avait optimisé son efficacité dans les deux surfaces : presque aucune occasion concédée, des temps forts régulièrem­ent concrétisé­s, 16 tirs au total dont 10 cadrés et 18 % de ses temps de possession débouchant sur une action conclue dans la surface adverse (contre 8 % au Barça).

SAVOIR CIBLER ET EXPLOITER

LES POINTS FAIBLES ADVERSES

Unai Emery savait tout du Barça et il avait passé au peigne fin ses huit matches précédents pour ne rien laisser au hasard : il avait pu ainsi identifier sans difficulté la bande de terrain où celui-ci serait le plus vulnérable, en creux celle où Paris devait insister davantage. Avec un couloir droit abandonné et jamais défendu par Messi, mal protégé dans les trente derniers mètres par Sergi Roberto, milieu reconverti latéral, et souvent laissé aux mains d’andré Gomes, préféré à Rakitic et maillon faible supposé, c’est donc sur son côté gauche que Paris avait concentré une partie de ses efforts avec Kurzawa, Matuidi et Draxler pour créer le déséquilib­re, provoquer le surnombre et apporter de la vitesse et de la profondeur (49 % des attaques déclenchée­s dans cette zone). Mais également pour faire diversion, renverser à l’opposé dans un deuxième temps et trouver à nouveau de l’espace ou bien, simplement, fixer et venir dans l’axe. Comme, par exemple, sur le troisième but, où Kurzawa était rentré intérieur, sans opposition, pour donner une passe quasiment décisive à Di Maria. Un jour qu’on demandait à Didier Deschamps comment s’y prendre pour battre Barcelone, il avait répondu : « Il faut réussir le match parfait et espérer ensuite qu’ils soient moins bien que d’habitude. » Il parlait d’un autre Barça, celui de Guardiola, Xavi et Puyol, mais la théorie résiste au temps qui passe. La preuve : le 14 février

2017, toutes les planètes étaient alignées.

Au Parc des Princes, Messi n’a touché que 51 ballons, 30 de moins que d’habitude.

 ??  ?? Bloquer.
Angel Di Maria tacle dans les pieds de Neymar, ou comment empêcher le Brésilien de créer des déséquilib­res.
Bloquer. Angel Di Maria tacle dans les pieds de Neymar, ou comment empêcher le Brésilien de créer des déséquilib­res.
 ??  ?? Récupérer.
Adrien Rabiot et Blaise Matuidi le savaient : harceler et se projeter était la clé du succès.
Récupérer. Adrien Rabiot et Blaise Matuidi le savaient : harceler et se projeter était la clé du succès.
 ??  ?? Presser.
Gêner la première relance, telle était la mission de Julian Draxler et Edinson Cavani.
Presser. Gêner la première relance, telle était la mission de Julian Draxler et Edinson Cavani.

Newspapers in French

Newspapers from France