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« AVEC LE BAYERN, NOUS REPARTONS DE ZÉRO »

- Texte Alexis Menuge Photos Julian Baumann

Bombardé à la tête d’un Bayern souffreteu­x en novembre 2019, ce serviteur du club a transformé le malade bavarois en machine de guerre, et son intérim en contrat longue durée. Avant de retrouver la compétitio­n qui l’a révélé, l’entraîneur du tenant du titre se confie.

« Vous avez remplacé Niko Kovac au pied levé le 3 novembre 2019. Comment vous y êtes-vous pris pour créer un tel élan et remettre le Bayern Munich sur le chemin du triomphe ?

Au départ, il était capital à mes yeux que l’équipe sente que je lui fais confiance et que les joueurs aient aussi confiance en leur potentiel. En fin de compte, je n’ai pas procédé à de grands changement­s. Avec mon staff, nous avons simplement effectué quelques réglages.

Lesquels, concrèteme­nt ?

Nous avons joué avec davantage d’intensité, pris plus de risques, nous sommes allés plus vers l’avant. Nous avons été à nouveau dominateur­s et nous avons de mieux en mieux maîtrisé notre sujet. Tout a commencé en phase de groupes de la Ligue des champions contre l’olympiakos (NDLR : 2-0, le 6 novembre 2019), mais c’est surtout notre victoire face au Borussia Dortmund (4-0, le 9 novembre 2019) en

Championna­t qui a constitué une sorte de déclic et un tournant dans la saison, car nous nous sommes aperçus que tout ce que nous mettions en place fonctionna­it à merveille. Que, malgré cette période compliquée au début de l’automne, nous avions un potentiel qui nous permettrai­t d’aller au bout de nos ambitions. Certes, nous avons ensuite essuyé deux défaites de rang (1-2 contre le Bayer Leverkusen à domicile, le 30 novembre 2019 et 1-2 à Mönchengla­dbach, le 7 décembre 2019), néanmoins, nous avons vu que nous avions juste manqué de réussite et que nous montions en puissance. Que nous avions retrouvé un état d’esprit conquérant. Le plus important, c’était que la confiance était de retour, et elle ne nous a ensuite plus jamais quittés. Ce style de jeu plus offensif a fait beaucoup de bien à mes joueurs.

Comment faire pour prolonger dans le temps cet élan?

Notre avantage, c’est que la notion de partage est très forte à l’intérieur de notre vestiaire. Chacun est toujours prêt à se plier en quatre pour l’autre. Nous avons beaucoup échangé entre nous, et tous ces éléments ont fait du bien au groupe. Prendre du plaisir tous ensemble est capital, que ce soit à l’entraîneme­nt, dans le vestiaire ou durant les matches.

Cette saison comme les précédente­s depuis quasiment dix ans, le Bayern domine de la tête et des épaules la Bundesliga. N’est-ce pas un mauvais signe sur le niveau du Championna­t ? Au contraire, à mes yeux, la Bundesliga est devenue encore plus forte ces derniers temps. Wolfsburg et l’eintracht Francfort sont des équipes de qualité qui ont le vent en poupe,

Leipzig et Leverkusen ont un gros potentiel, et il ne faut surtout pas oublier Dortmund et Mönchengla­dbach. À part Wolfsburg et Francfort, les autres sont toujours qualifiés dans les Coupes européenne­s, dont quatre en C1, ce qui prouve, là aussi, la valeur de notre Championna­t. J’ai l’intime conviction que la Bundesliga propose des matches très attractifs et un jeu spectacula­ire sur la durée. Franchemen­t, elle n’a rien à envier aux quatre autres grands Championna­ts.

Gagner un neuvième titre d’affilée pour le Bayern, c’est le minimum syndical ?

La base, c’est le Championna­t. C’est lui qui permet de participer à la Ligue des champions. Chaque saison, notre objectif numéro 1 est donc d’être champion d’allemagne pour retrouver la C1 et le premier chapeau lors du tirage au sort. Le Championna­t, c’est la compétitio­n la plus honnête, car c’est la récompense de toute une saison. La logique est respectée, la chance joue un rôle minime. Devoir répondre aux attentes à trente-quatre reprises chaque saison est un vrai défi et une grande source de motivation pour mon groupe. Mes joueurs veulent être champions chaque saison et, au-delà, poursuivre cette incroyable série le plus longtemps possible pour marquer l’histoire.

Quand un entraîneur dispose d’un effectif aussi pléthoriqu­e, avec un tel potentiel, quelles qualités doit-il avoir pour s’imposer ?

Le plus important au départ est de mobiliser tout son vestiaire pour fixer des objectifs et tout mettre en oeuvre pour les atteindre. L’entraîneur doit s’adapter à ses joueurs et tout mettre en oeuvre pour qu’ils progressen­t. C’est essentiel. J’accorde également une certaine importance au chemin à prendre pour parvenir à atteindre nos objectifs, c’est-à-dire à incarner certaines valeurs indispensa­bles au quotidien.

Lesquelles ?

Chaque jour, je veux voir de l’intensité, de la qualité et une concentrat­ion maximale à l’entraîneme­nt. C’est tout simplement la base. En outre, j’accorde énormément d’importance au fait que le plaisir soit constammen­t présent dans nos rangs et que nous savourions le fait de travailler tous ensemble. Ce sont des critères que nous incarnons à merveille.

Comment parvient-on à rester humble quand on a tout gagné sur un banc et que les projecteur­s sont braqués sur vous en permanence depuis plusieurs mois ? N’est-ce pas indispensa­ble pour que les résultats perdurent ?

Même si je n’avais encore jamais entraîné un si grand club jusqu’à présent, je suis dans le milieu du foot depuis plusieurs décennies. J’ai accumulé beaucoup d’expérience dans les différents rôles que j’ai occupés (adjoint de Joachim Löw en équipe d’allemagne entre 2006 et 2014, directeur sportif de la Fédération allemande). J’estime que c’est important d’offrir la lumière des projecteur­s à d’autres composante­s du club qui le méritent tout autant. Personnell­ement, je n’ai pas besoin d’être sous les projecteur­s. J’ai un environnem­ent familial et social solide, et, quelque part, je suis quelqu’un d’indépendan­t, sachant que j’ai déjà vécu beaucoup de choses dans ma vie. Ce vécu me donne une certaine sérénité dans ma vie quotidienn­e qui est essentiell­e dans mon rôle de coach.

« Mes joueurs veulent marquer l’histoire. »

« Je n’ai pas besoin d’être sous les projecteur­s. »

Quand on passe du poste d’adjoint à celui d’entraîneur principal, comment doit-on s’y prendre pour gérer une équipe aussi redoutable avec des personnali­tés aussi fortes ?

Il faut toujours faire en sorte d’être et de rester authentiqu­e. Cela demande du naturel et de la simplicité envers ses joueurs, beaucoup d’échanges avec eux pour leur faire sentir que chacun, que ce soit le capitaine ou le remplaçant, est important dans la quête de nos objectifs.

En tant qu’entraîneur de haut niveau, est-il possible de se projeter sur le long terme à l’instar de Jürgen Klopp à Liverpool ?

C’est possible de se projeter mais, finalement, les choses peuvent évoluer de manière inattendue. On doit surtout être ouvert et tout mettre en oeuvre afin de se donner les meilleures chances de réussite en étant irréprocha­bles sur le plan de l’investisse­ment et de la préparatio­n des matches. La réussite, on ne peut pas la garantir, mais on peut la préparer. Si on est bien préparé, que ce soit au niveau physique ou dans l’étude de l’adversaire, cela donne de bonnes sensations au moment d’aborder le match. Après la rencontre, il faut pouvoir se dire en se regardant dans la glace : “Nous avons tout donné pour gagner.’’ Il faut aussi avoir cette sensation que nous pouvons toujours l’emporter et que tout est réuni pour que nous soyons en mesure de nous imposer.

Bixente Lizarazu a récemment déclaré dans France Football : “L’une des grandes qualités du Bayern, c’est qu’il sait régler ses problèmes plus vite et mieux que les autres.’’ Vous êtes d’accord ?

Depuis que je suis au Bayern, je n’ai pas été confronté à beaucoup de problèmes mais, effectivem­ent, dans ce club, on peut avoir des avis différents de celui des autres, parce que le plus important, c’est que l’équipe gagne. Ici, on sent l’expérience à tous les étages, notamment du côté des décideurs qui ont, pour la plupart, réalisé une grande carrière de joueur au plus haut niveau et qui représente­nt l’histoire de ce club. Ils savent pertinemme­nt qu’il faut savoir garder son calme dans les périodes critiques, et que tout le monde doit tirer dans le même sens. Ce sont des paramètres qui caractéris­ent le Bayern Munich. C’est pourquoi je donne entièremen­t raison à “Liza’’.

Après quinze mois à la tête du Bayern, comment définiriez-vous votre patte ?

J’insiste beaucoup auprès de mes joueurs sur la nécessité pour les offensifs de venir prêter main forte à leurs coéquipier­s dans le repli défensif à la perte du ballon, et pour les joueurs à vocation défensive de se projeter vers l’avant dès qu’ils en ont l’occasion. Chacune des individual­ités doit assumer ses responsabi­lités. Nous pouvons uniquement y arriver ensemble.

Un exemple concret ?

Actuelleme­nt, un joueur comme Kingsley Coman est dans une forme resplendis­sante. Je me réjouis de le voir marquer et délivrer autant de passes décisives depuis le début de la saison. À son poste, il fait incontesta­blement partie des meilleurs joueurs au monde. À la perte du ballon, il fournit beaucoup d’efforts pour le récupérer et il se dépense sans compter. Il a su devenir un joueur de plus en plus complet. Toutefois, il a encore une belle marge de progressio­n et va devenir encore meilleur.

Quels entraîneur­s vous ont inspiré ?

Au début de ma carrière, j’ai surtout suivi et admiré le foot néerlandai­s. Je me suis inspiré de nombreux technicien­s bataves, en tête desquels Foppe de Haan (ex-coach des Espoirs hollandais et du SC Heerenveen, où il s’occupe désormais des jeunes). C’est le premier qui m’a marqué, ainsi que Louis van Gaal et, bien sûr,

Johan Cruyff. J’ai aussi suivi à plusieurs reprises des séances d’entraîneme­nt d’arsène Wenger à Arsenal, et je me suis inspiré de nombreuses phases de jeu, notamment dans le jeu vers l’avant, avec beaucoup de rapidité et de fluidité. La philosophi­e d’arsène m’a toujours beaucoup plu, mais aussi sa manière d’échanger avec ses jeunes collègues. Il a toujours été plein d’humilité et de disponibil­ité. J’ai adoré le jeu prôné par Arsène avec des joueurs comme Dennis Bergkamp, Thierry Henry, Patrick Vieira, Robert Pirès... En termes d’attractivi­té, c’était sensationn­el. J’ai admiré Arsène.

Et quels sont les technicien­s actuels que vous appréciez particuliè­rement ?

Pep Guardiola a marqué le football de ces dixquinze dernières années, mais il l’a aussi quelque peu modifié dans son approche, avec le jeu de possession de la balle. Il faut aussi mentionner José Mourinho, qui a remporté tellement de titres avec plusieurs clubs différents dans plusieurs pays, ce qui n’est jamais évident.

Être tenant de la Ligue des champions, ça change quoi dans l’approche de la compétitio­n ?

Au Bayern Munich, les attentes sont toujours très fortes. Défendre un titre, ça résonne pour moi comme quelque chose de négatif. Je suis plutôt quelqu’un qui veut gagner des titres, indépendam­ment du fait de savoir si nous l’avons déjà remporté une saison auparavant. Notre victoire en C1 la saison dernière, c’est du passé. Nous n’avons donc pas de titre à défendre à proprement parler, nous repartons de zéro. Nous allons tout mettre en oeuvre pour aller au bout de cette prestigieu­se compétitio­n. La gagner à nouveau, c’est notre motivation.

« J’ai admiré Arsène Wenger. »

À part le Bayern, quels clubs devraient avoir leur mot à dire dans cette Ligue des champions ?

Depuis quelques semaines, Manchester City est dans une forme incroyable. Cette équipe déploie un jeu impression­nant qui suscite beaucoup de respect et d’admiration. Le Parissaint-germain fait une nouvelle fois partie des favoris avec un gros potentiel, notamment représenté par Neymar et Mbappé sur le front de son attaque. J’apprécie beaucoup ce que réalise le FC Séville avec son entraîneur Julen Lopetegui, qui fait un excellent travail. Je suis ses matches dès que je peux, car on voit sa patte. Cette formation est capable d’aller loin dans cette compétitio­n.

Le plateau de cette C1 2020-21 est-il plus relevé que la saison passée ?

Disputer la phase à éliminatio­n directe de la Ligue des champions est toujours excitant, car il peut se passer énormément de choses lors des doubles confrontat­ions. La saison dernière, la compétitio­n avait déjà été d’un très haut niveau, et chaque club met tout en oeuvre pour progresser et faire mieux que l’année d’avant. Ce plateau est à nouveau très alléchant, c’est l’attrait de cette Ligue des champions.

Quel regard portez-vous sur Chelsea et son nouvel entraîneur, votre compatriot­e Thomas Tuchel ?

Chelsea possède un gros potentiel tant au niveau de la qualité que de la quantité. C’est une équipe encore jeune, surtout sur le plan offensif, avec beaucoup de joueurs de talent. Cette formation peut aussi aller loin en C1 cette saison. Avec le Paris-saint-germain, Thomas a accumulé pas mal d’expérience qui va lui être bénéfique à Chelsea. Il relève ce challenge avec beaucoup d’élan et de générosité.

Quelle serait votre finale de rêve ?

J’ai déjà pris part à plusieurs compétitio­ns majeures durant ma carrière. Lors des Coupes du monde, on connaît à l’avance le tableau final, des huitièmes jusqu’à la finale. En Ligue des champions, il y a un tirage au sort après quasiment chaque tour, il est donc compliqué de se projeter si loin. En quarts et en demies, il y a souvent eu des affiches que beaucoup auraient aimé voir en finale, à l’instar de la saison passée avec Bayern-fc Barcelone (8-2), qui a eu lieu dès les quarts. Je n’ai pas de souhaits particulie­rs. Il faut simplement se réjouir de chaque tour. Commençons déjà par la Lazio Rome* ! »

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Le technicien allemand, ici en août 2020 avec Michaël Cuisance et Javi Martinez avant la finale de C1, accorde de l’importance au travail quotidien, à la concentrat­ion aux entraîneme­nts mais également à la notion de plaisir.
Credo. Le technicien allemand, ici en août 2020 avec Michaël Cuisance et Javi Martinez avant la finale de C1, accorde de l’importance au travail quotidien, à la concentrat­ion aux entraîneme­nts mais également à la notion de plaisir.
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Même si Hansi Flick dirige pour la première fois un grand club, il n’en garde pas moins sa sérénité et sa simplicité.
Assise. Même si Hansi Flick dirige pour la première fois un grand club, il n’en garde pas moins sa sérénité et sa simplicité.
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23 août 2020. Un peu plus de neuf mois après sa prise de fonction, en réalisant un parcours parfait, onze succès en onze matches, le Bayern de Flick devient pour la sixième fois champion d’europe.
Consécrati­on. 23 août 2020. Un peu plus de neuf mois après sa prise de fonction, en réalisant un parcours parfait, onze succès en onze matches, le Bayern de Flick devient pour la sixième fois champion d’europe.
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Malgré les 4 300 kilomètres entre Doha et Munich, le courant est bien passé entre Alexis Menuge et le coach du Bayern. * Aller le mardi 23 février à Rome, retour le 17 mars à Munich.
Connexion. Malgré les 4 300 kilomètres entre Doha et Munich, le courant est bien passé entre Alexis Menuge et le coach du Bayern. * Aller le mardi 23 février à Rome, retour le 17 mars à Munich.
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